La seconde découverte coule à pic : Pas de classement "spontané" des particules
En 1986, M. Berthault avait écrit, d'une plume assurée, dans la première note :
"Ces expériences étudient le dépôt en continu et en eau calme d'un sédiment hétérogranulaire. Il est observé que le matériel déposé s'organise spontanément aussitôt après son dépôt en lamines granoclassées."
La même affirmation de ce prétendu "classement spontané des sédiments après leur dépôt" revenait plusieurs fois et, on s'en souvient, c’est la conjonction de ces deux phénomènes qui avait motivé l’acceptation par M. Millot de publier la note (en 1986) – alors que, pendant plus de dix ans, il avait refusé les communications de M.Berthault.
Mais en 1988, à l'Institut de mécanique des fluides de Marseille, l'infirmation fut catégorique. Voici le texte de la note n° 2 (p. 724, §2 ) :
"Infirmation de l'observation de l'enfoncement des plus gros grains dans le dépôt. Au cours de ces expériences un tel enfoncement n'a pas été observé, comme l'auteur l'avait vu lors d'une de ses expériences, ce qui ne pouvait qu'être accidentel."
Dès lors, M. Millot, commentant la note de 1988 (document privé) estima que le spectacle des grains migrants après dépôt avait été "une illusion due à des effets de capillarité sur la paroi transparente du récipient ". De ce fait, "la lamination n'était donc pas postérieure au dépôt du mélange, mais synchrone". Elle n'était que l'effet turbulent de l'introduction du mélange dans le liquide. "On voyait donc revenir l'influence [bien connue] des courants qui classent" par granoclassement. En somme, on revenait à la case départ : c’était la fin des grandes découvertes.
"Illusion" selon M. Millot ? "Accident" selon l'Institut de Marseille ? Fantasme ? Vision ? Mirages ? Miracle ? Apparition ? En tout cas, "Exit" la seconde découverte. Dès lors le bilan se réduit à cette navrante équation :
note 1 + note 2 = zéro (ou 3 fois rien)
Le bilan formulé par M. Millot n'était pas moins cinglant : dans une lettre adressée à M. Berthault (document privé), il lui signifie vertement, qu'au terme des deux notes sur le même sujet, ses "travaux" le ramènent à son point de départ puisque la lamination soi-disant effectuée spontanément en eau calme, après dépôt, se ramène en fait à une lamination par granoclassement sous l’influence d’une agitation, même faible! Au total que restait-il des prétendues découvertes ? :
- Plus de lamines en eau calme, sans courant. ni agitation.
- Plus de classement spontané après dépôt. Plus rien, en somme !
Ne restent que quelques broutilles, rescapées du naufrage : quelques mesures devenues sans objet, d'importance infime et qui n'auraient certes pas justifié deux notes aux CRAS !
Epilogue : Perseverare diabolicum
Croit-on que M. Berthault s'inclina devant les conclusions de ses propres expériences ? Ce serait ignorer la logique particulière de la foi et de la mauvaise foi conjuguées chez les créationnistes "scientifiques". Calme ou agitée, l'eau devra rester "calme": ainsi le veut la Bible infaillible. La démonstration s'était prise à ses propres pièges ? Qu'importe, car enfin, qui lirait jamais la note n° 2 aux CRAS ? Et d'ailleurs, même vides, même réduites à l'existence pure, là-haut sous la Coupole académique, les deux notes ne gardent-elles pas, encore aujourd'hui, leur vertu tutélaire et mystificatrice ? Quant à la seconde note, loin de nuire à la précédente, n'avait-elle pas revigoré et décuplé la crédibilité du stratagème mensonger ? Ce ne serait plus désormais une seule note aux CRAS que pourrait invoquer M. Berthault, mais bel et bien deux notes ! On sait si ce dynamique tandem a fait du chemin ! Tout le reste (la science, l'expérimentation, la raison, la vérité, les Instituts de Marseille ou d'ailleurs, l'Académie des sciences, M. Millot, etc.) ne fut d'aucun poids: "du vent"! "Mon juge est Dieu, le reste est du vent et je ne veux pas en faire!" (Expériences, op. cit., p. 22).
