Menteurs, guignols et autres imposteurs


Erreurs de raisonnement et illusions logiques


Il est prouvé que fêter les anniversaires
est bon pour la santé. Les statistiques montrent que les personnes
qui en fêtent le plus deviennent les plus vieilles.

Den Hartog

La capacité de raisonner, en plus d'autres attributs physiques, est sans aucun doute ce qui permet aux êtres humains de se différencier des autres animaux, et ce qui leur a donné le privilège de devenir l'espèce dominante sur Terre. L'observation, l'expérimentation et un raisonnement correct sont les bases de la connaissance, qui a tant amélioré la qualité de la vie des êtres et des peuples.

Mais nous ne raisonnons pas toujours correctement. L'histoire montre combien les gens ont pu raisonner de manière incorrecte dans leurs efforts pour comprendre le monde et en avoir une meilleure connaissance. Dans notre vie quotidienne, nous faisons également constamment des erreurs dans notre façon de raisonner.

Nous nous trouvons souvent dans des situations dans lesquelles nous avons à défendre une position à l'aide d'arguments, ou à analyser les arguments des autres lors d'un débat. Comment pouvons-nous décider d'un argument s'il est correct ? Quand nous sommes confrontés à plusieurs arguments, comment pouvons-nous décider lequel est le meilleur ou en fin de compte lequel est le plus vraisemblable ? Comment pouvons-nous identifier un argument erroné et le déclarer comme tel ?

Le processus pour analyser la validité d'un argument n'est en général pas si simple. Quelques réflexes et une certaine habileté mentale, acquis par la pratique, ajoutés à une façon de penser strictement logique, sont nécessaires. Certaines erreurs de logique sont faciles à reconnaître, tandis que d'autres sont plus subtiles et difficiles à dénicher. Il est même possible que des désaccords surviennent sur le fait de savoir si un argument est fallacieux ou pas. Ici, le sujet des erreurs de logique ne sera pas traité de manière exhaustive, formelle ou académique, le lecteur intéressé pourra se reporter à la littérature y relative ou chercher sur internet.


Sommaire

- Quelques définitions
- L'argument d'ignorance
- Le faux dilemme
- La fausse analogie
- L'argument d'autorité
- L'appel à l'humilité
- L'appel à l'émotion
- La généralisation abusive
- La contradiction
- L'attaque Ad Hominem
- La pente glissante
- Le raisonnement circulaire
- Les circonstances favorables
- La pétition de principe
- Le raisonnement ad hoc
- La question complexe
- Le non sequitur
- L'appel à la popularité
- Confondre la cause et l'effet
- L'épouvantail
- La charge de la preuve
- Soutenir une conséquence
- Inexpliqué n'est pas inexplicable
- Nier un antécédent


Quelques définitions

- Prémisse, conclusion : déclaration qui peut être soit vraie, soit fausse.
- Argument : conjonction de prémisses menant à une conclusion. Ici, l'argument est l'ensemble des prémisses plus la conclusion. Pour qu'un argument soit considéré comme correct, ni les prémisses, ni la conclusion n'ont besoin d'être vrais.
- Raisonnement : processus mental par lequel un argument est construit.
- Erreur de logique : erreur de raisonnement qui invalide un argument, soit totalement ou partiellement.

Comme exemple, considérons cet argument correct : "lorsqu'il pleut le ciel est nuageux, actuellement il pleut. Donc, le ciel est nuageux." Ici nous avons une première prémisse : "Lorsqu'il pleut le ciel est nuageux ", une deuxième prémisse : "Il pleut " et une conclusion : "Le ciel est nuageux."


L'argument d'ignorance (Argumentum ad Ignoratiam)

Cette erreur a lieu quand on suppose que parce que quelque chose n'a pas été prouvé comme faux, il est forcément vrai. A l'inverse, un tel argument pourrait supposer que tant que quelque-chose n'a pas été prouvé comme vrai, il est obligatoirement faux. On le retrouve souvent chez les tenants du paranormal, de l'occulte et du surnaturel, ainsi que chez les croyants.

Exemples :
- Étant donné que personne n'a été capable de prouver que les OVNIs n'existent pas, ils doivent exister.

