La Géobiologie
et sa "médecine de l'habitat"

Les tentatives d'explication des phénomènes pseudo-radiesthésiques ont donné naissance à des systèmes où se mêlent allégrement théories physiques sans fondement et réminiscences magiques. Les interprétations "magnétiques" trouvent dans la géobiologie un terrain de prédilection fécondé par des cautions scientifiques telle celle d'Yves Rocard. Des extrapolations faciles suscitent les amalgames douteux entre connaissances médicales et scientifiques d'une part et théories saugrenues d'autre part.

Pour le géobiologue, toute affection peut avoir son origine dans une nuisance artificielle - pollution électrique, rayonnement magnétique ou cosmique, matériaux de construction inadéquats: mais les géobiologues ne se contentent pas de dénoncer la radioactivité naturelle, telle celle des granits de Bretagne utilisés en construction, ils se font fort de mettre en évidence des pollutions subtiles comme la "mémoire des murs"(?), les "atmosphères chargées" et pourquoi pas les "ondes mortifères". Dès lors, la panoplie du géobiologue a peu à envier à celle des héros de Ghost Busters (SOS Fantômes), et trouve ses références dans un passé magique et fascinant.

"La géobiologie est une science à la fois ancienne et nouvelle. En effet, les phénomènes qu'elle étudie ont de tout temps été observés. Les lieux où l'homme se sentait mal à l'aise, constatait des troubles de santé ou des maladies psychiques, s'il y séjournait longtemps, étaient considérés comme suspects, voire maudits. Certains peuples avaient mis au point des méthodes de "test" : les Romains faisaient paître des moutons sur un terrain à urbaniser pendant une année; après ce laps de temps, ils tuaient les moutons et examinaient les foies; s'ils étaient douteux, l'endroit était considéré comme impropre à être habité. Avant d'établir un campement de longue durée, les Indiens observaient le comportement des chevaux à demi sauvages ; ils plantaient leurs tentes à l'endroit préféré des animaux." (Tract d'un géobiologue)

Il va de soi que des "observations médicales" étayent le raisonnement de nos géobiologues qui se dotent de néologismes comme celui, entre autres, de "géopathogène" :

"Les premières études systématiques sur la relation environnement et santé datent d'environ un siècle. Le docteur Haviland, dans son ouvrage "Géographie des maladies du coeur, de la phtisie et du cancer", est l'un des premiers à constater que la cancérose n'existait pas sur les terres élevées et sèches, et qu'au contraire une très forte proportion de cette maladie s'observait aux abords des cours d'eau. Les travaux du docteur suisse Jenny sont encore plus spectaculaires : sur une période de douze ans, il testa plus de vingt-quatre mille souris placées soit dans une zone neutre, soit dans une zone géopathogène. Les premières avaient une vie normale et calme, alors que les secondes très irritables, rongeaient le treillis de leur cage, dévoraient leurs petits et avaient 30% de plus de tumeurs que les animaux placés en zone neutre."

Nulle élucubration ne résiste longtemps à la critique si elle ne se donne un semblant de crédibilité scientifique. Aussi les géobiologues se sont-ils dotés d'une arsenal théorique fondé sur le concept de "réseau cosmo-tellurique" - réseau Hartmann et réseau Curry.

Le réseau Hartmann:
Des scientifiques se sont penchés sur cette question des zones nocives et des zones neutres et ont établi l'existence d'un quadrillage tellurique qui porte le nom de son découvreur, le docteur Ernst Hartmann. Il est constitué de bandes orientées nord-sud (magnétique) et est-ouest, se présentant comme des "murs" invisibles d'environ vingt et un centimètres d'épaisseur.

Les mailles du réseau forment normalement des rectangles qui, sous notre latitude et dans un environnement peu perturbé, ont les dimensions suivantes : deux mètres dans le sens nord-sud; deux mètres cinquante dans le sens est-ouest. Le réseau Hartmann est dit "tellurique" car il prend racine dans la terre et s'élève à la verticale, traversant habitations et dalles en béton armé. Sa présence a été vérifiée jusqu'au deuxième étage de la tour Eiffel.(sic)

Le réseau Curry :
Ce réseau a été découvert, puis décrit en 1952, par le docteur Curry, météorologiste allemand. Ce quadrillage est formé de bandes d!environ quarante centimètres de large, orientées en diagonale du réseau Hartmann.
Lorsqu'une bande du réseau Curry passe sur une zone de croisement du réseau Hartmann, cette zone est rendue particulièrement active. S'il y a superposition de zones de croisement des deux réseaux, nous aurons une zone encore plus active. S'il y a superposition de l'un ou de l'autre réseau avec une faille, un courant d'eau, un volume bouché, etc., ce point sera particulièrement actif."

Ces réseaux sont censés agir sur la santé, et les géobiologues ont étendu leur compétence à une nouvelle patascience :la "médecine de l'habitat", qui vise à remédier aux troubles induits par un mauvais emplacement du lit, des canalisations d'eau ou plus généralement de la maison.

"Certains modes de chauffage et de climatisation favorisent la destruction des ions négatifs - ces derniers améliorant entre autres le fonctionnement endocrinien. Parallèlement, ce confort moderne provoque la multiplication des ions positifs, facteurs de malaises et troubles divers. Les techniques actuelles de construction : dalles de béton armé, armature métallique, sont elles-mêmes génératrices de champs magnétiques qui influent sur les personnes qui y vivent; sans oublier les circuits électriques mal reliés à la terre ou le piquet de terre situé sur un point "géopathogène".

La technique des géobiologues, outre la vente du service, se double de la commercialisation d'appareils de détection: "lobe-antennes", "baguettes parallèles", "détecteurs d'ondes" en tout genre, qui sont des dérivés du voltmètre et de l'ampèremètre mais qui sont vendus, comme il se doit, au prix fort. Le diagnostic de l'habitat n'étant rien sans traitement, le géobiologue proposera à son patient de planter des piquets paraondes, de tendre des fils qui coupent les réseaux, de changer l'orientation du lit ou de déplacer les canalisations, voire de vendre sa maison et d'émigrer vers des terres moins chargées nocivement. Il y a fort à parier que le sacrifice que fera le patient ne sera pas vain et servira à engraisser une agence immobilière compréhensive, prête à affronter les ondes nocives et fantômes de ce logis. Il ne faut pas désespérer : vous pourrez parfois purifier votre maison grâce à un géobiologue compétent, qui vous apprendra tout simplement à réduire les pollutions chimiques par l'utilisation de peintures ou de vernis non toxiques.

Le géobiologue peut également agir sur des perturbations d'origine plus subtile (disons d'ordre moins "matériel") : une cheminée "cosmo-tellurique" peut ainsi être déplacée si elle traverse un lieu d'habitation. En ce qui concerne la "mémoire des murs et des objets chargés" (c'est-à-dire la trace des événements du passé, parfois fort lointain), ou les "résidus psychiques" laissés par les précédents occupants, il sera nécessaire d'intervenir par des techniques de purification et de nettoyage "subtil", censées améliorer le taux vibratoire du lieu.


Pour aller plus loin :
- Les charlatans de la santé, Jean-Marie ABGRALL.
- Le New Age - Son Histoire, Ses Pratiques, Ses Arnaques. Renaud Marhic.

A visiter:
- La radiesthésie.
- Le Feng-Shui.
- Les ondes en délire.
- La pseudoscience.

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