Menteurs, guignols et autres imposteurs

homéopathiquementL'homéopathie

Lors d'une interview du PDG des établissements Boiron sur M6, à l'occasion d'une émission scientifique sur l'état des lieux de l'homéopathie, celui dit déclara, sans aucun scrupule "on ne sait pas comment, mais l'homéopathie, ça marche". Quel aveu ! Car au palmarès des pratiques ou "thérapeutiques" que l'on peut d'ores et déjà qualifier de charlatanesques, voire de "patamédecine", l'homéopathie fait bonne figure et gagne sans doute ses galons de vainqueur, surtout en ce qui concerne sa popularité. Il n'est qu'à voir le chiffre d'affaires des laboratoires vendeurs de ses produits, qui n'ont rien à envier à leurs concurrents.

Pratiquée sans autre arrière pensée ésotérico-magico-sulfureuse, l'homéopathie se révèle tout aussi efficace que les placebos habituels qui inondent le marché de la diététique et de l'esthétisme, ou des produits attrape-nigauds, qu'il s'agisse des pilules miracles pour perdre 15 kg en 3 semaines, paraître 25 ans quand on en a 55, lutter contre la chute des cheveux ou rendre sa vigueur à un organe usé par les années et qu'on voudrait revivifier pour le plaisir de Madame. D'ailleurs cela ne date pas d'aujourd'hui, en 1834 déjà, Armand Trousseau, médecin français, utilisait des pilules d'amidon à la place des remèdes homéopathiques et ça marchait tout aussi bien. Cependant les "médecins" qui se déclarent homéopathes font trop souvent prendre au sujet, victime de leur "auscultation", des risques trop importants au regard de la confiance que ceux-ci, qui ignorent souvent tout des concepts sous-jacents, accordent à cette pratique charlatanesque, sans compter le coût pour chacun et pour la société.


Les origines de L'homéopathie

Le fondateur de la doctrine homéopathique est Samuel Hahnemann (1755-1843), médecin allemand qui constata un jour sur lui-même les effets de l'écorce de quinquina en ayant absorbé deux fois par jour 12,6 grammes, et ce pendant plusieurs jours, effets semblables à ceux du paludisme pour lequel le quinquina était prescrit.

Fort de cette constatation, il se mit alors à étudier, à noter sur lui-même et avec l'aide de quelques amis les effets de toutes sortes de plantes et produits divers tels que arsenic, belladone, digitale, fève de St-Ignace, noix, etc... en établissant des relations avec des maladies aux symptômes similaires, comme le quinquina avec le paludisme, tout en prenant bien soin d'oublier de noter que certains symptômes présents dans la maladie restent absents lors de la prise de la substance, Hahnemann pourtant lui même le nota : "on ne ressent pas le frisson particulier de l'accès pernicieux du paludisme après une prise de quinquina", comment dès lors considérer cette expérience comme réussie alors que le principal symptôme de la maladie, la fièvre, a été tout simplement "oublié" ou passé à la trappe ?

Ceci n'empêchera nullement notre homme de tirer ses conclusions, bien que fragiles, qui seront le principe de base de l'homéopathie à savoir la loi de similitude. Comme son nom l'indique "les semblables sont guéris par les semblables", simila similibus curantur, et d'établir un catalogue des affections ou maladies et en face des plantes ou produits guérisseurs.

Cependant certains produits restent toxiques comme l'arsenic, l'aconit, la strychnine ou le mercure ce qui rend leur ingestion impossible, et c'est à ce moment qu'Hahnemann invente le second principe de sa "science" : le principe de dilution, pour ainsi éviter tout risque toxique, mais en réduisant d'autant les effets des produits. Qu'à cela ne tienne, Hahnemann va balayer cet argument en avançant, tout aussi gratuitement, que la dilution d'un produit, loin de lui ôter tout ses effets, au contraire les multiplie alors même que les effets indésirables de la toxicité, eux, disparaîtraient ! Un grand saut dans la magie...

Le bon sens enseigne bien pourtant que plus on dilue un produit moins il est efficace. Hahnemann ajoute quelque chose de plus fort encore pour palier à cette lacune : la "dynamisation" des produits, c'est-à-dire une agitation par fortes secousses du produit dilué qui, paraît-il, le "dynamise". Application directe : mettez donc une goutte de whisky dans une bouteille d'eau, secouez-la fortement et enivrez-vous ! L'alchimie Hahnemannienne fonctionne-t-elle ? Non ? C'est parce que vous n'avez pas suivi le rituel bien précis : une seule unité de produit actif doit être diluée à 99 unités de solvant, puis secouez.

