L'aromathérapie

S'il est vrai qu'un peu d'huile parfumée ou aromatisée est agréable au nez, il faut savoir que les prétentions et affirmations de l'aromathérapie vont bien au-delà. L'aromathérapie consiste à mettre quelques gouttes d'huile odorante, sympathique et plaisante, dérivée de plantes, soit dans votre bain, soit prise en inhalations et autres massages. Lorsqu'on prend un échantillon de ces "huiles essentielles", telles qu'ils les nomment, on est d'abord surpris par leurs arômes uniques et répétitifs. Mais, vous direz : où est le problème si on veut que ça sente bon pendant qu'on prend son bain ou qu'on se fait masser ? Selon certains dermatologues, un très faible pourcentage de la population est allergique à certaines huiles essentielles. Mais pour la plupart, la réponse est qu'il n'y a aucun problème. Une petite dose d'huile aromatique ne vous fera sans doute aucun mal, et cela sentira bon, merveilleux !

Le problème vient en fait des déclarations des praticiens les plus reconnus ou célèbres, déclarations qui sont confuses, ambiguës, douteuses et non confirmées scientifiquement. Après avoir lu plusieurs livres et articles écrits par des supporters enthousiastes de l'aromathérapie, il apparaît que certains thèmes récurrents méritent une recherche un peu plus approfondie. Passons sur le fait que certains ésotéristes reconnaissent à l'huile des pouvoirs magiques !

Un de ces thèmes est ce qu'on peut appeler une "causalité confuse". Tous les aromathérapeutes vous dirons, avec raison, que si vous vous relaxez quelques minutes dans un bon bain chaud dans lequel vous aurez ajouté quelques gouttes d'huiles essentielles, vous vous sentirez bien même lorsque vous sortirez de votre baignoire. Ceci est tout à fait vrai mais qu'est-ce qui, ici, cause ce bien-être ?

Est-ce la chaleur, l'eau, les quelques minutes de repos, les quelques gouttes d'huiles ou une combinaison de tout cela ? Il serait facile de diriger une expérience dans le but de le déterminer, mais pour une raison qui nous échappe, les aromathérapeutes ne pensent pas qu'il soit utile de le faire. Au lieu de cela, ils supposent que la cause de ce bien-être, de cette relaxation, reste les huiles. Selon les dermatologues : "la quantité d'huiles essentielles dans ces quelques gouttes, présente dans le bain, et qui pourrait pénétrer dans la couche épidermique est probablement trop peu importante pour avoir un effet physiologique systémique significatif."

D'autres exemples de cette causalité confuse transpirent dans les écrits aromathérapeutes. Hoffmann (1987, p.94) prétend que la camomille est bonne pour l'insomnie si elle est ajoutée à un bain pris à une heure tardive le soir. Mais est-ce l'heure avancée ou la camomille qui vous aide à dormir ? Pour le stress, Lavabre (1990, p.108) recommande la relaxation, un meilleur régime alimentaire, des suppléments alimentaires, un peu plus d'exercice, et quelques gouttes d'un mélange d'huiles, on se passerait de l'huile qu'on n'y verrait que du feu. Heinerman nous informe (1988, p.197) que l'huile de jasmin en massage sur l'abdomen et l'aine aide la stimulation sexuelle.

On peut parier que c'est vrai ... avec ou sans jasmin d'ailleurs. A la page 301 il suggère que pour rendre potable l'eau non potable, il suffit de la faire bouillir et d'y ajouter du romarin, de la sauge ou du thym avant de la boire. La chaleur ayant de toute façon déjà éliminé pratiquement tous les germes. Edwards (1994, p.135) mentionne que plusieurs patients des hôpitaux d'Angleterre étaient massés à l'aide d'huiles essentielles. Selon elle, "l'effet relaxant et reposant des huiles essentielles aide à remonter le moral des patients." A votre avis, est-il possible que le massage seul fasse aussi bien que les huiles ?

Une des tactiques préférée utilisée par les aromathérapeutes est l'utilisation de revendications ou de prétentions ambiguës ou vides. Ils semblent parfaitement maîtriser la technique. Selon Frawley (1992 p.155) l'encens "nettoie l'air des énergies négatives", qu'est-ce que les énergies négatives ? Le lecteur est encouragé à se faire masser avec de l'huile régulièrement (p.155) parce que cela "conserve l'équilibre des nerfs", comment s'aperçoit-on d'un nerf en déséquilibre ? Lavabre déclare (p.114) que la résine benjoin vous "délivrera du mauvais esprit.", formidable !

Apparemment l'huile de conifères est une des meilleures car recommandée (p.64) "pour tout type de travail intellectuel.", pourquoi donc se limiter aux mauvais esprit ? Edward (p.134) cite Visant Lad disant : "l'énergie vitale entre dans le corps par le nez." Si "l'énergie vitale" est ce qu'on appelle communément l'oxygène, pourquoi ne pourrait-elle pas aussi entrer par la bouche ? Hoffmann (p.95) dit que l'ilangs-ilangs est "supposé être aphrodisiaque", supposé ou réellement ? A propos de l'huile de l'arbre à thé, Edwards est d'avis (p.135) "qu'il y aurait des chances pour qu'elle joue un rôle dans les traitements contre le SIDA." s'agit-il de "chance" ou de certitude ? A la même page elle nous indique que l'aromathérapie est bonne "pour restaurer l'équilibre et l'harmonie entre le corps et l'esprit." Une telle phrase peut vouloir dire tout ce que vous voulez, et rien à la fois !


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Références :
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