Formations :
méfiez-vous des imposteurs

Instituts de formation bidons, stages pipeaux, développement personnel, sectes...

Si la plupart des formateurs remplissent leur tâche avec honnêteté, la profession compte aussi des brebis galeuses. Voici quelques pistes pour reconnaître un stage bidon, voire dangereux.

Combien d'instituts de formation fiables sur près de 8 000 exerçant en France ? Aux dires des spécialistes du secteur, celui-ci se serait assaini par rapport aux années 1990. Vraiment ? Après l'apparition du e-learning et de ses approximations pédagogiques, ce sont les maux de notre société (stress, manque de confiance en soi...) qui servent aujourd'hui de tremplin aux charlatans attirés par la poule aux oeufs d'or du développement personnel. Elles pullulent, ces étranges initiations au leadership comportemental ou à la créativité apprivoisée. Une journaliste de L'Entreprise a testé l'un de ces stages miraculeux. Éloquent...

Mais pourquoi de nouveaux margoulins parviennent-ils toujours à succéder aux anciens ? Avant tout, parce que les entreprises ont obligation de consacrer 1 % de leur masse salariale à la formation continue. D'où un marché caractérisé par une demande superficielle. Une aubaine pour tout opportuniste en quête de revenus, sinon assurés, du moins facilités. Autre explication : aucun diplôme ou compétence spécifique n'est exigé pour se décréter formateur. Le législateur a promis de faire le ménage mais, en attendant, l'offre demeure surabondante et hétérogène. Du simple bidonnage à la dérive sectaire en passant par l'escroquerie et la manipulation mentale, voici comment reconnaître une formation à fuir.


Tout ce qui brille

Ne vous fiez pas uniquement à la qualité de la brochure de présentation. Définissez votre cahier des charges et n'hésitez pas à consulter plusieurs organismes.

Conseil parmi les conseils : ne vous laissez pas séduire par le discours commercial ou la plaquette de présentation d'un institut. Ici plus encore qu'ailleurs, un monde peut séparer la promesse de la réalité. "On trouve vraiment de tout, témoigne Laure Pascarel, responsable des ressources humaines de Chronopost France. Alors, au lieu de m'attarder sur les belles brochures, je préfère demander des références. Et jamais je ne prends de décision avant d'avoir contacté un ou deux anciens clients." Mais cette prudence ne résout pas tout, selon Didier Doubroff.

Ce cadre des ressources humaines de Giat Industries reçoit chaque jour une dizaine de catalogues, sans compter les relances par e-mail. "Pour un même type de stage, il existe une centaine de possibilités, commente-t-il. Du coup, il faut bien réaliser une première évaluation à partir des promesses alléchantes. Voilà pourquoi je déconseille aux patrons de PME d'essayer d'expertiser un institut par eux-mêmes. Mieux vaut se fier au bouche-à-oreille ou prendre conseil auprès des OPCA." Chargés d'acheter des stages pour des secteurs entiers d'activité, les OPCA (organismes paritaires collecteurs agréés) disposent en effet des moyens et du temps nécessaires pour auditer les milliers de fournisseurs qui frappent à leur porte.

Pour autant, rien ne vous empêche de vous faire votre propre idée. Dans ce cas, il est recommandé d'établir un cahier des charges détaillé, puis de consulter plusieurs acteurs. N'hésitez pas à leur demander toutes sortes de précisions sur leurs séduisants programmes. Quels sont les moyens pédagogiques prévus pour atteindre l'objectif que vous visez ? Quel sera le profil des autres participants ? Le concepteur du programme pédagogique sera-t-il aussi le formateur ? Si un doute persiste, pourquoi ne pas exiger de le rencontrer, en plus du commercial qui tente de vous vendre son offre ?


