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Évolution :
Mythes et erreurs d'interprétation

Mythe n°19 : Les mutations peuvent seulement détruire l'information, et pas en créer

Les biologistes découvrent des milliers d'exemples de l'action des mutations sur les nouvelles caractéristiques, et même les espèces nouvelles. Cette affirmation ne plie pas seulement devant les preuves, c'est aussi une impossibilité logique

La plupart des gens perdent la capacité à digérer le lait lors de adolescence. Il y a quelques milliers d'années, après la domestication du bétail, plusieurs groupes de gens en Europe et en Afrique ont indépendamment acquis des mutations leur permettant de continuer à digérer le lait pendant leur vie d'adultes. Des études génétiques montrent qu'il y avait une très forte sélection en faveur de ces mutations, car elles étaient très bénéfiques.

La plupart des biologistes verraient cela comme un gain d'information : un changement dans l'environnement (la capacité du lait de vache d'être un aliment) est répercuté dans une mutation génétique qui permet aux gens d'exploiter ce changement (obtenir la capacité de digérer le lait chez les adultes). Les créationnistes refusent de le considérer comme tel en le considérant comme un dysfonctionnement, comme une perte de la capacité à stopper la production de l'enzyme digérant le lait après l'enfance.

Au lieu de s'enliser à essayer de définir ce qu'est l'information, voyons quelques autres découvertes faites par les biologistes ces dernières années. Par exemple, il a été montré qu'un simple changement dans l'activité génétique chez les ascidies de mer peut transformer leur coeur à chambre unique, en un coeur à deux chambres qui fonctionne. N'est-ce pas là un cas d'augmentation de l'information ?

Tailler le génome

Certains singes possèdent une mutation dans une protéine appelée TRIM5 qui provoque un dysfonctionnement dans une autre protéine. Le résultat de tout cela donne une protéine hybride nommée TRIM5-CypA qui peut protéger les cellules de l'infection de rétrovirus comme le VIH. Ici, une simple mutation est la cause d'une nouvelle protéine possédant une nouvelle fonction vitale. Nouvelle protéine, nouvelle fonction, nouvelle information.

Bien qu'un tel événement puisse sembler hautement improbable, il s'avère que la protéine TRIM5-CypA a évolué dans deux groupes séparés de singes. En général, l'évolution d'un nouveau gène implique beaucoup plus qu'une simple mutation. Le moyen le plus courant d'évoluer pour un nouveau gène est de se dupliquer à partir d'un gène existant. Une fois qu'il y a deux copies ou plus, chacun peut évoluer dans des directions différentes.

La duplication des gènes ou de génomes entiers s'avère être universelle. Sans duplication du génome entier chez l'ancêtre de la levure moderne, il n'y aurait ni vin ni bière. Il devient clair que chacun de nous a des copies supplémentaires de certains gènes, phénomène appelé "variation du nombre de copies".

L'évolution de corps plus complexes semble avoir été, au moins en partie, le résultat de duplications répétées de gènes Hox, qui jouent un rôle fondamental dans le développement embryonnaire. Les biologistes découvrent tout doucement combien de mutations successives il faut pour qu'une paire de gènes protoHox chez les ancêtres des méduses et des anémones, devienne les 39 gènes Hox de mammifères plus complexes.

Nouvelle invention

Les mutations peuvent-elles vraiment être à l'origine de l'évolution de nouvelles espèces ?

Oui. Plusieurs espèces de coquilles d'ormeau ont évolué à cause de mutations dans la protéine clé à la surface du sperme qui oblige un "blocage" à la surface de l'oeuf. Cela pourrait sembler impossible, mais il s'avère que certains oeufs sont préparés pour être pénétrés par le sperme déviant. La même chose peut arriver chez les mouches drosophiles, et probablement dans d'autres groupes aussi. Dans la levure, les mutations qui conduisent vers de nouvelles espèces n'ont pas seulement été identifiées, elles ont aussi été inversées.

La liste des exemples pourrait s'allonger encore et encore. Mais ce qu'il faut retenir c'est que la plupart des mutations peuvent être inversées par des mutations ultérieures, une base ADN peut passer de A à G pour ensuite revenir à A. En fait, une mutation inversée, ou "réversion" est courante. Pour chaque mutation dont le résultat est une perte d'information, logiquement, la mutation inversée doit résulter en un gain. Ainsi, l'affirmation selon laquelle les mutations détruisent de l'information, mais ne peuvent pas en créer, ne va pas seulement à l'encontre les preuves, elle défie aussi la logique.

     


Pour aller plus loin :
- Les Créationnismes : Une menace pour la société française ? Olivier Brosseau.
- La théorie de l'évolution : Une logique pour la biologie. Patrice David.
- L'Amérique entre la Bible et Darwin. Dominique Lecourt.

A lire:
- Les probabilités réfutent-elles la théorie de l'évolution ?
- Les créationnistes et la bible.
- L'armée créationniste de la nuit.
- Les actualités du créationnisme.