L'acupuncture
(suite)

L'évaluation de l'acupuncture

Beaucoup des bénéfices apparents de l'acupuncture ne sont en réalité qu'anecdotiques et quand on veut évaluer la technique, il est important d'en quantifier objectivement la valeur. Il est donc capital et indispensable d'exclure et d'isoler l'effet placebo et la guérison spontanée afin d'avoir une vision claire des bénéfices que peut apporter la thérapie et auxquels elle peut prétendre.

Afin de pouvoir évaluer l'acupuncture et déterminer de son efficacité intrinsèque, il doit être possible de trouver des preuves évidentes faisant la distinction entre une sensation générale révulsive issue de techniques ayant un léger effet de type analgésique, comme la stimulation électrique d'un nerf, et l'acupuncture. L'effet analgésique d'une stimulation révulsive est considéré comme un phénomène physiologique dans lequel la transmission des signaux de la douleur d'une région est inhibée par l'application d'autres stimulus (plus puissants ou égaux) en une autre région du corps, qui peuvent être à leur tour localisés. En plus, il doit exister des preuves comme quoi l'insertion d'aiguilles en des points au hasard ne produit pas les mêmes effets qu'aux points déterminés par les tenants de l'acupuncture (oui mais lesquels ?), ceci est évidemment crucial. Les partisans de l'acupuncture chinoise traditionnelle déclarent que cela prend plusieurs années d'entraînement avant de pouvoir véritablement, et sans erreur, identifier les positions justes des aiguilles. Bien entendu, si un effet équivalent est constaté lorsqu'une aiguille est insérée n'importe où sur le corps, et pas dans un point spécifique d'acupuncture, cela réfutera la théorie.

Mais le test en double aveugle est d'autant plus compliqué à mettre en place que le praticien qui insère les aiguilles saura, lui, s'il le fait en des points reconnus par l'acupuncture ou s'il s'agit de faux, cela peut suffire à transmettre à la personne testée son sentiment et l'aider dans le processus d'autosuggestion. Ceux qui continuent à affirmer que l'acupuncture est une modalité bien spécifique, devraient avant tout produire les études scientifiques en faveur de la technique certifiant ces déclarations, mais ne pas toujours apporter que des anecdotes de patients plus aidés par l'autosuggestion, ou des déclarations de praticiens pour qui cela constitue un gagne-pain à moindre frais et peu d'années d'études.


D'Est en Ouest

Le début des années 1970 était une période qui vit les visites en Chine se populariser et dont il fut rapporté de nombreuses démonstrations des effets soi-disant miraculeux de l'acupuncture. Ces voyages étaient parfois relatés dans des journaux médicaux occidentaux, plus en tant qu'oeuvre journalistique qu'en tant qu'article scientifique critique. L'augmentation rapide de la popularité de l'acupuncture en Occident était essentiellement due à cette mode journalistique, en captivant l'attention du public, avide de dépaysement et de changement, bien avant que des études sérieuses soient diligentées et remettent en question la validité des anecdotes rapportées. Le même mode de propagation existe encore de nos jours, souvent via des magazines plutôt légers ou populaires mais ne faisant jamais état de la recherche sur le sujet.


La recherche en acupuncture

Des études conduites scientifiquement ont prouvé de manière éclatante que l'acupuncture n'est pas plus efficace qu'un placebo quelconque ou qu'une banale stimulation révulsive. Plusieurs de ces essais ont comparé la "vraie" acupuncture (les aiguilles introduites selon la théorie traditionnelle) et une acupuncture "de contrôle" ou "fausse" (où les aiguilles étaient insérées n'importe où, voire en des points où les praticiens affirmaient qu'ils n'auraient aucun effet), aucune différence en ce qui concerne l'efficacité ne fut remarquée (Godfrey CM, Morgan P. A controlled trial of the theory of acupuncture in musculoskeletal pain. The Journal of Rheumatology. 1978; 5(2): 121-24 ; Ghia JN, et al. Acupuncture and chronic pain mechanisms. Pain. 1976; 2(3): 285-99 ; Gaw AC, Chang LW, Shaw LC. Efficacy of acupuncture on osteoarthritic pain. New England Journal of Medicine. 1975; 293: 375-78 ; Lewith GT, Field J, Machin D. Acupuncture compared with placebo in post-herpetic pain. Pain. 1983; 17: 361-68 ; Tavola T, et al. Traditional Chinese acupuncture in tension type headache: a controlled study. Pain. 1992; 48(3): 325-29 ; etc.) Depuis, beaucoup d'autres études ont été conduites en coopération et avec la participation de professionnels rompus aux techniques de l'acupuncture traditionnelle, ce qui réfute les allégations de conspiration anti-acupuncture imaginaire qu'on peut parfois lire ou entendre ici ou là.