- Je crois en Dieu, et si tu n'y crois pas, alors prouve-moi qu'il n'existe pas

Un bref retour en arrière dans l'histoire montre combien ce type de raisonnement est erroné. Avant que l'épilepsie ne soit connue et expliquée, les gens de l'époque croyaient que les épileptiques étaient victimes d'une possession diabolique. Il est facile d'imaginer un débat entre une personne sceptique et un croyant de l'époque :
Sceptique : " Je ne crois pas dans les possessions diaboliques, il n'y a aucune preuve en leur faveur. En outre, il n'existe aucune preuve de l'existence du diable "

Croyant : " Mais si tu n'y crois pas, eh bien prouve donc que les attaques d'épilepsie ne sont PAS causées par une possession diabolique "
De nos jours nous savons ce qui cause les attaques épileptiques, et des moyens efficaces de traitement existent, et qu'il ne s'agit pas de possession. Là où il n'existe pas d'explication pour un phénomène donné, la seule chose sûre à dire, et la plus raisonnable aussi, est : "nous ne savons pas encore". Un manque de preuve n'est pas une preuve.


Le faux dilemme

Il survient quand seulement deux choix d'explication d'un phénomène donné sont présentés ou proposés, alors qu'en réalité il y en a plus.

Exemples :

  • Les gens sont soit bons ou mauvais
  • Si tu n'es pas avec moi, tu es contre moi
  • Vous êtes critique envers les thérapies alternatives, c'est que vous aimez vous bourrer d'antibiotiques
  • Si tu ne pries pas avant un repas, c'est que tu es athée
  • Je t'ai vu dans une église l'autre jour, il est donc faux que tu ne crois pas en Dieu
L'erreur ici est donc l'utilisation abusive de l'opérateur "ou". Pour en sortir, il suffira de trouver d'autres options aux propositions offertes.


La fausse analogie

Elle a lieu quand les éléments utilisés pour faire une analogie ne sont pas comparables dans leur importance, dans leur signification ou leur portée.

Exemples :

- Si tu acceptes une attestation d'un vendeur certifiant que Georges a acheté ce vélo, alors tu dois accepter qu'une attestation signée par un témoin ayant vu des OVNI est une preuve que les extra-terrestres ont bien visité notre terre. "

Dans une analogie, deux objets (ou évènements), A et B sont montrés comme similaires. Il est alors affirmé que puisque A a les propriétés de P, donc B doit avoir les propriétés de P. Une analogie échoue quand les deux objets, A et B, sont différents de façon à ce que cela affecte le fait qu'ils aient les propriétés de P.

- Tout comme Galilée a été critiqué et condamné en son temps, vous critiquez et condamnez les praticiens des médecines douces
Aussi connue sous le nom de "syndrome Galilée", cette fausse analogie est fort répandue et est une illusion logique commune. Galilée n'a pas été condamné par ses pairs scientifiques, ni par la raison, mais par le dogme de la foi chrétienne représenté par l'Eglise. Preuves à l'appui, sa théorie a été accepté par ceux dont l'esprit n'était pas enfumé par une foi aveugle.

- Les employés sont comme les clous. Tout comme les clous sur lesquels il faut taper sur la tête pour qu'ils travaillent, ainsi en est-il des employés.
Il suffit d'identifier les deux objets ou évènements comparés, et les propriétés identiques qu'ils sont supposés posséder tous les deux, et montrer que les deux objets en question sont différents dans un sens qui affecte ces propriétés supposées.


L'argument d'autorité ( Argumentum ad Verecundiam )

L'erreur consiste à supposer que quelque-chose est vrai parce qu'une autorité dit que c'est vrai. Il peut s'agir d'une autorité politique, religieuse, ou scientifique, etc.

Dans certains cas pourtant, la seule parole d'une autorité peut en effet être prise sérieusement, plus spécialement si cette autorité est reconnue par la majorité de ses pairs comme qualifiée dans le domaine en question. Mais à la fin, seuls les arguments comptent. Même les autorités peuvent faire des erreurs. N'oublions pas que même des "sommités" comme Isaac Newton ou Albert Einstein ont fait de grosses erreurs dans leur vie, le premier en ce qui concerne la chose alchimique et le second avec son hypothèse d'univers statique et immuable et son refus de la mécanique quantique.

