Nature et utilité des anecdotes

L'anecdote est ce qui est utilisé le plus pour faire la promotion et justifier le recours aux médecines alternatives, mais elle est aussi en majorité usitée dans toutes les pseudo-sciences et dans le paranormal. Les anecdotes sont le matériau principal de la médecine dite "parallèle" et du paranormal au lieu de la preuve objective ayant recours à la méthode scientifique. Tandis que la science cherche à départager la cause de la coïncidence, les anecdotes souvent brouillent les pistes et favorisent toujours les coïncidences plutôt que les causes éprouvées.

Mais qu'est-ce qu'une anecdote ? Pourquoi portons-nous une attention toute spéciale à certaines expériences et en parlons nous ? Sont-elles vraies ou fausses ? Peuvent-elles être dignes de confiance ? Pourquoi agissons-nous sélectivement en ignorant d'autres expériences ? Ces questions sont vitales pour les gens qui considèrent qu'il est important de vraiment faire la part de ce qui est vrai et faux.


Définition :

La cause première pour laquelle nous racontons des anecdotes vient de ce que nous les trouvons intéressantes et souvent personnelles. Elles sont inhabituelles, et sont généralement quelque chose que nous avons personnellement expérimenté ou entendu parler. Nous ne les aurions même pas remarquées et n'en aurions pas parlé si elles n'étaient que l'expression de quelque chose de tout à fait normal au lieu d'être exceptionnelles. Nous nous en servons comme appui pour étayer nos arguments. Nous les utilisons quand nous manquons de preuves, faute de mieux. Nous les remarquons aussi souvent parce qu'elles corroborent une idée à laquelle nous tenons particulièrement. Bacon disait :"L'homme préfère croire à ce qu'il préfère être vrai."

Nous les utilisons aussi parce qu'elles donnent aux choses une touche toute personnelle. Elles sont une partie de nous. Des faits "à froids" ne nous touchent pas même si ces faits continueront d'exister, qu'on y croit ou pas. Ils ne changent pas selon que nous y croyons ou pas.

Tout ceci est inhérent à la nature des anecdotes. Elles sont, de par leur véritable nature, généralement inutilisables pour faire des conclusions en vue d'une application générale. Alors qu'elles nous intéressent tout naturellement, notre expérience personnelle ne peut être utilisée pour juger de ce qui pourrait être applicable aux autres, étant donné qu'il ne peut s'agir que d'une exception au lieu de la règle. Le faire peut conduire aux idées alarmistes les plus dangereuses, aux conséquences désastreuses pour les autres, qui eux représentent plus la plupart ce qui est caractéristique et non pas ce qui est exceptionnel. Il faut bien garder à l'esprit le fait que nous pourrions être beaucoup plus unique que ce que nous croyons ou admettons. Avoir recours à nos expériences personnelles et à nous-même en tant que standard pour les autres peut se révéler extrêmement imprudent.


Une subjectivité indigne de confiance

Le manque de crédibilité de l'information anecdotique est notoire. Les anecdotes sont enclines à la même faiblesse dont souffrent aussi les ragots : manque d'objectivité, exagération, déformation à cause des multiples répétitions, mensonges, partialité, etc. Quand ce ne sont pas des motifs plus "savoureux" qui entrent en jeu. Les anecdotes sont bien choisies, représentent habituellement des incidents exceptionnels, tandis que la grande majorité des expériences contraires sont soigneusement oubliées, ignorées voire même cachées.

C'est un fait inévitable de la nature humaine que ce qui est expérimenté personnellement est expliqué, et interprété, par la connaissance et l'expérience antérieures. En d'autres termes il s'agit d'un "filtrage" qui n'est pas totalement objectif ni nécessairement vrai. Etant donné que ces connaissances et cette expérience préalables sont nécessairement limitées et ont été interprétées de façon analogue, il peut y avoir une disposition naturelle à classer les expériences vécues en fonction de cette illusion. Le problème est circulaire, l'illusion devient ensuite partie intégrante de la personnalité.

Certaines personnes sont championnes pour ce qui est de construire des mondes fantaisistes (et fantasmagoriques), qui consistent en leur compréhension inexacte des choses et de la réalité. Mais ce n'est pas ainsi que cela "fonctionne". L'existence de la réalité est indépendante de la croyance, mais la perception de la réalité, elle, est influencée par la croyance, il faut donc bien faire attention à ce dont on croit.