Cette première dilution (nommée 1 CH pour "Centésimale Hahnemannienne") doit à son tour être encore diluée dans 99 unités de solvant puis encore "dynamisée", et on obtient une deuxième dilution centésimale (2 CH). Certaines dilutions atteignent ainsi 30 CH. Les principes actifs des solvants utilisés comme l'alcool, le lactose ou l'amidon, quant à eux n'existent pas, selon Hahnemann, ou n'interviennent nulle part dans les préparations des petites pilules.

Arrivé à ce niveau de préparation, la foi est ici de rigueur pour pouvoir continuer à y adhérer, car qu'est-ce que l'homéopathie, lorsqu'on connaît son procédé de fabrication, sinon une profession de foi et de jolis postulats de la part de son créateur ? La magie remplace dorénavant la science, même si Hahnemann affirme que l'homéopathie n'est pas une méthode de guérison banale ni à la carte, mais que toute "ordonnance" est particulière et individuelle selon les individus que le médecin homéopathe consulte, que l'homéopathie ne se prescrit pas pour une maladie, mais pour un individu, en fonction de ses symptômes mais aussi de sa physiologie, avec tous les présupposés et clichés que cela sous-entend, en total accord avec la vision hoistique de la maladie. Mais alors, on est en droit de se demander pourquoi une si belle profession de foi tombe dans l'oubli lorsqu'il est question de vendre, à tout le monde et donc à n'importe qui, des produits homéopathiques via la publicité ?

C'est d'autant plus contradictoire lorsqu'on sait qu'un médicament comme O$cillococcinum, dont les média nous abreuvent de pub dès que l'hiver pointe le bout de son nez, est présenté comme LE médicament miracle contre la grippe, fabriqué en fait à base d'extrait de foie et de coeur de canard de Barbarie dilué (d'où la consonance "coque" sans doute !), l'individualisation tant contestée aux tests en double aveugle, cède alors la place au traitement de masse anonyme. Préférez donc le foie de canard à la poêle qui sera moins dilué, meilleur et plus efficace. Ce qui est malheureux c'est que la grippe peut encore tuer de nos jours et un matraquage médiatique tel que celui des Laboratoires Boiron, pour l'attrape-couillons qu'est O$cillococcinum, retarde d'autant une prise en charge sérieuse de la maladie.

Le plus étonnant dans toute cette affaire, c'est que les promoteurs et vendeurs de produits homéopathiques, en partant du principe même de l'homéopathie, se tirent une balle dans le pied. Car si la dilution, la "succussion" et la "dynamisation" suffisent à rendre un produit efficace, il vous suffit d'acheter un seul produit homéopathique en pharmacie, puis de le diluer vous-même de la sorte indéfiniment, sans oublier de secouer fortement pour respecter la recette magique de préparation, pour voir votre nouvelle mixture posséder tous les attributs de celle que vous avez acheté (voire plus étant donné que selon le dogme, la dilution multiplie les effets). La multiplication des médicaments en quelque sorte ... et gratuitement ! Pourquoi jeter l'argent par les fenêtres alors que vous pouvez devenir vous-même producteur ?

Que dire maintenant face à ce docteur homéopathe déclarant :"Ce ne sont ni les microbes, ni les virus, ni les bactéries, ni même le poison virulent au niveau biochimique qui sont la cause des maladies, mais leur nature intime, leur force vitale, leur essence particulière." ou encore "la pratique homéopathique est une interrogation constante sur les liens qui peuvent unir l'homme au cosmos, l'exploration du continu qui semble exister entre matière et conscience."(Science & Vie Déc.1984) nous nageons en plein ésotérisme...


Critiques de l'homéopathie

Passons sur le principe de similitude même si Hahnemann sait l'arranger quand il faut, et ne retenons que celui de dilution et de "dynamisation" par secousses, dite "succussion" dans le langage savant homéopathe. Le protocole de dilution est donc de 1CH, c'est-à-dire que le produit actif, médicamenteux, lors d'une première dilution, représente 1% du produit total, pour 2CH nous avons donc 1 dix millième (1/10.000) de principe actif, 3CH = 1 millionième (1/1.000.000), etc. jusqu'à 30 CH où le chiffre obtenu a un dénominateur suivi de 60 zéros !

