Constipation : faits et mythes

Quand il s'agit de problèmes de santé, les intestins sont mis à forte contribution et représentent un gros business. L'expulsion des excréments (le fait d'aller à la selle) fait partie de la vie de tous les jours, et sans pour autant être apopathodiaphulatophobe, nous remarquons immédiatement quand notre routine quotidienne de visite aux toilettes change. La constipation, du mot latin constipare ("presser, condenser") est quelque chose que presque tout le monde a déjà vécu. Dans la plupart des cas, ce n'est qu'un dérangement occasionnel qui se résout rapidement. Pour d'autres, tout spécialement les personnes âgées, la constipation peut être une condition chronique, qui affecte significativement la qualité de la vie. Selon la question posée et l'échantillon étudié, sa prédominance semble grandement varier1. Le nombre de consultations à ce sujet, et de prescriptions étant assez élevé, il ne s'agit pas seulement d'un problème insignifiant.

L'un des plus grands défis dans l'interprétation des situations individuelles des patients, tout comme dans la littérature en général, est de comprendre ce qui est défini par "constipation". Car une habitude régulière chez une personne peut être de la constipation chez une autre. Les définitions personnelles des patients semblent fortement varier. Certains paniquent après un seul rendez-vous manqué aux toilettes, tandis que d'autres pourraient ne pas se soucier de vivre plusieurs jours sans aller à la selle.

Quelle est la fréquence optimale ? Cela dépend. Les nourrissons peuvent faire caca trois fois par jour. Les enfants plus âgés une fois par jour. Les adultes quotidiennement ou moins fréquemment. La littérature en général, bien que n'étant pas uniforme, définit la constipation comme un retard ou des difficultés à aller à la selle (habituellement moins de trois fois par semaine) pendant deux semaines. Les symptômes peuvent comprendre des défécations rares et douloureuses, des douleurs, et des fèces grumeleuses et dures. Quand ces problèmes durent pendant plus de trois mois, on appelle cela de la constipation chronique. Quand la constipation est accompagnée par d'autres symptômes comme des ballonnements, de la diarrhée et des douleurs abdominales, elle peut être désignée comme le syndrome du colon irritable.

Il y a plusieurs causes à la constipation. Elle peut être la conséquence d'autres maladies (par ex. de la tyroïde, le diabète, le cancer, et des maladies neurologiques comme la sclérose en plaques). Les médicaments, prescrits ou en parapharmacie, peuvent aussi causer une constipation. La constipation primaire, ou idiopathique, est un diagnostic d'exclusion, après que les autres causes aient été éliminées. S'il n'y a pas de signes de condition sous-jacente plus sérieuse, des traitements peuvent être envisagés.

Nombreux sont ceux qui ont des opinions bien arrêtées à propos de leur transit, de leur estomac, intestins, colon et défécations : ce qui est normal, et ce qui ne l'est pas. Et il y a également des opinions bien ancrées sur les causes, et les solutions, à la constipation. Mais malgré l'ubiquité de la constipation et les opinions tranchées sur les traitements, il existe un gouffre de taille entre les pratiques et les éléments de preuve. C'est un domaine avec des données "merdiques" (désolé, elle était facile), et il est difficile de savoir réellement quels sont les véritables effets des traitements. Mais une absence de preuve n'étant pas une preuve de l'absence, nous en sommes réduits à prendre les meilleures décisions possibles, malgré un corps de preuves décevant.

Voici quelques affirmations que l'on rencontre fréquemment, et les preuves, ou non, de leur véracité.


Le colon est à la source de toute maladie

Un dysfonctionnement de l'intestin comme la constipation a été décrit comme étant une cause de maladies depuis la fin du 16° siècle avant notre ère2. C'est un motif médical récurrent depuis que la médecine existe, et qui a débuté avec les idées de putréfaction interne, puis plus tard, une fois que la théorie des germes est arrivée, qui est devenue un sujet d'inquiétude via l'auto-intoxication. Cette théorie propose que des "toxines" non définies aient été absorbées depuis l'intestin, et causent des maladies systémiques. Ces idées, pourtant discréditées par la médecine scientifique, continuent à se manifester de nos jours, et ce le plus souvent dans le royaume des thérapies alternatives avec ses alertes aux "détoxications" (detox), via l'irrigation du colon, et d'autres pratiques de "nettoyage" rituelles comme des régimes. Ainsi donc de nos jours le colon continue à être blâmé pour toutes sortes de maladies, comme l'asthme, le cancer, la tension artérielle, les allergies et plus encore. Il n'y a cependant aucune preuve pour confirmer ces déclarations.


Je dois régulièrement aller à la selle pour éviter les toxines/allergies/maladies/décès

Cet argument est une prolongation des croyances à propos de la nécessité de déféquer pour éviter de tomber malade. De façon intéressante, depuis des centaines d'années, il a toujours existé l'idée que la constipation est une maladie moderne2, causée par l'urbanisation et la civilisation : les changements alimentaires, le rythme de vie mouvementé et le manque d'exercice. Ainsi, si vous ne vous sentez pas constipé, vous ne l'êtes pas. Les habitudes de l'intestin ne peuvent être évaluées qu'à partir de leurs propres mérites. Tant qu'elles ne sont pas douloureuses ni difficiles, il n'y a pas de fréquence idéale. En l'absence de constipation, le vidage du colon, ou le recours aux laxatifs et autres purgatifs est au moins inutile, au pire potentiellement dangereux.


