L'Aura existe-t-elle ?

Des études empiriques n'ont apporté aucune preuve de l'existence d'une aura autour des êtres humains, dont on prétend que seuls les médiums/voyants seraient en mesure de voir. Pourquoi, dans ces conditions, la croyance dans les auras persiste-t-elle ?

Le mot "aura" lui-même vient d'un terme Grec qui signifie "se déplacer à la vitesse de l'éclair". L'aura est considérée comme étant un champ brillant qui entoure l'être humain, et qui serait indétectable, excepté par les "médiums doués". En déchiffrant l'aura d'un individu, ceux-ci affirment être en mesure d'en déduire la personnalité, la santé et les émotions actuelles9.

Ceux qui croient en l'aura la décrivent comme une "force vitale qui dépasse le périmètre de la peau dans l'atmosphère pour créer un champ énergétique, ou aura, qui fourni énormément d'informations sur la nature et le fonctionnement des êtres humains"8. Plusieurs méthodes ont été utilisées pour tester l'existence des auras. L'une de ces méthodes a été utilisée pour tester des individus "qualifiés" qui déclarent voir les auras. Des tentatives ont aussi été faites pour regarder les auras à l'aide de différents instruments et dispositifs. La grande majorité de ces tests, passés en revue ci-dessous, ont apporté des preuves limitées sinon inexistantes de la réalité des auras. Malgré l'absence de preuves, les partisans des auras continuent de soutenir leur existence.


Les études empiriques des Auras

Une méthode simple pour tester l'existence des auras est de tester les médiums qui affirment être capables de les détecter. Dans une de ces expériences, un studio de télévision a été utilisé sans fenêtres, avec une barrière au centre, et des entrées et sorties de chaque côté6. Un médium et un expérimentateur étaient disposés d'un côté de la barrière, tandis qu'un ou deux sujets entraient dans le studio de l'autre côté (invisibles pour le voyant). Le médium avait moins de trois minutes pour discerner combien il y avait d'auras de l'autre côté. Deux générateurs de bruit de fond étaient utilisés pour couvrir tout signal ou son subtil, comme la respiration, qui aurait pu donner des indices au médium sur le nombre de sujets présents dans la pièce. Résultats : le médium n'a pas fait mieux que le hasard.

Une autre expérience avait suivi une méthodologie plus élégante4. Elle a pris place dans une pièce qui contenait quatre écrans faits de panneaux de fibres non peints, qui étaient placés en rang sur l'un des murs de la pièce. Dans cette expérience, contrairement à la précédente, un groupe de contrôle a été utilisé. Dix voyants d'auras et neuf non médiums (le groupe de contrôle) ont été sélectionnés pour participer à l'expérience. Tous les participants devaient deviner derrière lequel des quatre écrans était caché l'expérimentateur. Cette tâche reposait sur l'hypothèse selon laquelle l'aura rayonne à quelques centimètres du corps et pouvait être visible au-delà de l'écran.

Des stores couvraient la grande fenêtre sur le mur derrière les écrans, et tout le mur était couvert de papier brun. Les ombres suggestives étaient éliminées grâce à des lampes positionnées de part et d'autre des écrans. Un total de 36 sessions, consistant en 1449 essais, ont été réalisées. Les résultats n'étaient pas significatifs pour les deux groupes, bien que "le groupe de contrôle ait fait légèrement mieux que le groupe expérimental4".

Des tentatives ont été menées pour mesurer objectivement et expérimentalement les auras. Différents instruments ont été utilisés voire même inventés pour observer les auras. Au début des années 1900, W.J. Kilner pensait que les auras pouvaient être visibles par le recours à des écrans de dicyanine qui contiennent de l'aniline. Le colorant, parait-il, modifiait la sensibilité de l'œil en "rendant temporairement l'observateur myope et ainsi plus apte à percevoir le rayonnement dans la bande des ultraviolets5". Kilner a étudié l'aura humaine dans des buts diagnostics et refusait toute implication médiumnique ou occulte. Ironiquement, le mouvement spiritualiste a rapidement soutenu les résultats de Kilner comme preuve de l'existence de l'aura. Rapidement ensuite, des spectacles et lunettes d'aura ont été inventés, basés sur l'idée des écrans de dicyanine 4.

Des instruments existants ont aussi été utilisés pour tenter de mesurer quantitativement le rayonnement qu'une aura est supposée émettre. Un photomultiplicateur, appareil hautement sensible, a été utilisé pour essayer de détecter ce rayonnement3. Le photomultiplicateur réagit à d'infimes quantités de lumière en produisant des quantités mesurables de charge électrique. La quantité de charge produite est proportionnelle à la quantité de lumière détectée par l'appareil. Celui-ci réagit à la lumière visible et à l'ultraviolet, mais pas aux infrarouges qui comprend les effets de la chaleur. Cette expérience a démontré que les êtres humains renvoient de l'énergie dans le spectre visible et ultraviolet, ce qui n'étonnera personne. Car si le corps humain ne renvoyait pas d'énergie dans le spectre visible, il serait invisible.

