Les influences planétaires

Y a-t-il une treizième planète dans le système solaire ? Il ne s'agit pas d'une de ces questions aussi profondément philosophiques que "où vont les mouches en hiver ?", qui aurait rendu perplexes de nombreux humains depuis des temps immémoriaux, mais bien plutôt d'une question qu'on se pose de temps en temps. Un article dans le New Scientist indiquait que la réponse est probablement "non", mais pour comprendre pourquoi nous pensons souvent que ce pourrait être "oui", nous avons besoin de nous replonger dans l'histoire des découvertes des planètes. Et nous devons surtout nous demander ce qui adviendrait de l'astrologie si la réponse était "oui".


L'astronomie dans l'histoire

Aussi loin que les écrits puissent remonter, et probablement même avant, les êtres humains ont été conscients de l'existence des six planètes que nous connaissons de nos jours comme étant Mercure, Venus, la Terre, Mars, Jupiter et Saturne. On peut supposer qu'à cette époque, la plupart des gens croyaient que la Lune et le Soleil étaient aussi des planètes, mais ne reconnaissaient pas la Terre comme en étant une. Il n'y a pas d'écrits attestant que ces planètes étaient considérées comme différentes des étoiles, mais il est manifeste que quiconque a étudié le ciel de nuit aura remarqué que certaines "étoiles" ne sont pas toujours à la même place nuit après nuit. Notre mot "planète", pour ces "étoiles", vient d'un mot grec signifiant "vagabond". Nous ne savons pas non plus dans quel ordre elles ont été découvertes, mais il est probable que cet ordre était Vénus, Mars, Jupiter, Saturne et Mercure parce que c'est ainsi qu'elles apparaissent dans le ciel de nuit.

Nous savons que la Terre a été reconnue pour la première fois comme planète par les Grecs aux environs de 500 avant JC, cette information semble avoir disparu pendant deux millénaires et revint à la surface en 1543, quand le moine Polonais Nicolas Copernic proposa son modèle d'univers héliocentrique. Cette théorie se posait contre le modèle géocentrique, qui était alors largement accepté depuis des milliers d'années et formalisé 1500 ans avant Copernic par le grand astronome alexandrin Ptolémée. Le système héliocentrique était alors considéré à l'époque comme une vérité mystique, cachée, dans de nombreux systèmes de pensée (y compris au sein de la chrétienté).

L'idée de Copernic fut acceptée parce qu'elle "marchait" mieux, et permettait de faire des prévisions plus justes que celle de Ptolémée qui exigeait certains artifices pour s'accorder avec les observations.

Des ajustements théoriques et observationnels furent ensuite ajoutés au modèle Copernicien par le Danois Tycho Brahé et son assistant allemand Johannes Kepler. En 1610 les observations au télescope de l'italien Galileo Galilei apportèrent les preuves qui confirmèrent finalement la théorie. Galilée observa que Vénus avait des phases, tout comme la Lune, et certaines d'entre elles ne pouvaient s'expliquer que si Vénus orbitait autour du Soleil à une position inférieure à la Terre. Aucun postulat du système ptoléméen ne pouvait rendre compte de ce fait.


La fin proche de l'astrologie

Jusqu'à l'avènement de la découverte scientifique, l'astrologie, maintenant reconnue comme une soeur illégitime de l'astronomie, était légitime pendant des millénaires. Les adeptes de l'astrologie affirment souvent que l'astronomie "descend" de l'astrologie, ce que rien ne démontre. Par contre, on peut, sans trop se tromper, répondre que l'observation doit avoir précédé la prédiction, et donc que l'astronomie à précédé l'astrologie comme sujet d'étude principal.

Il est même sans doute raisonnable d'affirmer qu'un des buts original pour l'étude des phénomènes célestes, était de déterminer la venue prochaine des saisons, information vitale quand notre espèce vivait principalement de l'agriculture. Il est logique d'en inférer que, une fois l'idée des prédictions saisonnières acceptée, et reconnue comme précise et juste, ensuite l'idée que ces corps célestes pouvaient exercer une influence sur les affaires humaines, et surtout sur les rois, reines et dirigeants, apparut comme étant la prochaine étape logique. Nous pouvons voir ici la genèse de la dichotomie qui caractérise toujours la division entre ces deux sujets d'études. Il y a un indubitablement une association entre l'apparence des modèles stellaires et les saisons, mais là où l'astronomie reconnaît cette association comme étant une coïncidence, l'astrologie, quant à elle, postule de façon erronée une connexion causale.

