Médecine traditionnelle chinoise
A la recherche du Ch'i.
(Suite)

En dehors du fait que l'intensité de douleur supportée varie d'une culture à l'autre, les effets de l'anesthésie par acupuncture sont indubitablement exagérés, bien que peu doutent maintenant qu'elle ait un effet. La science peut-elle l'expliquer sans recourir à la théorie du Chi ? L'explication scientifique donnée repose sur la "théorie du portail". D'après cette théorie, le nerf est doucement stimulé par l'insertion d'une aiguille. Cette stimulation empêche le passage des signaux d'une douleur plus intense par ce même nerf et produit un effet analgésique (Lu and Needham 1980).

Il faut savoir que l'anesthésie par acupuncture n'est qu'une toute petite, bien que dramatique, partie dans l'utilisation de l'acupuncture. Et l'acupuncture à son tour n'étant qu'une petite partie de la MTC, système unifié de santé. C'est un système de santé holistique reposant sur des idées anciennes à propos du fonctionnement du corps. Souvent ses concepts entrent en conflit avec la science moderne, mais il semble juste de dire qu'en dépit de cela, certains de ses traitements soulagent ou guérissent certains types de douleurs. Parmi ses modalités de traitement il y a les changements de régime et de style de vie, des traitements aux herbes ou médicinaux, des exercices et la stimulation de différents points sur le corps humain de différentes manières.

Il y a toute une variété de points sur le corps humain qui sont traditionnellement stimulés en acupuncture, et les praticiens croient que ces points sont en général indicatifs des flux sous-jacents du Chi dans tout le corps. Le nombre exact de points est sujet à controverses et varie d'une école à une autre et aussi selon les époques, mais la plupart des praticiens de nos jours en utilisent probablement plus de 600, espacés partout à la surface du corps humain. La stimulation de ces points peut être réalisée de différentes manières. Les trois façons les plus communes sont les manipulations des points par la main (appelée aussi "massothérapie" ou "acupression"), la stimulation par l'insertion d'aiguilles dans les points eux-mêmes (acupuncture) et la stimulation par la chaleur.

Certains de ces traitements par les "acupoints" peuvent marcher, mais il est très difficile de savoir avec exactitude lesquels marchent. Ironiquement, ceci est principalement dû à la capacité de l'esprit à affecter la santé du corps, ce qui est de toute façon une des principales explications de tels systèmes. Si on place une aiguille chez quelqu'un et que le traitement marche comme l'attendait le patient qui y croit fortement, la guérison était-elle due à l'aiguille ou à la croyance dans l'effet supposé de l'aiguille ? Naturellement personne ne peut le dire avec certitude, et la plupart des chinois considèrent qu'un point est hors de propos tant que la guérison n'est pas intervenue d'une façon ou d'une autre. Avec les médicaments, des tests peuvent être réalisés en double aveugle avec placebo, mais il est très difficile de mettre en place un test qui ressemble à l'acupuncture et qui n'implique pas l'insertion d'aiguilles.

Les moyens par lesquels les traitements impliquant les points d'acupuncture sont supposés marcher, peuvent être décrits dans un cadre scientifique, par exemple : par la stimulation des nerfs, les traitements par contre-irritation, la stimulation du corps à produire des composés chimiques naturels et la croyance. Parfois les scientifiques peuvent beaucoup apprendre à propos des modalités de l'effet grâce à la rapidité avec laquelle se produit l'effet, ou au sujet de l'influence de la croyance en expérimentant sur des animaux (et certains traitements par acupuncture, en fait, marchent sur des animaux). En général, il n'est pas nécessaire, pour les praticiens occidentaux, d'avoir recours au Chi en tant qu'explication du phénomène.

Différents exercices sont destinés à "améliorer" le Chi de chacun, et donc sa santé. Un des exemples les plus communs est le Tai Chi Chuan, aussi décrit comme une sorte de "kung fu au ralenti". Il paraît qu'il aurait des effets positifs pour la santé. D'autres exercices connus sous le nom de "Chi gong" sont quelque peu semblables, pourtant ces effets peuvent être facilement expliqués sans avoir à invoquer la théorie du Chi. De tels exercices sont généralement faits d'un mélange de mouvements de stretching et isométriques, les bénéfices physiques pour la santé devraient être évidents. Tout comme les bénéfices mentaux ou spirituels, ceux-ci peuvent être expliqués de deux façons. La première est que le simple fait que faire de l'exercice régulièrement est bon pour la santé mentale et promeut un sentiment de bien-être physique. Le plus intéressant est sans doute l'effet démontré que les exercices de relaxation, de méditation, peuvent avoir sur la santé.

