Les champs électromagnétiques
et le cancer

Robert K. Adair, PhD- Scientific Review of Alternative Medicine, Vol. 3, No. 1, 1999.

La peur des champs électromagnétiques faibles

Les médias populaires attirent régulièrement l'attention du public sur les dangers de vivre près des lignes à haute tension, devant les écrans d'ordinateur ou avec un téléphone portable. La physique, pourtant, coupe court à de telles déclarations, et toutes les études soutenant ces théories sont pour l'essentiel imparfaites.

Il n'est pas besoin d'être médecin pour savoir qu'une collision entre une feuille d'arbre et la tête ne causera pas de fracture du crâne. Cependant, imaginons un instant quelqu'un qui sait seulement qu'une feuille d'arbre est une "partie d'un arbre", il lui semblera évident qu'une feuille peut blesser mortellement. De façon analogue, peu d'entre nous ont une connaissance des champs magnétiques comme nous en avons des feuilles d'arbres. Les champs magnétiques qui entourent notre vie quotidienne peuvent-il être causes de cancers, tout comme les feuilles d'arbres sont causes de traumatismes crâniens ? Ils sont métaphoriquement des feuilles d'arbres, et il ne peuvent pas causer plus de cancers que des feuilles d'arbres causent une fracture.


Les champs

Les champs magnétiques et électriques agissent sur la matière à travers des forces sur les charges électriques. Les champs peuvent être biologiquement significatifs seulement s'ils modifient l'énergie des éléments biologiques chargés, tout autant que l'énergie provenant d'une agitation thermique kT, où k est la constante de Boltzmann et T est la température absolue (environ 310 degrés Kelvin). Le changement des champs magnétiques survient d'abord par les champs électriques associés à cette modification (l'effet Faraday). Les champs électriques, supposés être cancérigènes et générés dans le corps humain par des champs magnétiques de 60Hz, 5 milligaus (mG), issus d'un système de distribution électrique, seront de seulement 10 millionièmes de volt par mètre (V/m) et ne peuvent pas induire de transfert d'énergie plus important qu'un millionième de kT à des molécules biologiquement significatives.

Tandis qu'il pourrait y avoir des mécanismes d'amplification biologiques que nous ne comprenons pas encore, de tels mécanismes ne peuvent fonctionner que si le "signal" est plus important que le bruit électrique ... et le corps est électriquement très bruyant. Les champs électriques fondamentaux (Johnson-Nyquist) provenant de l'agitation thermique de charge agissant sur les cellules, sont des milliers de fois plus grands que les champs électriques produits par les champs de 5mG provenant de notre environnement. De ce fait, les champs venant de notre environnement ne peuvent pas affecter la biologie au niveau cellulaire.

Sur de larges régions, ce bruit thermodynamique est moins important que la moyenne des fluctuations thermiques de charge, mais il y a d'autres sources endogènes de bruit électrique. Les champs électriques familiers générés par l'action du coeur, mesurés par un électrocardiogramme, sont mille fois plus importants que les champs venant de notre environnement. Même au-delà de la bande de fréquence d'environ 60 Hz, les champs électriques du coeur ont été mesurés (par John Bergeron) et sont environ 10 fois plus grands que les champs électriques provenant des champs magnétiques à 5 mG 60Hz.

Une jeune femme était apparue à la télévision afin d'exprimer sa conviction selon laquelle le cancer de son fils avait été causé par les champs magnétiques de lignes électriques pendant qu'il n'était encore qu'un foetus. En réalité, le bébé était exposé à des champs entre dix et cent fois plus importants rien que par l'action du coeur de sa mère pendant qu'elle le portait.

Bien entendu, les champs électriques importants ont des conséquences biologiques. Cinq cents décès par an aux USA sont attribués à des électrocutions accidentelles. Environ 100V/m peuvent causer une fibrillation cardiaque létale. Mais des courants identiques peuvent relancer l'action du coeur après un arrêt cardiaque, et des champs électriques plus petits peuvent réguler l'action du coeur et exciter les muscles. Les plus petits champs connus, pouvant générer une action biologique sur les humains, sont d'environ 0,2 V/m, et agissent sur l'oeil pour créer des phénomènes visuels (les phosphènes). On leur attribue aussi une action plausible mais non confirmée sur les os, à des champs de 0,1 V/m. Ainsi, des champs de 10 millionième de V/m, venant du système de distribution du courant, sont environ 10 000 fois plus petits que le plus petit champ connu ayant un effet (non nocif) sur l'être humain.

Des effets magnétiques directs sont aussi possibles. Les abeilles, certains poissons et peut-être les oiseaux et d'autres animaux, naviguent en utilisant une "boussole" de cristaux de magnétite encastrés dans leurs cellules. Mais à 60 inversions la seconde, les forces magnétiques s'effacent, et les énergies transmises aux éléments magnétiques dans les animaux par des champs de 60 Hz, 5 milligaus, peuvent être à moins de 1/10 000kT. Ni les oiseaux, ni les abeilles, ni les poissons et encore moins les êtres humains ne peuvent détecter des champs aussi faibles qu'à 60Hz, ceux-ci ne pouvant pas plus les blesser.