Un scepticisme de bon aloi

Une des fonctions les plus importantes de l'éducation est de transmettre la connaissance du monde réel, et de savoir comment agir socialement d'une manière constructive. Tandis qu'une éducation supérieure ne peut garantir le sens commun ou prévenir de la croyance dans des idées erronées, cela nous aide à découvrir et à étudier ce qui est connu et éprouvé comme vrai, et digne de confiance plus que si nous n'avions aucune instruction. "C'est la marque d'un esprit bien formé que d'être capable de recevoir une idée sans l'accepter d'emblée" disait déjà Aristote.

Les scientifiques sont exercés à scruter, à insister sur la preuve adéquate, pour chasser les incohérences logiques et les arguments faibles. Il faut être naturellement méfiant des déclarations qui se passent d'expérience. Les étudiants en science sont entraînés à être sceptiques. Le mot d'ordre est "montre moi où est ta preuve!", s'il est impossible de la produire alors on n'est pas obligé d'y croire. Si la confiance est une disposition naturelle de l'enfance, le doute est ensuite une caractéristique de l'adulte.

Pour l'esprit scientifique, certains phénomènes sont tout à fait compris, ou du moins identifiés, et donc relégués à la place qui leur revient. Le personnel médical averti échappe aux pièges dans lesquels tombent facilement les esprits non entraînés à la pensée critique et à l'observation scientifique. Ils ont appris à discerner l'exception de la règle. L'erreur de raisonnement post hoc ergo propter hoc est le piège le plus souvent rencontré. Une coïncidence n'implique pas forcément une corrélation et une corrélation n'implique pas obligatoirement une cause. Par exemple, si vous avez le rhume et que vous vous sentez mieux après avoir pris une pilule homéopathique, la question qu'on peut se poser est alors : qu'avez-vous fait d'autre ? Avez-vous appelé votre mère au téléphone ? Avez-vous marché ? Bu un whisky ? Caressé votre chien ou votre chat ? Lu un livre ? etc. Pourquoi toutes ces choses ne devraient-elles pas être aussi mises au crédit de votre "guérison" ?

De la même manière, nous avons tendance à nous souvenir plutôt des échecs médicaux que des réussites, comme l'écrit fort justement Jean Brissonnet "Lorsqu'un malade se rend chez un médecin qui le guérit, tout est dans la norme. Le malade ne va pas crier sur les toits que la médecine est formidable et son docteur extraordinaire. Le médecin fait son travail, c'est tout, pas de quoi en "faire un fromage ". Par contre, celui qui va consulter un homéopathe ou un chiropracteur et s'en trouve satisfait a l'impression d'avoir transcendé la norme et obtenu sa guérison par une voie originale, il lui semble avoir participé à une expérience novatrice et il se transforme derechef en prosélyte. Plus moyen d'évoquer devant lui le plus petit bobo sans qu'il vous impose l'adresse de son praticien marginal. A-t-on jamais vu quelqu'un s'écrier l'air extasié, "j'avais une bronchite, mon médecin m'a donné un antibiotique, qu'elle merveilleuse médecine ! " Il serait ridicule : bronchite + antibiotique = guérison, pas de quoi s'extasier ! Par contre : urticaire + granules = soulagement, qu'elle merveille ! (www.pseudo-medecines.org), tout comme les actes rares restent plus facilement dans notre mémoire que les autres.

Le principe établit et logique selon lequel "la charge de la preuve revient toujours à celui qui affirme" n'empêche pas les scientifiques curieux à chercher des explications aux anecdotes et aux observations étonnantes ou paradoxales. La valeur de certaines anecdotes impressionnantes peut parfois stimuler et pousser à enquêter. Les anecdotes peuvent être considérées comme neutres, et donc dignes d'être examinées par quelqu'un. Elles concernent habituellement ce que quelqu'un a expérimenté, même si elles peuvent avoir été interprétées de manière incorrecte. Il ne s'agit habituellement pas de mensonges, quelque chose a été perçu, il s'est passé quelque chose. Il se peut que la perception soit défectueuse, mais l'expérience ne peut souvent pas être niée. Avant de le nier, il faut être en possession de preuves du mensonge de la personne et de son intention de tromper, ce qui peut arriver. Les activistes anti-vaccinations sont un exemple de cette duperie volontaire et délibérée.

