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L'homéopathie (Suite)

En décembre 1993, le Parlement européen a demandé à la Commission Européenne d'explorer les conditions à respecter pour une évaluation scientifique de l'homéopathie, un groupe d'experts fut créé à cet effet, l'Homoeopathic Medecine Research Group, constitué de médecins homéopathes, pharmacologues cliniciens, méthodologistes en recherche clinique, biostatisticiens et épidémiologistes. Ce groupe s'est réuni d'octobre 1994 à août 1996 et a rédigé un rapport répondant positivement à la question "la médecine homéopathique est-elle un sujet de recherche ?" par la méthode en double aveugle mais avec des variantes "propres à l'homéopathie". Comme le rapporte le mensuel La Recherche, ce rapport fit en fait "beaucoup de bruit pour rien" :

La Recherche : Que s'est-il passé depuis le travail des experts européens en 1996 ?

Jacques Dangoumau (prof. de pharmacologie à Bordeaux II) : A vrai dire, rien de très significatif. Certes les deux méta analyses mentionnées dans le rapport européen ont été abondamment commentées. Mais le fait qu'elles ne permettent pas de conclure dans un sens ou dans l'autre a suscité diverses interprétations : problèmes techniques dus aux méta analyses elles-mêmes, hétérogénéité des essais ou difficulté de leur sélection. En 1999 la revue "Prescrire" a procédé à une actualisation du suivi des essais en homéopathie contre placebo. Sa conclusion ne surprend guère : "A l'heure actuelle, quelle que soit l'indication considérée et quel que soit le remède homéopathique testé, les quelques essais rigoureux publiés n'ont pas permis de reconnaître une efficacité préventive ou curative à un remède homéopathique."

- De nouveaux essais cliniques ont-ils été réalisés ?

- Quelques-uns ont été publiés. Certains se placent dans une perspective de traitement homéopathique avec choix du médicament selon le patient. Malgré ces progrès méthodologiques, la qualité des essais en homéopathie reste inférieure à celle des essais en allopathie. La tendance générale semble être que les essais donnent d'autant plus de résultats négatifs qu'ils sont meilleurs méthodologiquement.

- Le rapport du groupe d'études européen a-t-il eu des retombées ?

- Non, il a engendré très peu d'échos.(sic!) Tout se passe comme si les autorités et la communauté scientifique s'arrangeaient volontiers des incertitudes régnantes, laissant ainsi place libre aux deux opinions extrêmes rencontrées : celle qui s'insurge contre une pratique dont l'efficacité n'est pas scientifiquement démontrée, celle qui privilégie son utilité dans la prise en charge quotidienne des malades fut-ce au prix d'un discours irrationnel. Science ou magie ? Sur le plan clinique je reste persuadé qu'il est possible de lever le voile, mais le veut-on vraiment ?"
(La Recherche juillet 2002 p.106)

Plus récemment c'est une étude, rapportée par le Journal of the Royal Society of Medecine (2003), qui a encore un peu plus enfoncé l'homéopathie. Cette étude, conduite par le Professeur Ernst, portait sur l'Arnica, 64 patients devant subir une opération du canal carpien ont été traités en double aveugle pendant deux semaines. A 9 et à 14 jours après l'opération, les résultats n'ont montré "aucune différence significative" entre les groupes traités à l'Arnica et ceux soignés par placebo.

Les arguments soulevés par les homéopathes concernant l'impossibilité de se soumettre à des protocoles expérimentaux classiques du fait de l'individualisation du traitement relèvent davantage d'une stratégie de défense que d'une réalité scientifique. Si tous les protocoles proposés sont refusés par les homéopathes, ce refus est la preuve a contrario de la véritable inefficacité des traitements et de la conviction intime des laboratoires producteurs, comme de leurs zélateurs, du danger qu'il y aurait à se soumettre à une expérimentation réellement indépendante.

Maintenant voyons ce qu'un ouvrage homéopathe populaire comme l'est le "Guide familial de l'homéopathie" du Dr A. Horvilleur nous donne comme explications à la rubrique "Théorie homéopathique" :

"La loi de similitude est une loi universelle de la nature"

On se demande bien quelle révélation a bien pu tomber du ciel et d'où nous vient cette nouvelle "loi universelle" ? Mais le plus drôle reste à venir.

