La fontaine de jouvence :
les charlatans de la jeunesse éternelle

"La dernière chose qui vieillit chez une femme, c'est son âge." Dr Aminado

A propos de l'article :

Les produits dits "anti-âge" sont un énorme business, une industrie de milliards d'euros. Mais le marketing de ces produits, invitant et cherchant à convaincre par tous les artifices possibles à acheter leur camelote, dénature souvent la science. Au lieu de rester silencieux et de sembler complaisants avec cette forme d'imposture, 51 des meilleurs chercheurs américains dans le domaine de la vieillesse, de la gérontologie (liste plus bas) ont collaboré pour adopter une position, couchée sur papier, et remettre ainsi les pendules à l'heure en faisant un état des lieux de la science à ce sujet. Cela a donné un petit essai, qui fit grand bruit Outre-Atlantique titré "No Truth to the Fountain of Youth" dont les 3 auteurs sont S.Jay Olshansky, Leonard Hayflick et Bruce A. Carnes, paru dans le magazine Scientific American de juin 2002. Il s'agit donc de la position de 51 scientifiques sur les impostures des produits "anti-âge" (souvent plus des attrape-nigauds qu'autre chose), sensés vous apporter une jeunesse éternelle, ou tout du moins repousser les limites et les ravages du temps, souvent vendus sous le label "anti-âge" par les charlatans de l'éternité.



Au siècle dernier la combinaison de campagnes de santé publiques réussies, de changements dans les modes de vie et des progrès de la médecine ont permis une formidable augmentation de l'espérance de vie humaine. Les longues vies connues par un nombre sans précédent de nos concitoyens dans les pays développés est un triomphe de l'ingéniosité humaine. Cette réussite remarquable a produit des changements économiques, politiques et sociaux qui sont à la fois positifs et négatifs. Bien qu'il y ait de bonnes raisons d'être optimiste dans la continuité du progrès de la santé publique et de ce que les sciences biomédicales contribueront à rendre nos vies de plus en plus longues dans le futur, une tendance inquiétante et potentiellement dangereuse a émergé ces dernières années.

Il s'agit de la résurgence et de la prolifération des "vendeurs de miracles" dans le domaine de la santé et des promoteurs de produits anti-âges, ou de nouveaux styles de vie, dont ils déclarent qu'ils ralentiront, arrêteront ou même inverseront le processus du vieillissement. Bien que dans la plupart des cas il n'y ait que de très faibles, voire pas du tout, bases scientifiques à leurs prétentions, le public dépense d'énormes sommes d'argent dans ces produits ou ces changements de style de vie, dont certains peuvent même être nuisibles.

L<>es scientifiques contribuent inconsciemment à la prolifération de ces produits de jouvence pseudo-scientifiques en ne participant pas au débat public à propos de ce que la science sait, connaît, expérimente, à propos des recherches sur la vieillesse et du processus du vieillissement. Le but de ce document est d'avertir le public contre l'utilisation de produits ou d'interventions anti-âges inefficaces et potentiellement dangereuses et de fournir un bref consensus, mais qui fait autorité, de 51 scientifiques reconnus internationalement dans leur domaine, de ce que nous savons et ne savons pas au sujet de la vieillesse humaine. Ce qui suit est une liste de sujets relatifs à la gérontologie qui sont importants et rencontrés à la fois dans la littérature profane et scientifique, avec le consensus, issus de débats et de discussions, des 51 scientifiques associés à cet article.


L'espérance de vie

L'espérance de vie chez les êtres humains est la moyenne du nombre d'années de vie restant à vivre pour une population à un âge donné, en supposant que tout un chacun connaîtra, pour le restant de sa vie, le même risque de mourir reposant sur une table statistiques. Pour un nouveau-né aux USA de nos jours (2002), l'espérance de vie est d'environ 77 ans. Le rapide déclin de la mortalité chez les nourrissons, les enfants, les femmes en couche ou les personnes plus âgées durant le 20° siècle a permis une augmentation de l'espérance de vie sans précédent de l'ordre de 30 années, s'établissant alors à 47 ans dans les pays développés en 1900. Répéter cet exploit, dans l'allongement de la durée de vie, pour les personnes vivant de nos jours est peu probable. La plupart des progrès antérieurs dans l'espérance de vie à la naissance reflète le formidable déclin du risque de mortalité chez les enfants et les jeunes adultes. Parce que la jeunesse ne peut être protégée qu'une seule fois seulement, et parce que ces risques sont maintenant si proches de zéro, des améliorations futures, même si elles ont lieu, n'auront qu'un impact très limité sur l'espérance de vie.

