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La chiropratique
Les "champions" de la manipulation...

(Suite)

Les éléments de preuve contre la chiropraxie

Les différents aspects de ce que comporte la pratique chiropratique moderne doivent être considérés séparément en termes de théorie scientifique et de preuve. Comme décrit plus haut, il existe plusieurs traditions qui diffèrent au sein de la chiropraxie, et aucune définition ne peut s'appliquer à tous les chiropracteurs. Les pratiques qui vont être décrites ci-après sont caractéristiques des traditions majoritaires chez les chiropracteurs. Leurs défenseurs pourraient dire que de telles pratiques peuvent être vraies, et que cela représente une minorité d'entre eux, ou que la plupart des chiropracteurs, dans doute eux-mêmes, ne s'aventureraient jamais dans de telles absurdités. Le fait est, pourtant, que seulement 2% des chiropracteurs (notamment aux USA), peuvent être considérés comme scientifiques, le reste fait partie de ceux dont les pratiques vont être discutées ci-après.

La théorie selon laquelle les subluxations vertébrales affectent les nerfs vertébraux et bloquent le "nerf énergétique" ou "l'intelligence innée", détériorant la santé et les capacités du corps humain, cause de la maladie, n'a aucun fondement scientifique ni ne possède aucune preuve de sa réalité physiologique et/ou anatomique. En fait, la somme totale de la connaissance scientifique en anatomie, physiologie, neurologie et pathologie conteste clairement cette théorie.

Nous savons beaucoup de choses à propos du fonctionnement des cellules, tissus, organes et sur l'organisme, même si nous sommes encore loin de tout savoir et d'avoir tout compris. La complexité des systèmes biologiques est toujours aussi ahurissante, comparée à la connaissance que nous en avons. Mais elle se dévoile doucement et inexorablement grâce à la recherche scientifique. En biologie, il n'est pas besoin de postuler une hypothétique force vitale pour faire fonctionner la machine humaine. Nous savons exactement d'où les cellules tirent leur énergie, et nous savons relativement bien ce qu'elle en font. Nous avons également localisé exactement où dans la machinerie biologique, les erreurs ou les dysfonctionnements surviennent, résultant en de multiples maladies connues. Par contre, il reste à affronter tout phénomène, ou fonction biologique, qui indiquerait la présence de la fumeuse "intelligence innée" de la chiropratique. Il n'y a aucune théorie claire expliquant sous quelle forme cette énergie existe, ni s'il est possible de la détecter, ne l'ayant jamais été à ce jour.

Les partisans de la chiropraxie pourraient argumenter que la connaissance scientifique est imparfaite, et que personne n'est en mesure de prouver que l'intelligence innée n'existe pas. L'argument est spécieux, et est bien le reflet d'une incompréhension naïve de la science, tant il est logiquement impossible de prouver quelque-chose de négatif. Certes, personne n'a prouvé que l'intelligence innée n'existe pas, mais nous n'avons pas plus preuves que les déséquilibres dans les quatre humeurs de la médecine ancienne n'existent pas, ni les miasmes de la philosophie homéopathique, ni les milliers d'autres théories possibles. Il n'y a pas plus de raisons de croire que la maladie est causée par des subluxations vertébrales, que par des esprits démoniaques, des malédictions vaudoues ou un mauvais karma.

Le succès phénoménal de la médecine scientifique vient de sa nature "autocorrective" et repose sur des diagnostics et des traitements prouvés scientifiquement. Médicaments, techniques chirurgicales, suppléments nutritionnels et autres thérapies sont constamment étudiés pour leur sûreté et leur efficacité. Les traitements, dont il a été montré qu'ils sont dangereux ou inefficaces, sont abandonnés. De nouveaux traitements sont alors conçus, issus de la recherche sur les mécanismes fondamentaux de la biologie et de la maladie. Étant donné que notre compréhension de ces mécanismes augmente, nos traitements deviennent plus subtiles et plus efficaces, la pratique de la médecine progresse.

Les médecins cesseront d'avoir recours à des techniques, ou de prescrire des thérapies qui ont fait la preuve de leur inutilité. Il existe une vaste littérature médicale et scientifique sur laquelle repose leur pratique, et les décisions qu'ils auront à prendre évoluent en fonction de ces nouvelles connaissances.