" (...) Une substance prescrite à fort dose selon la loi de similitude peut éventuellement aggraver le cas. C'est pourquoi Hahnemann fut amené progressivement à réduire la quantité de médicament qu'il donnait. Il s'aperçut que des doses infinitésimales étaient suffisantes et que, bien mieux, elles étaient plus actives que les doses pondérables. Cette conception heurte souvent les esprits. On se demande comment des dilutions extrêmement exiguës peuvent agir. Certains prétendent qu'il n'y a plus rien dans le médicament homéopathique. C'est oublier que l'infinitésimal n'agit que dans la mesure où le médicament a été correctement choisi selon la loi de similitude. L'infinitésimal est un corollaire de la loi de similitude."

Une nouvelle loi ajoutée au compte de la nature que cette efficacité de "l'infinitésimal choisi selon la loi de similitude". Mais la preuve de la foutaise homéopathique transpire dans les lignes suivantes où, après avoir expliqué le processus de dilution et ses médicaments à 30CH, il conclut :

"Le vertige de l'esprit n'y fera rien : l'homéopathie est active malgré le franchissement de cette barrière théorique (des 30CH par rapport au nombre de molécules dans un produit actif. NdR) On doit s'incliner devant les faits, même si l'on ne saisit pas exactement ce qui se passe. La pratique (la constatation de milliers de guérisons) a sûrement raison de la théorie, ou plutôt est en avance sur elle. Un jour la science nous dira comment l'homéopathie agit et élargira nos connaissances dans le domaine de l'infinitésimal"

Ce passage est d'une mauvaise foi étonnante d'abord par la présentation d'un fait qui n'en est pas un (les milliers de guérisons qui ne sont que la conséquence d'un effet placebo démontré), et sur le fait que la théorie aurait de l'avance sur la pratique, alors que c'est bien le contraire dont il s'agit : la théorie ayant été pondue par Hahnemann avant la pratique, la science n'a toujours pas prouvé l'illusion homéopathique mais au contraire en a montré sa totale vacuité.

Lisons ce qu'il est dit au chapitre "recherche" de ce même ouvrage :

"Il y a actuellement une activité scientifique importante en homéopathie afin d'asseoir la doctrine sur des bases solides."

Qui déboucha sur la révélation du mensonge de la mémoire de l'eau rappelons-le.

"On ne connaît pas encore avec certitude le devenir du médicament homéopathique dans l'organisme. En revanche, les expériences montrent l'activité réelle de la dose infinitésimale, le pouvoir protecteur de certains médicaments contre les maladies expérimentales."

Contrairement à ce qui est écrit, le devenir dans l'organisme du médicament est tout à fait connu puisqu'il n'y en a pas, et les expériences montrant le pouvoir magique dont nous parle l'auteur de l'encyclopédie n'ont jamais aboutit, comme nous l'avons vu plus haut.

La chose la plus certaine qu'on peut déduire de la "philosophie" sous-jacente de l'homéopathie est qu'elle repose entièrement sur la pensée magique. La fameuse "loi de similitude", pilier des vendeurs de granules, suppose, comme le dit justement James Alcock, "que la magie se pratique sur un objet semblable à celui que le magicien veut affecter et la loi de similitude fait que cet objet distant subit l'effet de l'acte magique. Le Vaudou relève de la magie homéopathique : on croit que des épingles enfoncées dans l'effigie d'une personne lui causent souffrance et maladie." Voilà donc la magie remboursée partiellement par la Sécurité Sociale, à quand les séances chez le magnétiseur ?

