Cerveau droit, cerveau gauche :
le mythe

(Suite)

Les supporters de cette idée affirmaient que ces différences structurelles expliqueraient pourquoi les régions dédiées au langage du cerveau gauche sont si douées dans les représentations de mots et de chaînes de mots, tandis que le cerveau droit semble fournir la vaste conscience du contexte et de la signification. Une découverte remarquable, venant de personnes qui souffrent de lésions du cerveau droit, est celle montrant qu'ils étaient capables de comprendre le sens littéral des phrases, leur cerveau gauche étant toujours en mesure de décoder les mots, mais qu'ils ne pouvaient pas bien saisir le sens des blagues ou des allusions. Lorsqu'on leur demandait d'expliquer ne serait-ce qu'un simple proverbe commun, tel que "qui paye ses dettes s'enrichit", ils ne pouvaient que répondre que cela avait un rapport avec l'argent. Un cerveau droit intact se révélant nécessaire pour ces connexions plus "joueuses".

Bien que cette théorie n'ait pas de support anatomique (seulement un comptage des connexions neurales sous microscope), les simulations par ordinateur en font une hypothèse suffisamment convenable. Par exemple, des chercheurs comprenant Robert Jacobs de l'Université de Rochester de New York, montrèrent que changer la richesse et la distance des interconnexions entre des neurones dans un réseau neural artificiel modifie les performances du réseau. Ce qui peut faire la différence quand il s'agit de reconnaître des formes spécifiques ou pour les regrouper en général.

Mais les différences de câblage ne sont pas les seuls concurrents à vouloir rendre compte de l'origine des prédispositions des hémisphères du cerveau. Une des principales raisons pour lesquelles le papier de Fink et Marshall dans Nature attirait tant l'attention venait du fait qu'il semblait soutenir une toute autre théorie : celle que ces prédispositions étaient orchestrées par de "hautes" régions du cortex.

La perception visuelle semble émerger dans le cerveau à travers un processus hiérarchique dans lequel les régions "inférieures" du cerveau envoient des signaux lorsqu'elles décèlent les simples aspects de l'image tombée sur la rétine, comme des lignes verticales ou horizontales, ou des mouvements dans différentes directions. Ces signaux sont alors transformés en scènes significatives par les régions "supérieures". Mais il ne s'agit pas d'un processus passif. Les régions du niveau supérieur peuvent dire aux régions inférieures ce sur quoi elles doivent se concentrer ("Wild Minds", New Scientist, 13 December 1997, p 26). Ce système de feed-back peut supprimer l'activité de certaines cellules et augmenter la sensibilité d'autres. Le résultat est que le cerveau peut mettre en valeur ce qu'il veut voir.

Les expériences de Fink et de Marshall semblèrent le confirmer. Fink dit que les régions tout autour des aires de haut niveau connues pour être cruciales pour diriger l'attention du cerveau, (le cortex pariétal inférieur et sa jonction avec le cortex temporal) s'illuminaient chaque fois que l'attention passait des caractéristiques locales aux globales (des détails au général).

Mais ils trouvèrent aussi une activité florissante dans les "bas" niveaux du cortex visuel, régions connues sous le nom de V2 et V3. Ces régions du côté droit rayonnaient lorsqu'elles faisaient l'effort de percevoir l'image dans sa globalité, et son équivalent dans le côté gauche s'échauffait quand on demandait aux sujets de se concentrer sur les formes locales. Alors que l'image du scanner du cerveau montrait que seules ces régions étaient actives, mais n'expliquait pas pourquoi, les résultats collaient parfaitement bien à l'idée que le cerveau pouvait diriger son attention localement ou globalement, disait Fink.

Il planifia d'explorer cette idée en ayant recours au système de la magneto-encephalographie (MEG) de l'Université de Düsseldorf qui peut enregistrer les petits champs magnétiques générés par les neurones actifs, et sera donc capable de suive le chemin des enchaînements en temps et en heure. Ce qui pourrait montrer si les régions de "haut niveau" conduisent vraiment celles du "bas niveau". Mais rien, à propos du cerveau, n'est jamais acquis. Alors que tout devenait plus clair, Marshall brouilla les cartes. Il ne put résister à la tentation de refaire l'expérience en la modifiant. Cette fois-ci, il utilisa l'image d'un objet dans laquelle une large forme, comme une ancre, est faite à partir de petites formes comme des tasses. Naturellement, l'équipe s'attendait à obtenir les mêmes résultats qu'auparavant.

   


Pour aller plus loin :
- Psychologie du cerveau : Pour mieux comprendre comment il fonctionne. Alain Lieury.
- Pourquoi les chimpanzés ne parlent pas : Et 30 autres questions sur le cerveau de l'homme. Laurent Cohen.
- Cerveau, sexe et pouvoir. C Vidal, D Benoit-Browaeys.
- L'homme neuronal, J.-P. Changeux.
- Biologie de la conscience, Gerard M. Edelman.

A visiter :
- Certaines personnes sont-elles "cerveau droit" et d’autres "cerveau gauche" ?
- Les actualités sur le cerveau
- La kinésiologie
- Le cerveau fainéant

Références :
- Human brain : left-right asymmetries in temporal speech region. N. Geschwind, W Levitsky. Science 1968
- Evaluating the empirical support for the Geschind-Behan-Galaburda model of cerebral lateraltisation. M.P. Bryden et al. Brai & Cognition 1994