L'énergie vitale existe-t-elle ?
Fantasme ou réalité biologique ?

(Suite)

Les systèmes vivants prennent leur énergie de l'environnement dans lequel ils vivent, et le transforment dans une forme qu'ils peuvent utiliser. Pendant plusieurs décennies, la croyance comme quoi toute vie reposait finalement sur la photosynthèse était la seule. Les plantes fabriquent de l'énergie chimique de la lumière du soleil, les animaux mangent les plantes et d'autres animaux mangent les animaux. Cela changea lorsque les scientifiques découvrirent que d'autres organismes existaient sans aucune influence du soleil, ni de la photosynthèse, mais au lieu de cela avaient recours à ce qu'on appelle la chémosynthèse (de "chémo" chimie).

Ces organismes chemosynthétiques tirent leur énergie des produits chimiques libérés par les fonds océaniques. Nous humains sommes hétérotrophes en ceci que la nourriture que nous ingérons provient d'organismes photosynthétiques et des animaux qui les mangent. Le réseau sanguin transporte les sucres de ces sources alimentaires jusqu'aux cellules de notre corps. Dans toutes nos cellules ces sucres sont métabolisés et associés à l'oxygène venant de l'air que nous respirons pour produire l'énergie dont nous avons tant besoin pour réparer et nous maintenir en vie, ceci est notre "énergie vitale".

Le métabolisme est la somme totale de toutes les réactions chimiques à l'intérieur de l'organisme. Cela consiste en des réactions anaboliques dans lesquelles des molécules complexes sont synthétisées, et un nouveau protoplasme cellulaire créé. Cela consiste aussi en des réactions cataboliques pendant lesquelles des molécules sont brisées et de l'énergie libérée. C'est ici que la molécule ATP (Adénosine TriPhosphate) règne en maître. Véritable "monnaie énergétique de la cellule", ce composé assure la fourniture, ou la mise en réserve, d'énergie dans la plupart des réactions biochimiques. Son rôle dans le transport de radicaux phosphoriques est d'autre part essentiel.

L'ATP est constitué d'adénine unie par une liaison N-osidique à une molécule de ribose, elle-même phosphorylée sur son carbone-5; la molécule comporte trois radicaux phosphoriques unis entre eux par des liaisons anhydride d'acide. Seules les deux dernières liaisons constituent ce que Lipmann a désigné sous le terme de "liaison riche en énergie", c'est-à-dire comportant une énergie potentielle chimique facile à libérer ou à transférer. L'hydrolyse de chaque liaison riche libère une énergie comprise entre 4 000 et 16 000 calories. L'ATP peut se décomposer en libérant un radical phosphorique et l'acide adénosine diphosphorique (ADP) ou en libérant un radical pyrophosphorique et l'acide adénosine monophosphate (AMP). C'est donc cette énergie chimique emmagasinée que le corps utilise pour tous les processus significatifs associés à la matière vivante et c'est notre seule et véritable "énergie vitale".

Y a-t-il une autre forme de bio-énergie pouvant assumer le rôle du "chi" ou du champ magnétique humain ? Ses adeptes n'entrent que très rarement dans le détail de cette éphémère énergie, mais lorsqu'ils le font, ils parlent souvent d'électromagnétisme. Il est vrai que des caméras à infrarouge peuvent capter des images "d'auréoles" (les amateurs d'auras sont contents!) entourant le corps humain. Mais ce n'est rien d'autre que la chaleur, ou le rayonnement infrarouge que tout être humain émet en quantité abondante.

Cette radiation thermique n'est que le résultat final de toutes ces réactions chimiques se produisant dans notre corps. En effet, d'un certain point de vue, l'être humain pourrait être considéré comme une machine productrice de chaleur étant donné que c'est la forme d'énergie que nous produisons le plus. Mais les êtres vivants ne sont pas les seuls à produire ce genre de radiations. Cette énergie thermique, aussi nommée "rayonnement des corps noirs", est émise par tout objet d'albédo relativement faible (de faible réflectivité) et est causée par les mouvements thermiques désordonnés des particules chargées contenues dans l'objet. Etant donné que tout type de matière produit cette radiation, elle ne peut pas sérieusement être considérée comme une candidate valable pour devenir cette forme d'énergie censée être spécifique aux êtres vivants seulement.