Des théories modernes peuvent par contre expliquer l'action révulsive parfois produite par l'insertion des aiguilles, bien qu'aucune étude n'ait montré qu'elle avait un effet supérieur au placebo, rien ne permet d'affirmer que l'acupuncture ait un effet et une action différents de celles des techniques révulsives courantes ou ne provoque simplement qu'une libération d'endorphines. Devant cet afflux de preuves, certains praticiens modernes, ont abandonné les anciennes théories impliquant les vaisseaux/méridiens jusqu'aux points d'acupuncture, arguant du fait que si les textes modernes avaient raison, il n'y aurait aucune région de l'épiderme qui ne soit un point d'acupuncture.

La douleur est un symptôme très subjectif et sa perception est affectée par de nombreux autres facteurs comprenant l'état psychologique. Il existe des preuves d'un effet placebo considérable constaté lors de tests sur différentes situations douloureuses, et toute évaluation scientifique de l'acupuncture doit inclure une tentative de voir si elle est en mesure de soulager la douleur ou d'autres symptômes mieux qu'un placebo. Or à ce titre l'acupuncture a une efficacité clinique dans la réduction de la douleur qui est plus le fait d'un état psychologique déterminé que d'une véritable action physique sur le corps. Il n'existe à ce jour aucune preuve confirmant le point de vue selon lequel l'acupuncture est utile pour le traitement de pathologies telles que l'asthme, l'arthrose, l'arthrite ou quelque affection systémique qui soit, et aucun autre facteur que psychologique ne peut être invoqué pour ce qui est du tabagisme.


Les effets secondaires

Contrairement à une idée largement répandue dans la population, et notamment chez les praticiens ou adeptes des médecines traditionnelles chinoises, l'acupuncture n'est pas sans risques. L'OMS a rappelé en 2004 les dangers de l'acupuncture et ce serait tout de même un comble qu'en plus d'être inefficace, la pratique soit dangereuse. Elle peut provoquer, quand les règles d'hygiène ne sont pas respectées, toutes sortes d'infections graves comme des hépatites B, des réactions indésirables, des cas de pneumothorax provoqués par des acupuncteurs non qualifiés ont été notés, des paralysies provoquées par des thérapeutes, hématomes locaux, convulsions, elle n'est donc pas exempte de tout ce qu'on reproche à la médecine scientifique. L'acupuncture étant souvent pratiquée par des personnes n'ayant aucun bagage médical ni scientifique, aucune réglementation n'existant en la matière, n'importe qui peut, du jour au lendemain, se prétendre acupuncteur et poser une belle plaque reluisante sur sa porte et commencer à consulter, contrairement à la pratique de la médecine, aucun diplôme n'est exigé, aucun contrôle n'est réalisé.


L'acupuncture animale

Les partisans défenseurs de la pratique se réfèrent parfois à des études sur des animaux déclarant que cela démontre clairement un effet analgésique étant donné que les animaux (selon eux) ne sont pas sensibles à l'effet placebo, ce qui est déjà faux. Les animaux, lors de consultations, doivent être contraints et forcés pour être traités par acupuncture et quand un animal est ainsi contraint, il peut développer une forme d'anesthésie due à la peur et une catalepsie. En outre, les études ne comparent pas une "vraie" acupuncture d'une "fausse" et ne donnent aucun détail sur la source des points d'acupuncture retenus et utilisés. Ajoutons enfin que la littérature ancienne chinoise ne fait jamais état de l'acupuncture sur les animaux.


