Les instituts capillaires
instituts de l'esbroufe ?

Perdre prématurément ses cheveux est souvent vécu comme un véritable traumatisme. Des publications médicales ont fait état, dans certains cas, de prises en charge psychologique. Non, une chute anormale ou prématurée des cheveux n'est jamais anodine. Homme ou femme, la fuite précoce des cheveux est ressentie comme une injustice. Assister, chaque jour, impuissant(e), à la perte progressive et inexorable de son capital-cheveux, perturbe et déstabilise dans un monde où la dictature de l'image est omniprésente, deux normes sont imposées : chevelure abondante et silhouette svelte. Hors de ces normes, pas d'indulgence : vie personnelle, vie professionnelle, vie sociale.

La chevelure a, de tout temps, été symbole de beauté et de séduction. Déjà, le "papyrus d'Orbiney", mis au jour lors de fouilles en Egypte, est très éloquent quant à l'importance de la chevelure, il y a quatre mille ans de cela. Depuis des temps immémoriaux des milliers de remèdes ont été inventés pour traiter les chutes anormales des cheveux. Il suffit de se rendre à l'I.N.P.I. (Institut National de la Propriété Industrielle) pour découvrir le nombre de formules d'antichutes capillaires brevetées depuis plusieurs décennies.

Régulièrement, des articles de presse viennent nous annoncer le traitement miracle.

Voici ce que l'on pouvait lire, en janvier 1961, dans un hebdomadaire célèbre pour ses "Unes" : "SENSATIONNEL : le vaccin contre la calvitie :" "(...) la plupart des hommes ont la hantise de la calvitie. Ils savent que c'est un peu de leur séduction qu'emporte, avec une touffe de leurs cheveux, le coup de peigne du matin..." "Cependant, un immense espoir vient de se lever pour les individus menacés de calvitie. Des médecins italiens ont préparé un vaccin qui stoppe net la chute des cheveux ! Ces chercheurs ont découvert que la calvitie était provoquée par un microbe. Ce microbe a été isolé, puis il a permis la préparation d'un sérum actif contre l'acné et la chute des cheveux. "

A l'annonce de pareilles "informations", les personnes touchées par l'alopécie, vont nourrir de nouveaux espoirs, vite déçus à chaque fois. Les cheveux artificiels implantables (fibre de polyamide) n'ont pas davantage réussi. Et le clonage de cheveux, pour une implantation à visée esthétique, n'est pas pour demain. Mais le rêve est toujours là.

La médecine, quant à elle, sans annonces fracassantes, traite, avec succès, la très grande majorité des pathologies du cuir chevelu. Depuis deux décennies, pour l'une, et moins d'une décennie pour l'autre, la médecine dispose de deux molécules, qui démontrent, chaque jour, leur efficacité dans le traitement des alopécies androgénétiques.

En cas de problèmes capillaires, le premier réflexe serait donc de consulter un médecin, en ville ou à l'hôpital (généraliste, dermatologue, endocrinologue, psychiatre, ou une équipe multidisciplinaire compétente pour la prise en charge globale de patients souffrant de pathologies capillaires). Cette démarche, bien sûr, resterait dans le rationnel ... et la prudence. D'autant plus que, lors d'une consultation pour un problème capillaire, le généraliste ou le spécialiste peut déceler une pathologie sous-jacente et la traiter à temps.

Mais, est-on toujours dans le rationnel, lorsque, à longueur de journées et de soirées, des publicités de grands groupes de cosmétiques affichent des stars ou des mannequins aux chevelures insolentes de densité et de beauté ? Chaque apparition d'une "crinière" saine, brillante et flamboyante, est vécue comme une provocation, ressentie comme un contraste avec sa propre image. Assister, impuissant, à "l'amputation" de son capital-capillaire, entraîne, chez beaucoup, un véritable "mal-être".

Mais le "mal-être" des uns fait le bonheur des autres.

