L'astrologie médicale
La maladie des astres

Tout le monde connaît l'astrologie qui est la pseudoscience la plus populaire et la plus répandue de nos jours, ne serait-ce que par le nombre de ses praticiens et/ou clients (même si parmi eux, beaucoup se déclarent volontiers plus amusés par la lecture de l'horoscope du matin que fondamentalement croyants) et qui, malgré ses nombreuses réfutations et ses erreurs, est toujours largement représentée dans les médias populaires peu scrupuleux de rigueur intellectuelle, mais avides de lectorats pas trop regardant sur la qualité des contenus. Par contre, peu de personnes (en tout cas bien moins) connaissent une de ses "applications" dans le domaine strictement médical, révélée sous le nom pompeux, mais logique, d'"astrologie médicale", même si dans les horoscopes ou thèmes astraux une rubrique "santé" côtoie toujours celle des "amour", "travail" et "argent".

Comme on pouvait s'y attendre, et en tant qu'avatar de l'astrologie, l'astrologie médicale repose sur l'action des planètes sur la santé. Mais cela va même plus loin, car si, dans le droit fil de sa grande soeur caractérielle, elle permettrait de faire des prédictions a priori sur l'état de santé à venir de chacun en fonction de son signe, de son thème astral, "L'astrologie médicale donne des indications importantes sur le 'terrain de santé'3", elle permettrait également de prendre en main sa destinée : "en suivant quelques principes simples, d'éviter les pathologies auxquelles on est plus sensibles3". Bien entendu, les mêmes questions qui se posaient déjà sur la validité de l'astrologie, se posent également pour son pendant médical, notamment celle de la réalité de l'influence des planètes sur l'état de santé et leurs conséquences.

Tout comme pour ce qui est du thème astral, dont l'efficacité repose sur d'une part le hasard (étant donné la masse impressionnante de prédictions et de déclarations faites chaque année, les chances de tomber juste sont très élevées) et d'autre part l'effet barnum, la réussite des prédictions de l'astrologie médicale est facilitée par le fait que les "diagnostics" sont eux aussi relativement généraux, vagues, impersonnels et fréquents : surveiller le coeur, tendance à l'hypertension, problèmes de dos, mal au jambes, etc, technique de validation subjective bien connue des astrologues ou des voyants qui permet de ratisser large.

Mais ce n'est pas tout, car "l'expérience ou l'observation empirique" [sic] des "conseillers en astrologie médicale" leur permettrait de déterminer un type de pathologie associé à un signe astrologique donné, d'établir des correspondances planètes/organes. Ainsi, le Scorpion qui est (on ne sait pourquoi)"tourmenté, profond, secret et indépendant" devra "surveiller toute la sphère génitale", le Cancer "affectif cyclique qui a des états d'âme, attaché au passé" (comme beaucoup de monde) doit surveiller "son estomac (système digestif) et les seins pour la femme". Avec de tels diagnostics, c'est sûr, la médecine n'a plus qu'à s'incliner, les médecins passeront derrière les astres, les thèmes astraux seront déterminants !


Des signes, des astres et des maladies

La définition du "terrain de santé" est déterminée par le thème astral, par le signe solaire car, est-il dit : "le soleil représente l'énergie, la vitalité qui diffère selon les signes. L'ascendant qui est déterminé par l'horizon 'Est' au moment de la naissance, joue aussi un rôle important dans la santé ainsi que les planètes qui sont en corrélation avec les organes. Ainsi, une planète va vitaliser certains organes ou au contraire les fragiliser3"

De la même manière que les planètes influencent et détermineraient les personnalités de chacun en astrologie, elles détermineraient aussi la "vitalité" des organes et donc les maladies à venir. La résignation à l'origine des thèmes astraux s'étend donc dans le domaine médical. Le caractère réactionnaire de l'horoscope touche aussi la maladie qui, au lieu d'être punition divine, devient "punition" astrale, auquel assisterait, impuissant, l'être humain.

Comment se manifeste le thème astral dans notre corps ? Laissons s'exprimer la spécialiste4 :

"Par exemple, un enfant Bélier ascendant Sagittaire, a beaucoup d'énergie. Il peut avoir des manifestations spectaculaires. Si cet enfant est malade, son organisme va manifester par de fortes poussées de fièvre. Les parents s'affolent. Et pourtant, s'ils connaissaient le thème de leur enfant, ils sauraient que la fièvre est une expression de son organisme."

