L'homéopathie

Lors d'une interview du PDG des établissements Boiron sur M6, à l'occasion d'une émission scientifique sur l'état des lieux de l'homéopathie, celui dit déclara, sans aucun scrupule "on ne sait pas comment, mais l'homéopathie, ça marche". Quel aveu ! Car au palmarès des pratiques ou "thérapeutiques" que l'on peut d'ores et déjà qualifier de charlatanesques, voire de "patamédecine", l'homéopathie fait bonne figure et gagne sans doute ses galons de vainqueur, surtout en ce qui concerne sa popularité. Il n'est qu'à voir le chiffre d'affaires des laboratoires vendeurs de ses produits, qui n'ont rien à envier à leurs concurrents.

Pratiquée sans autre arrière pensée ésotérico-magico-sulfureuse, l'homéopathie se révèle tout aussi efficace que les placebos habituels qui inondent le marché de la diététique et de l'esthétisme, ou des produits attrape-nigauds, qu'il s'agisse des pilules miracles pour perdre 15 kg en 3 semaines, paraître 25 ans quand on en a 55, lutter contre la chute des cheveux ou rendre sa vigueur à un organe usé par les années et qu'on voudrait revivifier pour le plaisir de Madame. D'ailleurs cela ne date pas d'aujourd'hui, en 1834 déjà, Armand Trousseau, médecin français, utilisait des pilules d'amidon à la place des remèdes homéopathiques et ça marchait tout aussi bien. Cependant les "médecins" qui se déclarent homéopathes font trop souvent prendre au sujet, victime de leur "auscultation", des risques trop importants au regard de la confiance que ceux-ci, qui ignorent souvent tout des concepts sous-jacents, accordent à cette pratique charlatanesque, sans compter le coût pour chacun et pour la société.


Les origines de L'homéopathie

Le fondateur de la doctrine homéopathique est Samuel Hahnemann (1755-1843), médecin allemand qui constata un jour sur lui-même les effets de l'écorce de quinquina en ayant absorbé deux fois par jour 12,6 grammes, et ce pendant plusieurs jours, effets semblables à ceux du paludisme pour lequel le quinquina était prescrit.

Fort de cette constatation, il se mit alors à étudier, à noter sur lui-même et avec l'aide de quelques amis les effets de toutes sortes de plantes et produits divers tels que arsenic, belladone, digitale, fève de St-Ignace, noix, etc... en établissant des relations avec des maladies aux symptômes similaires, comme le quinquina avec le paludisme, tout en prenant bien soin d'oublier de noter que certains symptômes présents dans la maladie restent absents lors de la prise de la substance, Hahnemann pourtant lui même le nota : "on ne ressent pas le frisson particulier de l'accès pernicieux du paludisme après une prise de quinquina", comment dès lors considérer cette expérience comme réussie alors que le principal symptôme de la maladie, la fièvre, a été tout simplement "oublié" ou passé à la trappe ?

Ceci n'empêchera nullement notre homme de tirer ses conclusions, bien que fragiles, qui seront le principe de base de l'homéopathie à savoir la loi de similitude. Comme son nom l'indique "les semblables sont guéris par les semblables", simila similibus curantur, et d'établir un catalogue des affections ou maladies et en face des plantes ou produits guérisseurs.

Cependant certains produits restent toxiques comme l'arsenic, l'aconit, la strychnine ou le mercure ce qui rend leur ingestion impossible, et c'est à ce moment qu'Hahnemann invente le second principe de sa "science" : le principe de dilution, pour ainsi éviter tout risque toxique, mais en réduisant d'autant les effets des produits. Qu'à cela ne tienne, Hahnemann va balayer cet argument en avançant, tout aussi gratuitement, que la dilution d'un produit, loin de lui ôter tout ses effets, au contraire les multiplie alors même que les effets indésirables de la toxicité, eux, disparaîtraient ! Un grand saut dans la magie...

Le bon sens enseigne bien pourtant que plus on dilue un produit moins il est efficace. Hahnemann ajoute quelque chose de plus fort encore pour palier à cette lacune : la "dynamisation" des produits, c'est-à-dire une agitation par fortes secousses du produit dilué qui, paraît-il, le "dynamise". Application directe : mettez donc une goutte de whisky dans une bouteille d'eau, secouez-la fortement et enivrez-vous ! L'alchimie Hahnemannienne fonctionne-t-elle ? Non ? C'est parce que vous n'avez pas suivi le rituel bien précis : une seule unité de produit actif doit être diluée à 99 unités de solvant, puis secouez.