Nous voulons parler d'instituts capillaires qui, depuis plus d'un siècle, prospèrent, sans état d'âme, sur tous les fronts et la détresse de personnes souffrant de pathologies du cuir chevelu. L'institut capillaire est à la chevelure, ce que la voyante est à l'avenir : vendre de l'espoir, très cher. D'ailleurs, il y a au moins une similitude entre l'institut capillaire et le cabinet d'une voyante, pour mettre le "consultant" en condition : le microscope chez l'un, et la boule de cristal chez l'autre. En somme, des accessoires, essentiels, pour en mettre plein la vue.

Comme chez la voyante, le client vient consulter pour qu'on lui dise ce qu'il souhaite entendre. En quelque sorte, qu'on le rassure et le transporte dans un monde de promesses et de prédictions optimistes. Dans un institut capillaire, la tenue vestimentaire revêt (c'est le cas de le dire) une très grande importance. Le (la) "capillithérapeute" ou "l'antichutologue" (on aime bien les néologismes dans le monde capillaire) peut être en costume ou en tailleur ou robe stricte (comme un médecin recevant un patient dans son cabinet) ou en blouse blanche (comme un médecin à l'hôpital), dans un institut capillaire, l'habit fait souvent le moine, ou plutôt le capillithérapeute.

Lors de l'entretien avec le "consultant", il faut impérativement demeurer dans le langage médical : bilan capillaire, bilan informatique capillaire, bilan de santé capillaire, consultation, cure, diagnostic, examen, praticien, spécialiste, thérapeute capillaire, traitement, etc. Dans le "cabinet" de l'institut, "réservé à la consultation", il y aura, accroché, sur l'un des murs, un magnifique diplôme sous verre de "capillithérapeute". Evidemment, cela n'a rien à voir avec un diplôme de Docteur en Médecine, mais ça en impose. Un poster, grand format, de la coupe d'un follicule pileux en couleur, sera un plus.

Ne pas oublier le microscope (comme écrit ci-dessus) avec écran grossissant. Il servira à "examiner" les quelques cheveux prélevés sur le cuir chevelu du client. Cela permettra au capillithérapeute de poser, doctement, son "diagnostic". En général, une lumière vive, bien orientée sur ledit cuir chevelu, viendra, sans complaisance, montrer l'étendue du désastre (désert ?) capillaire. Pas de panique : le capillithérapeute est là pour rassurer. La situation est préoccupante mais pas désespérée. Il établira un bilan nutritionnel pour déterminer - à partir du questionnaire rempli par le "consultant" sur ses habitudes alimentaires - les compléments alimentaires utiles au traitement. Comme chacun sait, tout le monde souffre, sans le savoir, de carences en vitamines, minéraux et autres oligo-éléments [sic]. Le "capillithérapeute" jouant au dermatologue, ça on savait, mais au nutritionniste (qui est aussi médecin), on vient de l'apprendre.

D'ailleurs, la jurisprudence est documentée au sujet de condamnations d'instituts capillaires pour exercice illégal de la médecine et de la pharmacie. (Exercice illégal de la médecine : Article L.4161-1 du Code de la Santé publique - " Le diagnostic des maladies du cuir chevelu et leur traitement sont des actes réservés aux médecins - Maître DURRIEU-DIEBOLT, Avocat à la Cour "). Avec l'informatique, l'institut capillaire est désormais équipé d'un logiciel pour déterminer l'évolution, dans le temps, de l'alopécie. En trois lettres : L.P.C. (Logiciel Prédictif ou Prospectif Capillaire). On n'arrête pas le progrès. D'ailleurs, les instituts capillaires ont toujours su s'adapter à leur époque.

Ainsi, en 1906, pour le traitement de la calvitie, le casque à l'électricité, était l'unique remède (toute autre méthode étant inutile) - Congrès International d'Electrologie à l'Exposition de Milan, le 7 septembre 1906 -. Près d'un siècle plus tard, le casque laser ou le peigne laser sont présentés comme efficaces pour traiter les chutes capillaires. Sans oublier le casque aux ondes électromagnétiques. Les instituts capillaires "collent" toujours au progrès pour exploiter la crédulité du plus grand nombre. Bien entendu, les instituts capillaires ont leurs panoplies de "traitements antichutes efficaces", qui réussissent là où tous les autres ont échoué.

