Mythes, idées reçues et croyances
autour de la grossesse

Les vieux mythes ou les idées reçues en ce qui concerne la grossesse, l'accouchement et la naissance fleurissent toujours et se portent, pour certains, tout à fait bien se répandant encore facilement étant donné l'importance de ce stade de la vie dans l'existence humaine. Entretenus et disséminés parfois par ignorance via un(e) ami(e) bien intentionné(e) qui voulait aider ou apporter une petite parcelle de son savoir (erroné malheureusement), mais aussi souvent par des charlatans qui en tirent bénéfice d'une manière ou d'une autre, quelques-uns de ces mythes sont à lire ci-dessous sachant que bien évidemment cette liste est loin d'être exhaustive et je remercie le lecteur qui aurait connaissance d'autres superstitions ou idées reçues à ce sujet de bien vouloir nous en faire part.


Le début de la grossesse

Qui n'a pas entendu au moins une fois cette phrase désormais célèbre : "Lucie et Martin ont essayé pendant 10 ans d'avoir un enfant sans que rien ne se passe. Finalement ils renoncèrent et tentèrent d'oublier ce vieux rêve. Or aux dernières nouvelles, Lucie est enceinte de jumeaux !". Cette histoire est un peu une variante de celle selon laquelle si un avion s'est écrasé sur sa maison c'est qu'on l'a bien voulu. L'attitude n'affecte pas la fertilité, et si on fait souvent état de cas similaires c'est bien parce qu'ils se réalisent, mais on ne parle jamais des nombreux cas où rien n'est jamais arrivé de si merveilleux, du moins sans un traitement approprié.

Il y a plus de naissances les jours et nuits de pleine lune que les autres, martèle-t-on dans les chaumières. Les variantes de cette idée reçue sont nombreuses : 3 jours avant, 3 jours après, la lune serait toujours efficace pour provoquer l'éjection du rejeton, un rapide calcul suffit à montrer que 7 jours par mois d'influence lunaire fait que la probabilité est proche de 25% et suffit à en convaincre un bon nombre de la réalité de ce pseudo phénomène. Or les études réalisées ont clairement montré que la lune n'a aucune influence sur les naissances, en tout cas bien moins que le médecin accoucheur ou la sage femme qui réceptionne votre progéniture.

L'une d'elles, réalisée en 1984, a porté sur un total de 3324 naissances relevées dans deux hôpitaux de Montréal durant une période de 16 mois, les résultats furent sans appel : aucune augmentation ne fut notée ni pendant les jours de pleine Lune, ni pendant les jours précédents ou suivants les nuits de pleine lune. Ce qui contribue à entretenir le mythe de la pleine lune est tout d'abord cet amalgame fait à propos de l'influence gravitationnelle de la lune sur les océans, visible et prévisible, appliquée sur l'être humain, alors qu'il n'en est rien, ensuite la pensée sélective qui conduit le personnel soignant à ne se souvenir, et à ne relever, que des journées ou nuits de forte activité correspondants à une nuit de pleine lune, mais oubliant toutes ces nuits d'accouchements multiples sans lune, voire même décréter qu'une nuit ayant vu de nombreuses naissances se réaliser est une nuit de pleine lune sans prendre le soin d'en vérifier la réalité. En tout cas les statistiques sont là, qui confirment l'inanité du phénomène physique de l'influence lunaire sur l'homme : la lune n'a aucun effet sur les naissances, seul le mythe du dieu Lune et ses attributs continuent à le faire croire à qui veut l'entendre.

Si la lune n'y est pour rien, peut-on en revanche choisir le sexe de son enfant lors de la conception ? Les méthodes proposées, que l'on peut trouver dans des ouvrages à gogos ou sur des sites internet, en vue d'affecter le sexe de votre enfant, seront malheureusement sans effet, ou ne resterons que marginales (vous avez en fait une forte probabilité de tomber juste, 1 chance sur 2). La technique implique une combinaison de méthodes comprenant la synchronisation de la conception à un moment particulier du cycle d'ovulation (très difficile !) et une modification du pH vaginal. Ce qu'il faut savoir est que rendre le vagin moins acide augmente le risque d'infection locale mineure, fort dérangeante, qui elle-même interfère avec la fertilité. Si des chercheurs ont essayé de trouver un moyen d'agir sur le sexe d'un enfant à naître, avec toutes les questions éthiques y relatives qui se posent, aucun n'est encore parvenu à le réaliser. Et si les méthodes "naturelles" proposées un peu partout étaient réellement efficaces, la proportion d'hommes et de femmes n'aurait sans doute pas gardé l'équilibre de 50/50 que nous lui connaissons actuellement (surtout pas dans des pays comme la Chine ou des pays du tiers monde préférant un mâle à une femelle). Pour terminer avec les genres, il faut aussi savoir que le fait d'avoir eu 5 garçons ne préfigure en rien l'arrivée d'une fille, c'est toujours la même rengaine : 1 chance sur 2 complètement au hasard, c'est d'ailleurs ce qui explique l'équilibre entre hommes et femmes.