La photographie Kirlian a également été utilisée pour tenter d'examiner les auras. Une image photographique Kirlian d'un objet est obtenue quand un grand potentiel électrique est appliqué entre l'objet et une électrode isolée diélectriquement7. Un exemple célèbre dans lequel la photographie Kirlian semble démontrer la réalité de l'aura a eu lieu quand un morceau de feuille a été photographié puis déchiré. La feuille a alors été rephotographiée, ce qui résulta en une faible image de la section déchirée qui apparaissait toujours sur la seconde photo9. La décharge gazeuse de faible intensité lumineuse, connue comme étant la couronne de décharge, vient de la différence de pression, d'humidité, de courant et de conductivité entourant la feuille, qui persiste temporairement après que la partie déchirée ait été retirée, et était responsable de l'image Kirlian de la feuille complète7.


Les croyances en l'Aura persistent

Voir des auras est en fait l'une des expériences psi les moins fréquentes. A partir d'une analyse des études sur la population en général, Zingrone, Alvarado et Agee ont conclu que "la fréquence de vision des auras va de 0% à 6%15".

L'une des explications de cette persistance de la croyance dans les auras, étant donné qu'il n'y a aucune preuve objective de leur réalité, pourrait venir de rares cas de synesthésie. La synesthésie est un trouble neurologique non pathologique dans lequel des expériences sensorielles, qui sont habituellement séparées, sont vécues ensembles. Le type le plus fréquent est la synesthésie couleur-chiffre/lettre, dans lequel le synesthète perçoit les nombres et les lettres en couleur13. Dans des cas rares, les couleurs sont associées à des visages. Ward14 a rapporté une étude de cas où une synesthète voyait des couleurs pour les noms des gens qu'elle connaissait personnellement. Elle rapportait qu'elle percevait des couleurs qui occupaient tout son champ de vision quand sa synesthésie était provoquée par des mots.

Elle percevait visuellement distinctement les noms et les visages des gens qu'elle connaissait avec des halos colorés ou des "auras" projetées autour de la personne ou du nom. "Elle ne croyait pas posséder des pouvoirs mystiques et ne s'intéressait pas à l'occulte. Cependant, il n'est pas bien difficile d'imaginer comment, à une époque différente, une telle interprétation pouvait apparaitre14". Il y a d'autres cas documentés d'études dans lesquelles des synesthètes ont rapporté projeter des couleurs sur des gens (Riggs and Karwoski 1934; Collin 1929; Cytowic 1989; Weiss et al. 2001; Ramachandran & Hubbard 2001 cité in Ward 2004). Il est tout spécialement intéressant que dans deux échantillons distincts, Zingrone, Alvarado, et Agee (2009) aient trouvé que des individus ayant rapporté voir des auras étaient significativement plus susceptibles de rapporter aussi des événements synesthétiques.

Il y a d'autres explications de la croyance persistante des auras. Les déformations perceptuelles, illusions et hallucinations pourraient favoriser la croyance dans les auras. Des processus physiologiques comme des cas rares de luminescence humaine causés par des infections bactériennes, pourraient aussi être responsables de certains comptes-rendus d'auras1. Des facteurs psychologiques, comprenant l'absorption, la propension à l'imagination, la vigueur de la photographie d'art et après-image pourraient aussi être responsables du phénomène d'aura. Gissurarsson et Gunnarsson4 évoquent quatre classes ou modèles d'explications possibles : scientifique, clinique, psychique et l'imagerie d'aura. Dans le modèle scientifique, par exemple, un individu pourrait vivre des visions d'une série de halos colorés entourant la tête d'une autre personne.

Ce phénomène connu sous le nom de "la gloire" survient habituellement à l'extérieur dans certaines conditions météorologiques, quand une ombre est projetée sur un nuage de gouttes d'eau uniforme. Dans le modèle clinique, voir une aura pourrait être associé à l'épilepsie. Bien que les auras épileptiques sont généralement olfactives ou émotionnelles, des auras visuelles ont aussi été rapportées. Les maux de tête résultent ordinairement de phénomènes visuels qui peuvent être facilement interprétés comme des auras12. Des troubles de la vue pourraient aussi expliquer des expériences de type aura. Selon le modèle psychique, les auras pourraient être attribuées à des rayonnements de champs électromagnétiques inconnus qui sont, d'une manière ou d'une autre, visibles pour certains individus. Cela semble cependant hautement improbable. Le modèle de l'imagerie aura suggère que les individus qui affirment voir des auras pourraient en réalité percevoir une personne via ses sens, tandis que leur esprit et mémoire réinterprètent cette information comme étant une expérience d'êtres lumineux.

