Menteurs, guignols et autres imposteurs



 
Lunatique !
La Lune et ses effets (supposés)


"La preuve que la Lune est habitée,
c'est qu'il y a de la lumière.
"
Francis Blanche

Un magazine féminin titrait "Découvrez les pouvoirs de la Lune Noire", une autre feuille de choux populaire à fort tirage, mais à faible contenu, annonçait fièrement peu après : "connaissez les influences de votre Lune pour chaque signe", mais encore dans cet hebdomadaire TV : "Cette année 2003 sera difficile pour tous, cette année comporte 13 lunes!", titres aussi racoleurs que vides de contenu dont le seul but, en plus d'abrutir ses lecteurs en voulant leur décrocher la lune, reste de faire vendre et de rapporter un maximum aux maisons d'éditions vu le faible prix de revient de tels articles. A la suite de quoi, il sembla opportun de faire un bref tour de ce que cette chère Lune, à la lumière de ce que nous en savons aujourd'hui, pouvait encore promettre aux hommes du XXI° siècle.

Depuis la plus haute antiquité, l'homme a cherché à se situer dans le cosmos et a considéré ce dernier comme autant de manifestations divines. Dans certains cas les astres étaient eux-mêmes des dieux. Dans tous les cas les dieux gouvernaient les astres. Très tôt, l'observation minutieuse du ciel montra que sur un fond étoilé apparemment fixe se mouvaient les astres. Le plus net des mouvements étant bien sûr celui du Soleil : les jours et les nuits, le rythme des saisons ont depuis toujours réglé la vie des hommes (moins, il est vrai, pour les pays proches de l'Equateur). Les crues des fleuves qu'il s'agisse du Nil, de l'Euphrate ou du Huang-ho, ont inscrit dans l'esprit des hommes des rythmes de la nature immuables, toujours recommencés. Et l'observation des phases de la Lune a lié cette périodicité au mouvement des astres dans le ciel.

Ainsi, les rapports entre les évènements affectant les astres (comme les éclipses) et les péripéties terrestres sont apparus comme naturels, de là est née l'astrologie, mère (dans le temps) de l'astronomie. Rotation, périodicité, astres, dieu(x) se trouvaient donc naturellement liés dans l'Antiquité, tant en Mésopotamie qu'en Egypte et en Chine. Cette idée de rotation périodique apparut d'abord chez les Sumériens, les Babyloniens et les Égyptiens. Le système Terre-Lune-Soleil, constitué par des rotations autour de la Terre, permettait de prédire un certain nombre de phénomènes. C'est ainsi que les anciens confectionnèrent des calendriers, des éphémérides et des tables astronomiques prévoyant fort bien les éclipses. Les Babyloniens s'y montrèrent les plus habiles, même si les Égyptiens ont inventé le calendrier le plus astucieux (où l'année comptait déjà 365 jours) et même si les Hindous ont sans doute, eux aussi, dressé une carte du ciel relativement précise.


Le dieu Lune

La lune a toujours été dotée, dans les croyances des peuples, de forces influant sur les rythmes et les cycles de la vie. Ses multiples visages ont alimenté de nombreux mythes et légendes.

La Lune apparaît en général comme la soeur ou le frère du Soleil : ainsi en Grèce, Artemis, déesse de la fécondité et des fauves identifiée à la Lune (Séléné), est la soeur d'Apollon assimilé au Soleil (Hélios); au Japon, le dieu Izanagi fait sortir de son oeil gauche la déesse-Soleil Amaterasu et de son oeil droit le dieu-Lune Tsukiyomi; au Pérou, Manco Cápac est le frère et l'époux de Mama Oello, la Lune; il en va de même pour Freyr et Freyja, le Soleil et la Lune des Scandinaves. Dans l'Inde védique, enfin, les noces de Soma, dieu lunaire, avec Sõrya, Soleil femelle, représentent l'archétype du mariage humain. Dans un mythe de Lettonie, le Soleil fécondé par la Lune enfante les étoiles : la Lune ayant été infidèle, le Soleil la poursuivra à travers le ciel pour la couper en morceaux à coups d'épée.

En Babylonie, le dieu-Lune Sin est le père de la planète Vénus. Ashtarté (l'Innina des Sumériens). Dans l'ancien Mexique, où la planète Vénus (Xolotl) occupe une place importante dans le comput du temps, cet astre est identifié au dieu Quetzalcóatl (le serpent à plumes), divinité civilisatrice et aussi dieu qui meurt et qui renaît. En Egypte, Khonsu est le dieu de la Lune possédant un temple à Karnak et est souvent représenté sous la forme d'un enfant porteur d'un croissant de Lune au-dessus de la tête, il était considéré comme le chef des mauvais génies apportant les maladies et la mort, concevant les destins et ayant un rôle déterminant dans la vie des hommes.