Or, tout chimiste sait parfaitement (mais aucun homéopathe apparemment) qu'à partir d'une certaine limite, un produit actif dilué dans un corps est considéré comme absent tout simplement de par le nombre de ses molécules dans la substance étudiée. Le nombre d'Avogadro, qui est le nombre de molécules dans une mole de substance pure, est de l'ordre de 1023. Or un médicament homéopathique en dilution 30CH a une dilution de l'ordre de 10-60 de la substance d'origine. Il est donc impossible que le médicament contienne ne serait-ce qu'une seule molécule du produit d'origine. La limite pour qu'une substance puisse avoir quelque effet est de l'ordre de 12CH maximum, limite au-delà de laquelle plus une seule molécule de la substance diluée n'est présente. Les molécules n'étant pas sécables, nous en arrivons, lors d'une dilution pour un centigramme d'une substance "active" contenant 1020 molécules (dont la masse molaire originale serait d'environ 60 grammes), pour 10CH : à 100 flacons contenant chacun 1 molécule, pour 11CH : à 1 seul flacon ayant une seule molécule et 99 ne contenant que du vide, et à 15CH : à 10 milliards de flacons dont 1 seul contiendrait une seule molécule de principe actif et 9.999.999.999 flacons ne contenant que du RIEN ! Ou plutôt si ... du solvant.

Pour se faire une idée, voici un petit tableau des équivalences qui permettra de mieux situer les choses en ce qui concerne les dilutions vendues sur le marché par les laboratoires homéopathiques, et censés guérir vos maux :

  • 4 CH = une goutte de la substance de produit actif initial dans une piscine de jardin,
  • 5 CH = une goutte de cette même substance dans une piscine olympique,
  • 6 CH = une goutte dans un étang de 250 m de diamètre,
  • 7 CH = une goutte dans un petit lac,
  • 8 CH = une goutte dans une grand lac de 10 km² par 20 m de profondeur,
  • 9 CH = une goutte dans un très grand lac de 200 km² par 50 m de profondeur,
  • 10 CH = une goutte dans la Baie d'Hudson,
  • 11 CH = une goutte dans la mer Méditerranée,
  • 12 CH = une goutte dans tous les océans de la planète,
  • 30 CH = une goutte dans un milliard de milliard de milliard de milliard de fois toute l'eau de tous les océans de la planète.


Suicides collectifs

Un collaborateur de Science & Vie, Pierre Rossion, devenu suicidaire, a devant huissier avalé 10 tubes d'Arsenicum album (de l'arsenic qui tue !), soit 800 granules, de 4CH à 30CH, médicament prescrit par les homéopathes dans les cas d'intoxications alimentaires, anémies, dépressions, états de fatigue. Celui-ci s'est malheureusement loupé et était toujours bien vivant après l'absorption et n'en a ressenti aucune gêne. Des enfants joueurs de Villeneuve-D'Ascq eurent la mauvaise idée de s'amuser avec des tubes homéopathiques trouvés dans une poubelle, ils en avaient avalé tout leur contenu pensant à des bonbons, sans danger aucun pour leur santé puisqu'ils sont rentrés sereins chez eux le jour même ! Puis ce sont des Québécois qui, sans doute lassés de la vie, voulurent mettre fin à leur vie en ingurgitant, en plus de l'arsenic homéopathique, de la strychnine, ne voulant pas se louper. 700 granules d'un coup chacun, ils n'y sont pas allés à doses homéopathiques, manque de chance pour eux, ils durent quand même s'acquitter de leurs factures plus tard s'étant ratés eux aussi, l'analyse des granules ayant révélé la présence de lactose et de colle à médicament à 100%, ils ne pouvaient évidemment pas se faire bien mal.
Ainsi, si vous voulez impressionner votre petite amie en lui faisant croire que vous être prêt à mourir pour elle, avalez devant elle une énorme quantité de granules homéopathiques (et homéopathiques seulement), effet garanti !