L'erreur est plus courante lorsque l'autorité n'est pas qualifiée sur le sujet en discussion, ou lorsque celle-ci n'est pas reconnue et acceptée par ses pairs. Dans le domaine de la science, cette erreur est fréquemment rencontrée. Il existe des scientifiques de haut niveau dont les théories ne sont pas acceptées par leurs pairs. Ils refusent de présenter les données qui pourraient appuyer et valider leurs déclarations, et malgré cela, beaucoup de gens prennent en considération leur parole et leur position de savant comme preuve de la véracité de leurs déclarations. Combien de fois avons-nous entendu : "la télékinésie est réelle, j'ai vu le Professeur en physique Truc à la télévision le dire l'autre jour."

Un célèbre exemple est celui du Prix Nobel de chimie Linus Pauling qui affirmait que de hautes doses de vitamine C permettaient de prévenir ou de guérir le rhume et d'autres maladies, affirmation que beaucoup prirent au pied de la lettre et continuent à appliquer de nos jours, notamment dans les milieux naturopathes qui se servent de cette caution pour argumenter leur point de vue, (comment refuser la parole d'une autorité en chimie ?) alors que des tests ont prouvé plus tard qu'il n'en était rien.

Un autre exemple révélateur vient des USA, quand Jimmy Carter n'était pas encore président, il vit des lumières dans le ciel et annonça avoir vu des OVNIs. Plus tard lorsqu'il atteignit le rang d'autorité mondiale en tant que président des USA, sa seule parole, ajoutée au fait qu'il était considéré comme quelqu'un de lucide et de moral, suffit pour les fans d'OVNIs à confirmer leur croyance comme quoi les extra-terrestres étaient venus visiter la Terre. Son statut de président des USA, ses qualifications et son honnêteté en auraient-il fait soudain un expert dans l'identification de lumières dans le ciel ?

Mais l'argument d'autorité biaisé peut aussi s'appliquer comme dans le cas de cette interview d'une victime d'un accident de train sur la politique à mener en matière de transports en commun, qui n'aura pas plus de poids que celle d'un autre quidam; ou de la position d'un célèbre chanteur/acteur sur ses choix politiques et son candidat préféré, qui ne feront pas plus autorité que les vôtres.


L'appel à l'humilité

L'appel à l'humilité est un avatar de l'argument d'autorité, il lui est inhérent. L'appel à l'humilité consiste à valider l'argument d'autorité par le simple fait que le contradicteur est ridicule, insignifiant, face à l'autorité appelée.

Exemple :
  • Kepler disait que rejeter l'astrologie sans la connaître est une folie à trois dimensions. Ce n'est pas Monsieur Martin qui disait cela, c'était Kepler !
Sa réfutation rejoint celle de l'argument d'autorité puisqu'il en est une conséquence naturelle.


La généralisation abusive

La taille de l'échantillon est trop petit, trop peu important, pour pouvoir soutenir une conclusion générale. Cet argument fallacieux se retrouve souvent chez les partisans et vendeurs de pata-médecines ou de pseudo-trucs guérisseurs où le nombre de "cobayes" est ridicule pour pouvoir en tirer une conclusion d'efficacité.
Exemple :
  • Quand j'étais en Allemagne, un allemand m'a volé mon portefeuille, tous les allemands sont des voleurs !
  • Mon père et ma mère déclarent que la tisane d'excréments d'oies est bonne pour les migraines. Cette tisane est donc efficace contre les maux de tête et très populaire.


La contradiction

Cette illusion a lieu quand une affirmation est soutenue par des prémisses contradictoires ou contraires. Les partisans des OVNIs tombent souvent dans cette erreur, notamment quand ils affirment que les vaisseaux spatiaux sont issus d'une technologie si avancée qu'ils sont invisibles pour les radars. Mais en même temps ceux-ci affirment que la détection radar est une preuve de l'existence de ces OVNIs. Autres exemples : les déclarations comme quoi les fantômes sont invisibles à l'oeil nu, mais peuvent être pris par un appareil photographique optique. Ou encore : Jean est plus grand que Paul, or Paul est plus grand que Théo tandis que Théo est plus grand que Jean.