Partant d'une prémisse ("un enfant Bélier ascendant Sagittaire a beaucoup d'énergie") qui, espérons-le, mais il ne faut pas rêver, est tirée d'une étude rassemblant des milliers de sujets Bélier ascendant Sagittaire comparés au reste des enfants non Bélier ascendant Sagittaire, et qui n'auraient pas beaucoup d'énergie (soit dit en passant : un enfant sans énergie est soit malade, soit fatigué, soit en train de dormir), après, bien entendu, une quantification correcte de ce que signifie "avoir beaucoup d'énergie" comparé à ce que pourrait signifier concrètement "avoir moyennement d'énergie" ou en "avoir pas beaucoup", notre "astrologue médicale" nous explique que la fièvre est en réalité une conséquence du thème d'un enfant Bélier ascendant Sagittaire malade. Qu'en est-il des millions d'autres enfants qui ne sont pas Bélier ascendant Sagittaire et qui ont aussi de la fièvre lorsqu'il sont malades, comme cela arrive fréquemment ? La fièvre est une réaction immunitaire normale face à une attaque infectieuse, sans que les astres y soient pour quoi que ce soit. Et rien dans les déclarations astrologiques ne vient prouver que les enfants Bélier ascendant Sagittaire ont plus de fièvre que les autres.

Mais cela ne dérange pas la pratique de l'astrologie médicale, qui est bourrée de ce genre d'affirmations au mieux gratuites, au pire foncièrement stupides.

Le ridicule de la prévention médicale astrologique transpire ne serait-ce que dans les maladies sous-jacentes associées à tel ou tel signe. Comme vu plus haut, les personnes du signe du Cancer devront se méfier du "système digestif et les seins pour la femme", bref, les Cancer devront se méfier du ... cancer ! On ne peut s'empêcher de faire le rapport entre le Scorpion devant se méfier de toute la sphère génitale et sa dangereuse queue, aussi trivial que cela puisse paraître. Et le Bélier, qui doit surveiller "la tête et le crâne (migraines, insomnies...)" parce que c'est bien connu qu'à force de foncer tête baissée contre les obstacles, les portes ou les intrus, le bélier doit ressentir une certaine douleur à la tête. Le Taureau doit prendre garde à "son cou et sa gorge", où l'expression "avoir un cou de taureau" prend toute sa valeur, et la Vierge se méfier "de la zone du ventre (abdomen, pancréas...)", or tout le monde sait bien qu'une Vierge enceinte n'est plus vraiment vierge à moins de s'appeler Marie, l'analogie avec le ventre tombe sous le sens.

Comme on peut le noter, le diagnostic médical de l'astrologie est on ne peut plus arbitraire, n'a rien de scientifique mais est majoritairement symbolique. Etant donné les fondamentaux de l'astrologie, il ne fallait évidemment pas s'attendre à quelque chose de plus développé. Aucune étude épidémiologique ne vient soutenir ces conclusions à la limite du risible. On pourrait à loisir extrapoler le schème de pensée de l'astrologie médicale occidentale à celle de l'astrologie chinoise, en décrétant par exemple que les personnes du signe du Chien sont sensibles des dents ou des oreilles, que ceux du Coq devront faire attention à leurs cordes vocales !

Cependant, les thuriféraires de l'astrologie médicale tentent aussi de légitimer leur pseudoscience en invoquant certains noms connus de la médecine, qui vont servir d'argument d'autorité, à défaut d'autre chose de plus consistant :

"L'Astrologie Médicale existait déjà à l'époque de Hippocrate, le Père de la médecine moderne5"

Où sont associés pour la bonne cause le nom d'Hippocrate et son époque, le déclarant Père (avec une majuscule) de la médecine pour mieux faire ressortir son aspect dignitaire, alors que la médecine moderne est bien loin de l'époque d'Hippocrate tant dans son efficacité que dans sa démarche; quand la tentative de légitimation ne vient pas tout simplement, comme pour ce qui est de l'astrologie, de l'ancienneté de la pratique qui suffirait à prouver à elle seule l'efficacité de la chose, que dire dans ce cas de l'esclavagisme ou de la prostitution comme systèmes sociaux éprouvés par les siècles ? Doit-on remettre au goût du jour les saignées ou la théorie des humeurs justement chère à Hippocrate ? L'épileptique devra-t-il être traité par un exorciste parce que cela est "ancien" et s'est étalé sur des siècles ?


A Lire utilement :
- Astrologie, derrière les mots. Laurent Puech.
- Astrologie : Art, Science... ou Imposture ? Frédéric LEQUEVRE.
- L'astrologie. P. Couderc.
- Les charlatans du ciel A. Gillot-Petre.

- L'astrologie par Paul Couderc.
- Astrologie contre astronomie.
- L'astrologie.
- La vérité de l'horoscope sort du puits.
- Les influences planétaires.
- L'astrologie inversée.
- Lunatique.
- Critique de l'astrologie.
- Des astres réactionnaires ?
- Votre horoscope et thème astral.
- Votre véritable signe zodiacal.

[3] Pratiques de santé n°30, mai 2005
[4] Sylvie Chermet-Carroy, auteure de "Astrologie médicale"
[5] http://www.astrosante.com/associations.htm
[6] http://www.astromail.fr/
[7] http://www.pseudo-sciences.org/

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