De nos jours, les partisans de l'homéopathie tentent de redonner un semblant de crédibilité à leur charlatanerie en essayant de la faire passer pour un substitut de la vaccination, via la fameuse loi de similitude, agissant selon eux comme le vaccin inoculant un produit atténué et immunisant, oubliant que le vaccin est pratiqué préventivement sur des sujets sains et non malades via la production d'anticorps pour une réaction immunisante, tout le contraire de la loi de similitude qui veut que l'on prescrive des produits dilués (ou atténués) à des personnes souffrants déjà de la maladie. Michel Rouzé en 1984 dans "Science & Vie" expliquait :

"les vaccins sont administrés préventivement, au sujet sain, pour déclencher dans son organisme la production d'anticorps qui, en cas d'agression, neutraliseront la maladie. C'est exactement le contraire de la fameuse similitude. On n'inocule pas de BCG à un tuberculeux déclaré, mais des antibiotiques, ni de vaccin antidiphtérique à un diphtérique. Le vaccin antirabique ne fait pas exception : on l'inocule pour gagner de vitesse le virus et déclencher la production d'anticorps spécifiques avant que les centres nerveux soient atteints.
Sans compter que les dilutions des "vaccins homéopathiques" sont telles que même si leur administration était préventive, elle resterait complètement inutile, une seule souche de vaccin classique, à une dilution de 9 CH, est diluée un milliard de milliard de fois (1018), on imagine ce qu'il en reste ! Calculez vous-même rapidement la rentabilité d'une telle opération : pour 1 vaccin acheté par le laboratoire, des millions de pseudos vaccins vendus.

Ou encore de prétendre que l'homéopathie peut se comparer à une désensibilisation par administration de produits atténués, alors que la désensibilisation augmente les doses progressivement jusqu'à la dose toxique qui devrait indisposer le sujet, en même temps que des doses d'allergène sont administrées pour déclencher une production d'anticorps, mais jamais à des allergiques en pleine crise ( pour plus d'explications, voir l'allergie). D'autres enfin, tel James Tyler Kent, homéopathe britannique réputé, refont la médecine dans son entier en affirmant par exemple que les bactéries ne sont que le résultat de la maladie, et non pas la cause, et qu'elles viennent bien plus tard, la cause de la maladie n'est donc pas la bactérie mais une "cause inobservable par le microscope" ! CQFD.


La mémoire de l'eau

Ce chapitre peu glorieux d'un scientifique, et pour les Laboratoires concernés d'obtenir enfin la caution scientifique qui leur manquait, est à lire au chapitre des sciences et pseudos sciences, sachant que l'homéopathie vit, dans ces "découvertes et expériences" (sic) de la mémoire de l'eau une nouvelle jeunesse pour son commerce, peine perdue pour elle malheureusement, mais le ridicule ne tue pas : il rapporte.


Les expériences

Les médicaments habituellement mis sur le marché sont avant tout testés en double aveugle, c'est-à-dire que 2 groupes test sont formés, un groupe auquel on administre les médicaments à l'essai et l'autre qui ne prend que des substances placebo, tout cela dans une parfaite ignorance pour les cobayes. Ce test auquel se "soumettent" tous les médicaments permet de vérifier leur efficacité, et de déterminer la part de l'effet placebo. L'homéopathie quant à elle ne s'est jamais prêtée à une telle expérimentation dans le strict respect du protocole, et lorsque cela fut tenté avec des pollens 30CH (rapportée par The Lancet en 1986), l'Opium 15CH ou Raphanus 5CH, soit le protocole ne fut pas respecté (avec le pollen) soit les résultats faisaient apparaître une totale inefficacité de l'homéopathie sur des signes cliniques réels. En fait, son "efficacité" se révèle être égale à celle de l'effet placebo.

Le seul cas de test à grande échelle fut celui réalisé en Allemagne sous le 3°reich. Fritz Donner, homéopathe, en sera le coordinateur. Les résultats, catastrophiques pour l'homéopathie, furent étouffés, ils sont ressortis en 1969 en français dans une revue sans avoir jamais été publiés en Allemagne, il s'agit de deux lettres écrites par Donner, "échec total" sont les propos de Donner lui-même. La tentative de légitimation par des résultats soi-disant obtenus avec des enfants, qui ne seraient pas sensibles à l'effet placebo (ce qui reste à vérifier), n'ont jamais été prouvés par des tests cliniques rigoureux. D'autres résultats d'essais réalisés à l'hôpital Rothschild et à l'Institut Pasteur à la demande du magazine "Science & Vie" sur Apis Mellifica, médicament homéopathique anti-allergique (prétendu comme tel) ont montré sa totale inefficacité, travaux publiés en 1985 dans le Bulletin de l'Académie Nationale de Médecine (Dr. Murrieta, Leynadier et Dry), idem pour Histaminum.



