La combustion humaine spontanée

Afin de comprendre la combustion humaine spontanée, il faut imaginer la scène suivante : une vieille femme qui vit seule est retrouvée morte dans son appartement. Elle a été victime d'un incendie, son corps est pratiquement réduit en cendres en entier, et seuls les bouts de ses mains et jambes demeurent intacts. Le pâle contour de sa tête repose sur le foyer du lieu de l'incendie. Il y a des signes qu'un feu a récemment brûlé sur ce lieu. Une substance brune et graisseuse enduit les murs et le plafond près du corps, le reste de toute la pièce est intact. Face à cela, si on met de côté tout sens commun et toute raison, vous avez un cas typique de combustion humaine spontanée.

La combustion humaine spontanée est clairement une pseudoscience, en cela qu'il n'y a rien de concret en jeu, aucune déclaration sur la santé, aucun produit à vendre, pas de problème à propos de fonds qui seraient affectés à la recherche sur le sujet. Il s'agit d'une question purement scientifique, hautement soumise à l'analyse critique.

L'idée que les gens peuvent soudainement et spontanément se mettre à brûler est assez ancienne, elle existait déjà dans le folklore il y a des siècles et a été rapportée pour la première fois par Jonas Dupont en 1763 (dans De Incendiis Corporis Humani Spontaneis). La combustion humaine spontanée a été popularisée par Charles Dickens, qui la répandue via un de ses personnage méprisable et alcoolique nommé Krook, dans son roman Bleak House, en le faisant brûler spontanément. Cet épisode de fiction a aussi encouragé la notion selon laquelle une consommation importante d'alcool pouvait provoquer une mort par inflammation.

Les personnes qui croient en la combustion humaine spontanée commettent les mêmes erreurs habituellement rencontrées dans la pensée pseudo-scientifique. Des histoires de combustion humaine spontanée sont souvent des cas de mystérieux colportages et de chasse étrange, événements avec des détails curieux ou inhabituels, pas faciles à expliquer par le profane. Ces croyants associent ces récits inhabituels avec une illusion logique appelée "l'argument d'ignorance" qui dit en substance : "nous ne pouvons pas expliquer comment ces personnes ont brûlé, comment ils ont fait ou quelle est la source du feu, donc cette explication est correcte." Finalement, les supporters de la combustion humaine spontanée manquent juste d'une petite chose que les scientifiques nomment la "vraisemblance". En d'autres termes, les corps ne brûlent pas seulement dans des flammes.

Les cas supposés de combustion humaine spontanée vont du plus singulier au plus risible. Plusieurs cas impliquent des sources de feu externes évidentes, allumettes et cigarettes étant les coupables les plus communs. En d'autres temps, des bougies, foyer de cheminées, pipes ou lanternes étaient impliquées. Mais en considérant tous les incendies qui sont étudiés, il serait bien étonnant si, occasionnellement, les circonstances du feu n'étaient pas mystérieuses. Les croyants dans la combustion humaine spontanée procèdent à partir de la prémisse que nous serions en mesure d'expliquer entièrement tous les feux, et donc qu'une incapacité à en expliquer un signifierait ipso facto qu'il faille introduire un nouveau phénomène physique, qu'il soit peu plausible importe peu. C'est clairement l'argument d'ignorance.

Les partisans de la combustion humaine spontanée citent souvent comme preuve le fait qu'un corps a complètement été réduit en cendres, excepté les terminaisons des bras et des jambes et parfois la tête. Mais il y a une bonne explication à ce phénomène. On l'appelle "l'effet mèche". Les vêtements de la victime peuvent agir en tant que mèche, tandis que les graisses de leur corps servent de source de carburant (tout comme une bougie à l'envers). Les vêtements continuent de brûler grâce à la graisse corporelle de la victime qui est liquéfiée, ce qui cause une combustion qui peut pratiquement consumer la victime, et résulter en une substance graisseuse et brune qui recouvre souvent les murs tous proches.

Ceci a été confirmé expérimentalement en utilisant des corps de porcs. En outre, dans une pièce fermée, un feu utilisera rapidement tout l'oxygène présent, réduisant les flammes pour consumer les braises. C'est pourquoi, les soldats du feu n'entrent pas brusquement dans des pièces fermées lors d'un feu, l'apport soudain d'oxygène pouvant faire que ces braises s'embrasent. Mais si on le laisse des heures sans le déranger, ce genre de feu peut consumer un corps sans que les flammes se répandent.