Conclusion

Ainsi qu'on l'a vu, pour y gagner en crédibilité, l'acupuncture devra se débarrasser de ses scories magiques d'un autre âge qui semblaient donner une explication ou une caution à sa pratique mais qu'on ne peut plus accepter de nos jours, à moins de rester la tête dans le sac. Malheureusement, débarrassée de tout son système de croyance, l'acupuncture n'est plus rien étant donné que même son efficacité réelle, quand elle est sérieusement mesurée, est inexistante. Qu'en faire sinon la ranger à côté des anciennes pratiques représentatives d'une époque révolue, tout comme certaines pratiques médicales occidentales le furent face aux avancées de la connaissance anatomique et physiologique ? Le refus de remettre en cause ses croyances est-il trop puissant pour que chez certains cette superstition demeure et continue à faire des adeptes ? Pas obligatoirement, ce qui fait l'originalité de l'acupuncture, comme d'ailleurs beaucoup de pratiques dites "alternatives", est le rapport différent qui existe entre le praticien et le patient, et c'est ce rapport (tel celui d'une voyante ou astrologue avec son client) qui aide déjà à "guérir" ceux pour qui l'effet placebo suffira à soigner de leurs petits bobos de la vie quotidienne, même au prix de l'irrationalité. Les praticiens pour la plupart en sont bien conscients, il s'agit de leur fonds de commerce.


Pour aller plus loin :
- Médecines alternatives : le guide critique. Collectif.
- Acupuncture : L'histoire et la pratique d'une médecine ancestrale. Evelyne Malnic.
- L'acupuncture chinoise histoire, doctrine et pratique. Lavier Jacques.
- Nei Tching Sou Wen. Houang-Ti.

A visiter :
- L'effet placebo.
- A la recherche du ch'i.
- L'acupuncture et ses études mondiales.
- Quoi de neuf à propos de l'acupuncture ?
- L'acupuncture contre le tabagisme.
- Des aiguilles et des hommes.
- L'acuponcture (lien Quackwatch).
- Les méridiens de l'OZ.

Références :
- Acupuncture and related interventions for smoking cessation. White AR, Rampes H, Campbell JL
- How good are systematic reviews of acupuncture?
- Acupuncture in patients with tension-type headache: randomised controlled trial
- Evaluation des preuves de l'acupuncture en rééducation (anglais)
- A Randomized Clinical Trial of Acupuncture Compared with Sham Acupuncture in Fibromyalgia
- Acupuncture and chronic pain : a criteria-based meta-analysis. Riet G, Kleijnen J, Knipschild
- A meta-analysis of studies into the effect of acupuncture on addiction. Ter Riet G, Kleijnen J, Knipschild P.
- Acupuncture for back pain : a meta-analysis of randomized controlled trials. Ernst E, White AR.
- An overview of two Cochrane systematic reviews of complementary treatments for chronic asthma: acupuncture and homeopathy. McCarney RW, Lasserson TJ, Linde K, Brinkhaus B
- Acupuncture for back pain: meta-analysis of randomised controlled trials and an update with data from the most recent studies Ernst E, White AR, Wider B.
- A controlled trial of the theory of acupuncture in musculoskeletal pain. Godfrey CM, Morgan P
- Acupuncture and chronic pain mechanisms. Ghia JN, et al.
- Efficacy of acupuncture on osteoarthritic pain. Gaw AC, Chang LW, Shaw LC
- Acupuncture compared with placebo in post-herpetic pain. Lewith GT, Field J, Machin D
- Traditional Chinese acupuncture in tension type headache : a controlled study. Tavola T, et al.
- Acupuncture Treatment No More Effective Than Sham Treatment In Reducing Migraine Headaches
- Introducing a placebo needle into acupuncture research. Streitberger K, Kleinhenz J.
- A meta-analysis of acupuncture techniques for smoking cessation. A R White, K-L Resch, E Ernst
- Acupuncture to stop smoking

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