L'argument non sequitur

Un argument non sequitur est le type d'argument où une conclusion est tirée à partir de prémisses qui ne sont pas logiquement reliées. Par exemple :

  • "Des milliers de gens ont vu des lumières dans le ciel qu'ils n'ont pas pu identifier, ce qui prouve que les extra-terrestres existent"
  • "Si des millions de personnes croient en dieu et ont une religion, c'est bien que dieu existe quelque part."
L'attaque Ad Hominem

Dans ce cas, c'est la personne qui est attaquée au lieu que ses arguments soient analysés et contredits. L'attaque en question peut porter sur de multiples éléments de la personne comme son caractère, sa nationalité, ses rapports au sujet en question ou sa religion.
Exemple :
  • Vous n'êtes pas qualifié pour débattre avec moi de ce sujet parce que vous êtes un peu trop jeune.
  • Vous avez déjà menti dans le passé, donc votre point de vue de vaut rien et ne peut être pris en considération sérieusement
  • Vous ne pratiquez pas la médecine traditionnelle chinoise et n'êtes donc pas qualifié pour en parler
  • Vous n'avez jamais pris de médicaments homéopathiques et n'êtes donc pas en mesure d'en parler d'une manière critique


La pétition de principe

La pétition de principe est une erreur de raisonnement qui consiste à poser comme vrai au départ ce que l'on est supposé démontrer.
Exemple :

  • Le paranormal existe parce qu'on ne peut nier que des événements paranormaux ont eu lieu dans le monde.
La conclusion est ici "le paranormal existe". La prémisse, devant permettre d'aboutir à la conclusion, est qu'il existe des événements de par le monde qui sont de nature paranormale. Ceci est une erreur de raisonnement, car avant de qualifier ces événements de paranormaux, encore faut-il prouver qu'ils sont effectivement paranormaux, ce qui permettrait, le cas échéant, d'accepter la conclusion finale (l'existence du paranormal).

  • L'urinothérapie est efficace car c'est une méthode thérapeutique qui guérit.
La conclusion (l'urinothérapie est efficace) est tirée d'une prémisse (une méthode qui guérit) qui considère son efficacité comme déjà acquise. Or avant de dire que l'urinothérapie guérit, il faudrait apporter les preuves de son efficacité et de ses guérisons (par des études fiables par exemple).


La pente glissante

Elle consiste à déclarer une proposition comme inacceptable en soutenant que des conséquences inévitables (souvent mauvaises ou désastreuses) vont suivre, sans pour autant argumenter au sujet de cette "inévitabilité". Il s'agit d'un usage abusif et illégitime des locutions "si...donc..." et "si... alors...".
Exemples :
  • Si nous légalisons le divorce, alors l'unité fondamentale de la société, que sont le couple et le mariage, exploseront, le chaos et l'anarchie régneront alors partout dans le monde, et ce sera la fin de la civilisation.
  • Si tous les signes religieux sont bannis des écoles et des administrations, alors la liberté de culte sera touchée et c'en sera fini de la démocratie dans ce pays.
  • Si le gouvernement établit une liste des sectes alors ensuite tout le monde sera fiché et ce sera la fin de la liberté de culte.
  • Si je fais une exception pour toi alors je serai obligé d'en faire pour tout le monde.


Le raisonnement circulaire

Cette erreur de raisonnement a lieu quand une assertion se soutient elle-même. C'est comme déclarer que quelque-chose est vrai parce que c'est vrai. Présenté de cette manière, l'erreur semble évidente, mais le cercle des assertions revenant à la première (ou a une autre) assertion peut être suffisamment important pour confondre l'interlocuteur.
Exemples:
  • La Bible est la preuve que Dieu existe, et la Bible ne peut mentir ni se tromper car elle est inspirée de Dieu
  • Si tu critiques la véracité et l'inspiration divine de la Bible c'est que tu es incité à le faire par le diable car c'est la Bible qui le dit et la Bible est le livre de Dieu.
  • La télépathie existe, j'ai entendu un témoignage à la télé. Ce qu'en disait le gars à la télé est digne de confiance car il a un frère qui est télépathe, et pourquoi mentirait-on à son propre frère ?
Dans le même ordre d'idées, la définition circulaire n'apporte rien non plus de plus au débat, il s'agit d'une définition qui contient le terme qui doit être défini comme faisant lui-même partie de la définition.
Exemple : "Un livre est considéré comme pornographique si et seulement si il contient de la pornographie. "


L'énumération des circonstances favorables

Il s'agit d'un mauvais emploi des statistiques pour soutenir une affirmation. Elle se produit seulement quand les cas soutenant l'affirmation sont gardés statistiquement, et ceux qui la réfutent sont rejetés ou oubliés.