Justement, que trouve-t-on dans l'arsenal du capillithérapeute ? La lotion capillaire, antichute et souveraine, a toujours ses adeptes. Quoiqu'elle poisse les cheveux encore présents. Le sérum, en ampoules - autocassables - (plus de scie), évoque tout de suite un médicament, ce qu'il n'est pas, bien sûr. Le comprimé antichute, lui, fait un carton, le design de son conditionnement, évoquant, à dessein, celui d'un médicament. Quant aux compléments alimentaires : comprimés, gélules ou capsules - tout comme les autres antichutes d'ailleurs - leur prix est inversement proportionnel à leur efficacité revendiquée comme "révolutionnaire".

Pour vous démontrer qu'il n'y a rien de nouveau dans le monde des instituts capillaires "prescripteurs d'antichutes miracles", voici, in extenso, ci-dessous, le texte d'une publicité parue, il y a 50 ans :

" A NOUVEAU, CHEVELURE SAINE ET ABONDANTE
Grâce à un traitement moderne, scientifique, et d'une excellente efficacité prouvée !

UN EXAMEN GRATUIT, effectué en toute discrétion par un spécialiste de l'Institut Capillaire X de Paris, vous permettra de savoir si votre cas particulier relève de ce traitement remarquable. Pour combattre les troubles capillaires et ceux du cuir chevelu, l'Institut Capillaire X de Paris utilise des méthodes variées dont l'efficacité (fondée soit sur une action physique, soit sur des réactions chimiques) a toujours été dûment vérifiée. A ces soins qui permettent d'obtenir des résultats sans cesse plus spectaculaires, des milliers de personnes doivent d'avoir pu sauver leur chevelure. Si la vôtre vous préoccupe tant soit peu, consultez l'Institut Capillaire X de Paris pour savoir ce qu'il peut faire afin d'améliorer votre état.

QUELQUES-UNES DES METHODES SCIENTIFIQUEMENT EPROUVEES QU'UTILISE L'INSTITUT CAPILLAIRE X DE PARIS

EXAMEN - Le succès de cet Institut est fondé sur le caractère individuel de ses traitements. L'identité des cas n'existant pas en fait, il ne saurait y avoir identité de traitement. L'examen de chaque cas permet seul de décider des soins appropriés.
FORMULES - Elles sont établies selon les exigences de chaque cas et sont susceptibles de modification en cours de traitement afin de prévenir l'accoutumance.
APPLICATION DE CELLULES VIVANTES - Elles stimulent puissamment le processus de renouvellement et la croissance de la chevelure.
CONTRÔLES D'EFFICACITE - D'importants laboratoires européens et américains ont constaté que l'application de cellules vivantes apporte, 7 fois sur 10, l'amélioration escomptée concernant la croissance de la chevelure.
EXAMENS GRATUIT D'UNE DEMI-HEURE - Téléphonez pour prendre rendez-vous à l'Institut Capillaire X de Paris. L'examen gratuit vous permettra de savoir si votre cas relève des traitements scientifiques de cet Institut. "

Cinquante ans après cette publicité, vous remarquerez que rien n'a changé d'avec le "vocable capillaire" ou "pseudo-medico-scientifique" (c'est pareil) de certains instituts. Tout y est pour faire rêver... et profiter, financièrement, de la crédulité du plus grand nombre.

Enfin il faut savoir que dans certains instituts capillaires, un "livre d'or est mis à la disposition des clients satisfaits des "traitements antichutes" de l'institut : c'est une arme efficace pour appâter les futurs gogos capillaires. Quant à un cahier des réclamations destiné aux clients mécontents, ne rêvez pas, cela n'existe pas en ces lieux de promesses illusoires, car il compterait beaucoup plus de pages.

   

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