La kinésiologie
Dr Jean-Marie ABGRALL

Principes de la kinésiologie

La kinésiologie par des tests musculaires simples et précis, "interroge" le corps et recherche la nature, le lieu, l'intensité, l'histoire, l'origine des blocages afin de pouvoir, par des exercices appropriés, y porter remède. Selon ses défenseurs, le but de la kinésiologie éducative est d'aider l'intégration des hémisphères droit et gauche du cerveau pour certaines activités telles que parler, écrire, se mouvoir, voir, entendre, se souvenir :

"On remarque le plus souvent que notre "ordinateur biologique", notre cerveau, est mal programmé chez la plupart d'entre nous. Par des tests musculaires simples, nous pouvons comprendre comment est organisée la personne testée, quelle est sa dominante, comment est organisée la communication entre cerveau-oeil, cerveau-oreille, cerveau-main, etc... Nous pouvons mieux comprendre quels en sont les freins, ou blocages, et comment nous pouvons y apporter remède. Ce sont ces blocages qui sont le plus souvent à l'origine des difficultés rencontrées dans les différentes étapes de l'apprentissage, quel que soit notre âge. Ce sont eux aussi qui favorisent en partie l'installation du stress, des difficultés de concentration, de communication ou même créent des tensions musculaires gênant la posture.

On a pu constater que le corps porte en lui les solutions permettant de faire disparaître ces blocages, par des tests appropriés la kinésiologie peut interroger le corps et donc comprendre et lire les réponses que le corps est en mesure d'apporter lui-même aux problèmes rencontrés. Par des exercices simples on peut alors l'aider à s'auto-corriger : lorsqu'on donne au corps les moyens nécessaires pour faire disparaître ces blocages, on constate très rapidement une nette amélioration pour tout ce qui concerne les activités les plus simples telles que lire, écrire, voir, entendre, se souvenir." (Dépliant publicitaire)

Une des récentes pseudo "découvertes" de la kinésiologie est que la mémoire ne se cantonne pas uniquement dans le cerveau mais se situe aussi, plus ou moins, dans chaque cellule de notre corps et plus particulièrement dans les muscles, les chaînes musculaires ou les fascias, selon des schémas psychologiques précis ou inconscients. Ainsi pour les kinésiologues, en interrogeant les muscles par des tests appropriés il serait possible d'accéder à cette mémoire et aux blocages qu'elle engendre.

Reprenons les éléments d'un document diffusé par l'édukinésiologie :

"Les deux hémisphères cérébraux sont reliés entre eux par une sorte de pont nommé le "corps calleux", qui par un faisceau complexe de fibres nerveuses, permet la communication et la coordination entre ces deux parties du cerveau. Si, pour une raison quelconque, cette liaison ne fonctionne pas de façon correcte, ou, si elle est interrompue, on voit apparaître chez la personne des troubles très importants et en tout cas très handicapants. Chacun des hémisphères à une fonction bien précise.

Le cerveau droit est celui des "réflexes", il perçoit la globalité dans une situation donnée. Il permet de reconnaître une mélodie à partir de deux notes ou de reconnaître des visages dans la foule. Il est le pilote de la partie gauche du corps. Le cerveau gauche est "analytique", il décompose l'information en unités minimales et la traite de façon séquentielle. Il est le siège de la parole et de la logique. Il pilote la partie droite du corps, ce qui en a fait le chouchou de nos systèmes éducatifs, car il est l'hémisphère de la logique, que notre vieille culture cartésienne cultive avec dévotion.

Il n'y a pas de priorité d'un hémisphère sur l'autre mais, bien au contraire, complémentarité, et c'est justement le manque de liaison rapide entre les deux qui est à l'origine des blocages dans les phases d'apprentissage, d'expression, de communication. Si l'on parle de dominance, en kinésiologie éducative, c'est plutôt pour rechercher lequel des deux hémisphères est plus facilement utilisé par la personne, dans une situation donnée, et pourquoi elle a du mal à intégrer et à utiliser la totalité des possibilités dont elle peut disposer." (Dépliant publicitaire)

Partant d'un exposé anatomo-physiologique correct sur l'existence des hémisphères cérébraux, on passe à une interprétation aberrante du rôle respectif des deux "cerveaux". N'importe quel étudiant de niveau secondaire apprend que les réflexes ont pour siège la moelle épinière et non le cerveau. Toute la suite du raisonnement est ainsi détournée du réel et réinterprétée en vue de la pratique kinésiologique.