Tout ceci n'existe pas en chiropratique, où peu de praticiens interviennent dans ces périodiques, et où il n'existe que très peu de recherche concernant la théorie et les thérapies. Leurs thérapies ne reposent pas sur des principes scientifiques, ils vont même à l'encontre. Les chiropracteurs ne soumettent pas leurs traitements à des tests dans le but de répondre à la question basique : "cela marche-t-il ?". Leurs idées et pratiques ne sont pas soumises à l'esprit critique, ni au scepticisme que tout scientifique se doit d'actionner dans ce cas.

En plus de ce cruel manque de preuves positives sur les principes de base de la chiropraxie, il y a eu plusieurs études suggérant directement que leurs déclarations sont fausses. Une étude entreprise par le Pr. Edmund Crelin étudia la quantité de force nécessaire pour déplacer des vertèbres de la colonne dans le but d'impacter le nerf vertébral. L'étude fut menée sur six cadavres 8 heures après leur mort. Ses conclusions sont que la quantité de force nécessaire pour réellement déplacer une vertèbre doit être assez puissante pour briser la colonne vertébrale, ce qui confirme que la manipulation chiropratique ne peut pas affecter significativement l'alignement vertébral, et qu'un désalignement ne comprime pas les nerfs (3).

Des nerfs vertébraux peuvent être pincés ou touchés, mais cela est dû à des hernies discales, des fractures, des tumeurs ou une excroissance des os de la colonne. Avoir un ou des nerfs vertébraux coincés est très douloureux et occasionne une sensation d'engourdissement, cela peut être cause de perte de réflexes et de faiblesses des muscles dépendants des nerfs touchés. Les nerfs affectés ne le sont pas à cause d'une subluxation, et ne sont pas la cause de maladies organiques. D'ailleurs, la manipulation vertébrale est contre-indiquée dans les cas de pression réelle sur les nerfs, et ne doit pas être exécutée. Dans l'étude Rand, souvent citée par les chiropracteurs, un nerf vertébral touché était une des contre-indications à la manipulation et suffisait à se voir exclure de l'étude.

   


Pour aller plus loin :
- Médecines alternatives : le guide critique. Collectif.
- Les charlatans de la santé, Jean-Marie ABGRALL.
- Histoires parallèles de la médecine. Des Fleurs de Bach à l'ostéopathie. Thomas Sandoz.
- Le sommeil de la raison. Norbert Bensaïd.

A visiter:
- Les actualités de la chiropraxie.
- Ce que vous devriez savoir sur la chiropratique.
- L'ostéopathie et la chiropraxie. Rapport, au nom d'un Groupe de travail. Louis AUQUIER, Georges CRÉMER, Paul MALVY, Charles-Joël MENKÈS, Guy NICOLAS. ACADÉMIE NATIONALE DE MÉDECINE.
- L'ostéopathie crânienne en dentisterie

Notes et Références :
- Assessment of diclofenac or spinal manipulative therapy, or both, in addition to recommended fi rst-line treatment for acute low back pain: a randomised controlled trial. The Lancet. 2007; 370: 1638 43
- A systematic review of systematic reviews of spinal manipulation. E. Ernst, P.H. Canter - 2006
1 - Appropriateness of Spinal Manipulation for Low Back Pain : Project Overview and Literature Review
  - The Appropriateness of Spinal Manipulation for Low-Back Pain : Data Collection Instruments and a Manual for Their Use de Paul Shekelle, Ian Coulter, Eric Hurwitz
  - Manipulation and mobilization of the cervical spine. A systematic review of the literature. Hurwitz EL, Aker PD, Adams AH, Meeker WC, Shekelle PG.
  - Spinal manipulation for headache disorders
2 - Low back pain of mechanical origin : randomised comparison of chiropractic and hospital outpatient treatment. Meade TW, Dyer S, Browne W, Townsend J, Frank AO.
3 - A Scientific Test of Chiropractic's Subluxation Theory - The first experimental study of the basis of the theory demonstrates that it is erroneous. Edmund S. Crelin, Ph.D.
- Frequency and clinical predictors of adverse reactions to chiropractic care in the UCLA neck pain study. Hurwitz EL, Morgenstern H, Vassilaki M, Chiang LM.
- NCAHF Fact Sheet on Chiropractic. Dr Jarvis
- Les soins chiropratiques aux enfants : Des controverses et des points litigieux
- Loi relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé - Chapitre III : Déontologie des professions et information des usagers du système de santé.
- La Chiropraxie
- La chiropratique : manipulation du dos ou de l'information ? Sceptiques du Québec
* http://corpsalain.ca/chiro-specifique.htm