Le traitement Gonzalez contre le cancer

Nicholas Gonzalez est un médecin controversé pratiquant à New-York. Pendant des années, il a été le promoteur de traitements alimentaires contre le cancer comme un régime biologique individualisé, de grandes quantités de suppléments et d'enzymes pancréatiques. Il est à lui tout seul un sujet d'étude permettant de comprendre pourquoi nous avons besoin de science rigoureuse pour décider quels traitements sont sûrs et efficaces, et lesquels ne sont que séduction et déclarations charlatanesques, de prendre conscience de la puissance des biais et des faiblesses de nos propres systèmes de régulation.

Le Dr Gonzalez est parvenu à avoir une pratique florissante tout en ne respectant pas les standards de base de la médecine scientifique.

Le traitement Gonzalez, qui repose sur les déclarations antérieures de James Beard et William Kelley, manque de plausibilité ou de confirmation scientifique. Alors que vous pouvez trouver des études montrant qu'un supplément individuel pourrait avoir des effets qui, potentiellement, pourraient avoir des implications cliniques, vous devrez largement et imprudemment extrapoler à partir de ces informations pour parvenir à des déclarations cliniques. De telles informations constituent au mieux une source d'hypothèses, mais pas des traitements.

En conclusion, les déclarations de Gonzalez ne sont qu'une propagande recyclée des thérapies alternatives, affirmant que les suppléments stimuleront le système immunitaire et "détoxifieront" le corps.

L'éthique médicale nécessite aussi qu'avant de faire de vos patients des cobayes pour de nouveaux traitements, des tests sur des animaux soient réalisés afin d'avoir une idée de la sécurité et des espoirs de bénéfices du traitement. Il y a bien eu quelques études sur des animaux concernant les enzymes pancréatiques, mais aucun traitement de manière générale.

En 1999, une étude animale a testé les effets de différentes doses d'enzymes prises oralement sur la croissance et les métastases du cancer du sein chez les rats. Certains des rats ont reçu du citrate de magnésium en plus des enzymes. Les rats recevant les enzymes ont été comparés aux rats qui n'avaient pas reçu d'enzymes.

Les résultats ont montré que l'enzyme n'affectait pas la croissance des tumeurs primaires (où le cancer a débuté). Le cancer s'est répandu dans la plupart des régions chez les rats qui ont reçu les plus fortes doses d'enzymes. Le cancer s'est répandu le moins dans les régions des rats qui ont reçu les plus faibles doses d'enzymes plus le citrate de magnésium.

Une autre étude sur des animaux a examiné les effets des enzymes pancréatiques sur les taux de survie et la croissance des tumeurs chez les rats atteints de cancer pancréatique. Les rats recevant le traitement aux enzymes ont vécu plus longtemps, avaient des tumeurs plus petites et moins de signes de maladie, ils étaient en outre plus actifs que les rats du groupe contrôle, qui n'avaient pas reçu d'enzymes.

Ainsi les résultats sont au mieux mitigés, mais l'étude ayant montré une dégradation du cancer avec le traitement devrait être étudié avec une extrême prudence avant d'être délivré aux êtres humains.

Le Dr Gonzalez a publié une étude de cas de son traitement contre le cancer du pancréas, qui est une forme particulièrement mortelle de cancer avec un taux de survie de seulement 2%. Il rapporte que dans son étude de cas de 11 patients, leur moyenne de survie avec ce traitement était de 17,5 années. Si cela est vrai, ce serait très impressionnant. Ses partisans utilisent ces données pour soutenir le traitement de Gonzalez et faire taire les critiques, alors que les médecins faisant reposer leur pratique sur la science font remarquer la faiblesse fatale des comptes-rendus des cas, rappelant qu'ils ne sont pas contrôlés, et de ce fait sujets à tout un ensemble de biais.

Afin de trancher la polémique, un essai estimatif a été planifié, et les résultats de cet essai ont été rapportés... quatre ans après que l'étude soit terminée !