Non pas qu'il soit vraiment important de savoir laquelle vint en premier étant donné que la plupart des astronomes, de Ptolémée à Kepler, étaient impliqués dans l'astrologie (et qui peut les en blâmer ?). Généralement, jusqu'au 16° siècle, les deux disciplines étaient intriquées, et tandis qu'il n'était probablement pas possible de gagner sa vie grâce à l'astronomie, au moins l'astrologie était capable, comme encore de nos jours, de rapporter un peu d'argent à ses praticiens et de les nourrir. En tous cas, l'astrologie avait cet aspect culturel et utile de faire des prédictions qui, bien que non précises, étaient susceptibles d'être tout aussi valables que les autres prédictions disponibles à l'époque. L'astrologie, tout comme les autres méthodes de divination et de prédiction, fait ses déclarations sous forme de généralités dans un jargon obscur, et remporte ses plus grands triomphes grâce à une validation post facto. Les nouvelles méthodes de la science ont sonné le glas de l'astrologie en tant que sujet d'étude sérieux, et l'ère de l'astronomie, en tant que discipline séparée et puissante, était sur le point de voir le jour.


Nommer les planètes

Nous devons les noms des cinq planètes "classiques" aux Romains qui les ont appelées ainsi d'après leurs dieux, qui à leur tour ont tiré beaucoup de leurs caractéristiques des dieux équivalents Grecs. Mercure était le messager des dieux (Grec : Hermès), Vénus était la déesse de l'amour (Aphrodite), Mars le dieu de la guerre (Ares), Jupiter le dieu suprême (Zeus) et Saturne un dieu de l'agriculture Italien, associé plus tard à Kronos, le dieu du temps, qui était entre autre le père de Jupiter.

Il n'y a aucune raison de supposer que les Romains considéraient les planètes comme les dieux dont ils donnèrent les noms, ils les voyaient plutôt comme une des manifestations de ces êtres supérieurs. Les religions polythéistes ont une tendance à attribuer des traits de personnalité d'individus (et tous beaucoup trop humains) à leurs dieux (les monothéistes semblent préférer des déités schizoïdes) et ce fut certainement le cas chez les Grecs et les Romains. En fait, les astrologues attribuent des influences planétaires faisant partie des caractéristiques attribuées aux dieux Romains (ou Grecs). Ceux dont les vies sont soi-disant influencées ou contrôlées par Jupiter sont décrits comme joviaux, tandis que les termes "mercuriel", "vénérien", "martial" et "saturnin", faisant aussi partie du stock des astrologues, peuvent être rattachés aux personnalités de leurs dieux respectifs.


L'ère de l'observateur

Galilée, en utilisant son télescope, a découvert les premiers nouveaux objets extraterrestres (sans compter les comètes et météorites) vus depuis les temps préhistoriques. Il ne s'agissait pas de nouvelles planètes, mais de quatre satellites de Jupiter nommés plus tard, et en cela suivant la tradition : Io, Callisto, Europe et Ganymede. Les trois premiers ont été ainsi nommés comme les femmes séduites par Jupiter (qui n'était pas seulement jovial mais aussi coureur de jupons), et le dernier comme un jeune homme fait immortel par Jupiter. Dans la version grecque, il fut aussi séduit mais les romains tendent à être un petit peu pudiques sur ce genre de choses, et cela est rarement mentionné. Ceux-ci ont peut-être intéressé les astrologues à cette époque, mais leurs successeurs modernes ne semblent pas voir ces corps nouveaux comme ayant une grande signification, ce qui est étonnant étant donné l'importance qu'ils attachent à notre propre Lune.

Les découvertes de Galilée n'étaient pas tant critiques dans l'explication scientifique du fonctionnement du système solaire, qu'elles étaient vitales dans le changement de mode de pensée des Européens. Jusqu'à cette étape de notre histoire, il était accepté que la Terre, et par extension les êtres humains, était le centre autour duquel tout évoluait. La Terre y compris toutes ses imperfections que nous étions forcés de reconnaître, était vue comme le domaine de l'homme, alors que les cieux, parfaits et intangibles, étaient le domaine de Dieu, bien qu'il soit important de se souvenir qu'ils tournaient autour de notre centre. Cette cosmologie très confortable, qui en dit plus sur la vanité des êtres humains que sur le plan de Dieu, était manifestement incorrecte quand il a été démontré qu'il existait des objets célestes opérant une révolution autour d'autres planètes.