Le 16 février 1988 était publiée la seconde note aux CRAS. Et dès le 15 mars 1988 était diffusée la "Pérestroïka stratigraphique". Et dans ce document étaient reprises, imperturbablement, toutes les "erreurs" dénoncées par la note n° 2, moins d'un mois auparavant – et toujours sous la bannière de l'Académie des sciences – sans démenti du Quai Conti.
Et depuis, à chaque printemps, on voit refleurir, sous divers travestissements lexicaux, des géologies "relookées" mais véhiculant toujours, en filigrane et clandestinement, le même message archaïque et obscurantiste que ne parviennent pas à dissimuler les simulacres scientifiques, l'inutile fatras de termes techniques, de tableaux, de courbes, de photos d'éprouvettes et du Colorado, etc., les mêmes depuis vingt ans !
C'est ainsi qu'en mai 2000, dans la revue Fusion, l'approche "paléohydrologique" de M. Berthault offrait au lecteur émerveillé une totale "refondation" de la géologie, prétendument inspirée (à titre posthume) par M. Millot (qui ne peut plus rien objecter). Et dans cette nouvelle approche, on retrouvait l'antique bric-à-brac habituel : les sempiternelles lamines, les expérimentations "lourdes" (celles de Marseille!), le bon vieux Déluge, les égarements de Sténon, les bévues des "géologues d'antan", les maléfices du principe de superposition, les vains artifices de la datation des roches, etc., et toujours la même prétendue caution de l'Académie des sciences (toujours silencieuse) !
Sur la prétendue caution de l'Académie des sciences
Nous avons vu à plusieurs reprises comment M. Millot s’offusqua de ce que M. Berthaut pût se réclamer de son autorité pour valider ses travaux pourtant sans intérêt scientifique. Mais de surcroît, un document officiel témoigne aussi du jugement de l'Académie des sciences sur la "Perestroïka stratigraphique", rebaptisée, pour son voyage au Vatican du titre plus orthodoxe de "Restructuration stratigraphique". Il s'agit d'un rapport adressé par l'Académie des sciences de Paris à l'Académie pontificale des sciences en 1989**, qui est cité dans le communiqué de la société géologique de France**. En voici la substance touchant la thèse du pseudo-géologue :
"Depuis douze à quinze ans, M. Berthault répand, verbalement ou par écrit des plaidoiries dont l'argumentation varie avec le temps mai qui tendent à s'appuyer sur des arguments scientifiques pour démontrer que l'évolution des espèces est une chimère. Le document ici présenté est la dernière de ces plaidoiries... Ce n'est pas un document scientifique. L'histoire des sciences est peuplée d'amateurs érudits et instruits qui ont fait progresser les connaissances. Mais ici nous rencontrons un amateur qui ignore tout de ce dont il traite, c'est à dire de la géologie chronologique et de la paléobiologie.
Nous trouvons devant une conviction personnelle devant une conviction personnelle : l'évolutionnisme, depuis Darwin, est une chimère. L'espoir est dans le Concordisme : on éliminera toute contradiction avec la Bible. Toute conviction est respectable. Mais la manière dont cette conviction est plaidée repose sur un contresens et sur l'ignorance totale du sujet traité. Ceci n'est ni rigoureux ni respectable. "
L'auteur du rapport ajoute que, dès le 27 avril 1979, le secrétaire serpétuel de l'Académie des sciences, après consultation des géologues de l'Académie, exposait à M. Berthault où était sa faute de raisonnement, ainsi que la nature du contresens consistant à nier le principe de superposition, etc. Ce nonobstant, Guy Berthault reprenait encore et toujours le même contresens.
En conclusion du rapport, M. Millot conseillait vivement à l'Académie pontificale des sciences, de classer la "Restructuration" dans ses archives, au plus vite et à tout jamais ; en effet, sa diffusion ne pouvant provoquer que fou rire ou tristesse chez n'importe quel géologue de n'importe quel pays ou de n'importe quelle opinion.
