Évolution :
Mythes et erreurs d'interprétation

Mythe n°8 : La créativité de l'évolution est infinie

Il pourrait sembler qu'il n'y a pas de fin à l'inventivité de la nature, mais il y a certaines caractéristiques qui peuvent probablement ne jamais évoluer, au moins sur Terre.

Il semble souvent que la nature ait déjà inventé pratiquement tout ce qui peut être inventé, bien avant que les êtres humains n'arrivent sur la scène, y compris une sorte de roue. Une salamandre vivant dans les montagnes californiennes, se met en boule et roule jusqu'en bas de la montagne quand elle est menacée. La chenille d'un certain papillon fait encore mieux, elle peut rouler sur elle-même sur une surface plane pendant 5 ou 6 révolutions pour échapper aux prédateurs.

Néanmoins, il y a des structures qui seraient vraiment utiles, mais qui n'ont jamais évolué. On vous fera remarquer que des zèbres avec des pistolets encastrés ne seraient jamais ennuyés par les lions. Pourquoi donc l'évolution peut-elle inventer certaines choses et pas d'autres ?

C'est une question très difficile à traiter : comment peut-on étudier quelque chose qui ne s'est pas réalisé ? L'un des moyens de l'approcher est de commencer avec une question utilisée par ceux qui nient l'évolution et croient que des inventions de la nature, comme l'oeil ou le flagellum de la bactérie, sont tout simplement trop complexes pour avoir évolué. De quelle utilité peut bien être la moitié d'une aile (lire La moitié d'une aile est inutile).

Cela est en fait très utile. Les ailes des insectes peuvent avoir évolué à partir de branchies battantes utilisées auparavant pour se déplacer à la surface de l'eau. C'est un exemple d'exaptation, qui est une adaptation dans laquelle la fonction actuellement remplie par l'adaptation n'était pas celle remplie initialement, tandis qu'elle restait très utile dans toutes les étapes intermédiaires.

Retournez cet argument, et il sous-entend que certaines caractéristiques ne peuvent pas évoluer parce qu'une étape intermédiaire ne serait vraiment pas utile. Par exemple, un système radio à double sens pourrait être utile pour de nombreux animaux, pour lancer des alarmes silencieuses ou localiser d'autres membres de votre espèce. Alors pourquoi n'a-t-il pas évolué ? L'invention récente des récepteurs radio à l'échelle nano suggère que ce n'est pas impossible physiquement.

La réponse pourrait être que la moitié d'une radio est inutile. Détecter des ondes radio naturelles, de la lumière par exemple, n'apportera rien d'utile aux animaux sur leur environnement. Ceci signifie qu'il n'y aura pas de sélection pour toute mutation permettant à des organismes de détecter des ondes radio. Inversement, si on ne peut pas détecter des ondes radio, en émettre ne servira à rien. Le radar aurait pu ne pas évoluer pour des raisons identiques.

Le contraste avec la lumière visible peut difficilement être plus grand. Il est clair que le fait de simplement détecter la présence ou l'absence de lumière pourrait être avantageux dans de nombreux environnements, que même une image floue est mieux que pas du tout, on peut ainsi remonter jusqu'à l'acuité de l'oeil de faucon.

Des cieux d'algues

Emettre de la lumière visible peut aussi être très utile, même pour des créatures qui ne peuvent la détecter elles-mêmes. Pour le phytoplancton bioluminescent qui éclaire les vagues des océans, par exemple, c'est un moyen pour attirer les prédateurs qui mangent les ennemis des phytoplanctons. Un argument similaire s'applique au son : il n'est pas difficile de voir comment les formes de localisation sonore ont évolué indépendamment dans des groupes comme les chauve-souris et les baleines

On pourrait aussi se demander pourquoi les plantes qui flottent dans les airs comme des ballons n'ont jamais évolué. L'idée ne semble pas trop tirée par les cheveux au premier abord : plusieurs algues ont des flotteurs appelés aérocystes, remplis d'oxygène ou de dioxyde de carbone. D'autres algues peuvent produire de l'hydrogène. Remplissez donc un aérocyste avec de l'hydrogène et peut-être une algue pourrait-elle voler. Les plantes qui volent seraient plus efficaces pour capter la lumière que les plantes de la mer et terrestres, leur donnant un gros avantage. Pourquoi donc nos cieux ne sont-il pas remplis de ballons verts vivants ?

Peut-être en partie parce que de gros aérocystes avec des membranes très fines seraient beaucoup plus vulnérables face aux prédateurs, et plus endommagés par les vagues, ainsi une étape intermédiaire n'aurait jamais pu évoluer. Les algues produisent de l'hydrogène seulement quand il y a un manque de sulfure dans l'eau, et dans tous les cas les molécules d'hydrogène sont si petites qu'elles s'enfuiraient de l'aérocyste. La moitié d'un ballon d'hydrogène ne sert pas à grand-chose, du moins sur notre planète. Même l'évolution a ses limites.

     


Pour aller plus loin :
- Qu'est-ce que l'évolution ? Le fleuve de la vie. Richard Dawkins.
- Comme les huit doigts de la main. Stephen Jay Gould.
- La théorie de l'évolution : Une logique pour la biologie. Patrice David.

A lire:
- Les probabilités réfutent-elles la théorie de l'évolution ?
- Les créationnistes et la bible
- L'armée créationniste de la nuit.
- Le créationnisme est-il scientifiquement recevable ?
- Evolution et créationnisme
- Erreurs de raisonnement et illusions logiques