Ceci nous conduit vers un autre élément de "preuve" souvent cité: la pièce environnante est parfois restée indemne malgré le feu. Mais ceci n'est pas du tout exceptionnel. Les feux brûlent parce que l'air chaud s'élève au-dessus de l'air plus froid. La température au-dessous ou même à une courte distance sur le côté d'un feu peut être très faible, assez pour ne causer aucun dommage. La direction ascendante de l'incendie explique aussi pourquoi les extrémités des bras et des jambes demeurent souvent non brûlées, tout comme les extrémités d'une bûche dans la cheminée peuvent rester sur place alors que tout le milieu a été consumé.

En cas de combustion humaine spontanée, les victimes sont souvent en surpoids, et ont de ce fait une grande quantité de "carburant" pouvant alimenter le feu. Beaucoup sont vieux ou handicapés, et pouvaient être incapables d'éteindre un feu démarré. D'autres étaient alcooliques ou avaient pris des sédatifs, ils auraient pu ne pas se réveiller. Nombreux aussi étaient les fumeurs imprudents. Le biologiste judiciaire Mark Benecke a passé en revue les cas disponibles de prétendues combustions humaines spontanées, et a conclu que "les images et comptes-rendus publiés à ce jour de combustions humaines spontanées peuvent être expliqués par des mécanismes connus et bien compris qu'on rencontre régulièrement sur des sites d'incendies." En d'autres termes, il n'y a aucun cas constituant un élément de preuve irréfutable de combustion humaine spontanée.

A côté de cela, il n'y a pas de mécanisme pouvant expliquer l'énergie nécessaire pour enflammer une personne en vie. Ainsi, les supporters de la combustion humaine spontanée ressortent l'une des trois stratégies. Ils répondent parfois, dans un regard perplexe, que le mécanisme reste un "mystère". Ou bien, ils peuvent invoquer leur explication paranormale favorite : celle d'une énergie psychique ou autre chose tout autant dénué de sens.

D'autres, cependant, ont une troisième approche, essayant d'expliquer la combustion humaine spontanée par un mécanisme physique "sonnant" scientifique. Larry Arnold, dans son livre de 1996 Ablaze!, spécule que la combustion humaine spontanée est causée par une particule subatomique inconnue qu'il a baptisée le "pyrotron" et qui, déclare-t-il, peut spontanément provoquer une fusion nucléaire, libérant une énergie formidable. Mais il n'existe aucune preuve de cette hypothèse, et Arnold semble totalement ignorant du fonctionnement d'une fusion nucléaire.

En outre, s'il existait un processus biologique par lequel de grandes quantités d'énergie pouvaient soudainement être libérées, causant une combustion, nous nous attendrions à voir ce processus en action, au moins occasionnellement. A certains niveaux, ce processus devrait survenir mais sans atteindre le point de combustion. Pourquoi pas chez ces personnes ayant une forte fièvre ? Pourquoi ne voyons-nous jamais de personnes avec une forte fièvre s'enflammer sous les yeux des personnels médicaux en train de les traiter ? La combustion humaine spontanée doit être un processus de type "tout-ou-rien", et il est étonnant que les cas rencontrés n'aient jamais eu lieu sous les yeux de quiconque. Il faut faire uniquement avec les restes !

La combustion humaine spontanée reste un argument d'ignorance type, sans preuve positive, reposant entièrement sur des cas anormaux issus des nombreux épisodes de personnes décédées par le feu. Ces cas ne sont d'ailleurs pas tous particulièrement intéressants, la plupart des cas prétendus de combustion humaine spontanée étant des femmes âgées dont on a retrouvé que la tête sur le foyer de l'incendie.


Pour aller plus loin :
- Parapsychologie : science ou magie ? James ALCOCK.
- Gourous, sorciers et savants. Henri Broch.
- Y croyez-vous ?, Pascal Forget.
- Guide critique de l'extraordinaire. Renaud Mahic.

A visiter :
- Combustion humaine spontanée : les théories et les faits.
- La parapsychologie.
- La machine à croire.

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