Menteurs, guignols et autres imposteurs

Les influences planétaires Les influences planétaires
(Suite)

L'entrée des théoriciens

La science avançait à grands pas, les effets des interactions gravitationnelles étaient de mieux en mieux comprises, conduisant les mathématiciens à voir qu'Uranus ne suivait pas l'orbite que la théorie lui prédisait. John Couch Adams en Angleterre et Urbain Le Verrier en France calculèrent qu'une autre planète devait orbiter plus loin qu'Uranus, dont les interactions gravitationnelles expliqueraient les différences dans son orbite. Adams et Le Verrier ne savaient rien des travaux l'un de l'autre et chacun faisait confiance dans les observations de différents observateurs, utilisant des télescopes avec des degrés de définition différents, faisant leurs calculs sans ordinateurs. Lorsqu'on considère le fait que, ne connaissant ni sa masse, ni l'orbite, ni la position de cette hypothétique planète, l'astronome allemand Galle suivant les directions de Le Verrier, la découvrit en 1846, on ne peut être indifférent à cette remarquable démonstration de puissance de la prédiction scientifique. Cette planète, Neptune, était à moins d'un arc de la position prédite par Le Verrier et à moins de 1,5 de celle d'Adams.

Neptune fut ainsi nommée d'après le dieu romain de l'eau, qu'on peut associer au dieu grec de la mer Poseidon.

Nous voyons donc comment l'approche scientifique s'est développée : des observations mènent à certaines conclusions, Uranus était une planète. Davantage d'observations conduisent préciser la théorie et de nouvelles conclusions sont tirées : il doit y avoir une autre planète parce que ses effets peuvent être démontrés. Des calculs indiquent où la planète doit se situer, et c'est la qu'elle était.

Il ne faut pas oublier que toutes les investigations scientifiques n'apportent pas immédiatement des résultats corrects. Le Verrier avait remarqué des différences dans l'orbite de Mercure et proposa une planète intérieure, qu'il avait déjà nommé Vulcain, et dont l'attraction gravitationnelle devait expliquer les erreurs perçues. On avait même plusieurs déclarations comme quoi celle-ci avait été aperçue, pour finalement se rendre compte qu'il n'y avait rien.

Les mystères des variations de l'orbite de Mercure ont trouvé leur explication avec Einstein, dans la première partie du 20° siècle, quand il proposa sa théorie de la Relativité qui prédisait de telles différences orbitales. Ce qui a été confirmé par les observations d'Arthur Eddington en 1919 qui fournirent les premières preuves empiriques de la théorie d'Einstein.


Un système solaire bien peuplé

L'histoire des découvertes planétaires ne s'arrête pas avec Neptune, car il devint rapidement manifeste que son orbite et sa masse étaient insuffisants pour expliquer les perturbations de l'orbite d'Uranus. Plusieurs astronomes reprirent leurs recherches d'une planète trans-neptunienne, parmi lesquels Percival Lowell. Grâce à la photographie astronomique, plusieurs années après la mort de Lowell, le succès fut au rendez-vous. En 1930, son assistant Clyde Tombaugh, après avoir cherché exhaustivement sur les photographies, trouva une nouvelle planète (qui n'en est plus une) nommée Pluton, du nom du dieu des morts. Le choix du nom, parmi plusieurs dieux possibles, est en hommage à Lowell, les deux premières lettres de Pluton sont les initiales de Percival Lowell.

L'histoire devient plus intéressante encore si nous pensons à toutes ces non-planètes ou planètes naines qui ont été découvertes ces deux derniers siècles. Il y a plus de 3450 astéroïdes, la plupart dans la Ceinture d'Astéroïdes, certains avec des orbites assez excentriques, y compris ceux connus comme le Groupe d'Apollon, deux groupes d'astéroïdes Troyens qui partagent l'orbite de Jupiter, Chiron ou encore plus loin Eris (plus gros que Pluton), Quaoar et Sedna. Curieusement, le seul qui semble intéresser les astrologues est Chiron, qui ressort parfois dans les horoscopes. Quid d'Eris et compagnie ?


