L'auriculothérapie
ça picote les oreilles !

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Bien entendu, et comme dans la majorité des cas de médecines parallèles, l'auriculothérapie n'a jamais été confirmée scientifiquement, ses équivalences physiologiques entre l'oreille, le système nerveux du pavillon et les organes du corps n'ont jamais été établies, son efficacité est inexistante et ses fondements hautement douteux, voire totalement ésotériques. Ses concepts reposent en fait sur des correspondances embryologiques sans fondements empiriques, mais à contrario uniquement mystiques et hermétiques où le foetus possède une position magique en relation directe avec la santé. Il faut bien entendu beaucoup d'imagination pour intégrer dans une oreille un système de relations pour le moins cabalistique par de tel présupposés, mais cette configuration a parfois l'avantage de simplifier bien des correspondances et d'apporter des réponses simples et facilement compréhensibles à l'ensemble biologique complexe qu'est le corps humain, tout en simplifiant à l'extrême les causes des maladies. La simplicité d'une combinaison telle que celle de l'auriculothérapie étant beaucoup plus facile à intégrer que le discours peut-être abscons, parcellaire et "froid" de la médecine scientifique.

Les fondus de l'oreille aiment cependant ressortir une étude, tout ce qu'il y a de contestable et de contestée, réalisée à l'Institut Gustave Roussy de Villejuif[2]. Étude dont la valeur scientifique ne vaut guère plus que celle d'autres pseudo-sciences[3], malgré son argument d'autorité. Une étude précédente, publiée au Journal of the American Medical Association[4] avait été négative.

Est-il d'ailleurs utile de faire des études sur une pratique partant de concepts et principes magiques, de correspondances oreille-foetus/corps humains tout droit sortis de l'imagination fertile de leur inventeur ? N'est-ce pas pure perte de temps, et d'argent du contribuable (sans parler du risque pour la santé des sujets) que d'étudier des associations physiologiques imaginaires, forgées pour satisfaire une analogie de forme entre un foetus et une oreille ? Combien de temps faudra-t-il répéter qu'analogie ne vaut pas démonstration ?

L'auriculothérapie rappelle étrangement la théorie des signatures. Cette "théorie" (qui n'a de théorie que le nom) suppose qu'une analogie de forme confère automatiquement les mêmes propriétés aux éléments, aux objets, qui se ressemblent. Comme d'autres voient dans la corne de rhinocéros un symbole du pénis (en érection), et en tirent tout un ensemble de conséquences aphrodisiaques complètement farfelues (mais qui coûtent cher aux rhinocéros), les auriculothérapeutes perçoivent dans l'oreille une quelconque ressemblance avec un foetus, et en déduisent tout un ensemble de correspondances pour chaque organe du corps. Partant de là, est-il utile de faire des études dans le but de prouver ce type de correspondances absurdes ? Faudrait-il faire passer des tests de QI à de gros mangeurs de noix sous prétexte que les noix ressemblent à un cerveau, et de ce fait rendraient intelligentes ?

Il existe une extension de l'auriculothérapie avec "l'auriculo-médecine" qui est considérée par ses partisans comme une méthode de diagnostic, et qui établit une correspondance entre l'excitation des points du pavillon de l'oreille et le pouls :

"On peut, si l'on prend le pouls avec suffisamment d'habileté et de sensibilité, observer des variations intéressantes au cours de l'excitation. De cette manière, on utilise le pavillon comme un tableau de référence, véritable cartographie que l'on explore, cette exploration se traduit par des "informations" fournies par le pouls suivant l'organe exploré."

Pour bien faire, mieux vaut bien entendu s'armer de tout un équipement spécialisé comme le palpeur à pression, le stigmascope ou un punctoscope dont le prix n'a naturellement aucun rapport avec l'utilité ou l'efficacité du produit. Cette méthode diagnostique de prise du pouls, après stimulation des points virtuels de l'oreille, n'a elle non plus, jamais été confirmée par des études rigoureuses, et on ne peut s'empêcher de penser que quelque soit la stimulation par des aiguilles ou un appareil électrique, le stress de la douleur ressentie ou de l'angoisse sous-jacente à une telle opération, verra de toutes façons, à moins d'être un(e) habitué(e) des séances d'acupuncture complètement insensible aux piqûres, le coeur s'emballer et la fréquence du pouls se modifier. De là à en tirer des conclusions hâtives sur l'état de santé du patient, il y a un pas que seuls les "initiés" peuvent, ou mieux osent, franchir allègrement et sans scrupules.

Comme il est stipulé à la fin d'un ouvrage relatif à la pratique et qui en vante pourtant les vertus :

"Science toute récente et très ancienne en même temps, l'auriculothérapie exige encore une étude scientifique approfondie pour devenir totalement efficace"

Le mot "science" est ici de trop car la science requiert, avant de tirer des conclusions, une expérimentation sans faille et rigoureuse, mais qu'à cela ne tienne, les lacunes de l'auriculothérapie dans le domaine de sa vérification scientifique n'empêchent pourtant pas les praticiens d'en faire une thérapeutique à part entière, de vendre la pratique comme telle et de prétendre à des résultats sur les seuls témoignages de quelques clients, dont on sait qu'ils ne peuvent constituer une preuve fiable de l'efficacité d'une thérapeutique ou d'un médicament. Dans le cas qui nous occupe ici, tout a été fait à l'envers et en dépit du bon sens : le "fondateur" invente de toutes pièces un concept, le met en application, puis ensuite seulement cherche à le valider en le considérant d'ores et déjà comme réel et efficace. Nous retrouvons donc bien les attributs de la pseudoscience et de la patamédecine, essayant quelque fois de se protéger de leur absurdité en avançant que le futur leur donnera raison, la rendant ainsi en quelque sorte irréfutable scientifiquement...


Pour aller plus loin :
- Les charlatans de la santé. Jean-Marie ABGRALL.
- Histoires parallèles de la médecine. Des Fleurs de Bach à l'ostéopathie. Thomas Sandoz.
- Introduction pratique à l'auriculothérapie. Paul-M.-F Nogier.
- Médecines alternatives : le guide critique. Collectif

A visiter :
- L’acupuncture contre le tabagisme.
- Toutes les informations sur l'acupuncture.

Notes :
[1]- Auriculothérapie : interdiction de publicité.
[2]- Analgesic Effect of Auricular Acupuncture for Cancer Pain: A Randomized, Blinded, Controlled Trial. D. Alimi, C. Rubino, E. Pichard-Léandri, S. Fermand-Brulé, M. Dubreuil-Lemaire, C. Hill
[3]- Auriculothérapie : Vrai et faux placebo. Monique Bertaud, Association Française pour l'Information Scientifique
[4]- Auriculotherapy fails to relieve chronic pain. A controlled crossover study. R. Melzack et J. Katz

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