L'intelligence et le QI

Georges W. Bush et Sharon Stones sont-ils stupides ? Pas si l'on en croit leurs scores de QI qui, pour le premier est de 120, et de 150 pour la seconde. Pourtant, cela n'a pas empêché Bush d'être un piètre décideur et penseur, qui lui-même se définit comme n'ayant pas une "pensée très analytique", et pour Sharon Stone de sortir des âneries suite aux tremblements de terre en Chine.

Comment quelqu'un avec un QI élevé peut-il connaître ce genre de déficiences intellectuelles ? Dit autrement, comment une personne "intelligente" peut agir si bêtement ? Keith Stanovich, professeur de développement humain et de psychologie appliquée à l'Université de Toronto au Canada, se débat avec cette incongruité apparente depuis 15 ans. Il déclare que cela est vrai pour beaucoup plus de gens qu'on ne le croit. Pour Stanovich, il n'y a cependant rien d'incongru là-dedans. Les tests de QI sont très bons pour ce qui est de mesurer certaines facultés mentales, dit-il, comprenant la logique, le raisonnement abstrait, les capacités d'apprentissage et la capacité de mémoire, combien d'information vous pouvez avoir en tête.

Mais l'efficacité de ces tests chute dès qu'il s'agit de mesurer ces capacités cruciales permettant de faire des jugements corrects dans des situations de la vraie vie. Ceci parce qu'ils sont incapables d'évaluer des choses comme la capacité d'analyse de façon critique une information, ou si un individu peut éviter les biais cognitifs intuitifs pouvant nous égarer.

C'est le type de pensée rationnelle que nous sommes contraints de faire tous les jours, soit décider quels aliments manger, où investir notre argent ou comment traiter avec un client difficile au travail. Nous avons besoin d'être bons en pensée rationnelle pour naviguer dans un monde très complexe. Et pourtant, dit Stanovich, les tests de QI, qui sont toujours une mesure prédominante des capacités cognitives des gens, ne le mesurent effectivement pas. "Les tests de QI mesurent un domaine important du fonctionnement cognitif, et sont modérément bons pour ce qui est de prédire une réussite académique ou professionnelle. Mais ils sont incomplets. Ils ne réussissent pas dans la panoplie complète de ce qui devrait être classé à la rubrique de "pensée correcte".

Le QI ne fait pas tout

"Un QI élevé, c'est comme la taille d'un joueur de basketball" dit David Perkins, qui a étudié les facultés de la pensée et du raisonnement à Harvard. "C'est très important, toutes choses égales par ailleurs. Mais toutes les autres choses ne sont pas égales par ailleurs. Il en faut beaucoup plus pour être un bon basketteur que d'être seulement grand, et il en faut beaucoup plus pour être un bon penseur que d'avoir un QI élevé".

Les tests de QI et ceux qui leurs ressemblent, sont réalisés pour mesurer un facteur connu comme l'intelligence générale, et sont utilisés par de nombreuses entreprises et écoles pour sélectionner les "meilleurs" candidats. Ils jouent aussi un rôle dans les écoles et universités. "Les tests de QI déterminent, à un degré important, les études et carrières professionnelles de millions de gens" dit Stanovich. Il critique l'attention sans limites que la société accorde à ces tests, dont il affirme qu'ils mesurent seulement une partie limitée du fonctionnement cognitif. "Les tests de QI sont surévalués, et je pense que la plupart des psychologues seront d'accord avec ceci" dit Jonathan Evans, psychologue cognitif de l'Université de Plymouth.

En effet, les scores de QI sont critiqués depuis longtemps comme étant des indicateurs médiocres de l'intelligence complète d'un individu, autant pour leur incapacité à prédire comment une personne qui les réussit se comportera dans une profession particulière. Le paléontologue Stephen Jay Gould affirmait dans son livre la Mal-Mesure de l'homme que l'intelligence générale était simplement un artefact mathématique, et que son utilisation n'était pas scientifique, mais culturellement et socialement discriminatoire. Howard Gardner, de Harvard, a répondu que depuis plus de 25 ans, les capacités cognitives sont mieux comprises en termes d'intelligences multiples, couvrant des aptitudes mathématiques, verbales, visuo-spatiales, physiologiques, naturalistes, sociales et musicales.

Pourtant, contrairement à de nombreux critiques des tests de QI, Stanovich et d'autres chercheurs en pensée rationnelle n'essayent pas de redéfinir l'intelligence, qu'ils sont heureux de caractériser comme ces capacités mentales qui peuvent être mesurées par les tests de QI. Plutôt, ils essayent de focaliser l'attention sur les facultés cognitives qui vont au-delà de l'intelligence, ce qu'ils décrivent comme étant les outils de la pensée rationnelle. Celles-ci, disent-ils, sont aussi importantes que l'intelligence du jugement et de la prise de décision. "Le QI n'est qu'une partie de ce que signifie être futé" dit Evans.


Pour aller plus loin :
- Stimuler ses neurones... Oui mais comment ? Alain Lieury.
- Psychologie du cerveau : Pour mieux comprendre comment il fonctionne. Alain Lieury.
- Des idées reçues en psychologie, Jerome Kagan.
- La Mal-mesure de l'homme. Stephen Jay Gould.
- Nous ne sommes pas programmés. Richard C Lewontin.

A visiter :
- Le quotient intellectuel.
- Les informations sur l'intelligence et le QI.
- Le quotient d'intelligence.
- Racisme et Q.I.

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