La profession de foi de la para-phytothérapie
(Suite) Dr Varro E. Tyler

Article n°4 : les plantes "naturelles" et "biologiques" sont supérieures aux médicaments synthétiques

Les paraphytothérapeutes affirment que les produits réalisés par les processus métaboliques des plantes ou des animaux possèdent une supériorité innée et inhérente à leur condition, sur des produits identiques mais synthétisés en laboratoire. La fausseté d'une telle déclaration avait déjà été démontrée en 1828 lorsque le chimiste allemand Friedrich Wohler synthétisa de l'urée de matériaux inorganiques. L'urée synthétique de Wohler était identique en tous points à l'urée biosynthétisée et excrétée par des animaux ou biosynthétisée et accumulée par plusieurs espèces de champignons. Ainsi, des déclarations comme "l'industrie pharmaceutique doit arrêter de jouer avec des produits chimiques hautement dangereux et doit s'en retourner, une fois encore, aux substances naturelles que Dieu a mis sur cette terre pour notre santé et notre bien." reposent évidemment plus sur des croyances sans réels fondements que sur une méthodologie scientifique rigoureuse.

Le terme "biologique" est utilisé pour décrire les plantes qui poussent sans pesticides ou engrais artificiels. Les substances issues de telles plantes sont supposées être supérieures à celles produites par la culture dite "conventionnelle". Ces croyances reposent sur une totale incompréhension de la nutrition des plantes et de la physiologie. Les plantes ont besoin de nutriments inorganiques comme l'azote, le phosphore et le potassium pour grandir normalement. Elles obtiennent ces éléments de la terre et ne possèdent aucun mécanisme leur permettant de distinguer la source originale du nutriment (non, les plantes ne sont pas intelligentes). Tant que les quantités suffisantes sont présentes, les plantes poussent normalement. Si ce n'est pas le cas, elles ne poussent pas.

Les pesticides sont légèrement différents. Des limites de précautions ont été établies, et certains pesticides ont été retirés. Il est possible de faire cultiver des plantes sans pesticides, mais le rendement en sera fort réduit. On a donc le choix, soit on fait confiance aux paysans "conventionnels" soit on paye sa nourriture beaucoup plus cher via le bio.

Article n°5 : la "théorie des signatures" est importante

Les trois plus populaires aphrodisiaques vendus en Orient doivent leur prétendues propriétés à la bien nommée "théorie des signatures", une ancienne croyance comme quoi la forme, l'analogie d'aspect, de comportement, de couleur ou le matériau à l'origine d'un "médicament", d'une plante, déterminerait ses vertus thérapeutiques. Ainsi, la corne de rhinocéros, le bois de gazelle, et les racines de ginseng avec leur forme phallique (ou dans le cas du ginseng biscornu avec ses bouts de racines attachées, sa ressemblance avec le corps humain se terminant par un phallus) sont tous estimés être de puissants agents de virilité. Dans les pharmacies chinoises, les bois sont délicatement exposés sur des nappes en velours, en vitrine, et vendus à des prix proches de ceux des perles rares.

Les bois de gazelle ou les cornes de rhinocéros n'ont jamais prouvé détenir quoi que ce soit qui puisse stimuler la libido ou guérir de l'impuissance. Tout effet devra donc être attribué à l'effet placebo. Le ginseng contient de la saponine triterpénoïde, à qui des effets physiologiques variés ont été attribués. Cependant, aucunes preuves tangibles comme quoi le ginseng augmenterait l'activité sexuelle ou la puissance n'ont été publiées dans la littérature scientifique. La "Théorie des Signatures" n'est pas spécifique à l'Orient. Gérard rapporta en 1597 que du jus d'Euphraise officinale, surnommé "casse-lunettes", appliqué sur les yeux permettrait "d'éloigner l'obscurité et les ténèbres des yeux et d'éclairer la vue." Des variantes de ce conseil sont encore de nos jours dûment répétés (rien que sur internet) par beaucoup de paraphytothérapeutes.

Effectivement aucun des constituants de l'euphraise officinale ne sont connus comme étant efficaces contre quelque maladie des yeux qui soit. Les phytothérapeutes médiévaux supposaient que cela était efficace parce que la corolle blanche et bleuâtre de sa fleur donne naissance à une tache jaune brillante, la faisant ressembler à un oeil avec sa pupille. Croire que sa structure en fait une plante efficace contre les maladies oculaires est aussi crédible que croire que la noix est efficace contre les maladies mentales parce qu'elle ressemble à un cerveau ou le liverwort contre la jaunisse à cause de la forme de ses feuilles ressemblant à un foie et que le haricot en forme de rein aurait des vertus diurétiques.

Article n°6 : réduire la dose d'un médicament augmente son pouvoir thérapeutique

Ceci, tout comme la fumeuse théorie des signatures, est un principe qu'ont épousé les homéopathes. "Découverte" vers la fin du 18ème siècle par Samuel Hahnemann, un médecin allemand, l'homéopathie repose principalement sur 3 principes de base : 1) les maladies sont guéries par de petites doses de médicaments qui, lorsque administrés en grandes doses à des personnes en parfaite santé, produit des effets similaires aux symptômes de la maladie; 2) le pouvoir d'un médicament est inversement proportionnel à sa concentration et 3) les maladies chroniques sont de simples manifestations du désir ou d'une démangeaison, une espèce de mauvais esprit. Cette dernière notion s'avérait si ridicule, même aux yeux des praticiens homéopathes, qu'elle fut rapidement abandonnée.

La huitième édition (1980) de la pharmacopée homéopathique contient quelques 600 pages de monographies, la plupart sur des médicaments d'origine médicinale. Les remèdes homéopathiques dans ce livre sont reconnus comme médicaments par les autorités sanitaires (voire remboursés pour certains), ce qui est apprécié par les paraphytothérapeutes. Certaines des substances listées, comme le quinquina, la digitale et l'opium, sont efficaces dans des dosages appropriés. Mais l'homéopathie défend la thèse de très hautes dilutions pour un effet maximal. Beaucoup de remèdes homéopathiques sont si dilués qu'il est statistiquement improbable qu'ils puissent contenir ne serait-ce qu'une seule molécule de la substance d'origine (voir homéopathie).

   


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- Le mythe du "naturel".
- Le naturel est souvent nuisible.
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Sur l'auteur :
Le Dr Tyler était, avant sa retraite, professeur de pharmacognosie (la science des médicaments de source naturelle, recherche des caractéristiques et utilisation des médicaments) à l'Université Purdue (Etats-Unis). Autorité mondiale en la matière, il a notamment écrit The Honest Herbal (la plante honnête), une évaluation objective des plantes populaires, et fut co-auteur principal du livre Pharmacognosy (Pharmacognosie).

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