Les techniques des
charlatans capillaires

(2° partie)

Dans le milieu des charlatans de la calvitie, beaucoup n'hésitent pas à déclarer que leurs pilules ont fait l'objet de publications scientifiques pour renforcer et rehausser leur réputation professionnelle. Ces déclarations peuvent être tout simplement fausses et il est facile de les vérifier dans toute bonne base de données scientifiques (comme Medline ou ScienceDirect). Mais ceux-ci ont souvent des références beaucoup plus obscures, d'articles soi-disant parus dans des journaux non spécialisés ni reconnus par la communauté scientifique et dont il sera impossible de retrouver les références. Bien entendu, ceux dont les publications sont (paraît-il) issues de périodiques scientifiques "bien connus" et "réputés" sont ensuite incapables d'en donner les références précises.

Cependant, les prétentions de publications peuvent se révéler être véridiques, mais les journaux scientifiques ne sont pas tous égaux en ce qui concerne le sérieux de la ligne éditoriale, et les comités de lecture ne se valent pas tous, des fausses informations scientifiques ayant déjà pu être publiées par le passé.


Les qualifications professionnelles

Ce qu'on peut noter sur les sites internet de vendeurs de potions contre l'alopécie est que quand ceux-ci déclarent avoir des qualifications professionnelles, ces dernières sont habituellement hors du champ de la dermatologie. Ils choisissent fréquemment le domaine de la chimie ce qui peut faire d'eux l'outsider, celui qui sait quelque chose que pourraient ignorer les dermatologues.

La chimie est un domaine fort respectable qui suggère immédiatement que celui qui en est doit avoir les connaissances nécessaires pour mettre au point des médicaments efficaces. Leurs qualifications peuvent être tout à fait véridiques, mais cela ne signifie pas nécessairement qu'ils en savent plus sur le comment faire un traitement efficace contre la calvitie qu'un dermatologue. Bien sûr leurs affirmations de qualifications professionnelles peuvent être complètement fausses, il difficile, sinon impossible parfois, d'en savoir plus.


Les titres pompeux

Il est très facile pour quiconque d'obtenir un pseudo "diplôme", sans rapport aucun avec le fait que vous soyez allé ou non à l'école. Les charlatans du cheveu s'attribuent très souvent des titres honorifiques pompeux d'organisations qu'ils ont eux-mêmes créées, professionnelles ou non. Il est facile de devenir "Président" de quelque chose qui a une consonance scientifique, mais qui n'est rien d'autre qu'un syndicat, une réunion, un congrès ou une banale association créé par l'intéressé. Tel le paon qui se pare de ses plus beaux attributs pour attirer, le charlatan capillaire mettra en exergue des pseudo qualifications et des titres pompeux qui n'en font pas pour autant un spécialiste dans le domaine dermatologique en général, ni en ce qui concerne l'alopécie en particulier, mais c'est encore un milieu où tout ce qui brille est susceptible d'attirer, et où le fait de se donner des airs importants peut satisfaire un ego surdimensionné en plus d'aider son petit commerce charlatanesque.

Ainsi, il s'appropriera des titres creux comme celui "d'expert mondial de la calvitie" (ce qui ne veut rien dire), ou encore "Président du Comité Mondial des découvertes en alopécie" (truc inutile qui n'a aucun fondement scientifique, mais le simple fait de le dire en anglais "World Committee of the Alopecia's Discoveries" fera plus sérieux ou lui donnera un aspect international qu'il n'a pas) mais aussi tentera de se faire passer pour ce qu'il n'est pas : "reconnu et adulé par tous les professionnels" (quels professionnels ? Les coiffeurs ? Les barbiers ?), pseudo titres qui contrairement à ceux réglementés ou consécutifs à une formation diplômante (Docteur, Professeur, etc.) ne feront qu'illusion. Bref, le charlatan capillaire a besoin de reconnaissance, outre le fait de s'engraisser sur le dos de ses victimes, en plus de se prendre pour un génial inventeur.


