Menteurs, guignols et autres imposteurs


Pique ! pique ! L'acupuncture


La pratique de l'acupuncture est très répandue de nos jours en Occident, et même si elle est largement diffusée et pratiquée par des non médecins ou des "thérapeutes" s'improvisant "praticiens", certains membres du corps médical y ont aussi recours. Pour mieux la comprendre, et en mesurer la portée ou du moins pour pouvoir en évaluer soi-même la validité face aux connaissances médicales, scientifiques et physiologiques de nos jours, il sera interéssant de la replacer dans son contexte, dans son système d'idées et philosophique, pour mieux en montrer tout l'obsolescence.

La technique repose sur la croyance selon laquelle le corps est sujet aux maladies lorsqu'il y a un "déséquilibre" des forces vitales. L'équilibre peut alors être "rétablit" en utilisant de fines aiguilles, ou par tout autre moyen, dans le but de stimuler des points localisés sur tout le corps. Les aiguilles sont habituellement insérées puis tournées et peuvent être laissées telles quelles pendant un court moment. Les points sélectionnés dépendent eux des symptômes du patient, de la saison, du temps qu'il fait et du pouls.

L'acupuncture est une thérapie basée sur la philosophie de la Chine ancienne et a été pour la première fois décrite dans le texte Shih-chi datant de 90 avant notre ère, qui reste pour l'instant la plus ancienne source connue se référant à la technique. Certains auteurs modernes ont tenté de donner leurs points de vue sur l'acupuncture, ou se sont exprimés sur le sujet, sans tenir compte des descriptions des anciens textes médicaux chinois, ce qui est tout à fait impropre. Toute évaluation de l'acupuncture devrait considérer ces textes comme les documents historiques qu'ils sont, et non pas seulement les réinterpréter gratuitement afin qu'ils s'adaptent à d'autres buts. Quand cet impératif est respecté, on mesure la distance qui sépare la forme occidentale moderne de l'acupuncture et sa compréhension de celles qu'en avaient les anciens. C'est seulement par un recours précis aux sources que les personnes intéressées par l'acupuncture pourront déterminer si ses concepts restent applicables d'une manière significative à notre époque. L'objectivité est un principe scientifique important qui protège de toute influence des anciennes croyances ou idées.


Point historique

Les textes chinois les plus vieux ayant trait à la médecine sont ceux découverts dans les tombes Ma-wang-tui en 1973 datés de 168 avant notre ère. Ils donnent une image de la médecine chinoise telle qu'elle existait au 3° et 2° siècle avant notre ère. L'acupuncture n'est pas mentionnée dans ces textes, qui évoquent par contre toutes les autres formes de traitements utilisés à l'époque. Les textes Ma-wang-tui décrivent onze mo ou vaisseaux, dont ils croyaient contenir en plus du sang, la fameuse "force vitale" connue sous le nom de ch'i ou pneuma. Il n'y avait pas de distinction de faite entre les vaisseaux sur la base de leur contenu et aucune information n'était donnée sur le comment de la circulation du sang et du
ch'i dans les artères ou veines, qui ne formaient d'ailleurs pas un système connecté. Vers la fin du premier siècle avant notre ère, on croyait qu'il y avait 12 artères et qu'elles étaient connectés en réseau et il s'était développé une idée d'un ch'i s'écoulant dans les vaisseaux séparément du sang.

Le texte le plus important de cette époque, le Huang-ti nei-ching, mentionne douze vaisseaux connectés dans différentes directions aux douze précédemment évoqués. Ceux-ci étaient appelés "tuyaux" (ching) ou "vaisseaux conduits" (ching mo). Il est également fait état d'un grand nombre de trous localisés partout sur le corps au-dessus de ces vaisseaux. La plupart des auteurs et praticiens modernes se réfèrent à ces trous comme étant les méridiens.


Le Ch'i

La maladie était étroitement liée au système vasculaire et était à cette époque traitée par des saignées réalisées par des pierres tranchantes ou des aiguilles. Plus tard le concept d'un agent cause de la maladie, hsieh, se développa. On croyait qu'il pouvait se loger dans les vaisseaux sanguins et interférer avec leur flux. Le concept de ch'i vint du terme hsieh-chi, ou "mauvaises influences", qui allait croissant alors qu'il était considéré, dans l'histoire chinoise, que les agents de la maladies étaient une sorte de démons (hsieh-kuei).