Cette erreur se rencontre souvent chez ceux qui croient dans les rêves prémonitoires ou les "signes". On retrouve aussi fréquemment cette erreur de raisonnement dans la technique du cold reading. Les "ratés" l'emportent statistiquement largement sur les "réussites", mais la personne qui est cliente d'une séance de voyance par exemple, est tellement engagée émotionnellement qu'il/elle ne se souviendra que des réussites (qui souvent ne sont pas si exactes que ça, mais seulement approximatives), et oubliera les nombreux loupés, terminant en croyant que le voyant possède vraiment des pouvoirs psi.


La question complexe

Deux points sans aucun rapport sont réunis et traités en tant qu'une seule et même proposition. Le lecteur ou l'auditoire est censé accepter ou refuser les deux points ensemble, quand en réalité un est acceptable tandis que l'autre ne l'est pas. Une question complexe est une utilisation illégitime de l'opérateur "et".
Exemple :
  • Êtes pour l'avortement et contre la vie ?
  • Êtes-vous pour la libéralisation de la vente d'armes et pour la liberté ?
  • Vous êtes contre les sectes et anti-démocratique !


L'appel à la popularité (Argumentum ad Populum)

Elle a lieu quand une idée ou une affirmation est acceptée comme vraie parce qu'un nombre important de personnes la considère comme vraie. Ou qu'une pratique, thérapeutique, un supplément ou médicament est considéré comme utile/efficace parce que utilisé/pratiquée par un grand nombre.

Une fois encore, l'histoire nous montre combien cette idée peut être fausse. Il fut un temps où tout le monde pensait que la terre était plate, que l'on ne pourrait survivre au-delà d'une vitesse de 40 Km/h, que la terre était au centre de l'univers, que la pleine lune causait plus de naissances, etc. Combien d'autres croyances acceptées autrefois par l'immense majorité se sont révélées être totalement fausses. Et combien sont encore acceptées de nos jours ?

L'appel à la popularité est aussi utilisé par de nombreux commerçants et sociétés, afin de placer leurs "produits" dans le grand public, fussent-ils totalement inutiles, inefficaces ou de viles arnaques, via les "enquêtes consommateurs" ou les différents labels existants ("produit de l'année", etc). L'appel à la popularité est l'autre nom de ce qu'on appelle le phénomène de preuve sociale (ou légitimation sociale).


Confondre la cause et l'effet (post hoc ergo propter hoc)

L'erreur consiste à croire que parce qu'un phénomène A s'est déroulé avant le phénomène B (ou que B eut lieu après A) donc A est la cause de B (ou que B est la conséquence de A). Ce raisonnement reste erroné tant que la relation de causalité n'a pas été rigoureusement étudiée, documentée et comprise.
Exemple :
  • Le tremblement de terre a frappé la ville juste le jour après que nous ayons battu un record de température vieux de 10 ans, la chaleur doit être un important facteur déclenchant des tremblements de terre.
  • Après avoir pris un verre de salive de crapaud marinée, mon rhume a disparu, la bave de crapaud est très efficace contre le rhume
Cette erreur se rencontre très fréquemment dans le domaine de la médecine dite "alternative". Une personne qui subit un traitement de médecine parallèle et dont la santé s'améliore ensuite, pensera forcément que son amélioration sera due à ce traitement particulier. Mais si le traitement en question n'a jamais été éprouvé en double aveugle et n'est pas documenté sérieusement, l'amélioration pourra être expliquée par une foule d'autres raisons, comme l'effet placebo.


L'épouvantail

Cette erreur logique a lieu lorsque, que ce soit volontaire ou non, une personne attaque un argument différent de ce que son contradicteur a présenté. L'argument original est déformé, exagéré ou simplifié et est remplacé par un autre différent, souvent plus faible et plus facile à discuter. Beaucoup de gens utilisent cette "technique" dans le but de confondre leur contradicteur et de le faire passer pour un idiot ou pour le prendre en faute.
Exemple :
  • Les évolutionnistes disent que la vie sur Terre est apparue par hasard. N'importe quoi ! Comment un être humain ou un éléphant pourraient apparaître de la sorte ?