Lors de leur inscription, les patients des groupes de traitement n'avaient statistiquement pas de différences significative dans leurs caractéristiques, pathologies, qualité de vie ou estimation clinique. L'analyse Kaplan-Meier a trouvé une différence de 9-7 mois de taux de survie médian entre le groupe de chimiothérapie (espérance de vie médiane de 14 mois) et les groupes ayant suivi le traitement par enzymes (espérance de vie médiane de 4,3 mois) et a trouvé un ratio de mortalité ajusté du groupe enzyme comparé au groupe de chimiothérapie de 6,96 (P<0.001). A un an, 56% des patients du groupe chimiothérapie étaient en vie, et 16% des patients ayant pris les enzymes étaient en vie. Les taux de qualité de vie étaient meilleurs dans le groupe à la chimiothérapie que dans le groupe aux enzymes (P<0.01).

La thérapie standard avait donc permis une espérance de vie de 14 mois, tandis que le traitement Gonzalez 4,3 mois. C'est une différence dramatique, qui confirme ce que les critiques de ce pseudo traitement savent depuis des années.

La grande faiblesse de cette étude est bien entendu qu'elle n'était pas randomisée. La raison est que trop de patients refusent d'être assignés au hasard. Il n'est pas mentionné si les patients avaient refusé d'aller dans le groupe du traitement Gonzalez ou le contraire, ou les deux. Néanmoins, certains pourraient arguer du fait que les patients qui avaient décidé eux-mêmes d'aller dans le groupe du traitement Gonzalez étaient plus malades. Aucun élément de preuve ne confirme cette affirmation dans l'étude, et les chercheurs ont essayé de compenser l'absence de randomisation en s'assurant que les deux groupes étaient, autant que possible, comparables. Ainsi, même si ce point de critique est légitime, il n'explique pas à lui seul l'énorme différence d'espérance de vie entre les deux groupes.

En conclusion, le traitement Gonzalez n'est pas seulement sans valeur, il est même dangereux et réduit la qualité de vie. Mais cela pose une question, comment le traitement Gonzalez avait-il atteint un taux de survie de 17,5 mois dans l'étude de cas, alors qu'une étude prospective montre un taux de survie de 4,3 mois ? Nous ne le saurons jamais assurément. Les possibilités peuvent être que certains des patients n'avaient pas de cancer du pancréas (même s'il affirmait qu'il y avait eu une biopsie le prouvant), mais plus probablement a-t-il sélectionné les cas qui allaient le mieux et qui ont le mieux survécu.

En tous les cas, cela montre la faible valeur des études de cas. Elles sont utiles pour détecter de nouveaux phénomènes et pour produire des hypothèses, mais pas pour tester des hypothèses, ni pour déclarer qu'un traitement marche. Il s'agit là d'un dramatique exemple montrant pourquoi nous ne pouvons en aucune façon faire confiance dans les preuves anecdotiques, et pourquoi les praticiens qui font reposer leur pratique sur la science, sont peu respectueux des anecdotes en général.

Plus encore, le cas Gonzalez, pris dans son ensemble, montre comment vous pouvez faire la promotion d'un traitement qui, en réalité, est nuisible mais pourtant a ses fidèles disciples, qui séduit par son mysticisme, charme les médias et retarde la mise en place d'un vrai traitement.

Cela justifie également le refus de telles études par de nombreux professionnels de la santé qui ont une certaine éthique. Les 32 patients de cette étude qui ont choisi le traitement Gonzalez étaient des victimes, ils ont perdu en qualité de vie ainsi que 10 mois de leur vie en moyenne. Leur sacrifice était-il justifié ? Pourquoi aucune étude sur des animaux n'a été réalisée avant de sacrifier ainsi des êtres humains sans réelle justification ? Si le traitement avait semblé sans risques et prometteur, alors de petites études pilotes auraient pu être lancées chez les humains, puis, seulement ensuite, des essais cliniques définitifs.

Si un tel cheminement est habituellement respecté, c'est bien parce que la plupart des "idées nouvelles" en médecine sont fausses. Notamment celles des "incompris" de la médecine ou de la science. "D'abord ne pas nuire", et pour ce faire, il faut procéder prudemment avec les traitements expérimentaux, et ne les donner à des individus que quand il existe suffisamment de données plausibles et pré cliniques le justifiant. C'est un des standards éthiques en médecine, mais le public est trop souvent la victime de concepts creux tels que l'"alternatif", "holistique", "naturel" ou "détoxication".


A lire :
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