Le vent était à l'origine considéré comme un démon et donc un agent de la maladie. Plus tard il fut représenté plutôt comme un phénomène naturel, bien qu'il soit toujours considéré comme précurseur des évènements à venir. En tant qu'esprit ou démon, le vent résidait dans des cavernes ou des tunnels. Le mot pour "cavernes" est utilisé dans la littérature de l'acupuncture en désignant les trous dans la peau à travers lesquels le ch'i est en mesure de s'écouler dans et en dehors du corps (hsueh). On croyait que grâce à l'insertion de différentes sortes d'aiguilles dans ces trous, le flux de ch'i pouvait augmenter ou diminuer et permettre ainsi de recouvrer la santé. Le ch'i était censé flotter dans l'air et s'écouler dans le sang. Le caractère chinois utilisé pour représenter le ch'i est littéralement lu comme de la vapeur s'échappant. Les partisans de l'acupuncture aiment utiliser le mot d'"énergie" en association avec celui de ch'i même si le ch'i n'a, semble-t-il, aucune ressemblance avec le concept d'énergie tel qu'utilisé par la physique de nos jours.


L'influence céleste

De nouveau, la connexion entre le fait de percer au moyen d'aiguilles et le ch'i, concepts qui forment la base de l'acupuncture, émergeait d'une vision cosmologique du monde pas vraiment clair lors des premières descriptions de ces "saignées" médicales. La médecine chinoise était alors englobée dans un système de correspondances cosmologiques. Par exemple, les aiguilles utilisées étaient rassemblées par paquets de neuf à cause de la signification cosmologique du chiffre. Quand le système d'ouvertures ou de trous le long des vaisseaux a été pour la première fois décrit, il y en avait 365, non pas parce que ce nombre avait été identifié anatomiquement, mais plutôt parce que cela correspondait au nombre de jours dans l'année. Des textes plus anciens ne font d'ailleurs pas référence aux ouvertures, mais ils sont soudain évoqués et sont au nombre de 365. L'absence de toute base objective au sujet de ces passages pour les aiguilles, les fameux points d'acupuncture, est flagrante par le fait seulement que plusieurs textes en donnent des nombres différents.


Eléments contradictoires

Les vaisseaux, et non pas les ouvertures, étaient en fait les caractéristiques centrales de l'acupuncture "ancienne", tandis que dans la pratique moderne les points d'acupuncture apparaissent être d'une importance primordiale. Les vaisseaux ont, depuis le temps, perdu leur association avec le système vasculaire et en occident ils sont maintenant considérés principalement comme les voies reliant les ouvertures entre elles. L'utilisation du terme "méridien" plutôt que "vaisseau" ne fait qu'embrouiller un peu plus le sujet. Une autre contradiction apparaît en ce que la pratique moderne de l'acupuncture semble reposer sur des concepts de "pré ou post-circulation". C'est-à-dire que les vaisseaux sont percés comme s'ils constituaient des unités séparées et indépendantes, alors qu'en même temps la plupart des praticiens de médecine traditionnelle chinoise (MTC) font confiance en la prise du pouls au poignet, ce qui serait logique si le flux des vaisseaux était considéré comme continu.

Si le flux n'était pas continu (et les vaisseaux non connectés) alors chaque vaisseau nécessiteraient une prise de pouls indépendante sur chacun d'eux. C'est d'ailleurs ce qui était décrit à l'origine, et il semble bien que cette contradiction soit venue d'une acceptation et d'un rejet partiels de l'histoire de l'acupuncture et de la MTC. Ce qui est par contre incompréhensible, ou peu clair, est pourquoi cela s'est produit et comment il fut décidé de garder certains éléments et d'en rejeter d'autres.


le yin et le yang


Le Yin, le Yang et les cinq éléments

La plupart des gens ont déjà entendu parler du yin et du yang qui décrivent des concepts formant une part importante de l'histoire de la médecine chinoise et de l'acupuncture. Une personne malade sera considérée comme en déséquilibre vis-à-vis de la nature et de ces deux "forces" opposées. Originellement les termes signifiaient les côtés obscure (yin) et ensoleillé (yang) d'une montagne.