Les gains futurs dans l'espérance de vie nécessiteront donc un ajout en années de vie pour des gens ayant déjà survécu 7 décennies ou plus. Même avec une brusque chute de la mortalité à l'âge moyen de la mort de nos jours, il est peu probable que l'espérance de vie dépasse 90 ans (hommes et femmes associés) durant le 21° siècle, sans des progrès scientifiques qui permettront une modification des processus fondamentaux de la vieillesse. En fait, même en supprimant les causes de la mort relatives à la vieillesse couramment rapportées sur les certificats de décès de nos anciens, l'espérance de vie n'augmentera pas de plus de 15 années. Pour dépasser cette limite, les processus sous-jacents de la vieillesse qui augmentent la vulnérabilité à toutes les causes habituelles de la mort, devront avoir été modifiés


L'immortalité

Eliminer les causes de la mort relatives à la vieillesse, actuellement rapportées sur les certificats de décès, ne rendra pas pour autant les êtres humains immortels. Les accidents, les homicides, les suicides et le processus biologique de la vieillesse continueront leur bonhomme de chemin. La perspective d'une vie humaine éternelle est tout aussi improbable de nos jours qu'elle l'a toujours été, et des discussions à propos d'un scénario si impossible n'a rien à faire dans un débat scientifique.


La durée de la vie

La durée de vie est l'âge observé de la mort d'un individu, la durée maximale de la vie est l'âge enregistré et documenté le plus élevé de la mort chez une espèce. De temps en temps nous apprenons qu'un record a été battu, comme ce fut le cas pour Jeanne Calment qui décéda à l'âge de 122 ans. Bien qu'un âge si avancé soit extrêmement rare, la durée de vie maximum des êtres humains a continué d'augmenter parce que les records de longévité ne peuvent aller que dans une direction : l'augmentation. Malgré cette tendance, il est à peu près certain que, depuis que l'histoire existe, les gens auraient pu vivre aussi vieux que nos générations si des technologies, des modes de vie et des populations de tailles identiques avaient existé. Ce ne sont pas les gens qui ont changé, c'est leur environnement protégé dans lequel ils vivent et les avancées dans les sciences biomédicales, et les autres institutions humaines, qui ont permis à plus de personnes d'atteindre, ou d'approcher, leur potentiel de durée de vie.

Les records de longévité sont amusants, nourrissent un espoir, mais ils n'ont que peu de rapport avec nos propres vies parce que les diversités génétique, environnementale et de styles de vie garantissent qu'une majorité écrasante de la population décédera bien avant d'avoir atteint l'âge de l'individu le plus vieux.


La médecine anti-âge

Les partisans et défenseurs de ce qui est connu sous la dénomination "médecine anti-âge" déclarent qu'il est maintenant possible de ralentir, de stopper ou d'inverser le processus de vieillissement par l'intermédiaire d'interventions médicales et scientifiques existantes. Des déclarations de ce type ont été faites des milliers de fois, et elles sont toujours aussi fausses et mensongères de nos jours qu'elles l'étaient déjà dans le passé. Des mesures préventives sont à l'origine d'une part importante de la santé publique et de la médecine gériatrique et une attention prudente aux conseils sur la nutrition, l'exercice et le tabac peuvent augmenter les chances de vivre plus longtemps et en meilleure santé, mais un changement de mode de vie reposant sur ces précautions n'affecte en rien les processus du vieillissement. Les déclarations les plus dramatiques, faites par ceux qui soutiennent la médecine anti-âge sous la forme de médicaments spécifiques, de cocktails de vitamines ou de mixtures d'hormones ésotériques, ne sont pourtant confirmées par aucune étude scientifique, et il est difficile d'éviter de conclure que ces déclarations sont intentionnellement mensongères, fallacieuses ou exagérées pour des raisons purement commerciales.