Les quelques études considérées comme "positives" par les partisans de l'homéopathie furent publiées dans des revues n'étant que très peu, voire pas du tout, reconnues par la communauté scientifique et inaccessibles. Cependant quelques revues ont pris le taureau par les cornes et ont publié des études rassemblées ici ou là. En 1990 la Review of Epidemiology analysa 40 essais différents tirés au hasard, qui avaient comparé l'homéopathie à un autre traitement ou à des produits placebo. Les auteurs conclurent que trois d'entre elles contenaient d'importants biais protocolaires, et que seulement un parmi ces trois rapportait un résultat positif. La conclusion logique des auteurs fut qu'il n'existe aucune preuve réelle que les traitements homéopathiques aient plus de valeur que celle de n'importe quel placebo.

En 1995, la revue Prescrire International reconnut de la même manière "qu'il n'existait aucune preuve que l'homéopathie soit plus ou moins efficace qu'une thérapie placebo donnée dans des conditions identiques."

Même lorsque en 1996 L'Homoeopathic Medicine Research Group (Groupe de Recherche en Médecine Homéopathique) tenta d'examiner 184 comptes-rendus publiés, ou non, de tests de traitements homéopathiques, les membres du jury n'en gardèrent que 17 considérés comme fiables (moins de 10%), au sein de ces 17 tests certains rapportaient que l'approche homéopathique eut un plus grand effet que le placebo, mais que le nombre de participants dans ces 17 essais était tout de même trop peu important pour pouvoir conclure définitivement en faveur de l'efficacité de l'homéopathie (voir plus loin).

En décembre 1993, le Parlement européen a demandé à la Commission Européenne d'explorer les conditions à respecter pour une évaluation scientifique de l'homéopathie, un groupe d'experts fut créé à cet effet, l'Homoeopathic Medecine Research Group, constitué de médecins homéopathes, pharmacologues cliniciens, méthodologistes en recherche clinique, biostatisticiens et épidémiologistes. Ce groupe s'est réuni d'octobre 1994 à août 1996 et a rédigé un rapport répondant positivement à la question "la médecine homéopathique est-elle un sujet de recherche ?" par la méthode en double aveugle mais avec des variantes "propres à l'homéopathie". Comme le rapporte le mensuel La Recherche, ce rapport fit en fait "beaucoup de bruit pour rien" :

La Recherche : Que s'est-il passé depuis le travail des experts européens en 1996 ?

Jacques Dangoumau (prof. de pharmacologie à Bordeaux II) : A vrai dire, rien de très significatif. Certes les deux méta analyses mentionnées dans le rapport européen ont été abondamment commentées. Mais le fait qu'elles ne permettent pas de conclure dans un sens ou dans l'autre a suscité diverses interprétations : problèmes techniques dus aux méta analyses elles-mêmes, hétérogénéité des essais ou difficulté de leur sélection. En 1999 la revue "Prescrire" a procédé à une actualisation du suivi des essais en homéopathie contre placebo. Sa conclusion ne surprend guère : "A l'heure actuelle, quelle que soit l'indication considérée et quel que soit le remède homéopathique testé, les quelques essais rigoureux publiés n'ont pas permis de reconnaître une efficacité préventive ou curative à un remède homéopathique."

- De nouveaux essais cliniques ont-ils été réalisés ?

- Quelques-uns ont été publiés. Certains se placent dans une perspective de traitement homéopathique avec choix du médicament selon le patient. Malgré ces progrès méthodologiques, la qualité des essais en homéopathie reste inférieure à celle des essais en allopathie. La tendance générale semble être que les essais donnent d'autant plus de résultats négatifs qu'ils sont meilleurs méthodologiquement.

- Le rapport du groupe d'études européen a-t-il eu des retombées ?

- Non, il a engendré très peu d'échos.(sic!) Tout se passe comme si les autorités et la communauté scientifique s'arrangeaient volontiers des incertitudes régnantes, laissant ainsi place libre aux deux opinions extrêmes rencontrées : celle qui s'insurge contre une pratique dont l'efficacité n'est pas scientifiquement démontrée, celle qui privilégie son utilité dans la prise en charge quotidienne des malades fut-ce au prix d'un discours irrationnel. Science ou magie ? Sur le plan clinique je reste persuadé qu'il est possible de lever le voile, mais le veut-on vraiment ?"
(La Recherche juillet 2002 p.106)

Plus récemment c'est une étude, rapportée par le Journal of the Royal Society of Medecine (2003), qui a encore un peu plus enfoncé l'homéopathie. Cette étude, conduite par le Professeur Ernst, portait sur l'Arnica, 64 patients devant subir une opération du canal carpien ont été traités en double aveugle pendant deux semaines. A 9 et à 14 jours après l'opération, les résultats n'ont montré "aucune différence significative" entre les groupes traités à l'Arnica et ceux soignés par placebo.