La croyance dans ces deux forces reposait sur l'idée que la nature consistait en des évènements cycliques, et donc causés par l'augmentation ou la chute de la force opposée mais néanmoins complémentaire. Il y avait également un élément d'une ancienne croyance d'ordre plutôt magique, que l'on qualifierait de nos jours de superstition, qui disait que les semblables correspondent aux semblables. En d'autres termes, on croyait que frapper une photo ou une image d'une personne ferait réellement du mal à cette personne, ou que manger de la nourriture ressemblant à un organe du corps humain serait bénéfique à cet organe (théorie des signatures).

L'autre partie importante de la philosophie de la médecine chinoise était la doctrine des cinq phases ou éléments (wu-hsing) qui impliquait une catégorisation des phénomènes naturels, en particulier l'eau, le feu, le métal, le bois et la terre en cinq lignes de correspondances séparées (un peu semblable à l'astrologie ou toute théorie psycho new-age). Un sixième composant, le gain, peut aussi en faire partie. L'application initiale de ces philosophies à la médecine a été caractérisée par un certain nombre d'écoles différentes avec leurs propres théories, la plupart d'entre elles se contredisant (par exemple, les adeptes de la doctrine des cinq éléments rejetaient le concept du yin et du yan). Même dans leur conception, pourtant virtuellement très proche, il pouvait exister des lignes de conduites basées sur des savoirs exclusifs, avec le temps une sorte de réconciliation prit place, mais aucune standardisation formelle de ces points de vue conflictuels n'a été réalisée.

Par exemple, les termes hsin (coeur), kan (foie) et p'i (rate) se réfèrent-ils à des structures anatomiques ou à des systèmes fonctionnels abstraits ? Dans la littérature médicale chinoise il y a des références aux deux mais ni l'un ni l'autre n'est correct. Ces problèmes existent parce qu'il y avait originairement une confiance aveugle dans les perceptions subjectives et aucun système capable d'obtenir et d'enregistrer une information objectivement n'existait.


Le pouvoir de l'anecdote

La compréhension de la santé et de la maladie en Chine ancienne provenait presque entièrement de conclusions analogiques et non pas de preuves anatomiques. Ce n'est pas avant le 18° siècle que débute la reconnaissance selon laquelle une compréhension de fonction est inutile sans une compréhension de la structure réelle. La chirurgie a été interdite pendant longtemps en Chine, étant donné qu'il était considéré comme inacceptable d'ouvrir le corps de cette manière.

Il est important de réaliser que l'acupuncture était pratiquée à une époque où il n'y avait aucune connaissance en physiologie, ni en biochimie, ni dans les mécanismes de guérison. Si une personne était malade, traitée par acupuncture et que son état s'améliorait, on supposait que le traitement était la cause réelle de l'amélioration. Il n'y avait pas d'études rigoureuses de la maladie ni d'histoire naturelle et aucune tentative n'était faite en vue de déterminer si la personne aurait pu aller mieux sans le traitement. Sans bases scientifiques permettant de mesurer le taux de succès ou d'échec d'un traitement, les deux évènements - donner un traitement et l'amélioration des symptômes - étaient obligatoirement reliés dans l'esprit de praticiens et des patients, par une relation de causalité, et ces traitements spécifiques sont restés non évalués ni testés au fil des époques jusqu'à aujourd'hui.


Le début du 20° siècle

Au début du 20° siècle la médecine traditionnelle chinoise était plutôt considérée comme une bizarrerie historique et son utilisation était principalement rurale. Le Parti Communiste Chinois manifestait une antipathie à son égard, la ridiculisait en la rangeant au rayon des superstitions, irrationnelle et arriérée, déclarant qu'elle était en conflit avec la vision de la science et la voie du progrès que le Parti voulait mettre en avant. L'acupuncture était bien entendu inclue dans cette critique de la MTC.


