EMDR
l'intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires


L'EMDR (pour Eye Movement Desensitization and Reprocessing ) est un traitement hautement controversé utilisé pour une grande variété de désordres psychologiques, comme le PTSD (pour Post-Traumatic Stress Disorder, ou syndrome de stress post-traumatique), dont les preuves empiriques à la fois soutiennent et réfutent son efficacité. Les preuves la réfutant montrent principalement que l'EMDR semble scientifique, mais en fait manque de la validation méthodologique, aussi bien qu'empirique, nécessaire. Étant donné la popularité croissante de l'EMDR, et cette tendance à adopter des traitements non-scientifiques et non éprouvés, il est essentiel d'examiner ce qui compose l'EMDR, ainsi il sera possible de déterminer si l'EMDR fait effectivement partie de la psychologie comportementale ou cognitive réellement scientifique, ou s'il ne s'agit que d'une vulgaire pseudoscience.

L'EMDR est une intervention thérapeutique relativement récente supposée soulager et débarrasser des souvenirs traumatisants, mais peut tout aussi bien aider dans le traitement de plusieurs autres désordres psychologiques (Lohr, Lilienfeld, Tolin, & Herbert, 1999). D'une manière générale, elle est utilisée pour obtenir, neutraliser et résoudre les problèmes psychologiques issus de souvenirs traumatisants. En 1987, une étudiante du nom de Francine Shapiro remarqua, tandis qu'elle marchait dans la forêt, préoccupée qu'elle était par des pensées bouleversantes, que quand ses yeux bougeaient rapidement et spontanément d'un côté et de l'autre, ses vieux souvenirs et ses pensées dérangeantes s'évanouissaient (Herbert & Mueser, 1992).

Le développement de cette méthode apparemment complexe et integrative a généré une grande agitation et de nombreux soutiens, en même temps qu'une forte controverse (Lohr, Kleinknecht, Tolin, & Barrett, 1995). L'EMDR fut étiquetée en tant qu'intervention scientifique, des déclarations en faisant même le traitement le plus efficace pour les désordres dus au stress post-traumatique, voire pour d'autres problèmes psychologiques. Cependant, un certain nombre d'études récentes reléguèrent l'EMDR en tant que traitement pseudoscientifique non prouvé (Lohr, Lilienfeld, Tolin, & Herbert, 1999).


Science et pseudoscience

Les manifestations pseudoscientifiques sont généralement définies comme un ensemble de théories présentées comme des concepts scientifiques, alors qu'en fait ils n'en sont pas. Un des éléments cruciaux de la théorie scientifique est sa capacité à expliquer tout un ensemble de phénomènes empiriques et aussi à être validée ou testée empiriquement. La validation empirique des théories scientifiques exige la déduction de prédictions empiriques à partir de ces théories. Pour être significatives, de telles prédictions doivent, au moins, avoir la possibilité d'être falsifiées. Cette caractéristique scientifique est connue sous le nom de falsifiable (voir Karl Popper).

Une théorie pseudoscientifique affirme être scientifique et prétend être falsifiable. En réalité ces théories ne sont pas falsifiables, ou ont déjà été falsifiées, mais des modifications ont été faites à la théorie pour éliminer les preuves la réfutant ou la mettant à mal. Les théories pseudoscientifiques sont prétendument fondées sur des preuves empiriques, et semblent souvent avoir recours à la méthodologie scientifique, alors qu'en fait les motifs des théories pseudoscientifiques reposent sur des fausses idées, sur des erreurs, des présupposés et leurs recours à des expériences contrôlées sont souvent plus qu'insuffisants.

La principale erreur pseudoscientifique vient de ce que seules les données donnant de la consistance à la théorie sont mises en valeur. Évidemment, ces faits sont une nécessité scientifique, pourtant cela ne suffit pas pour leur attribuer le "label" scientifique. Il n'est pas seulement important qu'une théorie scientifique soit prédictive par nature, il est aussi important qu'elle fournisse des moyens empiriques de tester ses prédictions. Une théorie qui est contestée par des résultats factuels n'est pas une bonne théorie scientifique, cependant cela n'implique pas forcément qu'une théorie, qui est pourtant en accord avec les faits, soit une bonne théorie scientifique.


Objectifs et procédures de l'EMDR

Les partisans de l'EMDR ont énormément de mal à expliquer le mécanisme fonctionnel sous-jacent à sa supposée efficacité. La justification principale de son action repose essentiellement sur sa combinaison de processus psychologiques et neurologiques. Apparemment, la guérison survient après avoir opéré des mouvements des yeux, ainsi que d'autres composants de l'EMDR, qui délivrent de la condition pathologique grâce à un système de traitement de l'information (Lohr, Kleinknecht, Tolin, & Barrett, 1995). D'une manière générale, le traitement consiste en plusieurs séances, et le nombre de séances dédiées à chaque phase de traitement est fortement dépendant de la condition de chaque patient (Hurst & Milkewicz, 2000). La phase initiale est consacrée à l'évaluation personnelle, le but est de déterminer si le patient est apte au traitement. L'évaluation initiale prendra en considération les capacités du client a venir à bout de ses problèmes, ses facteurs de tension externes, sa condition physique, etc.

