• ACCUEIL
  • GENERALITES
  • SANTE
  • PSEUDOSCIENCE
  • SUPPLEMENTS
  • IDEES RECUES
  • IMPOSTURES
  • PATA-PSY
  • MANIPULATION
  • RECREATION
  • A LIRE
  • INFOS
Évolution :
Mythes et erreurs d'interprétation

Mythe n°5 : L'évolution favorise toujours la survie des espèces

La phrase "la survie du plus adapté" est largement incomprise. Nombreux sont ceux qui supposent que cela veut dire que l'évolution augmente toujours les chances de survie d'une espèce.

Pourtant l'évolution "produit" souvent des individus, ou des populations, qui deviennent moins adaptés et qui peuvent même disparaître.

Il existe différentes manières par lesquelles l'évolution peut réduire l'adaptation générale des individus ou des populations. Pour commencer, la sélection naturelle peut prendre place à des niveaux différents : gènes, individus, groupes, et ce qui favorise la survie d'un gène n'augmente pas pour autant l'efficacité des individus qui en sont porteurs, ni les groupes de ces individus.

Par exemple, les éléments parasitiques de l'ADN, ou transposons, peuvent se répandre dans une population même s'ils rendent leurs organismes hôtes moins bien adaptés. Les transposons sont une des causes des maladies génétiques comme l'hémophilie.

De la même façon, dans un groupe, les individus égoïstes pourraient s'enrichir aux dépens des individus altruistes, ce qui ferait d'eux les plus "efficaces", même s'ils rendent le groupe globalement moins compétitif. De tels tricheurs peuvent avoir des conséquences désastreuses.

En 1932, J.B.S Haldane avait suggéré que ceci pourrait conduire à une extinction des populations, un phénomène appelé "suicide évolutif". Des modèles et quelques preuves expérimentales ont laissé entendre qu'il avait raison.

Par exemple, lorsque les éléments nutritifs circulent lentement, des mycobactéries (une bactérie de la vase) peuvent se regrouper pour former un corps à fruits pour produire des spores. Des études en laboratoire ont montré que des mycobactéries tricheuses qui produisent seulement des spores et qui n'aident jamais, forment les parties du corps qui ne fabriquent pas de spores, et peuvent conduire les populations vers l'extinction.

Des gènes capables de conduire des populations vers l'extinction pourraient pourtant avoir une utilisation pratique. Les biologistes explorent la possibilité d'insérer de l'ADN modifié dans des moustiques porteurs de la malaria.

Quelque-chose de similaire pourrait avoir lieu accidentellement. Des poissons modifiés génétiquement afin de produire une hormone de croissance plus rapidement et en plus grande quantité, deviennent matures plus tôt et produisent plus d'oeufs. Mais ils ont probablement une espérance de vie inférieure aux poissons non modifiés. Selon l'hypothèse du gène "cheval de Troie", un gène différent qui produit de telles caractéristiques pourrait se répandre rapidement dans une importante population malgré la réduction d'adaptabilité des individus, et conduirait éventuellement la population vers l'extinction.

Un autre moyen par lequel l'évolution peut réduire les chances de survie d'une espèce est l'accumulation de mutations nuisibles. Les mutations apportent le matériau vital brut pour la sélection naturelle, ainsi si le taux de mutations est trop faible, une population ne sera pas capable d'évoluer assez rapidement pour rester en phase avec les modifications de son environnement.

D'autre part, si le taux de mutations d'une population est trop élevé, les mutations délétères peuvent s'accumuler plus vite que la sélection naturelle ne peut les éliminer. Le nombre de mutations peut éventuellement dépasser le "seuil d'erreur critique", qui conduit de nouveau vers l'extinction d'une population.

En théorie, toutes les espèces avec une très petite population pourraient accumuler des mutations délétères plus vite qu'elles ne pourraient les éliminer. Le problème est plus sévère pour les organismes asexués comme le mollusque d'Amazonie, un effet connu sous le nom de cliquet de Muller.

Le problème est bien moindre pour les espèces se reproduisant sexuellement parce que l'échange de matériau génétique entre chromosomes peut séparer les bonnes mutations des mauvaises. Certains infortunés descendants seront encombrés de mutations nuisibles et mourront, tandis que les plus chanceux n'en auront pas.

En théorie, une mutation catastrophe peut aussi survenir comme résultat d'une liaison. Nous parlons ici des différents gènes hérités ensemble parce qu'ils sont les uns à côté des autres sur un chromosome. Supposez une mutation qui a considérablement augmenté le taux de mutations et qui donne naissance, d'une façon ou d'une autre, à une nouvelle mutation qui augmente fortement l'adaptabilité. Les bénéfices immédiats de la mutation bénéfique masqueront d'abord les effets délétères de la mutation nuisible, ce qui veut dire que les deux mutations se répandront très vite dans une population, avec des conséquences finales désastreuses.

Quelques docteurs espèrent pouvoir exploiter l'accumulation des mutations pour traiter des maladies. Certains virus, comme le VIH, sont déjà très près du seuil de l'erreur catastrophe. Les médicaments qui augmentent le taux de mutation des virus toujours plus loin pourraient les pousser au-delà du seuil, et conduire une population de virus, présente à l'intérieur du corps d'un individu, vers l'extinction.

Il a été reconnu depuis longtemps que la compétition entre les membres d'une même espèce pour se reproduire - la sélection sexuelle - pouvait favoriser des caractéristiques qui réduisent l'adaptabilité globale d'une espèce. Les paons mâles, avec les plus grosses et les plus belles queues, attirent l'attention des femelles, mais traîner une queue si lourde et si visible réduit leurs chances de survie.

Les études sur les espèces d'oiseaux menacées suggèrent que la sélection sexuelle pouvait en effet mener les population à l'extinction. Certains biologistes sont même allés jusqu'à blâmer la sélection sexuelle pour la consommation qui menace le futur de l'humanité.

Selon le principe du handicap, des caractéristiques comme la queue du paon évoluent précisément parce qu'elles sont désavantageuses. Considérez un individu qui essaye de signaler aux femelles combien il est fort et efficace. Si le signal est facile à faire, les mâles plus faibles pourront facilement tricher en faisant le même signal. Mais si faire ce signal est coûteux - comme montrer une large queue ou donner de la nourriture - il n'y a pas moyen de tricher.

Prouver que certains de ces phénomènes ont conduit à l'extinction est loin d'être facile, parce que les espèces auxquelles c'est arrivé sont bien entendu impossibles à étudier. Cependant, les preuves indirectes s'accumulent.

     


Pour aller plus loin :
- Darwin et les grandes énigmes de la vie. Stephen Jay Gould.
- Comme les huit doigts de la main. Stephen Jay Gould.
- Le pouce du panda Stephen Jay Gould.

A lire:
- Les probabilités réfutent-elles la théorie de l'évolution ?
- Les créationnistes et la bible.
- L'armée créationniste de la nuit.
- Les actualités du créationnisme.
- Erreurs de raisonnement et illusions logiques.