Les normes de qualité restent insuffisantes

Vous pouvez être rassuré si un organisme présente la mention "NF" (norme Afnor, Normes françaises), "ISO" (International Standard Organisation) ou "OPQF" (Office professionnel de qualification de la formation). Ces blancs-seings ne signifient pas pour autant que vous pouvez accorder une confiance aveugle à leurs détenteurs. Ces différents labels prouvent, chacun à sa manière, une certaine forme de déontologie, mais ils ne vont pas jusqu'à garantir la compétence du formateur qui vous dispensera le stage. Par ailleurs, beaucoup de petits organismes sérieux et qualifiés n'ont ni les moyens financiers, ni le temps d'acquérir ces sésames synonymes de qualité. Bref, dans le domaine de la formation professionnelle, les normes ne signifient pas grand-chose, au final.


Les stages bidons sont légion

Prenez des renseignements sur la qualité des animateurs, pour être sûrs de leur compétence.

Car, même lorsqu'il est dispensé par une société réputée, un séminaire peut s'avérer aussi bidon que son animateur. La mésaventure est arrivée à Patrick, PDG d'une PME dans le tourisme. Après avoir suivi plusieurs cursus satisfaisants avec un institut de formation professionnelle en relations humaines et management, il a signé l'été dernier pour un stage de gestion du temps. "Quelle perte de temps et d'argent ! s'indigne-t-il. L'animatrice était la soeur du directeur. Pressée par nos questions, elle a fini par avouer qu'elle cherchait à gagner de l'argent pendant l'été.

Sur les huit entreprises qui ont suivi cette session, pas une ne travaillera à nouveau avec cet organisme." A en croire Bruno Segala, de l'OPCA dédiée à la branche informatique et conseil, ce genre d'arnaque arrive souvent : "Parfois, le formateur semble prendre connaissance du support et du contenu du programme en même temps que les stagiaires. Plus grave encore, nous sommes parfois tombés sur des enseignants moins qualifiés que les élèves...

Ces charlatans ne font jamais très long feu, mais mieux vaut demeurer vigilant. Car certains filous modifient leur nom ou disparaissent pour resurgir ailleurs."


Quand formateur rime avec voleur

Vérifiez les termes du contrat pour avoir une possibilité de vous désengager si le stage n'est pas à la hauteur.

C'est un moindre mal, la plupart des formations fantoches ne vous feront perdre que du temps. Manager chez JP Morgan, Céline se souvient avoir ainsi sacrifié une journée entière à une session sur le leadership intitulée "One firm. One team. Be a leader". "Le contenu était tout aussi pipeau que le titre, tranche la jeune femme. On nous a mis devant une carte sur laquelle une île représentait les clients et chaque bateau, une entité de l'entreprise. Le but était de proposer des façons d'accoster cette île. Je me demande encore comment cette mascarade pouvait renforcer mon leadership."

Une expérience regrettable mais sans conséquence. A la différence de celle vécue par Valérie, PDG de la société de coiffure Jean-Louis Valère. Victimes d'un escroc, elle et son mari ont failli y laisser leur chemise : "Nous avions décidé de faire un stage de trois jours sur la création d'entreprise, éventuellement suivi de douze demi-journées de coaching. Très déçus par la première prestation chère et inutile, nous avons bien sûr décidé de ne pas donner suite. A partir de ce moment, notre formateur, un indépendant, n'a cessé de nous harceler afin de nous soutirer les 6 390 euros correspondant aux douze demi-journées jamais effectuées. Il était pourtant évident que nous n'allions pas entamer un coaching personnel avec une telle crapule." Les tentatives d'extorsion sont, paraît-il, assez fréquentes. Avant de signer pour un séminaire de moyenne ou de longue durée, exigez toujours de pouvoir tout arrêter au bout de quelques heures si vous n'êtes pas satisfait.

Pour aller plus loin :
- Pour en finir avec la Pata-psychologie, R. Bruyer, S.Kalisz.
- Les méthodes d'évaluation en ressources humaines. La fin des marchands de certitudes. Christian Balicco.

A visiter :
- Le juteux marché du coaching.
- Les tests d'embauche.
- Une analyse critique d’une pseudoscience du "décodage du non-verbal" : la synergologie.

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