La communauté scientifique est parfaitement consciente du caractère trompeur de l'expérience humaine, il l'ont appris via les expériences amères qu'ils ont pu vivre ayant livré de fausses données issues de mauvaises interprétations. Etant donné que ceux qui croient dans les médecines dites "alternatives" n'ont pas l'expérience de la conduite de recherches, et manquent souvent de l'éducation nécessaire dans ce domaine, ils acceptent plus facilement toute anecdote positive comme preuve de l'efficacité d'une pseudo thérapie ou d'un médicament. Cela n'a rien à voir avec l'intelligence, mais concerne la connaissance ou l'expérimentation. La preuve ne peut se contenter d'anecdotes, la preuve se doit d'être expérimentale et scientifique. Les anecdotes sont inutiles en ce sens qu'elles ne fournissent que des réponses idiosyncrasiques, tout un ensemble d'anecdotes n'en fera jamais une donnée fiable.


Les faiblesses des médecines parallèles

Le monde de la "preuve", dans les médecines dites alternatives, relève apparemment d'un tout autre paradigme que celui de la science. Ce qui semble en fait le plus faire défaut, chez ceux qui croient dans les médecines parallèles et les praticiens, est la prise de conscience de leur propre ignorance et faillibilité. Ils manquent d'abord d'humilité face à la connaissance en déclarant tout de go tout savoir sans avoir eu besoin d'étudier, leur système de croyance consiste en des rationalisations, des raisonnements circulaires, des désirs profonds et des spéculations plus qu'en l'expérimentation et l'observation critique. Ils exhibent souvent une ignorance arrogante tout en jugeant les scientifiques ou la médecine scientifique sans même la connaître parfaitement, pensant ainsi prendre de la hauteur et leur être supérieurs.

Par définition, les méthodes des médecines alternatives sont à la fois non prouvées et réfutées, même si elles ont en magasin des millions d'anecdotes positives et plusieurs milliers d'années derrière elles. Ni l'âge, ni la popularité ne peut faire d'une erreur quelque chose de vrai. C'est précisément parce que les anecdotes ne donnent que des réponses idiosyncrasiques qu'elles ne peuvent être jugées dignes de confiance, elles ne peuvent que représenter un début de motivation pour éventuellement mener une recherche plus approfondie dont le but sera de confirmer, ou non, des déclarations d'efficacité d'une thérapie.

Le champ de la médecine alternative est très fourni en déclarations fracassantes, en manque de documentation, en absences de recherche de documentations venant confirmer les déclarations. Les résultats propres à chacun et les anecdotes sont considérés comme suffisants. Les cas rapportés de personnes avec leurs témoignages sont abondants et utilisés comme "preuve" de leur efficacité, le charlatanisme ne fait rien d'autre et cela est un signe qui devrait éveiller le doute, lorsque seules des anecdotes existent pour vendre une idée ou un produit, il faut rester vigilant.

Une des conséquences les plus désastreuses, après bien entendu les blessures ou le retard pris dans la prise en charge d'une pathologie grave, reste les idées les plus saugrenues ou mystérieuses offertes aux gens. Les clients des médecines alternatives se voient exposées à des théories souvent ridicules, farfelues ou d'un autre âge, de la part de praticiens ayant un bagou suffisant associé à tout un discours obscur qui peut sembler attractif ou scientifique, mais ne reposant sur rien de vérifié ou sur des conceptions du corps humain totalement désuètes voire métaphysiques. En plus d'un verbiage abscons, ces avocats d'une "autre médecine" se feront l'écho d'un scepticisme, mal placé, envers la médecine scientifique, évoqueront des complots virtuels (du gouvernement, des laboratoires, de l'OMS, de l'Ordre des Médecins, etc.) pour justifier le rejet dont ils sont parfois l'objet. Ces praticiens pourtant ne possèdent pour la plupart aucune formation médicale, aucun diplôme que vient sanctionner plusieurs longues et fastidieuses années d'études, rarement de bagage scientifique mais seulement quelques théories faites maison et rien d'autre que des anecdotes à proposer.


Le rôle des anecdotes bien documentées

Les anecdotes dont ces praticiens d'opérette ont recours ne sont même pas des anecdotes cliniques, qui ont habituellement plus de valeur parce que la personne la rapportant possède la formation et l'expérience pour pouvoir déterminer sa valeur et sa signification. De telles anecdotes bien documentées peuvent être de véritables cas d'études, qui peuvent ensuite être utilisées pour stimuler quelque intérêt pouvant mener à la recherche. Mais cela requiert un certain nombre d'anecdotes de bonne qualité pour que cet intérêt voie le jour, des anecdotes de mauvaise qualité peuvent se compter par millions et pourtant n'avoir aucun intérêt.

