Erreurs de raisonnement
et illusions logiques

Il est prouvé que fêter les anniversaires
est bon pour la santé. Les statistiques montrent que les personnes
qui en fêtent le plus deviennent les plus vieilles.

Den Hartog

La capacité de raisonner, en plus d'autres attributs physiques, est sans aucun doute ce qui permet aux êtres humains de se différencier des autres animaux, et ce qui leur a donné le privilège de devenir l'espèce dominante sur Terre. L'observation, l'expérimentation et un raisonnement correct sont les bases de la connaissance, qui a tant amélioré la qualité de la vie des êtres et des peuples.

Mais nous ne raisonnons pas toujours correctement. L'histoire montre combien les gens ont pu raisonner de manière incorrecte dans leurs efforts pour comprendre le monde et en avoir une meilleure connaissance. Dans notre vie quotidienne, nous faisons également constamment des erreurs dans notre façon de raisonner.

Nous nous trouvons souvent dans des situations dans lesquelles nous avons à défendre une position à l'aide d'arguments, ou à analyser les arguments des autres lors d'un débat. Comment pouvons-nous décider d'un argument s'il est correct ? Quand nous sommes confrontés à plusieurs arguments, comment pouvons-nous décider lequel est le meilleur ou en fin de compte lequel est le plus vraisemblable ? Comment pouvons-nous identifier un argument erroné et le déclarer comme tel ?

Le processus pour analyser la validité d'un argument n'est en général pas si simple. Quelques réflexes et une certaine habileté mentale, acquis par la pratique, ajoutés à une façon de penser strictement logique, sont nécessaires. Certaines erreurs de logique sont faciles à reconnaître, tandis que d'autres sont plus subtiles et difficiles à dénicher. Il est même possible que des désaccords surviennent sur le fait de savoir si un argument est fallacieux ou pas. Ici, le sujet des erreurs de logique ne sera pas traité de manière exhaustive, formelle ou académique, le lecteur intéressé pourra se reporter à la littérature y relative ou chercher sur internet.


Sommaire

- Quelques définitions
- L'argument d'ignorance
- Le faux dilemme
- La fausse analogie
- L'argument d'autorité
- L'appel à l'humilité
- L'appel à l'émotion
- La généralisation abusive
- La contradiction
- L'attaque Ad Hominem
- La pente glissante
- Le raisonnement circulaire
- Les circonstances favorables
- La pétition de principe
- Le raisonnement ad hoc
- La question complexe
- Le non sequitur
- L'appel à la popularité
- Inverser la cause et l'effet
- L'épouvantail
- La charge de la preuve
- Soutenir une conséquence
- Inexpliqué n'est pas inexplicable
- Nier un antécédent


Quelques définitions

- Prémisse, conclusion : déclaration qui peut être soit vraie, soit fausse.
- Argument : conjonction de prémisses menant à une conclusion. Ici, l'argument est l'ensemble des prémisses plus la conclusion. Pour qu'un argument soit considéré comme correct, ni les prémisses, ni la conclusion n'ont besoin d'être vrais.
- Raisonnement : processus mental par lequel un argument est construit.
- Erreur de logique : erreur de raisonnement qui invalide un argument, soit totalement ou partiellement.

Comme exemple, considérons cet argument correct : "lorsqu'il pleut le ciel est nuageux, actuellement il pleut. Donc, le ciel est nuageux." Ici nous avons une première prémisse : "Lorsqu'il pleut le ciel est nuageux ", une deuxième prémisse : "Il pleut " et une conclusion : "Le ciel est nuageux."


L'argument d'ignorance (Argumentum ad Ignoratiam)

Cette erreur a lieu quand on suppose que parce que quelque chose n'a pas été prouvé comme faux, il est forcément vrai. A l'inverse, un tel argument pourrait supposer que tant que quelque chose n'a pas été prouvé comme vrai, il est obligatoirement faux. On le retrouve souvent chez les tenants du paranormal, de l'occulte et du surnaturel, ainsi que chez les croyants.