Le Dr JEAN-PATRICK LEROY résumait parfaitement la situation dans le Quotidien du médecin du 23 février 2004 :

"La puissance homéopathique jette ses forces contre la réduction du remboursement de ses médications à 30 %, campagnes dans la presse, recueil de signatures. Je l'approuve, le remboursement à 30 % est scandaleux, la seule mesure juste aurait été 0 %. J'insiste sur le 0 %, car des médications efficaces, ou même indispensables, ne sont remboursées qu'à 30 %, voire pas du tout (ça a été le cas, par exemple, des traitements des anémies...), ce qui entretient le mythe de l'efficacité « prouvée » de l'homéopathie. Il serait temps que l'homéopathie soit soumise à la loi commune. Or, d'une part, elle bénéficie de l'AMM et du remboursement automatique, sans aucune procédure expérimentale, d'autre part, si la vente de placebo est interdite (et c'est parfois dommage), celle de l'homéopathie est légale. Enfin, le code de déontologie impose de soigner « selon les données de la science ». On en est fort loin avec l'homéopathie, dont la pharmacologie et la matière médicale ont quelques siècles, sinon millénaires, de retard.

L'homéopathie est un dogme fondé sur une ou deux observations erronées : dans ces deux situations, on a obtenu (on croit avoir obtenu, en fait) tel résultat, donc, c'est obligatoirement vrai dans tous les cas de figure imaginables, déclare-t-on. Et, bien entendu, toute critique est irrecevable. C'est tout à fait la définition d'un dogme. Et aussi du scientisme, puisqu'on utilise une prétendue démonstration scientifique comme argument. Et peu importe si en raison de la toxicité de certaines substances on a été amené, avant d'en faire une base du dogme, à utiliser des dilutions réellement astronomiques, mettant à mal la notion du nombre d'Avogadro, jamais démentie en deux siècles de chimie (son récent affinement n'est pas un démenti !). Non, car « la succussion » permet à l'homéopathie de s'affranchir des règles communes de la physico-chimie, affirme-t-on... « Ça marche, c'est évident, je l'ai vu, et Avogadro s'en moque », ai-je lu sous la plume d'un homéopathe. Eh non, la théorie dit que ça ne peut pas marcher, et l'expérimentation (faite en respectant un minimum de règles scientifiques) confirme que ça ne marche pas, contrairement au mensonge réitéré des homéopathes, que ça ne marche jamais, ou, tout au moins, pas plus que le placebo.
"

Mais le principal producteur de produits homéopathiques, la société Boiron, ne veut pas s'embarrasser de toutes ces questions de validation scientifique, car comme il est écrit sur son site web :

"Devons-nous faire de la recherche pour "prouver" l'intérêt de l'homéopathie ?
Non, je ne crois pas. On ne prouve jamais rien à quelqu'un qui ne veut pas accepter la réalité. Tous les médecins et les malades qui sont venus à l'Homéopathie depuis plus de 200 ans, y sont venus grâce au constat objectif et personnel de son efficacité, pas en fonction de preuves soi-disant "irréfutables". Nous devons faire de la recherche pour satisfaire notre curiosité naturelle, pour améliorer l'efficacité de l'homéopathie, des médicaments, des niveaux de dilution, de la posologie, etc... mais pas pour convaincre !

Nous ne sommes qu'au tout début du développement de l'homéopathie , il nous reste beaucoup à apprendre, beaucoup à découvrir. Cela étant, nous progressons assez vite, tant sur la mise en évidence de l'efficacité clinique des médicaments homéopathiques, que sur la mise en évidence de l'effet physique et biologique des dilutions infinitésimales."

On ne peut être plus clair, l'homéopathie est donc bien avant tout une question de foi, faisant ici une confusion, digne des guérisseurs de campagnes, entre "constat personnel" qui est considéré comme "objectif" [sic] et "efficacité" alors qu'au contraire il n'y a rien de plus subjectif et trompeur qu'un constat personnel suite à une prise de médicaments, c'est justement pour ça que les tests en double aveugle ont été instaurés. Enfin ne revenons pas sur l'énormité du "tout début du développement de l'homéopathie" pour une pratique qui date de plusieurs siècles et qui, comme l'astrologie, n'a jamais évolué malgré les progrès de la connaissance, ni dans ses fondements, ni dans sa pratique.