Le meilleur moyen pour pouvoir tirer quelque chose des anecdotes est de les mettre soigneusement par écrit, de les rapporter à la façon d'une petite histoire de cas qui reprendra tout ce qui s'est passé, avec une explication hypothétique du pourquoi cela s'est passé. Bien que la conclusion hypothétique puisse sembler impeccablement logique, le fait de ne reposer sur aucun phénomène éprouvé par la recherche, fait qu'elle reste aussi fragile qu'un château de cartes. Les scientifiques sont tout à fait conscients de cela et savent qu'on ne peut faire reposer une thérapie ou vendre quoi que ce soit, sur une telle histoire.

Ecrire des études de cas ne peut être l'oeuvre que de scientifiques ou du personnel médical, dont l'expérience les a préparé à analyser de telles histoires et à déterminer s'il y a effectivement quelque chose à en tirer. De telles histoires ne prouvent rien en elles-mêmes, mais elles peuvent sembler si convaincantes qu'elles conduiront des chercheurs ou des enquêteurs à se pencher dessus pour les tirer au clair. La plupart du temps, après un examen minutieux, elles ne se révèleront être que des erreurs de logique, des erreurs d'échantillonnage ou d'autres causes (souvent inconnues sur le moment) invalident l'hypothèse. L'histoire s'arrête alors, la recherche aussi. Mais parfois l'histoire originale se révèle n'être que la partie émergée de l'iceberg et d'autres choses plus intéressantes sont découvertes par la suite.


La science du consensus

Les médecines alternatives se caractérisent par une "science du consensus" qui est l'idée selon laquelle si assez (dans le sens de beaucoup) de personnes croient en quelque chose, cela doit forcément être vrai. Ceci n'est pas de la science et cela reste une illusion. Il est si facile de créer un rapport de causalité après avoir vu quelque chose, mais corrélation ne fait pour autant causalité, cela peut induire des patients en erreur tout autant que des praticiens. Il y a une grande différence entre le type de preuve accepté dans un tribunal et ce qui est requis dans un cadre scientifique. En dehors des experts scientifiques qui interviennent souvent dans certaines affaires, dans un tribunal il est courant d'empiler les anecdotes (qui reste faible si elle est isolée) les unes sur les autres jusqu'à ce qu'elles soient acceptées comme fortement vraisemblables, que les présomptions soient devenues assez fortes pour être alors considérées comme des preuves suffisantes.

Le consensus peut aussi s'établir par le nombre de témoignages apportés, ce dont usent et abusent les charlatans vendant des produits ou techniques attrape-nigauds, les voyants, astrologues, vendeurs de compléments alimentaires miracles, de produits amaigrissant fantastiques, d'alchimie rajeunissante et revigorante. Comme le disait fort justement le psychologue Robert Cialdini : "Quand un homme s'arrête sur un trottoir très encombré et fixe un point dans le ciel, seuls 4% des passants se joignent à lui. Quand cinq hommes regardent en l'air le même point alors le pourcentage passe à 18%. Enfin quand le groupe de départ atteint 15 personnes, alors 40% des passants scrutent le ciel à leur tour."


L'affolement est la cause de l'hystérie collective

Un des domaines où la "science du consensus" règne en maître est lorsque différentes personnes collectent un ensemble d'anecdotes sensationnelles de nature calomnieuse. Le but étant de créer dans la population un affolement, une hystérie, une peur, une angoisse générale : une réaction psychosomatique de masse. De telles réactions surviennent de temps en temps, les exemples nombreux sont là pour en témoigner : les chasses aux sorcières, la peur du Coca contaminé en Belgique, les peurs des plantes transgéniques, la suspicion envers l'aspartame, les amalgames dentaires, les vaccins, la fluoration, les OVNIs, le sucre raffiné, le lait, le gluten, etc. Beaucoup de ces campagnes de la peur se nourrissent du sentiment d'insécurité des gens face aux nouvelles technologies et à l'inconnu.

Parfois ces campagnes sont menées et dirigées par les détracteurs de la médecine scientifique ou de la science. Ces gens et ces groupes ont une vision du monde, et des sympathies, anti-modernes, anti-science et veulent lutter contre ce qu'ils appellent "l'establishment" sans savoir vraiment qu'y mettre dedans. D'autres fois, il peut s'agir d'avertissements de la part de personnes de bonne foi mais dont le jugement est erroné ou biaisé et qui veulent faire passer ce que eux ont perçu comme dangereux. L'habitude qu'ont certains de ne collectionner que de telles histoires de complots ou d'alertes sur tout et rien, en dit plus sur la personne elle-même que sur la validité de ses hypothèses. La sollicitation et la collection d'anecdotes est problématique étant donné qu'il n'existe aucune certitude que les symptômes rapportés ait quelque chose à voir avec la substance accusée, ils peuvent tout aussi bien être causés par la peur elle-même.