Des facteurs psychologiques sont positivement associés à des déclarations d'expériences paranormales qui pourraient aussi contribuer à la croyance dans le phénomène des auras15. Une étude2 a rapporté que la vision d'aura était associée à des niveaux plus élevés de comptes-rendus d'expériences imaginaires et fantaisistes, ou d'images éclatantes. Dans une autre étude, une relation positive entre les auras et les déclarations d'autres expériences paranormales a été trouvée15. Le fait de voir des auras a plus été associé à des aspects d'absorption et moins à des aspects de processus dissociatifs. L'absorption a été décrite comme étant une "prédisposition envers le traitement de perception inhabituelle ou d'imagerie"15. Ces auteurs ont aussi trouvé que les gens qui rapportent voir des auras étaient aussi plus enclins à rapporter avoir des rêves prémonitoires, des rêves lucides et plus clairs ainsi que des expériences de décorporation.

Des facteurs psychologiques, comme la propension à la fantaisie, la suggestibilité et ainsi de suite, sont associés à des niveaux d'activité de dopamine dans le cerveau11. La catéchol-O-méthyltransférase (COMT) est une enzyme qui dissocie la dopamine dans le cerveau. Il a été découvert que selon l'allèle du gène COMT que possède un individu, est associé un certain degré de sa suggestibilité et de sa capacité à être hypnotisé10. Ainsi, la propension à voir des auras pourrait avoir, en partie du moins, une fondement à la fois neurochimique et génétique.


Conclusion

En résumé, bien qu'il y ait de nombreuses preuves que les êtres humains sont entourés de champs thermiques, électromagnétiques et électrostatiques3, il manque de preuves sur l'existence des auras que les médiums affirment percevoir. Cette croyance toujours vivace de la réalité des auras peut être attribuée à plusieurs effets psychologiques, neurologiques et optiques.


Pour aller plus loin :
- Parapsychologie : science ou magie ? James ALCOCK.
- Au coeur de l'extra-ordinaire, Henri BROCH.
- Le paranormal, Henri BROCH.
- Y croyez-vous ?, Pascal Forget.
- Guide critique de l'extraordinaire. Renaud Mahic.

À lire aussi :
- La perception extra-sensorielle.
- La parapsychologie, histoire d'une fraude.
- La radiesthésie : véritable science ou pur charlatanisme ?

Références :
1- Alvarado, C.S. 1987. Observations of luminous phenomena around the human body: A review. Journal of the Society for Psychical Research 54: 38–60.
2- Alvarado, C.S., and N.L. Zingrone. 1994. Individual differences in aura vision: Relationship to visual imagery and imaginative-fantasy experiences. European Journal of Parapsychology 10: 1–30.
3- Dobrin, R., C. Kirsch, S. Kirsch, et al. 1977. Experimental measurements of the human energy field. Psychoenergetic Systems 2: 213–16.
4- Gissurarsson, L., and A. Gunnarsson. 1997. An experiment with the alleged human aura. Journal of the American Society for Psychical Research 91: 33–49.
5- Kilner, W. J. 1965. The Human Aura. New Hyde Park, NY: University Books.
6- Loftin, R.W. 1990. Auras: Searching for the light. Skeptical Inquirer 14(4): 403–9.
7- Pehek, J.O., H.J. Kyler, and D.L. Faust. 1976. Image modulation in corona discharge photography. Science 194: 236–70.
8- Pierrakos, J.C. 2005. Core Energetics: Developing the Capacity to Love and Heal. Mendocino, CA: Core Evolution Publishing.
9- Randi, J. 1995. An Encyclopedia of Claims, Frauds, and Hoaxes of the Occult and Supernatural. New York: St. Martin's Press.
10- Raz, A. 2007. Suggestibility and hypnotizability: Mind the gap. American Journal of Clinical Hypnosis 49: 205–10.
11- Raz, A., T. Hines, J. Fossella, et al. 2008. Paranormal experience and the COMT dopaminergic gene: A preliminary attempt to associate phenotype with genotype using an underlying brain theory. Cortex 44: 1336–41.
12- Sacks, O.W. 1985. Migraine: Understanding a Common Disorder. Berkeley: University of California Press.
13- Spector, F., and D. Maurer. 2009. Synesthesia: A new approach to understanding the development of perception. Developmental Psychology 45: 175–89.
14- Ward, J. 2004. Emotionally mediated synaesthesia. Cognitive Neuropsychology 21: 761–72.
15- Zingrone, N.L., C.S. Alvarado, and N. Agee. 2009. Psychological correlates of aura vision: Psychic experiences, dissociation, absorption, and synaesthesia-like experiences. Australian Journal of Clinical and Experimental Hypnosis 37: 131–68

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