Les arguments soulevés par les homéopathes concernant l'impossibilité de se soumettre à des protocoles expérimentaux classiques du fait de l'individualisation du traitement relèvent davantage d'une stratégie de défense que d'une réalité scientifique. Si tous les protocoles proposés sont refusés par les homéopathes, ce refus est la preuve a contrario de la véritable inefficacité des traitements et de la conviction intime des laboratoires producteurs, comme de leurs zélateurs, du danger qu'il y aurait à se soumettre à une expérimentation réellement indépendante.

Maintenant voyons ce qu'un ouvrage homéopathe populaire comme l'est le "Guide familial de l'homéopathie" du Dr A. Horvilleur nous donne comme explications à la rubrique "Théorie homéopathique" :

"La loi de similitude est une loi universelle de la nature"

On se demande bien quelle révélation a bien pu tomber du ciel et d'où nous vient cette nouvelle "loi universelle" ? Mais le plus drôle reste à venir.

" (...) Une substance prescrite à fort dose selon la loi de similitude peut éventuellement aggraver le cas. C'est pourquoi Hahnemann fut amené progressivement à réduire la quantité de médicament qu'il donnait. Il s'aperçut que des doses infinitésimales étaient suffisantes et que, bien mieux, elles étaient plus actives que les doses pondérables. Cette conception heurte souvent les esprits. On se demande comment des dilutions extrêmement exiguës peuvent agir. Certains prétendent qu'il n'y a plus rien dans le médicament homéopathique. C'est oublier que l'infinitésimal n'agit que dans la mesure où le médicament a été correctement choisi selon la loi de similitude. L'infinitésimal est un corollaire de la loi de similitude."

Une nouvelle loi ajoutée au compte de la nature que cette efficacité de "l'infinitésimal choisi selon la loi de similitude". Mais la preuve de la foutaise homéopathique transpire dans les lignes suivantes où, après avoir expliqué le processus de dilution et ses médicaments à 30CH, il conclut :

"Le vertige de l'esprit n'y fera rien : l'homéopathie est active malgré le franchissement de cette barrière théorique (des 30CH par rapport au nombre de molécules dans un produit actif. NdR) On doit s'incliner devant les faits, même si l'on ne saisit pas exactement ce qui se passe. La pratique (la constatation de milliers de guérisons) a sûrement raison de la théorie, ou plutôt est en avance sur elle. Un jour la science nous dira comment l'homéopathie agit et élargira nos connaissances dans le domaine de l'infinitésimal"

Ce passage est d'une mauvaise foi étonnante d'abord par la présentation d'un fait qui n'en est pas un (les milliers de guérisons qui ne sont que la conséquence d'un effet placebo démontré), et sur le fait que la théorie aurait de l'avance sur la pratique, alors que c'est bien le contraire dont il s'agit : la théorie ayant été pondue par Hahnemann avant la pratique, la science n'a toujours pas prouvé l'illusion homéopathique mais au contraire en a montré sa totale vacuité.

Lisons ce qu'il est dit au chapitre "recherche" de ce même ouvrage :

"Il y a actuellement une activité scientifique importante en homéopathie afin d'asseoir la doctrine sur des bases solides."

Qui déboucha sur la révélation du mensonge de la mémoire de l'eau rappelons-le.

"On ne connaît pas encore avec certitude le devenir du médicament homéopathique dans l'organisme. En revanche, les expériences montrent l'activité réelle de la dose infinitésimale, le pouvoir protecteur de certains médicaments contre les maladies expérimentales."

Contrairement à ce qui est écrit, le devenir dans l'organisme du médicament est tout à fait connu puisqu'il n'y en a pas, et les expériences montrant le pouvoir magique dont nous parle l'auteur de l'encyclopédie n'ont jamais aboutit, comme nous l'avons vu plus haut.


La chose la plus certaine qu'on peut déduire de la "philosophie" sous-jacente de l'homéopathie est qu'elle repose entièrement sur la pensée magique. La fameuse "loi de similitude", pilier des vendeurs de granules, suppose, comme le dit justement James Alcock, "que la magie se pratique sur un objet semblable à celui que le magicien veut affecter et la loi de similitude fait que cet objet distant subit l'effet de l'acte magique. Le Vaudou relève de la magie homéopathique : on croit que des épingles enfoncées dans l'effigie d'une personne lui causent souffrance et maladie." Voilà donc la magie remboursée partiellement par la Sécurité Sociale, à quand les séances chez le magnétiseur ?