La grossesse

Selon les radiesthésistes, il est possible de prédire le sexe du foetus rien qu'en faisant tournoyer au-dessus du ventre de la future mère un pendule en parfait état de marche. Sans doute faut-il prendre un pendule en cristal ? Peut importe en fait qu'il tourne vers la droite ou vers la gauche, l'essentiel est la question qu'on lui pose et la réponse qu'"il" va apporter. Bien entendu, on peut gentiment se soumettre à l'épreuve du pendule pour faire plaisir à une connaissance qui s'est découvert un don particulier avec les champs telluriques, mais n'oublions tout de même pas que la probabilité de tomber juste étant (toujours) de 50%, il a donc de grandes chances d'avoir raison, et trouvera une excuse s'il tombe à côté (du genre : "je ne suis pas tombé loin !"). Évitez tout de même, sous prétexte que le charlatan veut s'exercer sur votre ventre, de le faire trop souvent car rester trop longtemps sur le dos après le cinquième mois de grossesse fait que l'utérus exerce une pression sur les vaisseaux sanguins et en réduit l'approvisionnement sanguin.

Vous rencontrerez toujours une âme serviable vous conter, après avoir examiné le ventre sous toutes ses coutures, que la forme de celui-ci est tout à fait parlante. En pointe ce sera une fille, en largeur un petit mec. A moins que le devin spécialiste-en-sexe-de-foetus prenne d'autres variables en ligne de compte : si le bébé donne des coups de pieds à droite c'est un garçon, si c'est à gauche, une fille verra le jour. Peut-être seul le mythe de l'agitation du foetus suffira : un foetus agité signifiera que c'est un garçon (les garçons sont plus agités paraît-il), un foetus qui se fait discret prépare une fille. Juste un mot pour évoquer une pratique ancestrale, tout droit issue de la superstition, qui consistait autrefois à saisir un bréchet de poulet, le petit os en forme de Y, tiré de chaque côté par deux personnes, la future maman et quelqu'un d'autre, s'il reste à la femme enceinte le morceau le plus court cela signifie que le nouveau-né sera un garçon, par contre si elle garde en main le morceau le plus long, avec la "coiffe", ce sera une pisseuse !

Il n'existe aucun moyen de prédire le sexe d'un foetus hormis celui du test génétique, par amniocentèse ou par prélèvement du villus chorionique. Ces procédures ne devraient pas être, et ne sont pas, réalisées sans qu'il y ait de bonnes raisons de penser qu'il existe un problème génétique, ou, dans le cas de l'amniocentèse, pour diagnostiquer une maladie foetale. Lorsque les examens sont terminés, les parents peuvent éventuellement demander le sexe du foetus. Plus tard dans la grossesse, une simple échographie permettra de connaître le sexe du futur bébé.

Si le fait de manger des fruits et légumes est bien entendu bon à la santé et pour celle du futur bébé, en apportant les besoins nécessaires en vitamines et minéraux, il existe de joyeux drilles pour lesquels prendre beaucoup de vitamines est encore meilleur aussi bien pour la femme enceinte que pour son bébé. Il suffit pour une femme enceinte de manger ce dont elle à besoin et surtout d'éviter une mauvaise alimentation. Bien sûr, en période prénatale, une petite supplémentation en vitamines ne peut pas faire de mal, des tests sanguins pouvant le cas échéant diagnostiquer une anémie nécessitant un réel apport en fer.

En dehors de cela, prendre des quantités astronomiques de vitamines et de minéraux ne sert à rien et peut même être dangereux. Lorsqu'une femme prend beaucoup de vitamine C avant la naissance de son bébé, le nouveau-né pourrait développer un scorbut en retour. Une dose excessive de vitamine D, quant à elle, peut causer une déformation des os à cause d'un déficit postnatal.

Comme souvent, les herbes et les plantes ou extraits de plantes, considérés comme "naturel", et soi-disant sûrs et sans risques, sont, paraît-il, formidables et conviennent tout à fait à la femme enceinte. Ne parlons pas des extraits de cocaïne, d'héroïne ou de strychnine qui prouvent à eux seuls que le "naturel" n'est pas si bon que ça à la santé, mais plutôt de ce que naturopathes et autres phytothérapeutes proposent sous le label "naturel" voire "bio". Il existe trois plantes en particulier dont une femme enceinte pourrait entendre parler : les feuilles de framboises dont le thé est supposé "tonifier l'utérus", personne ne sait ce que cela veut dire mais ce qui est sûr c'est qu'aucune étude n'est jamais venu confirmer cette "tonicité", par contre le goût du thé lui est atroce.

La valériane censée aider à combattre l'insomnie. On tient ça du voisin d'un cousin au facteur qui assure que c'est un substitut naturel et sûr du Valium. Peut-être sans doute parce que leur consonances sont proches ? Pourquoi faudrait-il d'ailleurs qu'une femme enceinte prenne du Valium ou quelque chose de "naturel" y ressemblant ? Surtout quand un "spécialiste" en herboristerie déclare que si la valériane peut aider à combattre l'insomnie, elle peut, après quelques semaines de prise, lorsque l'effet placebo a disparu, être cause d'insomnie...


À lire :
- Des idées reçues en psychologie, Jerome Kagan.
- De l'enfant roi à l'enfant tyran. Didier Pleux.
- Manuel d'éducation à l'usage des parents. Didier Pleux.
- Sexe Machines. Charles Muller, Peggy Sastre.

À visiter :
- Les mythologies culturelles de la grossesse.


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