Mao Tsé-toung et la Révolution Culturelle

Le sauvetage de la MTC, et de l'acupuncture, est en fait l'oeuvre de Mao Tsé-toung, en la consolidant dans l'arène politique. L'ère de Mao vit un regain d'intérêt pour la MTC comme à la fois le résultat de l'implication personnelle de Mao Tsé-toung, du besoin d'avoir recours à toutes les ressources disponibles pour délivrer des soins aux régions rurales. Quand la République Populaire de Chine fut formée en 1949, la Chine était mal en point en ce qui concerne son système de santé, proche de l'insalubrité. Une des aspirations principales de Mao fut d'améliorer cette situation sanitaire désastreuse. Enfin, il était aussi du désir du Parti d'accroître son pouvoir et son contrôle. En 1968 le Ministère de la Santé Publique était devenu inutile et la plupart des dirigeants d'avant la Révolution Culturelle avaient été remplacés par des représentants de l'armée. La pouvoir de décision était presque entièrement dans les mains des dirigeants du Parti.

L'acupuncture et les autres thérapies traditionnelles comme la "médecine" par les plantes, étaient des outils politiques très puissants et étaient utilisées pour apprécier le soutien de la population vis-à-vis de la Révolution Culturelle. A un moment, la direction du Conseil de la Santé Publique du Nord-Est fut publiquement dénoncée pour avoir exprimé son opposition à la MTC et le Vice Premier Ministre, qui avait été le dirigeant de la Santé Publique depuis les années 1930, confessa dans un Journal Populaire s'y être lui-même opposé. La raison de son opposition était qu'il s'était éloigné de la ligne de direction du Parti. Les docteurs et les patients étaient quant à eux sous une pression politique considérable afin de les pousser à utiliser les techniques traditionnelles et les critiques étaient sévèrement traités.

En octobre 1966, le Journal de la Médecine Chinoise fut remplacé par un journal ouvertement politique, Médecine Chinoise, dont la bannière contenait les termes officiels de l'appareil de l'Association Médicale Chinoise, l'éditorial de la première édition proclamait :
"Nous porterons toujours plus haut la grande bannière rouge de la pensée de Mao Tsé-toung, étudierons et appliquerons les travaux du Président Mao, avancerons sans interruption la révolutionnarisation de notre conception du monde et travaillerons pour mieux servir le peuple chinois et la révolution populaire du monde entier."
Après que le Journal Médical Chinois reprit du service en 1973, cette ligne éditoriale de nature politique continua. Ce fut seulement après le décès de la "bande des quatre" en 1976 que cet accent fut mis de côté et qu'il apparut, pour la première fois, des révélations à propos de l'impact que le climat politique avait eu sur la pratique médicale.


L'époque moderne

En Chine de nos jours, la médecine a adopté une approche plus scientifique et tandis que certains éléments de la médecine traditionnelle chinoise demeurent vivaces, il y a une demande croissante d'évaluation scientifique des déclarations du passé. La médecine occidentale et la science biomédicale dominent, et il est généralement reconnu que si la MTC devait se développer et se renforcer, ce ne pourrait être que par, et grâce à, la recherche scientifique. Cela reste logique avec la pensée de Mao qui appelait de ses voeux une modernisation de la MTC.

Sur les 46 principaux périodiques médicaux publiés par l'Association Médicale Chinoise, aucun n'est dédié à l'acupuncture ou à ses variantes. En d'autres lieux d'Asie, comme au Japon, l'acupuncture a presque été mise aux oubliettes. Au Japon, la médecine occidentale avait d'abord été présentée comme une alternative à la MTC au 18° siècle, mais domine depuis la fin du 19°. Les déclarations de 1875 et de 1883, restreignant les pratiques du style de la médecine chinoise et de ces praticiens, insistèrent pour abandonner la MTC et se tourner vers la médecine occidentale.


Faits et fiction

Nous avons dorénavant une connaissance plus détaillée du corps humain que lorsque l'acupuncture fut pour la première fois décrite, et depuis tout ce temps beaucoup de ses croyances ont été minutieusement étudiées. Nous pouvons maintenant affirmer que le concept de ch'i ne possède aucune base physiologique humaine sérieuse, que les vaisseaux, ou méridiens, le long desquels les points d'acupuncture sont supposés être localisés, n'ont jamais fait la preuve de leur existence et ne font pas partie de la physiologie du corps humain, qu'en outre selon les déclarations, le nombre de points d'acupuncture change. Pour gagner en crédibilité, les preuves soutenant l'acupuncture doivent confirmer la déclaration selon laquelle l'acupuncture a un effet réel en tant que résultat de la pose des aiguilles en des points spécifiques du corps qui correspondent aux vaisseaux décrits historiquement.