Un manque de fibres peut causer la constipation, et les suppléments de fibres sont des traitements efficaces contre la constipation

Le père des céréales aux fibres, All Bran, est apparu sur le marché dans les années 1900 comme traitement contre le diagnostic de l'époque, l'autointoxication du colon. Depuis, la fibre tient une place spéciale dans l'équipement médical des professionnels de la santé et des partisans des thérapies alternatives : non seulement c'est naturel, mais c'est un petit balai venant de la nature.

Les fibres, provenant des céréales ou d'autres aliments, ont de multiples actions dans le colon. Elles ajoutent du volume dans les fèces et peuvent augmenter la fréquence des selles. Mais il y a un manque cruel de corrélation entre la consommation de fibres alimentaires et le risque de constipation. Et chez les patients qui ont reçu des suppléments de fibres, la réaction pour la constipation chronique est erratique. Les fibres, tout particulièrement le son et les autres fibres insolubles, causent la formation de gaz, qui peuvent déranger. Les fibres solubles, comme le psyllium (Metamucil) sont mieux tolérés.

Les études suggèrent que les régimes faibles en fibres pourraient être un facteur contribuant à la constipation dans un sous-ensemble de patients, qui pourraient réagir aux régimes riches en fibres. En conséquence, les suppléments de fibres pourraient être utiles chez certains patients qui ont une constipation légère ou occasionnelle. Mais dans les cas les plus sévères de constipation chronique, les fibres peuvent en fait aggraver les symptômes, et n'apparaissent pas être une thérapie efficace.


Boire plus peut aider à réduire la constipation

L'idée qu'avaler plus d'eau résultera en des fèces plus tendres, et plus faciles à passer, n'a pas été justifiée quand elle a été étudiée chez des patients atteints de constipation chronique. Les études sur des personnes âgées n'ont pas non plus réussi à révéler d'association entre la consommation plus importante de liquides et la constipation. Les enfants constipés, qui avaient été partagés au hasard pour consommer différentes quantités de liquides, n'ont pas vécu de changements dans la fréquence des selles, ni dans leur consistance ou facilité de défécation. Bien qu'il y ait des preuves de déshydratation, le fait de consommer plus de liquides en soi n'est pas susceptible de faire de différences dans les cas de constipation.


L'exercice peut aider à lutter contre la constipation

Chez la plupart des patients qui sont constipés, cette affirmation est vraie. Il y a une relation établie entre notre niveau d'activité et nos habitudes intestines, ce qui nous offre le luxe de dormir plusieurs heures sans interruption. Il ne semble pas y avoir de relation entre les niveaux d'exercice et l'incidence de la constipation, bien que dans plusieurs études, il n'y ait pas de relations causales claires. Et dans les cas d'exercice vigoureux (par ex. courir) il existe des preuves manifestes d'une augmentation significative de l'activité intestine. Alors qu'il n'est pas possible de réaliser des études réellement randomisées en double-aveugle, les éléments de preuve disponibles confirment que le recours à l'exercice physique peut être utile dans le cadre d'une constipation modeste, mais ne semble pas être efficace pour les cas les plus sévères.


Références :
1- Epidemiology of constipation in children and adults: A systematic review. Best Practice & Research Clinical Gastroenterology. Volume 25, Issue 1, Fev 2011, Pages 3-18.
2- Medical Myth. Civilization and the colon. Constipation as "the disease of diseases". James Whorton, West J Med. 2000 Dec; 173(6): 424-427.
3- Drug Class Review: Constipation Drugs. Gerald Gartlehner, Daniel E. Jonas, Laura C. Morgan, Yehuda Ringel, Richard A. Hansen, Curtis M Bryant, Tim Carey.
4- Systematic review of randomised controlled trials: Probiotics for functional constipation. Anna Chmielewska, Hania Szajewska. World J Gastroenterol. 2010 January 7; 16(1): 69-75.
5- Allégations de santé «fonctionnelles génériques» au titre de l'article 13. EFSA.
6- Myths and misconceptions about chronic constipation. Müller-Lissner SA, Kamm MA, Scarpignato C, Wald A. Am J Gastroenterol. 2005 Jan;100(1):232-42.
7- Currently recommended treatments of childhood constipation are not evidence based: a systematic literature review on the effect of laxative treatment and dietary measures. M A M Pijpers, M M Tabbers, M A Benninga, M Y Berger, Arch Dis Child 2009;94:117-131.
8- Nonpharmacologic Treatments for Childhood Constipation: Systematic Review. Merit M. Tabbers, Nicole Boluyt, Marjolein Y. Berger, Marc A. Benninga, Pediatrics.

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