Les ratés de l'astrologie

Pendant que la science de l'astronomie faisait ses grandes découvertes, qu'en était-il de l'astrologie ? Comme on pouvait s'y attendre, rien de neuf de ce côté. Trois nouvelles planètes ont été découvertes qui étaient parfaitement inconnues à l'apogée de l'astrologie et qui, suivant la tradition, ont été affublées de noms de dieux de la mythologie. Les astrologues furent donc bien obligés de se plonger dans la mythologie romaine ou grecque afin de découvrir les attributs de ces dieux pour trouver ce que pouvaient bien signifier ces nouvelles planètes. Maintenant, cette approche est faussée par certains éléments nouveaux. Car au moins les anciennes planètes ont derrière elles une longue association avec les dieux dont elles portent les noms, et on pourrait rétorquer que quelque part, dans les profondeurs de l'antiquité, il y a eu quelque connexion entre les dieux, les planètes et les affaires humaines (souvenons-nous qu'il y avait toujours une bonne dose de pensée magique aux 18 et 19° siècles).

Dorénavant nous avons des planètes dont les noms ont été arbitrairement assignés, et qui n'ont jamais été associées à ces dieux par les anciens qui ne connaissaient même pas leur existence. Leurs découvreurs ne voyaient pas leurs trouvailles comme représentatives des dieux. En effet, le nom de Pluton a été sélectionné seulement en l'honneur de l'un de ses découvreurs. Ainsi les caractéristiques que les planètes sont supposées conférer n'ont aucun précédent dans l'histoire, ni dans la façon de les nommer. Il ne s'agit de rien d'autre de caprices. Néanmoins, les caractéristiques des dieux concernés seront celles que les astrologues retiendront.

Le second défaut fatal dans le dossier astrologique réside dans la principale déclaration à propos de leur art, celle de la prédiction. Traditionnellement, l'astronomie a été une science de l'observation alors que l'astrologie faisait des prédictions. Maintenant, il a été démontré que l'astronomie avait une capacité prédictive puissante, mais où était l'astrologie ? On peut supposer logiquement que les astrologues auraient noté que certaines caractéristiques humaines ne s'expliquaient pas par les planètes connues, et qu'ils auraient suspecté que non seulement d'autres planètes devaient exister, mais aussi où elles se situaient approximativement. Les astrologues considèrent comme très important les angles sous-tendus par les planètes, et pourtant aucun astrologue n'a jamais pointé le télescope d'un observateur dans la bonne direction, ceci a été laissé aux mathématiciens.

En outre, si les planètes avaient une influence, le temps mis par les nouvelles planètes pour compléter leur orbite devrait présenter une indication substantielle. Uranus passe 7 années dans chaque signe, Neptune presque 14 et Pluton plus de 20 ans. En effet Pluton n'a réalisé qu'un petit bout de chemin de son orbite (240 ans) depuis sa découverte. Ce qui offre une importante cohorte de population d'individus sur lesquels l'influence de Pluton a pu être mesurée précisément, avec toute une population de gens ayant montré distinctivement des attributs Plutoniens changeant tous les 20 ans. Ceci est calculable et ne devrait poser aucun problème aux astrologues, pourtant aucune mesure d'une longue période de changement de personnalité sur de grandes populations n'a été faite, et aucune déclaration sérieuse sur un cycle de 20 ans dans les caractéristiques personnelles.

Il y a aussi la question des astéroïdes et des satellites. Plusieurs satellites sont plus gros que Pluton et Mercure et peuvent être plus proches de nous que Pluton. Prenons Xérès, le gros astéroïde qui opère une révolution autour du soleil en 2,5 Unités Astronomiques quand Pluton, qui n'a que 3 fois le diamètre de Xérès, le fait en 39 UA; pourquoi Pluton est-elle importante et Xérès ne l'est-il pas ? En outre, les premiers astéroïdes découverts ont perpétué la tradition en étant nommés d'après certaines figures de la mythologie, ce qui faisait que le choix des noms s'épuisait rapidement, c'est pourquoi de nos jours les astéroïdes sont nommés d'après le nom du découvreur ou celui de sa ville, ou tout autre choix lui passant par la tête.