Il a été prouvé que si l'on force son esprit à se relaxer, la pression sanguine, la respiration, etc. ralentissent. Herbert Benson, chercheur médical, a appelé cet effet la "réponse relaxante" et la méditation est la forme la plus efficace pour la produire. Etant donné que le Tai Chi Chuan et les autres exercices chinois impliquent systématiquement des programmes d'entraînement mentaux et spirituels, il est bien normal et naturel qu'ils produisent une réponse relaxante parmi les pratiquants.

Il est une croyance, fort répandue, selon laquelle une personne intensivement entraînée au Chi gong serait en mesure de produire des choses extraordinaires, visibles hors même du corps, et qui sembleraient défier les lois de la physique. Malheureusement pour ceux qui y croient, ces exploits ne se réalisent que trop rarement, sinon jamais, dans des conditions de contrôle rigoureux. Les démonstrations qui ont pu être faites ont toujours pu trouver une explication tout en restant à l'intérieur de notre compréhension de la physique. Dans certains cas, par exemple, quand des adeptes d'arts martiaux cassent du véritable bois ou des briques, et en dehors de la totale inutilité d'un tel geste, ils pourraient croire utiliser le Chi alors qu'en fait leurs prouesses restent parfaitement explicables via la physique telle que nous la connaissons. Invoquant le Rasoir d'Occam, selon lequel la solution la plus simple est celle qui à la plus forte probabilité d'être la bonne, nous restons une fois de plus en reste devant l'absence de preuve de l'existence de ce Chi.

D'autres exploits sont plus difficiles à expliquer et demandent les services d'un magicien, d'illusionniste qualifié, pour aider à concevoir les conditions de contrôles. Lorsque de telles conditions sont en place, les effets de la puissance du Chi disparaissent à nouveau, ne laissant rien pouvant les corroborer. En 1988, une délégation du CSICOP (Committee for the Scientific Investigation of Claims of the Paranormal) en Chine réalisa de tels tests, et aucun pouvoirs remarquables ne se manifestèrent (Kurtz et al. 1988). Le sociologue Marcello Truzzi en 1985 fit une expérience identique avec les mêmes résultats.

Manifestement, aucune preuve ne vient confirmer l'existence de ce furtif Chi, seule la croyance lui permet de "survivre". La MTC affirme que le Chi est ce qui permet de vivre en circulant à travers le corps via un réseau complexe, cependant la science, qui n'affirme pas dogmatiquement mais qui est le résultat de recherches, d'études et ne fait rien arbitrairement, est en contradiction avec cette affirmation. Le Chi devrait être présent partout étant donné sa fonction globale impliquée dans tous les autres systèmes biologiques, alors qu'il n'a jamais été détecté par les instruments de mesure existants, ultrasensibles pour certains, qui peuvent détecter le moindre rayonnement ou la moindre activité, un simple électro-encéphalogramme (EEG), le rayonnement fossile de l'univers, etc.

D'un autre côté, si le Chi existait vraiment, mais qu'il se soit "arrangé" pour ne pas être détectable du tout scientifiquement, il serait logique que d'énormes absences dans notre connaissance du corps humain se fassent jour à chaque fois que nous examinerions un système dans lequel le Chi serait impliqué. En d'autres termes, si le Chi contrôle et influence le comportement du corps humain, mais que nous ne l'avons pas détecté, son existence se manifesterait justement par son absence, il brillerait par cette absence, un fossé inexplicable nous séparerait de la connaissance biologique à chaque fois que le Chi devrait être invoqué. Dans ces conditions, le Chi serait nécessaire, à la manière du neutrino postulé par Pauli, pour combler un déficit. Malheureusement, ce déficit lui non plus n'existe pas, et il est nullement nécessaire de faire appel à ce mystérieux Chi pour combler une lacune.

Comme évoqué plus haut, le recours au Chi comme explication de phénomènes biologiques pourtant connus, relève d'une simplification à outrance, ce qui plait à beaucoup de personnes adeptes de ce qui est élémentaire et donc à la portée de tous. La biologie est une science complexe et il ne sert à rien, pour son propre plaisir, d'opérer un fantastique retour en arrière dans la connaissance pour justifier des pratiques d'un autre âge. Le Chi a été postulé à une époque lointaine, maintenant ce postulat se doit d'être transformé en réalité pour donner un soupçon de crédibilité à ceux qui en font le fondement de toutes choses, or il n'en est rien, de postulat, il est devenu dogme, au grand dam des partisans de la MTC.


Pour aller plus loin :
- Medicine in China, a history of ideas. Paul Unschuld.
- Les pseudo-médecines, Jean Brissonnet.
- Médecines alternatives : le guide critique. Collectif.
- Histoires parallèles de la médecine. Des Fleurs de Bach à l'ostéopathie. Thomas Sandoz.

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