Cette première dilution (nommée 1 CH pour "Centésimale Hahnemannienne") doit à son tour être encore diluée dans 99 unités de solvant puis encore "dynamisée", et on obtient une deuxième dilution centésimale (2 CH). Certaines dilutions atteignent ainsi 30 CH. Les principes actifs des solvants utilisés comme l'alcool, le lactose ou l'amidon, quant à eux n'existent pas, selon Hahnemann, ou n'interviennent nulle part dans les préparations des petites pilules.

Arrivé à ce niveau de préparation, la foi est ici de rigueur pour pouvoir continuer à y adhérer, car qu'est-ce que l'homéopathie, lorsqu'on connaît son procédé de fabrication, sinon une profession de foi et de jolis postulats de la part de son créateur ? La magie remplace dorénavant la science, même si Hahnemann affirme que l'homéopathie n'est pas une méthode de guérison banale ni à la carte, mais que toute "ordonnance" est particulière et individuelle selon les individus que le médecin homéopathe consulte, que l'homéopathie ne se prescrit pas pour une maladie, mais pour un individu, en fonction de ses symptômes mais aussi de sa physiologie, avec tous les présupposés et clichés que cela sous-entend, en total accord avec la vision hoistique de la maladie. Mais alors, on est en droit de se demander pourquoi une si belle profession de foi tombe dans l'oubli lorsqu'il est question de vendre, à tout le monde et donc à n'importe qui, des produits homéopathiques via la publicité ?

C'est d'autant plus contradictoire lorsqu'on sait qu'un médicament comme O$cillococcinum, dont les média nous abreuvent de pub dès que l'hiver pointe le bout de son nez, est présenté comme LE médicament miracle contre la grippe, fabriqué en fait à base d'extrait de foie et de coeur de canard de Barbarie dilué (d'où la consonance "coque" sans doute !), l'individualisation tant contestée aux tests en double aveugle, cède alors la place au traitement de masse anonyme. Préférez donc le foie de canard à la poêle qui sera moins dilué, meilleur et plus efficace. Ce qui est malheureux c'est que la grippe peut encore tuer de nos jours et un matraquage médiatique tel que celui des Laboratoires Boiron, pour l'attrape-couillons qu'est O$cillococcinum, retarde d'autant une prise en charge sérieuse de la maladie.

Le plus étonnant dans toute cette affaire, c'est que les promoteurs et vendeurs de produits homéopathiques, en partant du principe même de l'homéopathie, se tirent une balle dans le pied. Car si la dilution, la "succussion" et la "dynamisation" suffisent à rendre un produit efficace, il vous suffit d'acheter un seul produit homéopathique en pharmacie, puis de le diluer vous-même de la sorte indéfiniment, sans oublier de secouer fortement pour respecter la recette magique de préparation, pour voir votre nouvelle mixture posséder tous les attributs de celle que vous avez acheté (voire plus étant donné que selon le dogme, la dilution multiplie les effets). La multiplication des médicaments en quelque sorte ... et gratuitement ! Pourquoi jeter l'argent par les fenêtres alors que vous pouvez devenir vous-même producteur ?

Que dire maintenant face à ce docteur homéopathe déclarant :"Ce ne sont ni les microbes, ni les virus, ni les bactéries, ni même le poison virulent au niveau biochimique qui sont la cause des maladies, mais leur nature intime, leur force vitale, leur essence particulière." ou encore "la pratique homéopathique est une interrogation constante sur les liens qui peuvent unir l'homme au cosmos, l'exploration du continu qui semble exister entre matière et conscience."(Science & Vie Déc.1984) nous nageons en plein ésotérisme...