Mais avant que cette affirmation puisse être testée, nous devons savoir quelle description historique était considérée comme "vraie". Quelle description des vaisseaux était utilisée, onze ou douze, connectés ou non connectés, et combien de points étaient utilisés ? Pourquoi ce modèle particulier était-il utilisé de préférence aux autres ? Les évaluations scientifiques de l'acupuncture ne peuvent être faites que lorsque ces informations, et leur source, sont connues. Aucun papier scientifique ne devrait être publié sans fournir ces informations cruciales.


L'évaluation de l'acupuncture

Beaucoup des bénéfices apparents de l'acupuncture ne sont en réalité qu'anecdotiques et quand on veut évaluer la technique, il est important d'en quantifier objectivement la valeur. Il est donc capital et indispensable d'exclure et d'isoler l'effet placebo et la guérison spontanée afin d'avoir une vision claire des bénéfices que peut apporter la thérapie et auxquels elle peut prétendre.



Afin de pouvoir évaluer l'acupuncture et déterminer de son efficacité intrinsèque, il doit être possible de trouver des preuves évidentes faisant la distinction entre une sensation générale révulsive issue de techniques ayant un léger effet de type analgésique, comme la stimulation électrique d'un nerf, et l'acupuncture. L'effet analgésique d'une stimulation révulsive est considéré comme un phénomène physiologique dans lequel la transmission des signaux de la douleur d'une région est inhibée par l'application d'autres stimulus (plus puissants ou égaux) en une autre région du corps, qui peuvent être à leur tour localisés. En plus, il doit exister des preuves comme quoi l'insertion d'aiguilles en des points au hasard ne produit pas les mêmes effets qu'aux points déterminés par les tenants de l'acupuncture (oui mais lesquels ?), ceci est évidemment crucial. Les partisans de l'acupuncture chinoise traditionnelle déclarent que cela prend plusieurs années d'entraînement avant de pouvoir véritablement, et sans erreur, identifier les positions justes des aiguilles. Bien entendu, si un effet équivalent est constaté lorsqu'une aiguille est insérée n'importe où sur le corps, et pas dans un point spécifique d'acupuncture, cela réfutera la théorie.

Mais le test en double aveugle est d'autant plus compliqué à mettre en place que le praticien qui insère les aiguilles saura, lui, s'il le fait en des points reconnus par l'acupuncture ou s'il s'agit de faux, cela peut suffire à transmettre à la personne testée son sentiment et l'aider dans le processus d'autosuggestion. Ceux qui continuent à affirmer que l'acupuncture est une modalité bien spécifique, devraient avant tout produire les études scientifiques en faveur de la technique certifiant ces déclarations, mais ne pas toujours apporter que des anecdotes de patients plus aidés par l'autosuggestion, ou des déclarations de praticiens pour qui cela constitue un gagne-pain à moindre frais et peu d'années d'études.


D'Est en Ouest

Le début des années 1970 était une période qui vit les visites en Chine se populariser et dont il fut rapporté de nombreuses démonstrations des effets soi-disant miraculeux de l'acupuncture. Ces voyages étaient parfois relatés dans des journaux médicaux occidentaux, plus en tant qu'oeuvre journalistique qu'en tant qu'article scientifique critique. L'augmentation rapide de la popularité de l'acupuncture en Occident était essentiellement due à cette mode journalistique, en captivant l'attention du public, avide de dépaysement et de changement, bien avant que des études sérieuses soient diligentées et remettent en question la validité des anecdotes rapportées. Le même mode de propagation existe encore de nos jours, souvent via des magazines plutôt légers ou populaires mais ne faisant jamais état de la recherche sur le sujet.