Et tout cas, c'est apparemment, sans hilarité que la Société géologique de France prit conscience d'avoir été abusée par M. Berthault, au point de l'avoir accueilli dans ses rangs et de lui avoir ouvert son Bulletin, sur la foi des publications aux CRAS. Dans un communiqué, la Société géologique de France assure que les notes aux CRAS "auraient sans doute mérité un examen plus approfondi". Et ce même communiqué, signé de la Société géologique de France, de l'Association des sédimentologistes Français et du Comité français de stratigraphie, déclare que M. Berthault "serait probablement trop content qu'une procédure de radiation de la Société Géologique de France dont il se réclame, soit entamée, la publicité gratuite étant toujours bonne à prendre. Nous n'avons pas l'intention de lui faire ce plaisir".
Conclusion
Nous avons répondu aux interrogations initiales.
- C'est abusivement mais en toute quiétude que depuis 1986, M . Berthault, par de multiples tours de passe-passe (non perceptibles pour qui n'a pas lu ses notes, c'est-à-dire à peu près tout le monde), invoque les notes aux Comptes Rendus pour laisser croire que l'Académie reconnaît officiellement sa "géologie nouvelle" et que ses notes en contiennent les bases inébranlables. N'y a-t-il pas, dans ce stratagème, un usage abusif et un détournement de l'autorité de l'Académie, en même temps que manipulation et mystification du public, une imposture caractérisée, un véritable attentat à la sûreté de l’esprit ?
- Les "découvertes révolutionnaires" et "incontestées" dont nous étions en quête, il n'en existe pas trace dans les notes aux Comptes Rendus, formes creuses où ne subsistent que quelques menues données techniques mineures.
- Sur le rapport logique existant (ou non) entre les notes aux Comptes Rendus de M. Berthault et les thèses créationnistes qu'il prétend leur faire étayer, la réponse est très simple : ne contenant plus rien, les notes ne peuvent rien étayer du tout !
- Nous avons montré, par ailleurs, que ni l’Académie des sciences ni M. Georges Millot n’avaient jamais jugé recevable aucune des thèses de M. Berthault : les documents en attestent. Mais, devant un tel constat, on ne peut s'empêcher de regretter le silence de l'Académie des sciences, qui peut seule mettre fin définitivement à cette mystification, au nom de la vérité d’abord mais aussi pour décourager les imitateurs.
En effet, très au-delà des lamines, de graves interrogations demeurent. Car mesurer l'influence de la hauteur de chute sur la lamination dans un récipient, c'est important, bien sûr ! Mais savoir si la science ne risque pas de se faire (à son insu) l'instrument de menées religieuses clandestines et obscurantistes qui s'emploient à la détourner de ses fins, à désinformer et manipuler le public, à égarer les esprits, au point de circonvenir d'authentiques scientifiques, ces questions ne sont sans intérêt non plus !
Et si M. Berthault est libre de croire ce qu'il veut, à titre personnel, n'est-il pas scandaleux qu'il puisse impunément, depuis plus de quinze ans, prétendre que l'Académie des sciences cautionne ses contresens et ses inepties ? N'est-on pas stupéfait de voir avec quelle facilité peut s'instaurer et se pérenniser si longtemps et à si haut niveau, une telle mystification ?
Enfin, il est évident que dans le débat autour de la lamination, l'enjeu véritable n'est pas géologique ni scientifique et qu’il s’agit de l’affrontement éternel entre deux conceptions inconciliables de l'Homme et de l'univers, deux visions situées aux deux pôles extrêmes de la pensée et entre lesquelles il est impossible de ne pas opter.
Pour aller plus loin :
- Intrusions spiritualistes et impostures intellectuelles en sciences. Collectif
- Petit traité de l'imposture scientifique. Aleksandra Kroh
- L'imposture scientifique en 10 leçons. Michel de Pracontal