Le Dr JEAN-PATRICK LEROY résumait parfaitement la situation dans le Quotidien du médecin du 23 février 2004 :
"LA PUISSANCE homéopathique jette ses forces contre la réduction du remboursement de ses médications à 30 %, campagnes dans la presse, recueil de signatures. Je l'approuve, le remboursement à 30 % est scandaleux, la seule mesure juste aurait été 0 %. J'insiste sur le 0 %, car des médications efficaces, ou même indispensables, ne sont remboursées qu'à 30 %, voire pas du tout (ça a été le cas, par exemple, des traitements des anémies...), ce qui entretient le mythe de l'efficacité « prouvée » de l'homéopathie. Il serait temps que l'homéopathie soit soumise à la loi commune. Or, d'une part, elle bénéficie de l'AMM et du remboursement automatique, sans aucune procédure expérimentale, d'autre part, si la vente de placebo est interdite (et c'est parfois dommage), celle de l'homéopathie est légale. Enfin, le code de déontologie impose de soigner « selon les données de la science ». On en est fort loin avec l'homéopathie, dont la pharmacologie et la matière médicale ont quelques siècles, sinon millénaires, de retard. L'homéopathie est un dogme fondé sur une ou deux observations erronées : dans ces deux situations, on a obtenu (on croit avoir obtenu, en fait) tel résultat, donc, c'est obligatoirement vrai dans tous les cas de figure imaginables, déclare-t-on. Et, bien entendu, toute critique est irrecevable. C'est tout à fait la définition d'un dogme. Et aussi du scientisme, puisqu'on utilise une prétendue démonstration scientifique comme argument. Et peu importe si en raison de la toxicité de certaines substances on a été amené, avant d'en faire une base du dogme, à utiliser des dilutions réellement astronomiques, mettant à mal la notion du nombre d'Avogadro, jamais démentie en deux siècles de chimie (son récent affinement n'est pas un démenti !). Non, car « la succussion » permet à l'homéopathie de s'affranchir des règles communes de la physico-chimie, affirme-t-on... « Ça marche, c'est évident, je l'ai vu, et Avogadro s'en moque », ai-je lu sous la plume d'un homéopathe. Eh non, la théorie dit que ça ne peut pas marcher, et l'expérimentation (faite en respectant un minimum de règles scientifiques) confirme que ça ne marche pas, contrairement au mensonge réitéré des homéopathes, que ça ne marche jamais, ou, tout au moins, pas plus que le placebo."

Mais le principal producteur de produits homéopathiques, la société Boiron, ne veut pas s'embarrasser de toutes ces questions de validation scientifique, car comme il est écrit sur son site web :
"Devons-nous faire de la recherche pour "prouver" l'intérêt de l'homéopathie ?
Non, je ne crois pas. On ne prouve jamais rien à quelqu'un qui ne veut pas accepter la réalité. Tous les médecins et les malades qui sont venus à l'Homéopathie depuis plus de 200 ans, y sont venus grâce au constat objectif et personnel de son efficacité, pas en fonction de preuves soi-disant "irréfutables". Nous devons faire de la recherche pour satisfaire notre curiosité naturelle, pour améliorer l'efficacité de l'homéopathie, des médicaments, des niveaux de dilution, de la posologie, etc... mais pas pour convaincre !

Nous ne sommes qu'au tout début du développement de l'homéopathie , il nous reste beaucoup à apprendre, beaucoup à découvrir. Cela étant, nous progressons assez vite, tant sur la mise en évidence de l'efficacité clinique des médicaments homéopathiques, que sur la mise en évidence de l'effet physique et biologique des dilutions infinitésimales."
On ne peut être plus clair, l'homéopathie est donc bien avant tout une question de foi, faisant ici une confusion, digne des guérisseurs de campagnes, entre "constat personnel" qui est considéré comme "objectif" [sic] et "efficacité" alors qu'au contraire il n'y a rien de plus subjectif et trompeur qu'un constat personnel suite à une prise de médicaments, c'est justement pour ça que les tests en double aveugle ont été instaurés. Enfin ne revenons pas sur l'énormité du "tout début du développement de l'homéopathie" pour une pratique qui date de plusieurs siècles et qui, comme l'astrologie, n'a jamais évolué malgré les progrès de la connaissance, ni dans ses fondements, ni dans sa pratique.