Cependant, plusieurs expériences en laboratoire déclarent avoir fait la démonstration d'effets de champs très faibles sur des cellules in vitro. Toutes ont été acceptées sans méthodologie rationnelle sur les interactions biologiques naturelles des champs électromagnétiques. Sont-elles toutes fausses ? Si oui, pourquoi ?

La réponse probable est que les erreurs expérimentales ont été acceptées comme des effets réels. L'erreur explique l'incohérence et le manque de réplication des comptes-rendus positifs. Elle explique aussi le manque quasi universel de relation dose-réponse. Après plus de 20 ans d'études de ce genre, aucune démonstration reproduite, correctement définie sur les effets de champs très faibles, n'a pu voir le jour. L'erreur est la meilleure explication possible pour tous les comptes-rendus observés. Deux chercheurs avaient décrit au début de l'année 1990 une triple augmentation de l'expression de l'oncogène c-myc dans l'ARN quand il était exposé à un champ électromagnétique de basse fréquence, et impliqué dans la carcinogenèse. Les résultats n'ont pas pu être reproduits par d'autres équipes qui ont resserré les contrôles et certains calibrages. Les travaux reproduits ont été publiés dans le Journal of Radiation Research en octobre 1995 et dans Science en septembre 1995. Ce qui n'a pas empêché le compte-rendu original erroné d'avoir été largement disséminé dans la presse, et réveiller l'intérêt pour une relation causale entre les champs électromagnétiques et le cancer.

Mais ne dit-on pas qu'il n'y a pas de fumée sans feu ? Mais trop de fumée sans signe de flamme rappelle aux scientifiques, à l'origine de l'expérience, qu'il ne peut s'agir que de brouillard. Il y a plusieurs années, on pouvait trouver pas loin de 100 papiers, provenant de 10 pays différents, rapportant des résultats en faveur de la fusion froide. Mais la fusion froide a été jetée dans les poubelles de la science, il n'y a pas et il n'y a jamais eu de fusion froide.


Des études imparfaites

Les études épidémiologiques, prétendant faire la démonstration des effets des champs électromagnétiques faibles, ont un impact important sur le grand public parce que les techniques et les résultats peuvent être exposés (de façon trompeuse) simplement. En fait, beaucoup des travaux rapportant des effets positifs sont gâchés de façon critique par des erreurs techniques ou d'analyse et aucun n'est définitif.

Comme exemple de carences d'une étude relativement bonne, celle, suédoise, des mesures de Ahlbom et Feychting a été citée comme exemple démontrant que les champs magnétiques venant des systèmes de distribution électrique en Suède avaient considérablement augmenté la probabilité de leucémie des enfants. Parmi les nombreuses malignités des adultes et des enfants vivant près des lignes à haute tension qu'ils avaient enregistrés, ils rapportèrent des élévations significatives seulement de leucémies chez les enfants qui vivaient dans des maisons, pour lesquelles on avait calculé qu'elles recevaient, en moyenne, plus de 1mG des principales lignes électriques, et ce sur une longue période de temps. Ils trouvèrent 11 cas où on en attendait 4,5 du groupe contrôle. Mais ils mesurèrent aussi les champs de toutes les sources dans les maisons, et ne trouvèrent que 5 cas où les champs mesurés étaient supérieurs à 1mG. Ils s'attendaient à en trouver 12,5 des groupes contrôles. Il n'y a donc pas de données convaincantes. Les avocats en faveur d'une relation entre champs électromagnétiques et cancers ont publié que des champs "calculés" causaient des leucémies. Le résultat équivalent ayant "mesuré" que les champs protégeaient des leucémies, lui, n'a pas été publié. Bien entendu, les champs électromagnétiques, qu'ils soient calculés ou mesurés, ne causent ni n'empêchent les cancers.

Les résultats suédois, acceptés comme publiés, exige que les champs magnétiques provenant de l'utilisation d'électricité soient responsables de la plupart des leucémies infantiles. Mais le taux de leucémies de 4 pour 100 000 années-enfants est le même partout en Occident, aux États-Unis et en Europe, indépendamment des variations dans l'utilisation électrique. En outre, aux USA, l'incidence n'a pas évolué significativement en 50 ans, alors que l'utilisation énergétique a augmenté de plus de 20 fois pendant cette période.

En effet, une revue du National Research Council et National Academy of Sciences prenant en compte toutes les preuves épidémiologiques, a conclu que "nous n'avons pas trouvé que les champs magnétiques mesurés dans la maison. étaient associés à une incidence excessive des leucémies infantiles ni des autres cancers."

En résumé, il y de bonnes raisons de croire que les champs électromagnétiques faibles de notre système de distribution électrique n'ont pas d'effets biologiques du tout. Et il n'y aucune raison valable de croire le contraire. Le faux problème des cancers et des champs électromagnétiques devrait se voir relégué dans les abysses où ont déjà été jetés la fusion froide, l'eau polymérisée, les théories de Lyssenko et autres aberrations.


Pour aller plus loin :
- Champs électromagnétiques, environnement et santé. Anne Perrin, Martine Souques.
- Les ondes aujourd'hui. Christian Vauge.
- Pourquoi avons-nous peur de la technologie ? Daniel Boy.
- Vivre dans les champs électromagnétiques. Pierre Zweiacker.

A lire aussi :
- Biais et erreurs des études scientifiques.
- Les téléphones portables et le cancer.
- Toutes les actualités sur les rayonnements et cancer.

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