Des mots et des noms

Pour prétendre à une scientificité qui fait défaut, comme beaucoup d'autres charlatans, les vendeurs d'illusions capillaires habillent leurs produits charlatanesques de mots ou de noms ayant une consonance scientifique, préférant le latin ou le grec à son équivalent français, voire rappelant un concept mathématique. Ainsi, on peut fréquemment rencontrer des noms de produits comprenant les mots issus du grec tels que "bêta", "alpha", "gamma" qui font bonne figure, des termes latins de plantes (cucurbita pepo = pépin de courge, eugenia caryophyllada = girofle, urtica dioïca = ortie, etc.) ou de mots "latinisés" (ricinus oleum = huile de ricin) voire inventés, des amalgames de plusieurs de ces techniques (bêta latinium, alpha-chutium) mais encore des plagiats de noms (ou des consonances approchantes à l'orthographe différente) de molécules ou de produits réellement efficaces, fruits d'études scientifiques coûteuses, dans l'unique but de créer une confusion dans l'esprit des consommateurs qui auront entendu parler de la molécule, ou du produit, et croiront à quelque chose d'identique.

L'habit ne faisant pas le moine, le fait d'affubler leurs attrape-nigauds de noms savants ne les rendra pas plus efficaces pour autant, sachant qu'il faudra en plus rémunérer le découvreur du nom sans doute plus cher que "l'inventeur" du produit, ce dernier ayant moins eu à se creuser la tête, l'apport intellectuel de "l'inventeur" du produit sera moindre que celui du nom, nom qui préfigurera des ventes à venir par le déclic ou le réflexe provoqué chez l'acheteur potentiel.


Les déclarations toutes personnelles

Comme on l'a vu plus haut, certains charlatans aiment se passer de la pommade ou se faire mousser en s'octroyant des superlatifs du genre "meilleur nutritionniste du monde" ou "expert en alopécie". Mais leurs produits sont aussi vendus sous une appellation identique en profitant de ces "auto promotions" avec des qualificatifs pompeux comme "le produit numéro 1 contre la chute des cheveux", ou comme "la dernière innovation mondiale contre de calvitie". Aucune loi ne vient réglementer de telles affirmations, n'importe qui peut se déclarer numéro 1 de n'importe quoi, et peut déclarer son attrape-nigauds comme Numéro 1 de n'importe quoi. Si l'envie vous passait de vous déclarer comme étant le plus grand "chasseur de chauves de la planète" ou "spécialiste N°1 de la calvitie dans tout l'Univers" personne ne pourrait vous en empêcher.

Souvent, ces mêmes charlatans affirment détenir des diplômes, titres honorifiques ou des affiliations à des écoles, hôpitaux et/ou professionnels qui n'existent pas. Tout individu peut déclarer avoir un diplôme médical, détenir une spécialité ou d'autres affiliations professionnelles inexistantes ou fausses, voire d'un pays exotique.

Plus c'est cher, meilleur c'est ...

Les charlatans connaissent l'état psychologique de leurs victimes, ils savent aussi que souvent les personnes atteintes d'alopécie sont prêtent à payer le prix pour trouver une solution à leurs maux. C'est pourquoi ils n'hésitent pas à afficher des prix sans aucun rapport avec le prix de revient réel ni l'efficacité de leurs pilules. Mais ces pros de la publicité savent qu'un produit vendu très cher passe souvent, dans l'esprit des consommateurs, pour un produit très efficace, voire prestigieux, surtout pour tout ce qui touche aux cheveux ou à la peau, et que quelque chose vendu pour une somme modique peut sembler n'être que de la camelote de mauvaise qualité. Ils vendent donc leur poudre de perlimpinpin à un prix relativement cher pour convaincre de sa qualité, créer chez leurs acheteurs la confusion nécessaire à leur business, mais pas trop pour ne pas décourager la masse de ceux qui n'ont pas les moyens afin de toucher un maximum de monde.