Enfin, on ne répétera jamais assez que, contrairement à ce qui est dit et à ce que colportent les homéopathes, l'homéopathie ne marche pas sur les animaux, aucune étude n'a jamais apporté la moindre preuve d'un effet plus important que celui du placebo (et oui l'effet placebo existe aussi chez les animaux tout comme chez les bébés) mais les biais d'une confirmation de l'efficacité suite à l'administration des produits dilués aux animaux sont nombreux, aussi bien en ce qui concerne la relation maître/animal qui change et peut faire évoluer son état de santé, que celle de l'évaluation de sa maladie et de sa guérison, sans compter la possibilité d'une guérison spontanée ou évolution normale de la maladie, beaucoup plus fréquente que ce que croit la majorité des adeptes aux granules. Ensuite, les anecdotes et les témoignages personnels seront un relais bien plus puissant que celui d'une vérification rigoureuse et objective du phénomène.


Conclusion

En guise de conclusion, nous pouvons affirmer que plusieurs axiomes ne font la réalité, ce qui serait trop facile, même s'ils sont reconnus comme vrais par la communauté homéopathe. Nous pourrions en rire si cette arnaque généralisée, mais surtout bien française, se développant grâce à la rentabilité du métier de "médecin" homéopathe par rapport à celui de généraliste, aidée par la pression publicitaire et les petits cadeaux des laboratoires homéopathiques aux pharmaciens, soutenue au regard de la part qu'elle représente dans les exportations nationales, ne coûtait rien à la société ni à ceux, ignorants tout des procédés sous-jacents à l'homéopathie, ou la part de magie ou de surnaturel sur lesquelles elle repose, perte aussi bien financière que médicale. Etant entendu que les bénéfices ne doivent pas être difficiles à réaliser, vendre du vent contre monnaie sonnante et trébuchante est toujours très rentable.

Rappelons, pour finir, pour ceux que les challenges excitent, qu'un million de dollars attendent toujours d'être gagnés par celui qui réussira à différencier une préparation homéopathique d'une autre non homéopathique, de quelque manière qui soit, comme le dit James Randi, auteur du challenge, c'est-à-dire par des moyens soit chimiques (analyse qualitative ou quantitative), soit biologiques (in vivo ou in vitro), soit physiques (polarisation, analyse spectrale, microanalyse) ou métaphysiques (Tarots, intuition, auras, Kirlian, hasard, communication avec les esprits) ou tout autre moyen. Pour l'instant, et depuis qu'il a été instauré, personne, pas même dans la communauté homéopathe pourtant la mieux placée, n'a relevé le défi, on se demande pourquoi...


A lire :
- Les charlatans de la santé, Jean-Marie ABGRALL, Documents Payot.
- La vraie nature de l'homéopathie Thomas Sandoz
- L'Homéopathie, Jean Jacques AULAS.
- Tempête sur l'homéopathie, Elie Arié et al.
- Les médecines douces, Jean-Jacques AULAS, Broché.
- Les pseudo-médecines, Jean Brissonnet
- Le sommeil de la raison (Une mode : les médecines douces). Norbert Bensaïd
- Le mystère du placebo. Patrick Lemoine.
- Au coeur de l'extra-ordinaire, Henri BROCH

A visiter :
- L'Homéopathie
- Les Actualités sur l'homéopathie
- Homéopathie - Les Laboratoires Boiron pris la main dans le sac
- Canis homeopathicus (homéopathie vétérinaire)
- Homeowatch (en anglais, la plus grosse base de données critiques concernant le charlatanisme homéopathique)
- La pensée magique dans les médecines parallèles.
- Homéopathie et obscurantisme.
- Pseudo-médecines : l'homéopathie
- La plus grande farce qui existe.
- Qu’est-ce que l’effet placebo ? - Est-il possible d'avoir une opinion nuancée sur l'homéopathie ?

Références :
- Ultramolecular homeopathy has no observable clinical effects. A randomized, double-blind, placebo-controlled proving trial of Belladonna 30C
- Homoeopathic Oscillococcinum for preventing and treating influenza and influenza-like syndromes.
- Are the clinical effects of homoeopathy placebo effects? Comparative study of placebo-controlled trials of homoeopathy and allopathy.
- Trial shows that homoeopathic arnica is no better than placebo
- Homeopathic arnica for prevention of pain and bruising: randomized placebo-controlled trial in hand surgery.