Évolution :
Mythes et erreurs d'interprétation

Mythe n°4 : L'évolution produit des créatures parfaitement adaptées à leur environnement

Vous n'avez pas besoin d'être parfaitement adapté pour survivre, vous avez juste besoin d'être aussi bien adapté que vos concurrents. L'apparente perfection des plantes et des animaux pourrait être davantage le reflet de notre pauvre imagination que de la réalité.

C'est un des thèmes sans cesse ressassé dans les documentaires sur la vie animale. Encore et encore, on nous explique comment les animaux sont parfaitement adaptés à leur environnement. C'est, néanmoins, rarement vrai.

Prenez l'écureuil rouge qu'on trouve en Angleterre. Il semble parfaitement bien adapté à son environnement. Jusqu'à ce que l'écureuil gris arrive, qui s'est montré lui-même mieux adapté aux forêts de feuillus grâce en partie à sa capacité à digérer les glands.

Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles l'évolution ne produit pas de "modèles" qui seraient les meilleurs possibles. Le seul critère de la sélection naturelle est que cela marche, pas que ça marche le mieux que ça pourrait. Le bâclage est courant en fait. L'exemple classique est le pouce du panda, qui est utilisé pour tenir le bambou. "Le véritable pouce du panda est réservé à d'autres tâches. Ainsi, le panda doit ... se rabattre sur un os du poignet élargit et quelque peu gauche, comme solution exploitable" écrivait Stephen Jay Gould en 1978.

Comme le montre cet exemple, l'évolution utilise bien plus de structures déjà existantes pour les refaçonner, qu'elle n'en créé de nouvelles. Les nageoires des premiers poissons ont évolué en des structures aussi diverses que des ailes, ailerons, sabots ou mains. Nous avons cinq doigts parce que nos ancêtres amphibiens avaient cinq orteils, et non pas parce que cinq est nécessairement le nombre optimal de doigts pour la main humaine.

Certaines caractéristiques de nombreux groupes n'ont tout simplement pas évolué, alors que cela aurait pu les aider. Les requins n'ont pas cette vessie natatoire qui permet aux poissons osseux de contrôler précisément leur flottabilité. Au lieu de cela, ils doivent compter sur leur nage et sur le squalene (l'huile présente dans leur foie de densité moindre que l'eau) pour corriger leur flottabilité négative. De même, les poumons à double-sens des mammifères sont beaucoup moins efficaces que les poumons à sens-unique des oiseaux. Parfois, certaines caractéristiques des créatures évoluent qui réduisent leur aptitude physique générale, plutôt qu'elle ne l'améliore, comme pour la queue du paon (lire L'évolution promeut toujours la survie des espèces).

L'utiliser ou la perdre

Une mutation continue signifie que si vous ne l'utilisez pas, vous la perdez. Par exemple, de nombreux primates ne peuvent pas fabriquer de vitamine C, à cause d'une mutation génétique. Cette mutation ne fait aucune différence chez les animaux qui ont quantité de vitamine C dans leur nourriture. Cependant, quand l'environnement change, une telle perte de fonction peut faire une grosse différence, comme un certain primate l'a découvert lors de ses longs voyages en mer.

Le manque de prévoyance de l'évolution peut produire des modèles imparfaits. L'oeil du vertébré, avec son câblage d'arrière en avant et son point aveugle là où le nerf optique passe à travers la rétine, en est un exemple. Des adaptations plus tardives ont compensé ces problèmes, mais une fois que la sélection naturelle s'est fixée sur un modèle imparfait, mais exploitable, les descendants d'une espèce restent habituellement avec.

L'aptitude d'un organisme est aussi relative à son environnement, qui est souvent changeant. Il y a une course raciale constante entre prédateur et proie, parasite et hôte. De nombreuses espèces doivent évoluer continuellement juste pour maintenir leur niveau actuel d'aptitude relatif.

Le sommet de l'évolution ?

Les êtres humains ne courent pas assez vite. Évoluer à travers la sélection naturelle est une histoire de temps et de nombres. Le nombre de nouvelles mutations qui apparaissent, et le nombre de possibilités que la sélection naturelle a pour éliminer les nuisibles et favoriser les bénéfiques, dépend de la taille de la population, du nombre de descendants que chaque individu a, et sur le nombre de générations, entre autres choses.

Nous aimons penser que nous sommes l'espèce la "plus évoluée", mais en terme de nombres de "rounds" de mutation et de sélection que nous avons subit, nous sommes l'une des espèces les moins évoluée.

Environ 10 milliards de nouvelles particules virales peuvent être produites chaque jour dans le corps d'une personne infectée par le VIH. A contrario, le total de la population humaine sur la Terre n'était pas plus que de quelques millions jusqu'il y a quelques milliers d'années.

En outre, en une décennie une bactérie peut produire 200 000 générations, ce qui est environ le nombre de générations d'êtres humains depuis qu'ils se sont séparés des chimpanzés. Il n'est donc pas surprenant qu'en moins d'une durée de vie humaine nous ayons vu évoluer de nouvelles maladies telles que le VIH, et de nombreuses bactéries résistantes aux antibiotiques.

Bien que l'évolution humaine ait accéléré ces 10 000 dernières années, nous modifions toujours notre environnement plus vite. Ce qui fait qu'au lieu de devenir mieux adaptés, nous devenons moins bien adaptés au monde que nous créons. Pensez à cette large gamme de maladies modernes, de l'obésité et allergies aux problèmes de vue et addictions dont nous souffrons. Les virus et les bactéries pourraient approcher la perfection, mais nous, êtres humains, sommes au mieux un tout premier brouillon.

     


Pour aller plus loin :
- Qu'est-ce que l'évolution ? Le fleuve de la vie. Richard Dawkins.
- Les Créationnismes : Une menace pour la société française ? Olivier Brosseau.
- Comme les huit doigts de la main. Stephen Jay Gould.
- La théorie de l'évolution : Une logique pour la biologie. Patrice David.

A lire:
- Les probabilités réfutent-elles la théorie de l'évolution ?
- Les créationnistes et la bible.
- L'armée créationniste de la nuit.
- Les actualités du créationnisme.
- Erreurs de raisonnement et illusions logiques.

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