Critiques de l'homéopathie

Passons sur le principe de similitude même si Hahnemann sait l'arranger quand il faut, et ne retenons que celui de dilution et de "dynamisation" par secousses, dite "succussion" dans le langage savant homéopathe. Le protocole de dilution est donc de 1CH, c'est-à-dire que le produit actif, médicamenteux, lors d'une première dilution, représente 1% du produit total, pour 2CH nous avons donc 1 dix millième (1/10.000) de principe actif, 3CH = 1 millionième (1/1.000.000), etc. jusqu'à 30 CH où le chiffre obtenu a un dénominateur suivi de 60 zéros !

Or, tout chimiste sait parfaitement (mais aucun homéopathe apparemment) qu'à partir d'une certaine limite, un produit actif dilué dans un corps est considéré comme absent tout simplement de par le nombre de ses molécules dans la substance étudiée. Le nombre d'Avogadro, qui est le nombre de molécules dans une mole de substance pure, est de l'ordre de 1023. Or un médicament homéopathique en dilution 30CH a une dilution de l'ordre de 10-60 de la substance d'origine. Il est donc impossible que le médicament contienne ne serait-ce qu'une seule molécule du produit d'origine. La limite pour qu'une substance puisse avoir quelque effet est de l'ordre de 12CH maximum, limite au-delà de laquelle plus une seule molécule de la substance diluée n'est présente. Les molécules n'étant pas sécables, nous en arrivons, lors d'une dilution pour un centigramme d'une substance "active" contenant 1020 molécules (dont la masse molaire originale serait d'environ 60 grammes), pour 10CH : à 100 flacons contenant chacun 1 molécule, pour 11CH : à 1 seul flacon ayant une seule molécule et 99 ne contenant que du vide, et à 15CH : à 10 milliards de flacons dont 1 seul contiendrait une seule molécule de principe actif et 9.999.999.999 flacons ne contenant que du RIEN ! Ou plutôt si ... du solvant.

Pour se faire une idée, voici un petit tableau des équivalences qui permettra de mieux situer les choses en ce qui concerne les dilutions vendues sur le marché par les laboratoires homéopathiques, et censés guérir vos maux :

  • 4 CH = une goutte de la substance de produit actif initial dans une piscine de jardin,
  • 5 CH = une goutte de cette même substance dans une piscine olympique,
  • 6 CH = une goutte dans un étang de 250 m de diamètre,
  • 7 CH = une goutte dans un petit lac,
  • 8 CH = une goutte dans une grand lac de 10 km² par 20 m de profondeur,
  • 9 CH = une goutte dans un très grand lac de 200 km² par 50 m de profondeur,
  • 10 CH = une goutte dans la Baie d'Hudson,
  • 11 CH = une goutte dans la mer Méditerranée,
  • 12 CH = une goutte dans tous les océans de la planète,
  • 30 CH = une goutte dans un milliard de milliard de milliard de milliard de fois toute l'eau de tous les océans de la planète.


Pour aller plus loin :
- Les charlatans de la santé, Jean-Marie ABGRALL.
- La vraie nature de l'homéopathie Thomas Sandoz.
- L'Homéopathie. Jean Jacques AULAS.
- Tempête sur l'homéopathie, Elie Arié et al.
- Le sommeil de la raison (Une mode : les médecines douces). Norbert Bensaïd.
- Le mystère du placebo. Patrick Lemoine.

A visiter :
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- Tout ce que vous n'avez jamais voulu savoir sur l'homéopathie.
- Homéopathie - Les Laboratoires Boiron pris la main dans le sac.
- Canis homeopathicus (homéopathie vétérinaire)
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- Qu'est-ce que l'effet placebo ? - Est-il possible d'avoir une opinion nuancée sur l'homéopathie ?

Références :
- Homeopathy: what does the "best" evidence tell us? Med J Aust. 2010 Avr. 19;192(8):458-60.
- House of Commons Science and Technology Committee Evidence Check: Homeopathy. Fourth Report of Session 2009-10.
- Ultramolecular homeopathy has no observable clinical effects. A randomized, double-blind, placebo-controlled proving trial of Belladonna 30C
- Homoeopathic Oscillococcinum for preventing and treating influenza and influenza-like syndromes.
- Are the clinical effects of homoeopathy placebo effects? Comparative study of placebo-controlled trials of homoeopathy and allopathy.
- Trial shows that homoeopathic arnica is no better than placebo
- Homeopathic arnica for prevention of pain and bruising: randomized placebo-controlled trial in hand surgery.

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