Des sites internet de Pros !

Les imposteurs du cheveux ont de beaux sites internet, ils ne regardent pas à la dépense sachant que le design de celui-ci est souvent leur unique vitrine et que le retour sur investissement sera très rapide et décuplé. Il faut que leurs sites web semblent professionnels, c'est pourquoi ils peuvent être très complexes, avec de beaux graphiques ou de belles images, mais très peu d'information valable et surtout de faible substance. Leur belle présentation est à couper le souffle et suffit à convaincre que leur produit est à leur image ou que ce qui est dit est vrai. Ils ont recours à des publicitaires pour mieux vous convaincre à acheter leur camelote, et utilisent de belles formules avec lesquelles ils tenteront de vous aveugler derrière une logorrhée pseudo-scientifique ou des phrases creuses qui ont la couleur de la science mais qui n'en sont pas, voire vont même jusqu'à créer leurs propres significations aux termes qu'ils emploient.


Les points de vente

Le nec plus ultra, pour paraître sérieux et reconnu, est de faire en sorte que son produit soit vendu en pharmacie, l'officine validant souvent, aux yeux des acheteurs, le produit comme efficace. Ce qui crée cette confusion est principalement le fait que tout le monde doit se rendre dans une pharmacie pour effectivement y acheter ses médicaments réellement efficaces lorsqu'il est malade, d'où l'amalgame. Or une pharmacie n'est rien d'autre qu'un commerce, et peut tout à fait vendre toute sorte de produit à côté de son activité de marchand de médicaments prescrits sur ordonnance par un médecin. Qu'il s'agisse de lotion magique contre la perte des cheveux, de produit minceurs farfelus, d'herbes quelconques ou d'homéopathie, ces derniers produits pourraient tout aussi bien se vendre en supermarché que cela n'en changerait pas l'efficacité virtuelle. Mais être exposé en pharmacie et "recommandé" par son pharmacien, qui bien entendu touche sa marge sur ce genre de trucs, fait plus respectable, plus solennel, bref auto-valide le produit même si aucune étude ne vient le confirmer dans son utilité, une simple espèce d'analogie, rien de plus. Il suffit, pour la société commercialisatrice, d'avoir de bons commerciaux capables de s'introduire dans le réseau des pharmaciens pour y placer sa gamme de produits, et le tour est joué.


Témoignages et recommandations personnelles

Tous les charlatans capillaires ont recours aux témoignages pour compenser l'absence totale de validation scientifique de leur attrape-nigauds et proposent même des lettres de recommandations basées sur des témoignages ou des anecdotes de clients "satisfaits". Evidemment, ces témoignages peuvent être complètements inventés et faux, à moins que ceux qui témoignent aient été payés pour ce faire, mais il se peut que ces témoignages viennent de clients réellement satisfaits, ce qui ne veut pas pour autant dire que les produits dont il est question marchent vraiment. Pourquoi ? Parce que premièrement la plupart des alopécies ne se manifestent pas par une chute de cheveux progressive, y compris l'alopécie androgénétique, elles se développent subitement et puis s'arrêtent. Il se peut même qu'il y ait une légère amélioration de courte durée avant que les cheveux ne recommencent à tomber. Quelqu'un ayant recours à un produit quel qu'il soit, peut attribuer cette rémission temporaire de la chute des cheveux au produit qu'il prenait juste à ce moment, sans que ce dernier y soit pour quelque chose, et apporter un témoignage positif qui ne vaudra pas sur la durée.

