Erreurs de raisonnement
et illusions logiques

(Suite)

L'attaque Ad Hominem

Dans ce cas, c'est la personne qui est attaquée au lieu que ses arguments soient analysés et contredits. L'attaque en question peut porter sur de multiples éléments de la personne comme son caractère, sa nationalité, ses rapports au sujet en question ou sa religion.

Exemple :


La pétition de principe

La pétition de principe est une erreur de raisonnement qui consiste à poser comme vrai au départ ce que l'on est supposé démontrer.

Exemple :

La conclusion est ici "le paranormal existe". La prémisse, devant permettre d'aboutir à la conclusion, est qu'il existe des événements de par le monde qui sont de nature paranormale. Ceci est une erreur de raisonnement, car avant de qualifier ces événements de paranormaux, encore faut-il prouver qu'ils sont effectivement paranormaux, ce qui permettrait, le cas échéant, d'accepter la conclusion finale (l'existence du paranormal).

La conclusion (l'urinothérapie est efficace) est tirée d'une prémisse (une méthode qui guérit) qui considère son efficacité comme déjà acquise. Or avant de dire que l'urinothérapie guérit, il faudrait apporter les preuves de son efficacité et de ses guérisons (par des études fiables par exemple).


La pente glissante

Elle consiste à déclarer une proposition comme inacceptable en soutenant que des conséquences inévitables (souvent mauvaises ou désastreuses) vont suivre, sans pour autant argumenter au sujet de cette "inévitabilité". Il s'agit d'un usage abusif et illégitime des locutions "si...donc..." et "si... alors...".

Exemples :


Le raisonnement circulaire

Cette erreur de raisonnement a lieu quand une assertion se soutient elle-même. C'est comme déclarer que quelque chose est vrai parce que c'est vrai. Présenté de cette manière, l'erreur semble évidente, mais le cercle des assertions revenant à la première (ou a une autre) assertion peut être suffisamment important pour confondre l'interlocuteur.

Exemples:

Dans le même ordre d'idées, la définition circulaire n'apporte rien non plus de plus au débat, il s'agit d'une définition qui contient le terme qui doit être défini comme faisant lui-même partie de la définition.

Exemple : "Un livre est considéré comme pornographique si et seulement si il contient de la pornographie. "


L'énumération des circonstances favorables

Il s'agit d'un mauvais emploi des statistiques pour soutenir une affirmation. Elle se produit seulement quand les cas soutenant l'affirmation sont gardés statistiquement, et ceux qui la réfutent sont rejetés ou oubliés.

Cette erreur se rencontre souvent chez ceux qui croient dans les rêves prémonitoires ou les "signes". On retrouve aussi fréquemment cette erreur de raisonnement dans la technique du cold reading. Les "ratés" l'emportent statistiquement largement sur les "réussites", mais la personne qui est cliente d'une séance de voyance par exemple, est tellement engagée émotionnellement qu'il/elle ne se souviendra que des réussites (qui souvent ne sont pas si exactes que ça, mais seulement approximatives), et oubliera les nombreux loupés, terminant en croyant que le voyant possède vraiment des pouvoirs psi.


La question complexe

Deux points sans aucun rapport sont réunis et traités en tant qu'une seule et même proposition. Le lecteur ou l'auditoire est censé accepter ou refuser les deux points ensemble, quand en réalité un est acceptable tandis que l'autre ne l'est pas. Une question complexe est une utilisation illégitime de l'opérateur "et".

Exemple :


L'appel à la popularité (Argumentum ad Populum)

Elle a lieu quand une idée ou une affirmation est acceptée comme vraie parce qu'un nombre important de personnes la considère comme vraie. Ou qu'une pratique, thérapeutique, un supplément ou médicament est considéré comme utile/efficace parce que utilisé/pratiquée par un grand nombre.

Une fois encore, l'histoire nous montre combien cette idée peut être fausse. Il fut un temps où tout le monde pensait que la terre était plate, que l'on ne pourrait survivre au-delà d'une vitesse de 40 Km/h, que la terre était au centre de l'univers, que la pleine lune causait plus de naissances, etc. Combien d'autres croyances acceptées autrefois par l'immense majorité se sont révélées être totalement fausses. Et combien sont encore acceptées de nos jours ?

L'appel à la popularité est aussi utilisé par de nombreux commerçants et sociétés, afin de placer leurs "produits" dans le grand public, fussent-ils totalement inutiles, inefficaces ou de viles arnaques, via les "enquêtes consommateurs" ou les différents labels existants ("produit de l'année", etc). L'appel à la popularité est l'autre nom de ce qu'on appelle le phénomène de preuve sociale (ou légitimation sociale).


Confondre la cause et l'effet (post hoc ergo propter hoc)

L'erreur consiste à croire que parce qu'un phénomène A s'est déroulé avant le phénomène B (ou que B eut lieu après A) donc A est la cause de B (ou que B est la conséquence de A). Ce raisonnement reste erroné tant que la relation de causalité n'a pas été rigoureusement étudiée, documentée et comprise.

