L'aspartame, faits & fiction.

A en croire ce qu'on peut trouver sur internet, il semblerait qu'un élément chimique que l'on trouve dans des milliers de produits soit la cause d'une épidémie de maladies neurologiques sérieuses, telles que la sclérose en plaque ou le lupus. Les Autorités de la Santé, les sociétés qui fabriquent ce produit, et le "complexe médico-industriel" (les labos) seraient tous au courant du danger, mais ils cacheraient la vérité au public dans le but de protéger leurs profits, et pour éviter l'article empoisonnant qui serait publié si cette vérité était révélée.

Nous sommes en présence d'une forme particulière de la théorie du complot mondial organisé appliquée à l'aspartame. Car c'est sans compter les chaines de mail, dont on connait le sérieux et la fiabilité, qui n'hésiteraient pas à dévoiler la vérité. Armés des dernières anecdotes personnelles, de spéculations invérifiées et de déclarations scientifiques improbables, ces mails et les blogs qui se consacrent au sujet de l'aspartame, évoquent les dangers de l'élément chimique depuis des années. Ces derniers font fi des études sans nombre publiées (elles-mêmes manipulées par les cartels de cette poudre blanche, disent-ils) démontrant que l'aspartame est sans danger, ils continuent à répandre dans le public peur et hystérie... irrationnelles.

Qu'en est-il vraiment ? Quels sont les faits et la fiction ? La notion selon laquelle l'aspartame serait dangereux, depuis son arrivée sur le marché au début des années 1980, circule depuis presque le début. Et tout comme la rumeur et la désinformation ont tendance à le faire, les peurs gravitant autour de cet édulcorant se sont cristallisées avec le temps.

A tel point que certains nutritionnistes conseillent parfois de l'éviter, citant des déclarations invérifiées qu'il est dangereux. Des centaines de sites internet évoquent les "dangers" de l'additif. Ces derniers proposent même parfois à la vente des "kits de détoxication" de l'aspartame, dont les preuves d'efficacité ou d'utilité sont encore plus faibles que celles sur la prétendue dangerosité de l'aspartame. Peu importe, ces kits se vendent non pas sur des éléments de preuves scientifiques irréfutables (de la nocivité de l'aspartame ou de l'utilité de leurs kits), mais grâce à l'anxiété et la peur, beaucoup plus vendeurs.


Qu'est-ce que l'aspartame ?

L'aspartame est un substitut du sucre bien connu, vendu sous plusieurs noms de marque. C'est l'association de deux acides aminés : L-aspartique et L-phénylalanine. On le trouve soit sous forme de paquets individuels, soit dans la composition de boissons sans sucres et autres aliments de régime.

Certains aliments que nous ingérons sont directement absorbés et utilisés sans être transformés, comme l'eau. Mais la plupart de ce que nous mangeons est métabolisé. L'aspartame est métabolisé. Il se dégrade en acide aspartique, en phénylalanine et en méthanol. L'acide aspartique et la phénylalanine sont des acides aminés dont nous avons besoin pour survivre. Le méthanol est produit en petites quantités par le métabolisme de nombreux aliments; il est sans danger en petites quantités. Un bol de jus de tomate produit six fois plus de méthanol qu'un de soda de régime.

Le méthanol est complètement métabolisé via le formaldéhyde en acide formique; au final il ne reste pas de formaldéhyde. Enfin, l'acide formique est dégradé en eau et en dioxyde de carbone. Des études sur les êtres humains ont montré que l'acide formique est plus rapidement éliminé qu'il ne se forme après l'ingestion de l'acide aspartique. Ainsi, ces composés apparaissent bien et alors ? Nous avalons de plus grandes quantités de ces mêmes composés avec notre nourriture habituelle, et cela ne nous fait aucun mal.

L'aspartame a été reconnu comme sans danger pour la consommation humaine (Excepté pour ceux atteints du problème génétique phénylkétonurie qui doivent éviter l'aspartame parce qu'ils ne peuvent pas transformer la phénylalanine, et accumulent de fortes doses de phénylalanine qui peuvent endommager leur cerveau) par les agences de régulation de plus de 90 pays dans le monde, décrite même par la FDA (Food & Drugs Agency Américaine) comme "l'un des additifs alimentaires le plus testé et contrôlé que l'agence ait approuvé" et sa sécurité comme étant très claire.


Des études

Que disent les éléments de preuves disponibles à propos de l'aspartame ? Une revue publiée de toutes les preuves disponibles1, comprenant des centaines d'études, conclut :

Les études ne fournissent aucune preuve pour soutenir une association entre l'aspartame et les cancers de quelque tissu qui soit. Le poids des preuves existantes sont que l'aspartame est sans dangers aux niveaux de consommation courants en tant qu'édulcorant non nutritif.

De multiples revues de toutes les études scientifiques disponibles, depuis 19852, en sont arrivées à la même conclusion. Depuis cette dernière analyse, il y a eu davantage d'études dans différents pays (énorme conspiration ?), ne montrant aucun lien entre l'aspartame et le cancer du cerveau3, et une absence de corrélation entre les édulcorants artificiels et les cancers gastriques, pancréatiques et de l'utérus4.

Quand le Comité Scientifique Européen de l'Alimentation a évalué l'aspartame il a trouvé plus de 500 articles scientifiques sur l'aspartame publiés entre 1988 et 2001. Il a été étudié sur les animaux, différentes populations humaines y compris les nourrissons, les enfants, les femmes, les adultes obèses, les diabétiques et les femmes qui allaitent. De nombreuses études ont éliminé toute association avec les migraines, les crises d'épilepsie, avec le comportement, la cognition, l'humeur, les réactions allergiques et autres troubles. Il a été évalué plus que n'importe quel autre additif alimentaire.



Pour aller plus loin :
- Peut-on encore manger sans avoir peur ? Pierre Feille.
- Histoire des peurs alimentaires : Du Moyen Age à l'aube du XXe siècle. Madeleine Ferrières.
- Les prêcheurs de l'Apocalypse : Pour en finir avec les délires écologiques et sanitaires. Jean de Kervasdoué.
- L'inquiétant principe de précaution. Gérald Bronner, Étienne Géhin.

Références :
1- Aspartame: a safety evaluation based on current use levels, regulations, and toxicological and epidemiological studies. Crit Rev Toxicol. 2007;37(8):629-727.
2- Aspartame. Review of Safety Issues. Council on Scientific Affairs. JAMA. 1985;254(3):400-402.
3- Links between private habits, psychological stress and brain cancer: a case-control pilot study in France. J. Neurooncol. 2010 Sept 11.
4- Artificial sweeteners and the risk of gastric, pancreatic, and endometrial cancers in Italy Cancer Epidemiol Biomarkers Prev. 2009 Aug;18(8):2235-8.
5- Opinion of the Scientific Panel on Food Additives, Flavourings, Processing Aids and Materials in contact with Food (AFC) on a request from the Commission related to a new long-term carcinogenicity study on aspartame. The EFSA Journal (2006) 356, 1-44 Opinion.
6- Gain weight by "going diet?" Artificial sweeteners and the neurobiology of sugar cravings. Yale J Biol Med. 2010 June; 83(2): 101-108.

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