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Mythes, idées reçues et croyances
autour de la grossesse

(Suite)

Comme l'a dit l'OMS lors d'un rapport en juin 2004 sur les médecines dites "naturelles" : "Le préjugé selon lequel la médecine traditionnelle ou soi-disant naturelle est sans danger n'est pas exact. Il peut y avoir de graves complications". Par contre une femme attendant un bébé peut, si elle le désire, se gaver de pilules homéopathiques, étant donné qu'il n'y a strictement aucune molécule active dedans, rien d'autre que du solvant, cela ne peut pas être bien dangereux et l'effet placebo aidant, pourrait aider à se débarrasser d'un petit bobo sans gravité, d'ailleurs les pharmaciens ne se privent pas d'en proposer à défaut d'autre chose de véritablement efficace mais qui pourrait se révéler dangereux pour le bébé, ces derniers ne voulant pas passer à côté d'un tel marché juteux au prix d'une énorme imposture, mais ne comptez pas sur une quelconque efficacité en dehors de l'autosuggestion pour calmer les symptômes d'un bon rhume.

Il est parfois possible d'apercevoir le futur papa vautré devant le ventre de sa femme enceinte et parler ou chanter à tue-tête, bref entretenir un véritable monologue avec un nombril pour initier son futur foetus aux joies de la musique, se faire reconnaître de l'enfant à venir voire lui apprendre l'anglais. Or, toute cette gymnastique est sans compter que la voix, et les bruits extérieurs, sont sérieusement écrêtés par le filtre que représente le liquide amniotique et les différents tissus qui séparent le foetus de l'espace aérien où se crée le son maternel, tel que la voix ou la musique. Le ventre de la mère est un véritable caisson d'isolation phonique, un peu comme si vous écoutiez de la musique, source à l'extérieur, au fond de votre piscine, efficace à 90%.

Ajoutons à cela les multiples parasites qui doivent rendre "sourd" plus encore le futur bébé et perturber son écoute foetale à cause des bruits cardiaques de sa mère, des bruits de digestion (c'est une période ou la femme enceinte mange bien), craquements articulaires et bruissements musculaires qui sont en fait l'ambiance sonore du foetus. Enfin, l'oreille du foetus est obstruée par un bouchon muqueux qui ne disparaît qu'après la naissance (les tympans ne se décolleront qu'à ce moment), mais le plus important est qu'il possède un système nerveux insuffisamment mature pour permettre aux diverses impulsions sonores de parvenir jusqu'au cerveau dans leur état parfait et original. En clair, même si l'oreille interne est formée, les zones du cerveau réceptionnaires des informations ne reçoivent pas grand chose ou sont déformés.

Eventuellement le seul moyen de le faire réagir serait peut-être de provoquer un son brutalement et très fort, ce qui en plus d'être inutile, effraiera aussi sa mère...


Après la naissance

Il arrive d'entendre, de la part de charlatans adeptes de Thalès et de son eau source de toutes choses, cette manie de vouloir faire accoucher dans l'eau sous prétexte que la vie intra-utérine se déroulant dans le milieu aquatique que représente le liquide amniotique, il faut à tout prix éviter le choc de la naissance et de la sortie au grand air en pratiquant cette venue au monde sous l'eau. L'homme se fait tout à coup dauphin, oubliez qu'il descend du singe ! A moins que le prétexte avancé soit celui, plus sobre que celui des ondes cosmiques et marines ésotériques, que la douleur serait atténuée sous l'eau ce qui, à l'époque de la péridurale, est assez surprenant, notons tout de même que certaines futures mamans refusent cette anesthésie locale parce qu'elles préfèrent "sentir le bébé sortir", ou "vivre réellement leur accouchement", doux euphémismes pour signifier qu'elles préfèrent souffrir à une époque où la douleur (intense) peut être évitée, à moins que finalement la croyance judéo-chrétienne islamique de la souffrance salvatrice soit encore de mise de nos jours. De toute façon le caractère "naturel" (sic) de la souffrance d'un accouchement n'en fait pas pour autant quelque-chose de meilleur, sauf peut-être pour les masochistes. Mais le confort possible pour la mère d'un accouchement dans l'eau peut se voir contrecarrer par différents dangers pour le nouveau-né

Les effets apaisants d'une naissance sous l'eau pour le bébé n'ont jamais été prouvés. Par contre les complications, elles, peuvent devenir réalité : privation d'oxygène du cerveau du nouveau-né impliquant des complications neurologiques importantes pouvant atteindre le stade de la tétraplégie, infections dues à des complications septiques aussi bien pour l'enfant que la mère, choc thermique si la température de l'eau n'est pas régulée (comme en mer) pouvant conduire à une hypothermie, voire noyade pure et simple du bébé. Naître dans l'eau n'est donc d'aucune utilité pour le nouveau-né en faisant se prolonger son séjour en milieu hydrique inutilement, sa destinée n'étant de toute façon pas celle d'un poisson mais celle d'un animal terrestre, environnement auquel il devra de toute façon s'habituer, vouloir en faire une baleine ou un dauphin ne peut relever que d'un mysticisme relativement niais.