La recherche en acupuncture

Des études conduites scientifiquement ont prouvé de manière éclatante que l'acupuncture n'est pas plus efficace qu'un placebo quelconque ou qu'une banale stimulation révulsive. Plusieurs de ces essais ont comparé la "vraie" acupuncture (les aiguilles introduites selon la théorie traditionnelle) et une acupuncture "de contrôle" ou "fausse" (où les aiguilles étaient insérées n'importe où, voire en des points où les praticiens affirmaient qu'ils n'auraient aucun effet), aucune différence en ce qui concerne l'efficacité ne fut remarquée (Godfrey CM, Morgan P. A controlled trial of the theory of acupuncture in musculoskeletal pain. The Journal of Rheumatology. 1978; 5(2): 121-24 ; Ghia JN, et al. Acupuncture and chronic pain mechanisms. Pain. 1976; 2(3): 285-99 ; Gaw AC, Chang LW, Shaw LC. Efficacy of acupuncture on osteoarthritic pain. New England Journal of Medicine. 1975; 293: 375-78 ; Lewith GT, Field J, Machin D. Acupuncture compared with placebo in post-herpetic pain. Pain. 1983; 17: 361-68 ; Tavola T, et al. Traditional Chinese acupuncture in tension type headache: a controlled study. Pain. 1992; 48(3): 325-29 ; etc.) Depuis, beaucoup d'autres études ont été conduites en coopération et avec la participation de professionnels rompus aux techniques de l'acupuncture traditionnelle, ce qui réfute les allégations de conspiration anti-acupuncture imaginaire qu'on peut parfois lire ou entendre ici ou là.


Des théories modernes peuvent par contre expliquer l'action révulsive parfois produite par l'insertion des aiguilles, bien qu'aucune étude n'ait montré qu'elle avait un effet supérieur au placebo, rien ne permet d'affirmer que l'acupuncture ait un effet et une action différents de celles des techniques révulsives courantes ou ne provoque simplement qu'une libération d'endorphines. Devant cet afflux de preuves, certains praticiens modernes, ont abandonné les anciennes théories impliquant les vaisseaux/méridiens jusqu'aux points d'acupuncture, arguant du fait que si les textes modernes avaient raison, il n'y aurait aucune région de l'épiderme qui ne soit un point d'acupuncture.

La douleur est un symptôme très subjectif et sa perception est affectée par de nombreux autres facteurs comprenant l'état psychologique. Il existe des preuves d'un effet placebo considérable constaté lors de tests sur différentes situations douloureuses, et toute évaluation scientifique de l'acupuncture doit inclure une tentative de voir si elle est en mesure de soulager la douleur ou d'autres symptômes mieux qu'un placebo. Or à ce titre l'acupuncture a une efficacité clinique dans la réduction de la douleur qui est plus le fait d'un état psychologique déterminé que d'une véritable action physique sur le corps. Il n'existe à ce jour aucune preuve confirmant le point de vue selon lequel l'acupuncture est utile pour le traitement de pathologies telles que l'asthme, l'arthrose, l'arthrite ou quelque affection systémique qui soit, et aucun autre facteur que psychologique ne peut être invoqué pour ce qui est du tabagisme.


Les effets secondaires

Contrairement à une idée largement répandue dans la population, et notamment chez les praticiens ou adeptes des médecines traditionnelles chinoises, l'acupuncture n'est pas sans risques. L'OMS a rappelé en 2004 les dangers de l'acupuncture et ce serait tout de même un comble qu'en plus d'être inefficace, la pratique soit dangereuse. Elle peut provoquer, quand les règles d'hygiène ne sont pas respectées, toutes sortes d'infections graves comme des hépatites B, des réactions indésirables, des cas de pneumothorax provoqués par des acupuncteurs non qualifiés ont été notés, des paralysies provoquées par des thérapeutes, hématomes locaux, convulsions, elle n'est donc pas exempte de tout ce qu'on reproche à la médecine scientifique. L'acupuncture étant souvent pratiquée par des personnes n'ayant aucun bagage médical ni scientifique, aucune réglementation n'existant en la matière, n'importe qui peut, du jour au lendemain, se prétendre acupuncteur et poser une belle plaque reluisante sur sa porte et commencer à consulter, contrairement à la pratique de la médecine, aucun diplôme n'est exigé, aucun contrôle n'est réalisé.


L'acupuncture animale

Les partisans défenseurs de la pratique se réfèrent parfois à des études sur des animaux déclarant que cela démontre clairement un effet analgésique étant donné que les animaux (selon eux) ne sont pas sensibles à l'effet placebo, ce qui est déjà faux. Les animaux, lors de consultations, doivent être contraints et forcés pour être traités par acupuncture et quand un animal est ainsi contraint, il peut développer une forme d'anesthésie due à la peur et une catalepsie. En outre, les études ne comparent pas une "vraie" acupuncture d'une "fausse" et ne donnent aucun détail sur la source des points d'acupuncture retenus et utilisés. Ajoutons enfin que la littérature ancienne chinoise ne fait jamais état de l'acupuncture sur les animaux.