Une telle information a miné l'autorité des bureaucrates conservateurs de l'église chrétienne qui persécutaient Galilée, bien que ce ne soit pas le genre de groupe à tenir rancune, ils lui pardonnèrent finalement d'avoir raison (le fait qu'il ait fallu 4 siècles pour que ce pardon soit officiel est sans doute à mettre sur le compte de la lenteur de l'entreprise de Dieu). Mais les perspectives de l'Eglise n'ont pas été les seules à être chamboulées par l'avènement de cette nouvelle vision scientifique du monde, il en fut de même pour toutes les autres formes de pensée magique, y compris l'astrologie, qui déclinèrent les siècles suivants. L'astrologie ne peut pas s'accommoder d'une vision scientifique du monde, elle qui supportait constamment l'idée d'un univers géocentrique, et la notion selon laquelle le soleil et la lune étaient des planètes.

L'avènement du télescope, et cette nouvelle vision du monde, mena tout droit, au 17° siècle, à l'exploration du système solaire avec la découverte des anneaux et des cinq satellites de Saturne. Les satellites de Saturne ont pris comme noms ceux d'individus associés à cette déité et de nouveau les astrologues n'ont pas pris en compte ces corps.

La publication par Isaac Newton de ses Principia Mathematica en 1687 mis l'étude de l'univers sur un pied théorique plus solide et ceci, associé aux découvertes faites par plusieurs observateurs amateurs, augmenta considérablement la somme des connaissances humaines.

Avec toutes ces observations allant croissant, il devenait presque inévitable que d'autres planètes, si elles existaient, allaient être trouvées. Ce ne fut pas avant 1781, presque un siècle après la publication des Principia, qu'une nouvelle planète allait être découverte.

L'astronome William Herschel n'était pas le premier à voir cette nouvelle planète, elle avait déjà été cataloguée par d'autres comme étoile, mais il reçut le crédit de cette découverte. Herschel, lui-même, cherchait des étoiles et non des planètes, et rapporta sa trouvaille d'abord comme une comète, cependant, plus tard, il détermina qu'il s'agissait d'une nouvelle planète. Herschel la nomma d'abord Georgium Sidus en l'honneur de son mécène George III, bien qu'ensuite la tradition selon laquelle on les nommait d'après la mythologie reprit le dessus, et on lui attribua officiellement le nom d'Uranus.

Uranus, dieu grec du ciel, était le père de Kronos (Saturne), et fut plus tard émasculé par ce dernier. Herschel découvrit ensuite deux satellites d'Uranus et deux nouveaux satellites de Saturne. Rapidement après, au début du 19° siècle, plusieurs corps furent découverts qui, tandis qu'ils orbitaient autour du soleil, furent considérés comme des astéroïdes. Appelés Xérès, Pallas, Junon et Vesta, ces corps, et des milliers d'autres, opèrent une révolution autour du soleil entre les orbites de Mars et de Jupiter, dans la Ceinture d'Astéroïdes, et sont généralement considérés par les astrologues comme insignifiants pour des raisons qu'eux seuls connaissent.


Pour aller plus loin :
- L'image du monde des babyloniens à Newton. Arkan Simaan.
- L'image du monde de Newton à Einstein. Arkan Simaan.
- Astrologie, derrière les mots. Laurent Puech.
- Astrologie : Art, Science... ou Imposture ? Frédéric LEQUEVRE.
- Au coeur de l'extra-ordinaire, Henri BROCH.
- L'astrologie. P. Couderc.
- Les charlatans du ciel A. Gillot-Petre.

A lire aussi :
- Astrologie : mode d'emploi.
- Des astres réactionnaires ?
- Votre horoscope et thème astral.
- Votre véritable signe zodiacal.
- L'astrologie et les éléments de persuasion cachés.
- L'astrologie inversée.
- Des astres à la Bourse.
- Lunatique.

Ces articles pourraient aussi vous intéresser :