Un rayonnement électromagnétique à des fréquences autres que celles de l'infrarouge est émis par le corps humain et a été souvent cité comme preuve de l'existence de cette insaisissable énergie vitale. En effet, ce rayonnement fourni d'inestimables renseignements de diagnostic à la médecine sous la forme, par exemple, de l'électro-encéphalogramme (EEG). Cette faible radiation, cependant, n'a pas de caractéristiques la différenciant des ondes électromagnétiques produites par des charges en mouvement dans tout système électronique. Elles peuvent même être simulées par ordinateur. Aucune indication, aucune preuve, n'ont été trouvées les désignant comme des ondes appartenant uniquement aux organismes vivants plutôt qu'à l'inanimé.

Certains pourraient avancer que la photographie Kirlian a apporté la preuve d'une existence de cette énergie vitale en la mettant en évidence par la prise des "auras". Découverte en 1939 par Semyon Kirlian, ces photographies montrent une auréole de lumière multicolore enveloppant seulement les objets vivants. Ces images sont créées par des objets sur une plaque photographique soumise à un champ électrique de haute tension. Les tenants du paranormal affirment que ces photographies reproduisent l'image de ce qu'on ne peut voir à l'oeil nu de l'être vivant : son "aura".

Les photographies elles-mêmes n'ont en fait rien de paranormal, ni de mystérieux. L'effet produit de l'auréole multicolore est une couronne de décharge électrique, il peut être reproduit par n'importe quel photographe et fut rapporté pour la première fois en 1777. Ce phénomène bien connu est affecté par plusieurs variables (et tout spécialement par l'humidité) mais le fait qu'il s'agisse d'un être vivant photographié n'est pour rien dans le résultat. N'importe quel objet photographié peut le "produire". Puisque le halo de décharge électrique est provoqué par les gaz ionisés autour de l'objet photographié, cette image colorée disparaît naturellement lorsque la photographie est réalisée dans un espace vide. S'il s'agissait d'une photographie réelle de "l'aura", de l'énergie vitale ou d'un champ magnétique d'un corps, celle-ci ne devrait logiquement jamais disparaître, à moins que le vide ne lui fasse peur...

Le thème commun présent à travers les services de santé alternatifs est en fait une croyance toute banale et non fondée sur une énergie mystérieuse et répandue qui maintiendrait et supporterait les processus associés à la vie. Pour les cultures pré-scientifiques, les systèmes vitaux restaient un mystère total, et il est compréhensible que dans leur tentative de le percer, ils aient bâti un système de croyances gravitant autour de cette forme magique d'énergie dans le but de distinguer le vivant du non vivant. Mais de nos jours, au 21° siècle, cette pseudo énergie vitale n'a plus lieu d'être et le mystère n'en est plus un depuis des décennies. Il y a encore beaucoup à apprendre en biochimie et en physique, mais notre connaissance actuelle n'a plus besoin d'avoir recours à cette mystérieuse énergie pour expliquer pourquoi la vie est si différente du non vivant, l'animé de l'inanimé. Si les systèmes vivants nécessitaient une force ou une énergie inconnues pour exister, il s'agirait d'une lacune si importante dans notre compréhension des choses que les biochimistes en seraient encore à tenter de l'expliquer et l'évoqueraient tout autrement.

Aucune expérience, aucune observation ou hypothèse viables ne nécessitent un changement fondamental de conception tels que le "chi" ou les champs magnétiques l'exigent. Aucun partisan, adepte ni défenseur de l'acupuncture, de la chiropraxie, du toucher thérapeutique, ou d'autre patamédecine, n'ont à ce jour produit d'expérience en double aveugle rigoureusement contrôlée et reproductible scientifiquement, ayant apporté une quelconque preuve de l'existence de cette énergie dont ils clament les vertus. Le vitalisme et les champs bioénergétiques restent des hypothèses inutiles, et ne jouant aucun rôle en théorie ni en pratique en biologie et en médecine scientifique, le rasoir d'Occam recommande d'ailleurs de les jeter étant donné qu'ils nous sont d'aucune utilité.


A lire :
- Histoires parallèles de la médecine. Des Fleurs de Bach à l'ostéopathie Thomas Sandoz
- Le Paranormal, Henri BROCH, Points Sciences.
- La logique du vivant, François JACOB.
- La nature de la physique, Richard FEYNMAN.
- Les charlatans de la santé, Jean-Marie ABGRALL, Documents Payot.
- Les médecines douces, Jean-Jacques AULAS, Broché.
- Les matérialismes (et leurs détracteurs). J Dubessy, G Lecointre, M Silberstein.

A visiter :
- A la recherche du Chi
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