Conclusion

Ainsi qu'on l'a vu, pour y gagner en crédibilité, l'acupuncture devra se débarrasser de ses scories magiques d'un autre âge qui semblaient donner une explication ou une caution à sa pratique mais qu'on ne peut plus accepter de nos jours, à moins de rester la tête dans le sac. Malheureusement, débarrassée de tout son système de croyance, l'acupuncture n'est plus rien étant donné que même son efficacité réelle, quand elle est sérieusement mesurée, est inexistante. Qu'en faire sinon la ranger à côté des anciennes pratiques représentatives d'une époque révolue, tout comme certaines pratiques médicales occidentales le furent face aux avancées de la connaissance anatomique et physiologique ? Le refus de remettre en cause ses croyances est-il trop puissant pour que chez certains cette superstition demeure et continue à faire des adeptes ? Pas obligatoirement, ce qui fait l'originalité de l'acupuncture, comme d'ailleurs beaucoup de pratiques dites "alternatives", est le rapport différent qui existe entre le praticien et le patient, et c'est ce rapport (tel celui d'une voyante ou astrologue avec son client) qui aide déjà à "guérir" ceux pour qui l'effet placebo suffira à soigner de leurs petits bobos de la vie quotidienne, même au prix de l'irrationalité. Les praticiens pour la plupart en sont bien conscients, il s'agit de leur fonds de commerce.



A visiter :
- L'effet placebo
- A la recherche du ch'i
- Les Actualités de l'acupuncture
- Des aiguilles et des hommes
- L'acuponcture (lien Quackwatch)
- Les méridiens de l'OZ

A lire :
- Les charlatans de la santé, Jean-Marie ABGRALL
- Les médecines douces, Jean-Jacques AULAS
- Au coeur de l'extra-ordinaire, Henri BROCH
- Acupuncture : L'histoire et la pratique d'une médecine ancestrale. Evelyne Malnic
- Medicine in China, a history of ideas. Paul Unschuld
- L'acupuncture chinoise histoire, doctrine et pratique. Lavier Jacques
- Nei Tching Sou Wen. Houang-Ti
- Les pseudo-médecines, Jean Brissonnet

Références :
- Acupuncture and related interventions for smoking cessation. White AR, Rampes H, Campbell JL
- How good are systematic reviews of acupuncture?
- Acupuncture in patients with tension-type headache: randomised controlled trial
- Evaluation des preuves de l'acupuncture en rééducation (anglais)
- A Randomized Clinical Trial of Acupuncture Compared with Sham Acupuncture in Fibromyalgia
- Acupuncture and chronic pain : a criteria-based meta-analysis. Riet G, Kleijnen J, Knipschild
- A meta-analysis of studies into the effect of acupuncture on addiction. Ter Riet G, Kleijnen J, Knipschild P.
- Acupuncture for back pain : a meta-analysis of randomized controlled trials. Ernst E, White AR.
- An overview of two Cochrane systematic reviews of complementary treatments for chronic asthma: acupuncture and homeopathy. McCarney RW, Lasserson TJ, Linde K, Brinkhaus B
- Acupuncture for back pain: meta-analysis of randomised controlled trials and an update with data from the most recent studies Ernst E, White AR, Wider B.
- A controlled trial of the theory of acupuncture in musculoskeletal pain. Godfrey CM, Morgan P
- Acupuncture and chronic pain mechanisms. Ghia JN, et al.
- Efficacy of acupuncture on osteoarthritic pain. Gaw AC, Chang LW, Shaw LC
- Acupuncture compared with placebo in post-herpetic pain. Lewith GT, Field J, Machin D
- Traditional Chinese acupuncture in tension type headache : a controlled study. Tavola T, et al.
- Acupuncture Treatment No More Effective Than Sham Treatment In Reducing Migraine Headaches
- Introducing a placebo needle into acupuncture research. Streitberger K, Kleinhenz J.
- A meta-analysis of acupuncture techniques for smoking cessation. A R White, K-L Resch, E Ernst
- Acupuncture to stop smoking