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L'astrologie médicale
La maladie des astres
(Suite)

Ou bien encore des déclarations physiologiques et physiques pour le moins farfelues, pour donner un semblant de crédibilité aux interactions planètes/corps humain :

Le corps humain est composé en grande majorité d'eau, il subit donc des influences des Planètes comparables à celles des marées qui sont influencées par la Lune5

Or, si la Lune, et le soleil, sont bien à l'origine des marées, la physique du globe n'est pas la physique de l'individu, les rapports ne sont bien entendu pas les mêmes, et les croyances relatives aux effets de la lune sur l'être humain ont été réduites à néant depuis que de nombreuses études et relevés statistiques sont venus en montrer toute la vacuité. Quant à l'influence des planètes, elle est inexistante, celle d'une montagne toute proche ou du soleil étant autrement plus importante. Mais l'astrologie médicale est aussi un royaume ou l'amalgame (foireux) est roi.

La "simplicité" de l'astrologie fait tâche d'huile en contaminant son avatar, le caractère simplet de l'astrologie médicale, qui ne nécessite pas d'études médicales très poussées (on se demande d'ailleurs pourquoi les médecins perdent 10 ans d'études alors que tout est dans le ciel, et que 8 leçons chez vous suffiront pour vous permettre de décoder !), ressort dans les déclarations de ses adeptes :

Le Poisson doit surveiller ses pieds car il vit dans un monde de rêve et de croyance. Il aspire à ne pas rester trop souvent sur terre et cherche à s'évader, soit par la musique, soit par la poésie, soit par une mystique. Ce manque de contact avec la terre se manifeste tout naturellement par les pieds4

Et notre "conseillère en astrologie médicale" de rappeler que les Poissons sont sujets "à la rétention d'eau", on devine assez aisément pourquoi...


Le signe ne suffit pas

En astrologie médicale, le signe zodiacal ne suffit pas à tout expliquer, tout comme pour ce qui est de l'astrologie commune et ses bons vieux horoscopes, les planètes du système solaire ont leur mot à dire. Pour illustration, Mars a différents effets selon que la planète est dans le Bélier, le Cancer ou le Sagittaire. Dans le premier cas, Mars "donne une tendance aux coups de soleil, à l'hémorragie ou à la congestion cérébrales, à l'inflammation des méninges, à la fièvre cérébrale et au délire, aux élancements à la tête, à l'insomnie et aux blessures à la tête6", lorsqu'elle est dans le Cancer, c'est une toute autre histoire car "elle donne tendance à la fièvre de lait, à la dyspepsie, à l'inflammation, aux ulcérations et aux hémorragies de l'estomac6" !

Ainsi, les coups de soleil ne sont plus causés par le soleil ni ses rayons, mais bien par Mars dans le Bélier, devenue cause ultime. Une inflammation n'est plus la conséquence d'une réaction de l'organisme aux lésions des tissus ou aux infections, mais celle de Mars dans le Cancer. Arrivé à ce stade, on peut légitimement se poser la question de savoir si ces conclusions sont tirées d'études scientifiques établies et incontestables, peut-on espérer un semblant de méthode hypothético-déductive ? C'est mal connaître l'astrologie médicale et son symbolisme omniprésent. Ici aussi, des correspondances sont faites à partir de présupposés ésotériques et magiques. En effet, à partir d'une phrase supposée d'Hermès Trismégiste, "ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut", on en infère tout un ensemble de correspondances virtuelles entre les planètes et leur action sur l'organisme humain, reposant davantage sur la base des noms des astres que d'un effet physique avéré.

Comme le note fort justement Laurent Puech dans son livre Astrologie, derrière les mots :

Toute mythologie est le produit d'une culture, elle-même produit d'une époque et d'une société. (...) Uranus, Neptune et Pluton sont ainsi nommées car les astronomes les ayant découvertes ont choisi des noms dans la lignée de ceux déjà choisis (de la mythologie). Et c'est à partir de ces noms que sont définis les caractères des planètes. (...) Le caractère des planètes s'est construit non pas à partir d'un aller-retour rigoureux entre position planétaire et observation d'effets terrestres, mais par extension du mythe associé."

A noter enfin que dans leur souci "d'objectivité et de vérité", les astrologues médicaux ont eux aussi oublié de prendre en compte l'influence de satellites comme Io, Titan ou Callisto (ces derniers ayant pourtant une taille plus importante que Pluton, Mercure ou que la Lune), ainsi que de toute la ceinture des 4000 astéroïdes gravitant entre Mars et Jupiter. Et en nous gratifiant de truismes abêtissants tels que "Ce que nous savons aujourd'hui est le fruit de siècles de recherches5", c'est oublier un peu vite qu'Uranus n'a été découverte qu'en 1781, Neptune en 1846 et Pluton en 1930, les siècles dont il est question, et l'astrologie médicale telle que pratiquée à l'époque de Hippocrate, devait s'en ressentir sérieusement handicapée dans ses "diagnostics et prescriptions".