La charge de la preuve

Cette erreur est associée à celle de l'argument d'ignorance. Elle se réalise quand quelqu'un fait une déclaration à partir de quelque-chose qu'il ignore, tout en exigeant ensuite de son adversaire qu'il l'explique.
Exemple :
  • L'objet que j'ai vu dans le ciel n'était pas un avion, ni un ballon, ni un hélicoptère, ce ne peut être qu'un vaisseau spatial. Si tu ne me crois pas et bien explique-moi ce que c'était !
  • Après avoir bu de l'urine d'autruche diluée, mon rhume a disparu, et je n'ai rien pris d'autre, si tu ne crois pas en l'efficacité de ce remède alors explique-moi comment j'ai pu guérir.
Ce type de raisonnement est bien entendu erroné parce que la personne qui affirme est celle-là justement qui doit fournir la preuve, les éléments de preuve, soutenant son affirmation. La personne qui doute n'a pas à expliquer quoi que ce soit, plus encore, il lui est même parfois impossible de donner une explication tant qu'elle n'a pas vécu elle-même le phénomène.


L'appel à l'émotion

Ce raisonnement fallacieux est similaire à l'argument d'autorité. Il suppose que tout argument causant une émotion positive ne peut qu'être vrai, ou bien que son opposé est associé à des émotions négatives. L'utilisation la plus répandue de ce type de raisonnement est celle impliquant l'existence de dieu. Par exemple:

- Dieu doit exister car la croyance en dieu fait que la vie vaut la peine d'être vécue. Autrement que reste-t-il après la mort, sinon le néant ?


Le raisonnement ad hoc

Il s'agit d'une erreur subtile qui est souvent difficile à déceler. Dans son essence, c'est l'introduction arbitraire de nouveaux éléments dans un argument dans le but de le soutenir, ou de le fixer pour qu'il apparaisse comme valide. Comme, par exemple, le refus ad hoc de résultats négatifs de tests :

- La perception extra-sensorielle n'a jamais été prouvée par des tests réalisés dans des conditions rigoureuses, il ne s'agit pas d'un phénomène réel.
- C'est parce que la perception extrasensorielle ne marche pas en présence de gens qui n'y croient pas.


Confondre inexpliqué avec inexplicable

Le fait de ne pas avoir actuellement d'explication adéquate pour un phénomène ne signifie pas qu'il restera à jamais inexplicable, ou que cela défie les lois de la nature ni nécessite d'explication paranormale. Les créationnistes sont friands de ce type d'illusion argumentative. La théorie de l'évolution est encore parsemée de trous, d'inconnues immédiatement comblées par le bien nommé "dieu bouche-trou", qui permettrait de faire la lumière sur ce que les créationnistes considèrent comme inexplicable. L'histoire des sciences nous a pourtant enseigné que même le mystère le plus intransigeant peut éventuellement céder sous la pression de l'investigation scientifique.


Soutenir une conséquence

Tout argument de cette forme est résolument faux :
- Si A est vrai, alors B est vrai
- B est vrai
- Donc A est vrai
Exemple :
  • Si nous contaminons la rivière, alors il y aura une augmentation de la mortalité des poissons. Or, nous avons remarqué une augmentation de la mortalité des poissons, donc nous avons contaminé la rivière.


Nier un antécédent

Tout argumentaire reposant sur cette forme est également faux :
- Si A est vrai alors B est vrai
- A n'est pas vrai
- Donc B n'est pas vrai
En dépit du fait que cet argument est erroné, beaucoup de gens tombent dans le panneau sans s'en rendre compte.
Exemple :
  • Les personnes qui font partie d'organisations de sceptiques sont raisonnables et sensées, ainsi ceux qui n'en font pas partie sont des idiots.
  • Les chrétiens aiment leur prochain, ceux qui ne sont pas chrétiens sont tous des égoïstes


Pour aller plus loin :
- Crimes contre la logique. Comment ne pas être dupe des beaux-parleurs. Jamie Whyte
- Statistiques : Méfiez-vous ! Nicolas Gauvrit
- Attention, statistiques ! Joseph Klatzman
- Le débat immobile Marianne Doury
- Le livre qui rend fou ! de Raymond Smullyan
- Jouez à raisonner de J. Dumont, C. Schuster
- Le livre des paradoxes de Falletta-N
- Les influences inconscientes. De l'effet des émotions et des croyances sur le jugement. Ahmed Channouf
- Les labyrinthes de la raison : paradoxes, énigmes et fragilité de la connaissance de Poundstone-W

A lire aussi :
- Les variables de confusions
- Les pièges et erreurs statistiques
- Le pouvoir des coïncidences
- Les corrélations illusoires
- Les raisonnements fallacieux
- Erreurs de logique
- L’Art d'avoir toujours raison, de Shopenhauer
- Logique, énigmes et paradoxes.