Certaines fois il peut même y avoir eu l'influence des opéras, avec des noms comme Turandot, Zerlina, Pamina, Senta, Kundry, Norma, Violetta, Aida et Carmen tous découverts en même temps. Les scientifiques ont aussi eu leur moment de gloire avec Einstein, Darwin, Herschel, Adams et Le Verrier entre autres, ainsi que des personnages tels que Tolkein, Tchaikovsky, Mark Twain et M. Spock, sans oublier des lieux comme Kansas, Antarctica, Coonabarabran et Kiev.

La distinction entre les astéroïdes et les planètes est purement arbitraire et ne repose que sur la taille. Les astéroïdes désignent une planète mineure. Tout comme les planètes, ils tournent autour du soleil, certains ont des satellites (comme Pallas), d'autres n'en ont pas, et on peut dire que Pluton ressemble davantage à Xérès qu'à Jupiter. Ce qui est plus étrange encore est le fait que la comète de Halley est considérée comme importante par les astrologues, alors qu'elle est beaucoup plus "éphémère" que les astéroïdes.

La question de savoir pourquoi les astéroïdes et les satellites ne sont pas pris en compte dans l'établissement des horoscopes n'a jamais trouvé de réponse satisfaisante de la part des astrologues. Les réponses habituelles sont longues en hyperboles, mais courtes en logique, pourtant la réponse est claire. L'inclusion des positions et des relations angulaires de milliers d'astéroïdes et satellites rendrait la réalisation des horoscopes beaucoup trop compliquée (imaginez un problème avec 4200 variables). De plus, cette recherche exigerait de découvrir les traits de personnalités de milliers d'individus nommés, ce qui découragerait même le plus motivé des astrologues. Pour autant, la question demeure et exige une réponse de la part des astrologues.

Si l'influence de la plupart de ces nombreux corps peut être oubliée sans crainte, pourquoi pas celle des planètes ? Après tout, la logique nous dicte que si les planètes influencent nos vies, tout ce qui constitue le système solaire aussi. En effet, cet oubli d'inclure toutes les influences constitue une raison suffisante pour reléguer l'astrologie comme rien d'autre qu'un bavardage superstitieux.

On peut cependant honnêtement se poser la question : si nos traits de personnalité sont identiques à ceux de Saturne ou de Vénus, pourquoi ne devraient-ils pas aussi être associés à ceux de Karl Marx, Shakespeare ou Carl Sagan (tous des astéroïdes) ? Je vous laisse deviner quelle influence auront les astéroïdes n° 1703 et 1763 !


Conclusion

L'histoire atteste que le début de la fin pour l'astrologie prend sa source dès que les êtres humains ont commencé à comprendre comment l'univers fonctionnait réellement. On peut retracer le déclin de l'astrologie sur les siècles en même temps que la connaissance croissait, pourtant elle fait preuve d'un curieux sursaut à une époque où les gains dans notre savoir sur le fonctionnement de la nature est au plus haut de l'histoire. L'astrologie devrait être morte et enterrée depuis longtemps, pourtant elle demeure toujours active et a de nombreux adhérents. Ce fait sociologique ne peut trouver une réponse que chez ceux qui ont entrepris d'étudier et de comprendre l'esprit humain, ce qui n'est pas une mince affaire.

Mais nous pouvons être sûr d'une seule chose, la réponse à ce paradoxe ne se trouvera pas dans les étoiles.


Pour aller plus loin :
- Astrologie, derrière les mots. Laurent Puech
- Astrologie : Art, Science... ou Imposture ? Frédéric LEQUEVRE
- Au coeur de l'extra-ordinaire, Henri BROCH
- L'astrologie. P. Couderc
- Les charlatans du ciel A. Gillot-Petre

A lire aussi :
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