Exemples :
- Étant donné que personne n'a été capable de prouver que les OVNIs n'existent pas, ils doivent exister.

- Je crois en Dieu, et si tu n'y crois pas, alors prouve-moi qu'il n'existe pas

Un bref retour en arrière dans l'histoire montre combien ce type de raisonnement est erroné. Avant que l'épilepsie ne soit connue et expliquée, les gens de l'époque croyaient que les épileptiques étaient victimes d'une possession diabolique. Il est facile d'imaginer un débat entre une personne sceptique et un croyant de l'époque :

Sceptique : " Je ne crois pas dans les possessions diaboliques, il n'y a aucune preuve en leur faveur. En outre, il n'existe aucune preuve de l'existence du diable "

Croyant : " Mais si tu n'y crois pas, eh bien prouve donc que les attaques d'épilepsie ne sont PAS causées par une possession diabolique "

De nos jours nous savons ce qui cause les attaques épileptiques, et des moyens efficaces de traitement existent, et qu'il ne s'agit pas de possession. Là où il n'existe pas d'explication pour un phénomène donné, la seule chose sûre à dire, et la plus raisonnable aussi, est : "nous ne savons pas encore". Un manque de preuve n'est pas une preuve.

Le faux dilemme

Il survient quand seulement deux choix d'explication d'un phénomène donné sont présentés ou proposés, alors qu'en réalité il y en a plus.

Exemples :

L'erreur ici est donc l'utilisation abusive de l'opérateur "ou". Pour en sortir, il suffira de trouver d'autres options aux propositions offertes.


La fausse analogie

Elle a lieu quand les éléments utilisés pour faire une analogie ne sont pas comparables dans leur importance, dans leur signification ou leur portée.

Exemples :

- Si tu acceptes une attestation d'un vendeur certifiant que Georges a acheté ce vélo, alors tu dois accepter qu'une attestation signée par un témoin ayant vu des OVNI est une preuve que les extra-terrestres ont bien visité notre terre. "

Dans une analogie, deux objets (ou évènements), A et B sont montrés comme similaires. Il est alors affirmé que puisque A a les propriétés de P, donc B doit avoir les propriétés de P. Une analogie échoue quand les deux objets, A et B, sont différents de façon à ce que cela affecte le fait qu'ils aient les propriétés de P.

- Tout comme Galilée a été critiqué et condamné en son temps, vous critiquez et condamnez les praticiens des médecines douces

Aussi connue sous le nom de "syndrome Galilée", cette fausse analogie est fort répandue et est une illusion logique commune. Galilée n'a pas été condamné par ses pairs scientifiques, ni par la raison, mais par le dogme de la foi chrétienne représenté par l'Eglise. Preuves à l'appui, sa théorie a été accepté par ceux dont l'esprit n'était pas enfumé par une foi aveugle.

- Les employés sont comme les clous. Tout comme les clous sur lesquels il faut taper sur la tête pour qu'ils travaillent, ainsi en est-il des employés.

Il suffit d'identifier les deux objets ou évènements comparés, et les propriétés identiques qu'ils sont supposés posséder tous les deux, et montrer que les deux objets en question sont différents dans un sens qui affecte ces propriétés supposées.



Pour aller plus loin :
- Crimes contre la logique. Comment ne pas être dupe des beaux-parleurs. Jamie Whyte.
- Statistiques : Méfiez-vous ! Nicolas Gauvrit.
- Vous avez dit hasard ? : entre psychologie et mathématiques. Nicolas Gauvrit.
- Astuces et manipulations mentales : Le guide des illusions psychologiques. Julien Labigne.
- Les influences inconscientes. De l'effet des émotions et des croyances sur le jugement. Ahmed Channouf.
- Les labyrinthes de la raison : paradoxes, énigmes et fragilité de la connaissance de Poundstone-W.

A lire aussi :
- Les variables de confusions.
- Les pièges et erreurs statistiques.
- Le pouvoir des coïncidences.
- Les corrélations illusoires.
- Les raisonnements fallacieux.
- Erreurs de logique.