Deuxièmement, ceux qui veulent y croire y croiront de toute façon. Lorsque les entreprises de médicaments testent leurs produits pour la repousse des cheveux, elles ont recours à deux méthodes d'analyse côte à côte. Une méthode est entièrement empirique : il s'agit de marquer une région de la tête et d'en décompter la densité de cheveux avant et après le traitement pour en mesurer les améliorations. L'autre analyse est plus subjective, un questionnaire est donné aux volontaires auxquels on demande de donner leur impression sur l'efficacité du produit. La plupart des tests de médicaments contre l'alopécie sont réalisés en double aveugle où un groupe reçoit le médicament étudié et l'autre groupe un produit placebo d'une innocuité totale. Il est évident qu'aucun des groupes ne sait ce qu'il prend (placebo ou molécule active) et il arrive fréquemment que ceux qui ont pris aussi bien le placebo que le vrai médicament croient avoir constaté que leurs cheveux ont repoussé, mais quand leurs commentaires positifs sont comparés aux données objectives de la densité de la chevelure, on remarque qu'il n'y a aucune amélioration voire même une certaine détérioration pour les placebo. Appelez ça optimisme ou imagination positive, c'est en tout cas un des mobiles les plus importants pour les publicitaires ou les spécialistes de l'arnaque capillaire.

Enfin, une ou deux personnes peuvent avoir vu leur densité capillaire réellement croître, mais sur combien de réponses négatives ? Les témoignages positifs de cinq personnes sur dix qui composent le panel établit un taux de réussite de 50%, ce qui est fort appréciable, les mêmes cinq témoignages sur un échantillon de mille individus réalise un taux de réussite de 0,50%, ce qui est nul, mais les vendeurs ne parleront que de ces cinq cas positifs, et n'évoqueront pas le rapport ni le taux réel de réussite. Ajoutons que ces tests doivent se concevoir sur un nombre important de cobaye (certaines sociétés en ont étudié plus de mille), et non pas, comme le font la plupart des charlatans, sur moins d'une centaine d'individus.


Pour conclure

Nous nous sommes tous, un jour ou l'autre, fait avoir par un de ces vendeurs de produits charlatanesques. Certains de leurs procédés sont très malins, si seulement ceux qui en sont à l'origine pouvaient utiliser leur intelligence à quelque chose de plus constructif ! Mais l'appât du gain facile est le plus fort. Nombreux sont ceux, atteints d'alopécie, qui désespèrent face à ce changement de leur image contre laquelle ils ne peuvent pas grand chose et sont prêts à se jeter dans les bras de n'importe quel individu au discours encourageant et proclamant avoir le produit miracle, détenir la formule magique, contre la calvitie.

Ces derniers certifient que la calvitie étant un problème courant et simple (à leurs yeux), cela signifie que la réponse doit, elle aussi, être simple, or étant donnés les millions d'euros que les laboratoires ont dépensé en recherche et développement pour trouver un produit efficace contre ce mal de tous les temps, si la réponse était si simple que ça, cela se saurait depuis bien longtemps, ces sociétés n'auraient certainement pas jeté ainsi leur argent par les fenêtres, et la calvitie ne serait plus qu'un vieux souvenir. La chute des cheveux est au contraire un mécanisme très complexe impliquant différents organes du corps (en rapport avec la production hormonale), la génétique et l'environnement. Un traitement 100% efficace contre l'alopécie sera ou serait quelque chose de très complexe.

   

A lire :
- Bien dans ses cheveux. Dr Richard Aziza.
- Guide pratique en chirurgie capillaire. Marc Divaris.
- La chirurgie esthétique. Dr Vladimir Mitz.
- Pathologie du cheveu et du cuir chevelu, Pascal Reygagne.
- Garder et retrouver ses cheveux : Les nouveaux traitements.
- La chute des cheveux : Mieux comprendre pour mieux traiter. P Scolan.

A visiter :
- Toutes les actualités sur la perte des cheveux - Calvitie - Alopécie.
- Comment discerner la science de la pseudo-science ?
- Comment éviter les charlatans.
- La chute des cheveux : méfiez-vous des traitements « miracles » !

Ces articles pourraient aussi vous intéresser :