Ce marketing mensonger, et l'acceptation par le public de la médecine anti-âge, n'est pas seulement une perte, un gaspillage d'argent, il rend également plus difficile l'information au public de la véritable recherche scientifique sur la vieillesse et la maladie. Les interventions médicales pour les maladies relatives à l'âge ont pour résultat une augmentation de l'espérance de vie, mais aucune n'a jamais prouvé avoir modifié les processus sous-jacents de la vieillesse. L'utilisation de cosmétiques, la chirurgie esthétique, la coloration des cheveux et tout autre moyen de masquer les manifestations et les ravages du temps peuvent certes être efficaces pour camoufler les changements dus à l'âge, mais ils ne ralentissent pas, ne stoppent ni n'inversent le vieillissement. De nos jours il n'existe rien qui ressemblât à une intervention anti-âge.


Les anti-oxydants

La théorie, respectée scientifiquement, du vieillissement à cause les radicaux libres sert de fondement dans le rôle important qu'ont pris les anti-oxydants dans le mouvement anti-âge. L'affirmation qu'ingérer des suppléments contenant des antioxydants peut influencer la vieillesse est souvent utilisée pour vendre des formules antioxydantes. La logique utilisée par ses partisans reflète une totale incompréhension de comment les cellules détectent et réparent les dommages causés par les radicaux libres et du rôle important que les radicaux libres jouent dans les processus physiologiques normaux (comme celui de la réponse immunitaire et de la communication cellulaire).

Néanmoins, il existe un petit doute sur le fait qu'ingérer des fruits et des légumes (qui contiennent des antioxydants) puisse réduire les risques associés aux maladies de la vieillesse comme le cancer, les maladies de coeur, la dégénérescence de la peau et les cataractes. Actuellement, il n'existe que de faibles preuves, provenant d'études sur des êtres humains, comme quoi les suppléments contenant des antioxydants provoqueraient une réduction du risque aussi bien de ces conditions physiques que sur la vieillesse et les conséquences de l'âge, mais il y a un certain nombre de tests randomisés actuellement en cours étudiant le possible rôle des suppléments pour certains états physiques relatifs à l'âge, les résultats seront effectifs ces prochaines années. En attendant, les possibles effets hostiles d'une simple dose de suppléments, tel que le béta-carotène, doivent conduire à plus de prudence dans leur utilisation anarchique. En tant que tels, les suppléments antioxydants peuvent avoir certains bénéfices pour la santé chez certaines personnes, mais jusqu'à présent il n'y a aucune preuve scientifique justifiant l'affirmation selon laquelle ils auraient des effets positifs sur le vieillissement humain.


A visiter :
- Les Actualités sur les vitamines.
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- "Beauté" : des rédactrices de magazines féminins encore pires que les publicitaires.
- Immortalité: la fin du commencement.
- L'immortalité n'est pas pour demain.

Les auteurs :
S. Jay Olshansky (School of Public Health, University of Illinois at Chicago), Leonard Hayflick (University of California at San Francisco) and Bruce A. Carnes (University of Chicago/National Opinion Research Center)

Participants (par ordre alphabétique):
Robert Arking, Allen Bailey, Andrzej Bartke, Vladislav V. Bezrukov, Jacob Brody, Robert N. Butler, Alvaro Macieira-Coelho, L. Stephen Coles, David Danon, Aubrey D.N.J. de Grey, Lloyd Demetrius, Astrid Fletcher, James F. Fries, David Gershon, Roger Gosden, Carol W. Greider, S. Mitchell Harman, David Harrison, Christopher Heward, Henry R. Hirsch, Robin Holliday, Thomas E. Johnson, Tom Kirkwood, Leo S. Luckinbill, George M. Martin, Alec A. Morley, Charles Nam, Sang Chul Park, Linda Partridge, Graham Pawelec, Thomas T. Perls, Suresh Rattan, Robert Ricklefs, Ladislas (Leslie) Robert, Richard G. Rogers, Henry Rothschild, Douglas L. Schmucker, Jerry W. Shay, Monika Skalicky, Len Smith, Raj Sohal, Richard L. Sprott, Andrus Viidik, Jan Vijg, Eugenia Wang, Andrew Weil, Georg Wick and Woodring Wright

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