Évolution :
Mythes et erreurs d'interprétation

Mythe n°12 : Accepter l'évolution mine toute moralité

Effectivement, les habitants de la plupart des pays séculiers semblent se comporter plus moralement. Et même si ce mythe était vrai, cela ne modifierait pas pour autant les faits ni ne justifierait leur suppression.

"Le Darwinisme déclare que les êtres vivants ont évolué, et sont le fruit de coïncidences et d'une lutte pour la vie. Cette mauvaise moralité pousse les gens à être égoïstes, cruels et oppressifs."

De tels points de vue ne sont pas si rares. Le sous-entendu est que "le Darwinisme" est faux parce qu'il conduit vers l'immoralité, ou que cette connaissance devrait être supprimée même si elle est vraie. Les deux sont des non-sens. Même s'il était vrai que le fait d'accepter la théorie de l'évolution minait le sens de moralité des gens, ce n'est pas une raison suffisante pour douter de sa réalité. C'est comme si on disait que la théorie atomique devait être fausse parce qu'une guerre nucléaire serait catastrophique pour l'humanité.

Il est tout simplement faux de dire que l'évolution sape toute moralité. Il y a certainement des personnes qui en appellent aux idées évolutives afin de justifier un comportement que d'autres considéreront comme immoral, bien que le meilleur exemple qu'un créationniste puisse trouver soit une chanson appelée The Bad Touch de Bloodhound Gang, avec son refrain : "Toi et moi, chérie, ne sommes rien d'autres que des mammifères. Faisons donc comme eux sur Discovery Channel."

D'un autre côté, on pourrait faire une longue liste d'exemples de gens en appelant à la religion pour justifier leur comportement immoral, depuis l'esclavage et le racisme jusqu'aux attentats suicide et aux génocides. Ce genre d'exercice ne prouve rien.

Moralité rationnelle

Un des meilleurs moyens d'évaluer les effets de l'acceptation de la théorie de l'évolution est de comparer les pays entre eux. Les pays où le nombre de ceux qui acceptent l'évolution est le plus haut ont les taux de meurtres, de maladies sexuellement transmissibles, de grossesse adolescentes les plus bas. En réalité, plus une société est séculière, plus elle est en bonne santé en tous points, comme l'a conclu cette étude.

Ce type de corrélations brutes ne prouvent pas que le fait d'accepter l'évolution aide à avoir un comportement plus moral, ni que la religion est une source de comportement immoral. En effet, d'autres études suggèrent que le problème est beaucoup plus complexe. Mais elle prouve qu'accepter l'évolution n'est pas une cause immédiate de chute de la société dans l'immoralité, comme le prétendent les créationnistes.

Ceux qui cataloguent l'évolution comme immorale supposent souvent que la religion est essentielle à la moralité. On retrouve ce sentiment dans ce genre de phrase : "Les gens qui croient en l'évolution n'ont pas de fondements pour un code moral, autre que celui de transmettre leur héritage génétique."

En fait, il y a des preuves croissantes montrant que nous avons un sens moral inné, en d'autres termes que la moralité est quelque chose qui a évolué. Cela peut sembler surprenant pour ceux que la phrase "la survie du plus adapté" évoque des images de lions s'étripant pour un morceau de viande ou des cerfs se battant à coups de bois. Mais le "plus adapté" peut aussi vouloir dire le plus malin, le plus furtif, le mieux camouflé, le moins agressif, le plus attractif ... ou le moins égoïste.

La sélection naturelle peut favoriser l'altruisme et le fair play dans certaines circonstances. Des comportements comme la loyauté à la famille, l'intolérance au vol et la punition des tricheurs, racines de la moralité, peuvent se rencontrer chez plusieurs de notre cousins primates.

     


Pour aller plus loin :
- L'émergence de l'homme. Ian Tattersall.
- La théorie de l'évolution : Une logique pour la biologie. Patrice David.
- L'Amérique entre la Bible et Darwin. Dominique Lecourt.

A lire:
- Les probabilités réfutent-elles la théorie de l'évolution ?
- Les créationnistes et la bible.
- L'armée créationniste de la nuit.
- Les actualités du créationnisme.
- Le créationnisme est-il scientifiquement recevable ?
- Evolution et créationnisme.
- Erreurs de raisonnement et illusions logiques.