Exemple :


Cette erreur se rencontre très fréquemment dans le domaine de la médecine dite "alternative". Une personne qui subit un traitement de médecine parallèle et dont la santé s'améliore ensuite, pensera forcément que son amélioration sera due à ce traitement particulier. Mais si le traitement en question n'a jamais été éprouvé en double aveugle et n'est pas documenté sérieusement, l'amélioration pourra être expliquée par une foule d'autres raisons, comme l'effet placebo.


L'épouvantail

Cette erreur logique a lieu lorsque, que ce soit volontaire ou non, une personne attaque un argument différent de ce que son contradicteur a présenté. L'argument original est déformé, exagéré ou simplifié et est remplacé par un autre différent, souvent plus faible et plus facile à discuter. Beaucoup de gens utilisent cette "technique" dans le but de confondre leur contradicteur et de le faire passer pour un idiot ou pour le prendre en faute.

Exemple :


La charge de la preuve

Cette erreur est associée à celle de l'argument d'ignorance. Elle se réalise quand quelqu'un fait une déclaration à partir de quelque chose qu'il ignore, tout en exigeant ensuite de son adversaire qu'il l'explique.

Exemple :


Ce type de raisonnement est bien entendu erroné parce que la personne qui affirme est celle-là justement qui doit fournir la preuve, les éléments de preuve, soutenant son affirmation. La personne qui doute n'a pas à expliquer quoi que ce soit, plus encore, il lui est même parfois impossible de donner une explication tant qu'elle n'a pas vécu elle-même le phénomène.


L'appel à l'émotion

Ce raisonnement fallacieux est similaire à l'argument d'autorité. Il suppose que tout argument causant une émotion positive ne peut qu'être vrai, ou bien que son opposé est associé à des émotions négatives. L'utilisation la plus répandue de ce type de raisonnement est celle impliquant l'existence de dieu. Par exemple:

- Dieu doit exister car la croyance en dieu fait que la vie vaut la peine d'être vécue. Autrement que reste-t-il après la mort, sinon le néant ?


Le raisonnement ad hoc

Il s'agit d'une erreur subtile qui est souvent difficile à déceler. Dans son essence, c'est l'introduction arbitraire de nouveaux éléments dans un argument dans le but de le soutenir, ou de le fixer pour qu'il apparaisse comme valide. Comme, par exemple, le refus ad hoc de résultats négatifs de tests :

- La perception extra-sensorielle n'a jamais été prouvée par des tests réalisés dans des conditions rigoureuses, il ne s'agit pas d'un phénomène réel.
- C'est parce que la perception extrasensorielle ne marche pas en présence de gens qui n'y croient pas.


Confondre inexpliqué avec inexplicable

Le fait de ne pas avoir actuellement d'explication adéquate pour un phénomène ne signifie pas qu'il restera à jamais inexplicable, ou que cela défie les lois de la nature ni nécessite d'explication paranormale. Les créationnistes sont friands de ce type d'illusion argumentative. La théorie de l'évolution est encore parsemée de trous, d'inconnues immédiatement comblées par le bien nommé "dieu bouche-trou", qui permettrait de faire la lumière sur ce que les créationnistes considèrent comme inexplicable. L'histoire des sciences nous a pourtant enseigné que même le mystère le plus intransigeant peut éventuellement céder sous la pression de l'investigation scientifique.


Soutenir une conséquence

Tout argument de cette forme est résolument faux :

- Si A est vrai, alors B est vrai
- B est vrai
- Donc A est vrai

Exemple :


Nier un antécédent

Tout argumentaire reposant sur cette forme est également faux :

- Si A est vrai alors B est vrai
- A n'est pas vrai
- Donc B n'est pas vrai

En dépit du fait que cet argument est erroné, beaucoup de gens tombent dans le panneau sans s'en rendre compte.

Exemple :


Pour aller plus loin :
- Crimes contre la logique. Comment ne pas être dupe des beaux-parleurs. Jamie Whyte.
- Statistiques : Méfiez-vous ! Nicolas Gauvrit.
- Vous avez dit hasard ? : entre psychologie et mathématiques. Nicolas Gauvrit.
- Astuces et manipulations mentales : Le guide des illusions psychologiques. Julien Labigne.
- Les influences inconscientes. De l'effet des émotions et des croyances sur le jugement. Ahmed Channouf.
- Les labyrinthes de la raison : paradoxes, énigmes et fragilité de la connaissance de Poundstone-W.

A lire aussi :
- Les variables de confusions.
- Les pièges et erreurs statistiques.
- Le pouvoir des coïncidences.
- Les corrélations illusoires.
- Les raisonnements fallacieux.
- Erreurs de logique.

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