Techniques de la kinésiologie

Partant d'un test musculaire censé déterminer où, quand et comment la coordination interhémisphèrique cérébrale est présente, le kinésiologue établit un bilan de ce qu'il pense être une dysharmonie cérébrale, et par des exercices musculaires et une gymnastique entreprend de rééduquer le cerveau à travers ses connexions musculaires.

On peut accorder à cette technique le mérite de pratiquer une discipline qui a emprunté à l'orthophonie, à la kinésithérapie et à la rééducation fonctionnelle, mais on soulignera certaines incohérences théoriques, en particulier sur le rôle du cerveau et le côté racoleur de cette technique, qui selon un document diffusé par ses adeptes, est censé s'adresser à tous ceux qui veulent éliminer les problèmes, et guérir de tout, douleurs de dos, problèmes articulaires, migraines, eczéma, colite, impuissance, stérilité, problèmes ORL, anxiété, angoisse, manque de confiance, bégaiement, dyslexie, peurs doutes ,dépressions, troubles du comportement, fatigue, trouble du sommeil, baisse de l'immunité, obésité, anorexie, diabète, tabac, drogue, alcool, problèmes relationnels, problèmes scolaires et d'apprentissage, etc..."

Les résultats positifs obtenus lors de séances de brain gym ("gymnastique cérébrale") avec de jeunes enfants sont dus uniquement à une prise en charge plus complète d'enfants à "problèmes" sur lesquels les éducateurs focalisent davantage leur attention. Mais les interrogations surgissent lorsque, dans le cadre d'une formation proposée, on voit apparaître des notions qui renvoient à un ésotérisme classique dans les patamédecines : la loi des cinq éléments, la loi des sept dimensions, les sept tests baromètres, les quatre stades de l'évolution et les douzes formes de renversement énergétique.

Il semble bien que l'édukinésiologie utilise, comme nombre de groupes, le cheval de Troie de l'éducation pour diffuser un message qui relève du fantasme de ses créateurs plus qu'il ne vise au bien être des pratiquants.


Pour aller plus loin :
- Les charlatans de la santé, Jean-Marie Abgrall.
- Psychologie du cerveau : Pour mieux comprendre comment il fonctionne. Alain Lieury.
- Pourquoi les chimpanzés ne parlent pas : Et 30 autres questions sur le cerveau de l'homme. Laurent Cohen.

A visiter :
- Cerveau droit, cerveau gauche.
- Les actualités sur le cerveau.
- Les nouvelles de la kinésiologie.
- La Kinésiologie. Quand les énergies se déglinguent : 2 exemples entre mille.
- Kinésiologie appliquée par les Sceptiques du Quebec.

Notes :
1 - L'ensemble des travaux expérimentaux visant à accréditer l'idée que le cerveau gauche est celui de la raison et le cerveau droit celui du désir, des passions et des affects portent sur l'étude du comportement neuropsychologique de patients cérébro-lésés soit accidentellement, soit à la suite d'interventions majeures. Au rang de ces interventions, la section des corps calleux qui unissent les deux hémisphères crée un individu à deux moitiés de cerveau indépendantes. Outre le fait qu'il s'agit de sujets pathologiques en très petit nombre, il n'est pas possible d'extrapoler les résultats constatés à des sujets à cerveau intact. On peut lire avec profit l'ouvrage du Pr Lucien Israël Cerveau droit-cerveau gauche, Editions Plon, qui dans un langage clair fait le point des constatations neuropsychologiques sur ce sujet tout en montrant leur dimension psychologique et symbolique.

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