La seconde phase présentera au client les buts et procédures de l'EMDR. Arrivé à ce point, les techniques d'imagerie et de relaxation sont souvent associées pour renforcer la capacité du patient à faire face à toute la série de souvenirs traumatisants qui le troublent (Hurst & Milkewicz, 2000). S'ensuit l'identification d'un souvenir traumatisant et d'une image qui représenterait le mieux ce souvenir (Shapiro, 1989). Le patient choisit en premier lieu une mauvaise appréciation de soi (par ex. "je suis nul, inutile") relatif à cet évènement traumatisant, et de la même manière choisit ensuite quelque chose qui le valorise ("je suis quelqu'un de bien") pour le substituer à la mauvaise estimation. Le patient évalue l'étendue, la force avec laquelle il croit dans la considération positive, utilisant une échelle graduée de 1 à 7. L'image et le sentiment négatifs sont alors associés et le niveau de malaise du patient est lui aussi estimé à l'aide d'une autre échelle (Lohr, Kleinknecht, Conley, Dal Cerro, Schmidt, & Sonntag, 1992).

Il faut ensuite que le patient se focalise sur les émotions négatives qu'il a éprouvé et qu'il bouge en même temps ses yeux dans un mouvement d'aller-retour. Ce processus de désensibilisation est répété jusqu'à ce que le niveau de l'échelle mesurant le malaise se réduise de manière significative. Le processus de restructuration cognitif suit généralement la procédure de désensibilisation, à ce moment, le sentiment positif est consolidé dans le but de remplacer l'idée négative associée au souvenir traumatisant. Le patient doit conserver la croyance positive, et l'image dans son esprit, pendant que les mouvements des yeux continuent jusqu'à ce qu'il soit capable de rattacher le sentiment positif au souvenir traumatisant.


Pour aller plus loin :
- Les nouveaux psys : Ce que l'on sait aujourd'hui de l'esprit humain. Collectif.
- Psychologie de la vie quotidienne. Jacques Van Rillaer.
- Pour en finir avec la pata-psychologie. R. Bruyer, S. Kalisz.
- Psychothérapie : Trois approches évaluées. Collectif.

A lire aussi :
- L’EMDR, l’acupuncture et le placébo.
- L'EMDR : ça marche !
- Eye Movement Desensitization and Reprocessing, Skepdic.
- Eye Movement Desensitization and Reprocessing. A Chronology of Its Development and Scientific Standing.

Références :
- Power Therapies and possible threats to the science of psychology and psychiatry. Grant J. Devilly.
- Eye movement desensitization and reprocessing (EMDR): A meta-analysis. Davidson, Paul R.; Parker, Kevin C. H.
- EMDR : Implications of the Use of Reprocessing Therapy in Nursing Practice. Susan McCabe, EdD, APRN, BC.
- A Systematic Research Synthesis of EMDR Studies. Katherine M. Hertlein.
- Science and Pseudoscience in the Development of Eye Movement Desensitization and Reprocessing : Implications for Clinical Psychology. Herbert, J. D., Lilienfeld, S. O., Lohr, J. M., Montgomery, R. W., O'Donohue, W. T., Rosen, G. M., & Tolin, D. F. (2000).
- L'EMDR marche-t-elle ? Si oui comment ? Examen critique de résultats contrôlés et de la recherche Cahill, S. P., Carrigan, M. H., Christopher, F. (1999). Journal of Anxiety Disorders, 13, 5-33. (En anglais).
- EMDR, une méta-analyse (En anglais).
- Eye movement desensitization and reprocessing (EMDR): Evaluation of controlled PTSD research. Francine Shapiro.
- Rosen, G. M., & Lohr, J. M. (2000). Can Eye Movements Cure Mental Ailments ?
- Eye Movement Desensitization and Reprocessing : A Controversial Treatment Technique Hurst, S., Milkewicz, N. (2000).
- Herbert, J.D., Mueser, K. T. (1992). Eye Movement Desensitization : A Critique of the Evidence. Journal of Behavior Therapy and Experimental Psychiatry, 23, 169-174.
- Lohr, J. M., Lilienfeld, S. O., Tolin, D. F., Herbert, J. D. (1999). Eye Movement Desensitization and Reprocessing : An Analysis of Specific versus Nonspecific Treatment Factors. Journal of Anxiety Disorders, 13, 185-207.
- Lohr, J. M., Kleinknecht, R.A., Conley, A. T., Dal Cerro, S., Schmidt, J., & Sonntag, M. (1992). A Methodological Critique of the Current Status of Eye Movement Desensitization (EMD). Journal of Behavior Therapy and Experimental Psychiatry, 23, 159-167.
- Lohr, J. M., Kleinknecht, R. A., Tolin, D. F., Barrett, R.H. (1995). The Empirical Status of the Clinical Application of Eye Movement Desensitization and Reprocessing. Journal of Behavior Therapy and Experimental Psychiatry, 26, 285-302.
- Lohr, J. M., Tolin, D. F., & Lilienfield, S. O. (1998). Efficacy of Eye Movement Desensitization and Reprocessing : Implications for behavior Therapy. Behavior Therapy, 29, 123-156.
- Shapiro, F. (1989). Efficacy of the Eye Movement Desensitization Procedure in the Treatment of Traumatic Memories. Journal of Traumatic Stress, 2, 199-223.