Pourquoi la pseudo-médecine
semble-t-elle marcher ?

Les raisons d'un succès

Barry Beyerstein

"Quand on a la santé, c'est pas grave d'être malade". Francis Blanche

Au moins 10 sortes d'erreurs peuvent convaincre n'importe qui d'intelligent ou d'honnête qu'une guérison a bien eu lieu quand ce n'est pas le cas.

Ceux qui font profession de vendre des thérapies de quelque sorte que ce soit, ont l'obligation de prouver, avant tout, que leur traitement est sans danger et, secondement, qu'il est efficace. Cette dernière obligation est souvent la tâche la plus difficile à réaliser parce qu'il existe de nombreux chemins relativement subtils pouvant conduire tout être intelligent et honnête (aussi bien chez les patients que les chez thérapeutes) à considérer qu'un traitement ait guéri quelqu'un quand il n'en est rien. C'est tout aussi vrai lorsqu'on essaye des nouveaux traitements de médecine scientifique, ou des remèdes de charlatans issus de la médecine populaire, mais encore ceux des médecines dites "alternatives" ou bien des thérapies franchement magiques comme celles des guérisseurs par la prière, ou autres invocateurs d'esprits.

Pour pouvoir distinguer une amélioration causale d'une amélioration fortuite, pouvant suivre toute intervention, toute une batterie de procédures objectives se sont développées dans le but de tester les remèdes putatifs. On est donc en droit de se poser des questions sur une technique, un rituel, un médicament ou une procédure chirurgicale qui ne serait pas passé par cette procédure de validation objective, surtout s'il est en plus monnayable. La plupart des thérapies "alternatives" (i.e. celles qui ne sont pas reconnues par la biomédecine scientifique) tombent dans cette catégorie, on se demande d'ailleurs pourquoi ces mêmes consommateurs qui n'achèteraient pas un grille-pain sans avoir auparavant pris le soin de bien lire la notice et les comptes-rendus d'associations de consommateurs, vont dans le même temps, sans doute par simple naïveté trop confiante, payer pour des remèdes ou des thérapies non prouvées, voire même dangereuses.

Pendant de nombreuses années, des critiques se sont élevées qui doutaient de ces pratiques médicales marginales, mais la popularité de ces panacées charlatanesques ne semble pas avoir diminué. On peut s'étonner et se demander pourquoi les prétentions de ses promoteurs demeurent si réfractaires aux données contraires. Si une thérapie "alternative" ou "complémentaire" :

pourquoi dans ces conditions, des gens suffisamment instruits continueraient-ils à vendre et à acheter de tels traitements ?

La réponse se trouve dans une combinaison faite des multiples et vigoureuses déclarations non prouvées des "guérisseurs" de la médecine alternative, du pauvre niveau de connaissance scientifique du public en général et de ce "besoin de croire" dominant chez ceux attirés par le mouvement new-age.

L'appel de la médecine non scientifique est la continuité des sentiments de "contre-culture" populaire des années 1960 & 1970. Les scories de la tendance rebelle du "retour à la nature" de cette époque survivent en tant que militantisme nostalgique pour un retour aux soins du style 19° siècle (cachés sous la bannière des droits du patient) et une aversion des traitements spécialisés, bureaucratiques et technologiques de la maladie. D'une manière analogue, l'attirance des dogmes holistiques de la médecine alternative n'est qu'un descendant de cette fascination du mysticisme oriental qui a émergé des années 60 et 70. Bien que la philosophie et la science, qui sont à la base de ces enseignements holistiques, ont été sévèrement critiquées, elles restent attirantes pour ceux entièrement dévoués à la croyance de la guérison grâce à "l'esprit sur la matière", à ceux adeptes du point de vue de la pathologie systémique plutôt que localisée, et à ceux disciples de la santé uniquement due à la puissance de la nutrition (conçu comme l'"équilibre" du corps dans sa totalité).

Beaucoup de produits de santé pour le moins douteux, certains de véritables attrape-nigauds, demeurent en vente libre principalement parce que des clients satisfaits proposent leur témoignage digne de foi. Ce qu'ils disent est pratiquement toujours la même chose : " Je l'ai essayé et je vais mieux, donc c'est que cela doit être efficace." Mais même quand les symptômes rendent compte d'une amélioration suite à un traitement, cela ne prouve pas que la thérapie en soit la cause.


Pour aller plus loin :
- Les médecines non conventionnelles ou les raisons d'une croyance. Jean Brissonnet.
- Médecines alternatives : le guide critique. Collectif.
- Les charlatans de la santé, Jean-Marie ABGRALL.
- Les pseudo-médecines, Jean Brissonnet.
- Histoires parallèles de la médecine. Des Fleurs de Bach à l'ostéopathie Thomas Sandoz.
- L'effet placebo : Le pouvoir de guérir. Danielle Fecteau.
- Le sommeil de la raison (Une mode : les médecines douces) Norbert Bensaïd.
- Les influences inconscientes. De l'effet des émotions et des croyances sur le jugement. Ahmed Channouf.

A lire aussi :
- Les thérapies alternatives et la psychologie de la croyance.
- Thérapies parallèles et erreurs de raisonnement.
- Les biais et erreurs des études scientifiques.
- 12 questions à poser lorsqu'on évalue les "médecines douces".
- Toutes les nouvelles en psychologie.

Ces articles pourraient aussi vous intéresser :