Les hypocondriaques répondent très bien à une telle hystérie collective et sont de bons clients. Cependant des malades avec de vrais symptômes et de vrais maladies (cancer, sclérose en plaque, MST, SIDA) peuvent avoir reçu un diagnostic erroné de ces marchands de la peur et prendre le chemin d'un traitement superficiel et inefficace. Ce qui manque cruellement à toutes ces collections d'anecdotes est toujours la même chose : une méthode correcte pour les recevoir et les analyser. Alors que des symptômes peuvent être la conséquence de multiples causes, la manière de poser les questions peut faire la différence, et peut conduire vers une toute autre conclusion. Malheureusement, seule la conclusion, si erronée soit-elle, restera en mémoire alors qu'une analyse plus fine et plus rigoureuse aurait permis d'éviter un chemin fallacieux.


Les anecdotes ne sont donc pas un élément fiable pour juger de la réalité d'un phénomène, de l'efficacité d'une thérapie ou d'une substance, les émissions de télé-achat ne sont pas en reste et font aussi leurs choux gras sur les témoignages de toutes sortes parfois même à la limite du risible. De temps en temps, la légende urbaine n'est pas bien loin qui se répand comme une traînée de poudre. Comme il a déjà été dit, le simple fait de vivre soi-même une expérience fait toute la différence et annihile tout esprit critique et étouffe le recul nécessaire pour analyser correctement la situation vécue. Personne ne peut être vraiment objectif, seule l'expérience le peut, accompagnée de statistiques fiables et d'une étude bien menée.


Pour conclure

En guise de conclusion, reprenons simplement ce que disait déjà Schopenauer à propos des opinions, et qui s'applique fort bien au cas des anecdotes :

Il n'y a en effet aucune opinion, aussi absurde soit-elle, que les hommes n'aient pas rapidement adoptée dès qu'on a réussi à les persuader qu'elle était généralement acceptée. L'exemple agit sur leur pensée comme sur leurs actes. Ce sont des moutons qui suivent le bélier de tête, où qu'il les conduise : il leur est plus facile de mourir que de penser. Il est très étrange que l'universalité d'une opinion ait autant de poids. (...) Le caractère universel d'une opinion n'est ni une preuve ni même un critère de probabilité de son exactitude. Ceux qui le prétendent doivent admettre : 1) que l'éloignement dans le temps prive ce caractère universel de sa puissance démonstrative, sinon il faudrait qu'ils ressuscitent toutes les anciennes erreurs ayant fait autrefois communément figures de vérités (...) 2) que l'éloignement dans l'espace agit de même, sinon on met dans l'embarras l'universalité de l'opinion chez les adeptes du bouddhisme, du christianisme et de l'islam.

Ce que l'on appelle opinion commune est, à y bien regarder, l'opinion de deux ou trois personnes; et nous pourrions nous en convaincre si seulement nous observions comment naît une telle opinion. Nous verrions que ce sont d'abord deux ou trois personnes qui l'ont admise ou avancée et affirmée, et qu'on a eu la bienveillance de croire qu'elles l'avaient examinée à fond, préjugeant de la compétence suffisante de celles-ci, quelques autres se sont mises également à adopter cette opinion, à leur tour, un grand nombre de personnes se sont fiées à ces dernières, leur paresse les incitant à croire d'emblée les choses plutôt que de se donner le mal de les examiner.

Ainsi s'est accru de jour en jour le nombre de ces adeptes paresseux et crédules, car une fois que l'opinion eut pour elle un bon nombre de voix, les suivants ont pensé qu'elle n'avait pu les obtenir que grâce à la justesse de ses fondements. Les autres furent alors contraints de reconnaître ce qui était communément admis pour ne pas être considérés comme des esprits inquiets s'insurgeant contre des opinions universellement admises, et comme des impertinents se croyant plus malins que tout le monde.

Adhérer devint alors un devoir. Désormais le petit nombre de ceux qui sont capables de juger est obligé de se taire, et ceux qui ont le droit de parler sont ceux qui sont absolument incapables de se forger une opinion et un jugement à eux, et qui ne sont donc que l'écho des opinions d'autrui. Ils en sont cependant des défenseurs d'autant plus ardents et plus intolérants. (...) Puisqu'il en est ainsi, que vaut l'opinion de cent millions d'hommes ? Autant que, par exemple, un fait historique attesté par cent historiens quand on prouve ensuite qu'ils ont tous copié les uns sur les autres et qu'il apparaît ainsi que tout repose sur les dires d'une seule personne.


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