L'astrophysicien Jean-Claude Pecker résume admirablement la situation lorsqu'il dit :

"On justifie souvent l'astrologie en invoquant les correspondances mystérieuses entre les signes du Zodiaque et les parties du corps humain... Le coeur serait gouverné par le Lion, le sexe par le Scorpion, les pieds par les Poissons... La médecine du moyen âge a largement utilisé (à tort !) ces correspondances, et elle ne soignait pas grand-chose. Cela avait un sens il y a mille ans. Ciel et Terre étaient complémentaires, mais essentiellement différents : le monde des hommes est périssable, fragile; il est dominé par le monde du ciel, éternel et puissant... Ce genre d'idées ne tient plus dés lors que nous savons que la nature physico-chimique des astres est la même que celle des êtres vivants : hydrogène, oxygène, carbone... Tout cela constitue la matière des étoiles, celle du Soleil celle des hommes. Il n'y a pas de correspondance ou d'analogie mystérieuse. L'unité de la nature est profonde, réelle et non fantastique. Et cela élimine ces analogies sans signification, sous-jacentes pourtant à toute astrologie.7"

Le monde d'Aristote n'est plus, ses correspondances et sa philosophie naturelle ont été remplacées par l'observation directe des phénomènes, et leur étude objectivement établie.

Le dossier astronomique de l'astrologie médicale est donc vide, tout aussi vide que celui des signes zodiacaux que l'astrologie croit voir dans les étoiles, et qui sont à la base de tout son système, signes qui ne sont en fait que des effets de perspective, des figures perçues comme telles depuis notre Terre, mais sans aucune existence objective, pas davantage que les correspondances médicales qu'elle croit percevoir. Le monde du vide appliqué à la médecine.


Des repas interplanétaires

Le côté pseudo médical de l'astrologie eut été incomplet si la nutrition n'était de la fête. C'est chose réparée :

L'alimentation doit être adaptée aux besoins de chaque personne et aux spécificités de son métabolisme, d'où une alimentation correspondant au signe solaire et au signe Ascendant ainsi qu'aux Planètes affligées

La légitimation vient ici aussi d'un passé extraordinaire, d'un "âge d'or" d'où une sagesse alimentaire aurait émergé, mais qui serait de nos jours enfouie dans un savoir ésotérique à redécouvrir. Des connaissances nutritionnelles utilisées "depuis l'aube des temps", alors que l'on ignorait tout des composants fondamentaux des aliments et de leurs interactions avec le corps. Où l'on oublie que c'est depuis l'avènement de la médecine scientifique et de la Recherche que l'espérance de vie s'est envolée, la nature n'ayant que faire de notre bien-être.

De ces mêmes méthodes de correspondances arbitraires va naître tout un "plan astro-alimentaire", sur le modèle de celui des régimes avec la Lune. Faisant des associations conceptuelles et lexicales hasardeuses, afin de rendre des expressions creuses plus savantes, on assiste à la naissance de l'"astro-chrono-alimentation", des correspondances "phytho-zodiacales". La nutrition n'est donc plus la transformation et l'utilisation des aliments par l'organisme, mais est fonction des astres et des planètes gravitant à des millions de kilomètres. Il fallait que ce soit dit, l'astrologie médicale ne pouvait passer à côté de ce marché au risque de perdre une importante part de clients potentiels dans le domaine des régimes et de la diététique.


Conclusion

Qu'en est-il des bases scientifiques de l'astrologie médicale ? Elles sont, faut-il s'en étonner, inexistantes. Au mieux symboliques, au pire arbitraires, les méthodes diagnostiques et les conclusions tirées de la pratique "astro-médicale" ne reposent sur aucune étude significative, ni épidémiologique, aucune réalité sous-jacente ni statistique. Un langage fourre-tout ésotérique, insipide et vide, parsème chaque définition à la ressemblance de sa génitrice : l'astrologie. Mais le diagnostic rassure le malade qui voit enfin se matérialiser son mal par des mots, l'étiquette est parfois nécessaire pour que soit reconnu sa souffrance ou sa douleur, l'absence de diagnostic médical réel ouvre la voie aux pseudo diagnostics de l'astrologie médicale car leur simplicité est leur principal avantage. Simplicité qui peut expliquer pourquoi les adeptes de l'astrologie médicale sont souvent aussi souvent les mêmes qui avalent tout rond le discours homéopathique, ou font allégeance à toutes les autres formes de patamédecines.

Le plus regrettable est le sentiment de résignation injustifié que peut faire naître cette pseudo thérapie astrale, résignation qu'il est bon de balayer en effaçant ce message morbide, ou de mort, prédestinés et imposés, pour celui de l'espoir. Car l'astrologie n'a pas son mot à dire en matière médicale, comme elle n'a rien à dire en ce qui concerne la personnalité de chacun. Les "conseillers en astrologie médicale" sont aussi mauvais en médecine ou en santé que les astrologues le sont en astronomie, leurs prédictions aussi fausses que celle des voyants. Le charlatan veut se substituer à l'homme de savoir, le dogme veut pousser la science biomédicale dehors, l'incompétent voudrait rejoindre le camps des spécialistes sans trop de fatigue. Il reste à espérer que le champ d'action de l'astrologie médicale se limitera à la crédulité humaine, et n'investira pas celui du désespoir morbide.


A Lire utilement :
- Astrologie, derrière les mots. Laurent Puech.
- Astrologie : Art, Science... ou Imposture ? Frédéric LEQUEVRE.
- L'astrologie. P. Couderc.
- Les charlatans du ciel A. Gillot-Petre.

- L'astrologie par Paul Couderc.
- Astrologie contre astronomie.
- L'astrologie.
- La vérité de l'horoscope sort du puits.
- Les influences planétaires.
- L'astrologie inversée.
- Lunatique.
- Critique de l'astrologie.
- Des astres réactionnaires ?
- Votre horoscope et thème astral.
- Votre véritable signe zodiacal.

[3] Pratiques de santé n°30, mai 2005
[4] Sylvie Chermet-Carroy, auteure de "Astrologie médicale"
[5] http://www.astrosante.com/associations.htm
[6] http://www.astromail.fr/
[7] http://www.pseudo-sciences.org/