Enfin, on ne répétera jamais assez que, contrairement à ce qui est dit et à ce que colportent les homéopathes, l'homéopathie ne marche pas sur les animaux, aucune étude n'a jamais apporté la moindre preuve d'un effet plus important que celui du placebo (et oui l'effet placebo existe aussi chez les animaux tout comme chez les bébés) mais les biais d'une confirmation de l'efficacité suite à l'administration des produits dilués aux animaux sont nombreux, aussi bien en ce qui concerne la relation maître/animal qui change et peut faire évoluer son état de santé, que celle de l'évaluation de sa maladie et de sa guérison, sans compter la possibilité d'une guérison spontanée ou évolution normale de la maladie, beaucoup plus fréquente que ce que croit la majorité des adeptes aux granules. Ensuite, les anecdotes et les témoignages personnels seront un relais bien plus puissant que celui d'une vérification rigoureuse et objective du phénomène.


Conclusion

En guise de conclusion, nous pouvons affirmer que plusieurs axiomes ne font la réalité, ce qui serait trop facile, même s'ils sont reconnus comme vrais par la communauté homéopathe. Nous pourrions en rire si cette arnaque généralisée, mais surtout bien française, se développant grâce à la rentabilité du métier de "médecin" homéopathe par rapport à celui de généraliste, aidée par la pression publicitaire et les petits cadeaux des laboratoires homéopathiques aux pharmaciens, soutenue au regard de la part qu'elle représente dans les exportations nationales, ne coûtait rien à la société ni à ceux, ignorants tout des procédés sous-jacents à l'homéopathie, ou la part de magie ou de surnaturel sur lesquelles elle repose, perte aussi bien financière que médicale. Etant entendu que les bénéfices ne doivent pas être difficiles à réaliser, vendre du vent contre monnaie sonnante et trébuchante est toujours très rentable.

Rappelons, pour finir, pour ceux que les challenges excitent, qu'un million de dollars attendent toujours d'être gagnés par celui qui réussira à différencier une préparation homéopathique d'une autre non homéopathique, de quelque manière qui soit, comme le dit James Randi, auteur du challenge, c'est-à-dire par des moyens soit chimiques (analyse qualitative ou quantitative), soit biologiques (in vivo ou in vitro), soit physiques (polarisation, analyse spectrale, microanalyse) ou métaphysiques (Tarots, intuition, auras, Kirlian, hasard, communication avec les esprits) ou tout autre moyen. Pour l'instant, et depuis qu'il a été instauré, personne, pas même dans la communauté homéopathe pourtant la mieux placée, n'a relevé le défi, on se demande pourquoi...


Pour aller plus loin :
- Les charlatans de la santé, Jean-Marie ABGRALL.
- La vraie nature de l'homéopathie Thomas Sandoz.
- L'Homéopathie, Jean Jacques AULAS.
- Tempête sur l'homéopathie, Elie Arié et al.
- Le sommeil de la raison (Une mode : les médecines douces). Norbert Bensaïd.
- Le mystère du placebo. Patrick Lemoine.

A visiter :
- L'Homéopathie
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- Tout ce que vous n'avez jamais voulu savoir sur l'homéopathie
- Homéopathie - Les Laboratoires Boiron pris la main dans le sac
- Canis homeopathicus (homéopathie vétérinaire)
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- Qu'est-ce que l'effet placebo ? - Est-il possible d'avoir une opinion nuancée sur l'homéopathie ?

Références :
- Homeopathy: what does the "best" evidence tell us? Med J Aust. 2010 Avr. 19;192(8):458-60.
- House of Commons Science and Technology Committee Evidence Check: Homeopathy. Fourth Report of Session 2009-10.
- Ultramolecular homeopathy has no observable clinical effects. A randomized, double-blind, placebo-controlled proving trial of Belladonna 30C
- Homoeopathic Oscillococcinum for preventing and treating influenza and influenza-like syndromes.
- Are the clinical effects of homoeopathy placebo effects? Comparative study of placebo-controlled trials of homoeopathy and allopathy.
- Trial shows that homoeopathic arnica is no better than placebo
- Homeopathic arnica for prevention of pain and bruising: randomized placebo-controlled trial in hand surgery.