Le fait de porter son bébé, tout neuf, sur soi ne modifiera ni n'affaiblira en rien les relations que vous aurez avec lui (ou elle). Les psychothérapeutes du dimanche tentent de se convaincre du contraire en arguant qu'il est crucial, pour une relation saine à venir entre parents et enfants, de porter le nourrisson contre soi sitôt venu au monde. Or des chercheurs qui auparavant avaient adopté une telle position sont revenus sur leurs déclarations. Bien entendu il faut que l'affection ou l'amour porté à son enfant se traduise dans des gestes affectueux (et comment ne pas le faire ?) durant les premières semaines mais ils ont remarqué que même si quelque-chose a pu faire que les parents n'aient eu la possibilité de câliner leur bébé les premiers jours, les relations et la proximité parents-enfants plusieurs mois plus tard n'en furent nullement affectés par la suite, les rapports entre eux étant égaux dans le groupe contrôle que dans le groupe non-séparé.

Indéniablement une mère ne peut être que triste de ne pouvoir serrer son enfant dans ses bras immédiatement après sa naissance (à cause soit d'une opération urgente ou d'un problème respiratoire). Mais cette même mère, qui se souviendra de la tristesse ressentie lors de cette séparation prématurée, ne l'exprimera ni dans ses sentiments ni dans ses rapports avec son enfant. Contrairement à ce qu'on peut entendre, de certaines sources sociologiques, philosophiques voire de psychologues adeptes du déterministe infantile, les deux premières années de la vie d'un enfant ne déterminent pas indéfiniment ce que sera sa vie future d'adolescent et d'adulte, ses premières expériences ne se gravent pas telle une rayure sur une table, mais seront intégrées, réorganisées et disparaîtront au milieu de toutes ses expériences à venir, de tout ce qui fera sa vie. Inutile donc de s'échiner à vouloir lui faire adopter un comportement ou lui imposer des contraintes pour tenter de façonner son cerveau, il suffira d'être naturel et présent pour lui permettre de s'épanouir tout à fait normalement, l'environnement fera le reste.

Nourrir son bébé au sein est tout à fait bénéfique pour sa santé et celle de sa mère. Les femmes qui allaitent réduisent le risque de voir se développer un cancer du sein ou de se voir touchées par l'ostéoporose. De la même manière, le système immunitaire du nourrisson n'étant pas totalement développé, celui-ci est protégé de certaines infections par les anticorps provenant du colostrum de sa bienfaitrice de mère. Rien n'est plus facile à digérer pour un nouveau-né que le lait maternel, et rien n'est moins susceptible de causer une allergie (les nourrissons sont plus sensibles à toute forme d'allergie alimentaire). Évidemment, et à contrario, ne pas pouvoir allaiter son bébé n'est pas la fin du monde, un grand nombre d'adultes de nos jours n'ont pas été nourris au sein et ne sont pas en moins bonne santé que ceux qui l'ont été lors de leur début de vie, et cela ne rend pas moins intelligents que le sont nos parents. En tous cas ce qui est indispensable est de nourrir son bébé au lait pendant au moins ses trois premières années de vie.

Comme dans de nombreux domaines de la psychologie, celle de l'enfant est elle aussi confrontée à tout un tas de pseudo éducateurs, ou de psychothérapeutes pressés de vous donner, eux aussi, les meilleurs conseils pour l'éducation et le futur de votre enfant. Les âneries de la psychanalyse en sont une partie importante. Dolto et ses suiveurs sont les principaux propagateurs d'un déterminisme péremptoire que rien ne pourrait venir troubler, prenant sa source dans la toute petite enfance. Ainsi peut-on entendre des stupidités telles que "Les enfants entendent tout, ils se souviennent ... dès les premières heures", "Les paroles vont directement à l'inconscient", "A 16 mois, tout est formé dans l'inconscient" , "Nous les psychanalystes avons la preuve que l'enfant enregistre les paroles dès les premières heures... on retrouve ça dans la psychanalyse, dans les rêves". Pourtant, rien n'est jamais venu confirmer de tels propos, davantage guidés par une idéologie et des croyances sous-jacentes, que par un souci d'exactitude scientifique.

En effet, nous savons de nos jours que si bébé est capable de reconnaître le son de la voix de sa mère, le langage reste pour lui une terre inconnue. La maturation corticale, lui permettant de gazouiller, s'opère seulement entre 7 et 10 mois; il ne découvrira le sens des mots qu'entre 9 et 17 mois. Il lui est encore impossible de suivre une conversation d'adulte. Les propos des psychanalystes ne se fondent sur rien de concret, les neurosciences en réfutent tous les jours les déclarations dogmatiques. Pas plus que les stades oral, anal, phallique, oedipiens ne sont fondés, tout ce que dit la psychanalyse au sujet de l'enfant n'est pas pertinent ni justifié, ni n'a reçu de confirmation expérimentale.

Enfin, et pour terminer, le plus gros mythe de tout les temps est celui de croire qu'il n'existe qu'une manière et une seule d'élever son enfant. Il y aura toujours, ici aussi, des âmes charitables pour vouloir vous enseigner l'art d'élever vos enfants, un voisin emmerdeur, une vieille tante (les pires !), un jeune grand-père, une soeur frustrée, etc., pour vous dire qu'il faut faire comme ceci ou comme cela. Les meilleurs dans ce domaine restant les célibataires qui n'ont jamais eu d'enfants mais qui veulent refondre tout votre système éducatif (de par leur grande expérience sans doute) ! Enfin, comme le disait une bonne amie : les enfants c'est un peu comme les pets, on ne supporte que les siens !


A lire :
- Des idées reçues en psychologie, Jerome Kagan.
- De l'enfant roi à l'enfant tyran. Didier Pleux.
- Manuel d'éducation à l'usage des parents. Didier Pleux.
- Le livre noir de la psychanalyse. Collectif.
- Sexe Machines. Charles Muller, Peggy Sastre.