Le satellite Lune

De toutes ces mythologies, de ces mythes, contes et légendes nous reste la croyance, fortement ancrée dans les esprits, que la Lune a toujours et encore une influence "magique" sur les hommes même si de nos jours, ces influences se sont quelque peu désacralisées ou plutôt "laïcisées". Elles s'expriment maintenant par le fait que la Lune influencerait notre avenir, via l'astrologie alors que contrairement à l'antiquité qui l'a vu naître, nous connaissons le ciel, l'univers et les astres dans leur substance et son histoire grâce à l'astronomie et l'astrophysique. Mais cette Lune aurait aussi une forte influence sur les naissances, sur notre comportement (violence, agressions, sommeil, suicides, etc...), sur les animaux, sur la pousse des cheveux, des ongles, sur la décoloration des vêtements voire sur les carrosseries des véhicules, permettrait même de maigrir, etc. sans parler des loups-garous, mais là je suis moins sûr...

Mais la Lune reste l'objet de nombreuses superstitions. Voyons ce que nous trouvons à la rubrique "Lune" du "Dictionnaire des superstitions et des croyances" de Pierre Canavaggio :

"Il n'est pas excellent de naître sous le signe de la Lune. Cela parce qu'elle passe par quatre états :
  • dans le premier elle est chaude et humide,
  • dans le second elle est chaude et sèche jusque dans sa plénitude,
  • dans le troisième elle devient froide à mesure qu'elle décroît,
  • dans le quatrième elle conserve sa froideur jusqu'à ce qu'elle s'approche du soleil. C'est dans ce dernier état qu'elle corrompt ce qui est humide.
C'est également à cause de ces quatre états qu'elle intervient sur le temps :
La lune pâle fait la pluie,
Elle baigne, il faut qu'on l'essuie,
L'argentine annonce le beau temps,
Et la rouge amène le vent.
Lorsque les cornes de la lune sont embrumées, c'est signe de pluie. Si elles sont pointues et nettes, le beau temps s'annonce et durera. En hiver, elles annoncent qu'il va geler très fort.
La lune rousse, qui suit celle du temps de Pâques ou celle qui débute en avril, a très mauvaise réputation. Les jardiniers et les cultivateurs l'accusent de rouiller les bourgeons et les jeunes pousses :
"Lune rousse, Vide bourse"
ou encore :
"Récolte n'est arrivée, Que la lune rousse soit passée."
et enfin
"L'hiver n'est terminé que lorsque la lune rousse a décliné."
A la première apparition de la lune, il faut :
  • si l'on veut être riche, en faire le voeu en tenant une pièce d'argent dans sa main droite,
  • pour que la lunaison qui commence soit favorable, cracher dans ses mains et les passer ensuite sur son visage,
  • ne pas passer d'actes officiels ayant rapport avec l'argent, au 7° et au 9° jour de la lune nouvelle.
On peut s'attendre à des malheurs si l'on regarde la lune nouvelle par dessus son épaule gauche ou si on la découvre pour la première fois au travers d'une vitre fermée. Aperçue au travers du feuillage d'un arbre, la lune est bénéfique.

En Anjou on dit : "Quand décroîtra la lune, ne sème chose aucune." (C'est marrant mais ça me rappelle quelque-chose ça !)

L'influence de la lune s'exprime dans cette loi : "Que tout ce qui croît au-dessus de la terre soit semé en lune croissante. Tout ce qui croît en dessous, en décours."
Il ne faut jamais faire couper ses cheveux ni ses ongles à la lune déclinante. On gâche son linge si on commence une lessive au premier jour de la lune montante. Celui qui est réveillé par la lumière de la lune rouge risque un accident. il faut qu'il se méfie des dangers de la circulation."

Si on parle ici de croyances et de superstitions dans ces "pouvoirs" lunaires, c'est bien parce que c'est de cela qu'il s'agit, rien n'a jamais été prouvé, aucune expérience sérieuse, objective et scientifique n'a été réalisée par les supporters de l'effet lunaire corroborant ces affirmations, ou prouvant ces diverses influences. Il s'agit pour la plupart de dictons, d'anecdotes, élevés au rang de faits au fil des années voire des siècles. Ou bien même d'une espèce d'auto persuasion du personnel médical, des policiers, etc... entretenue comme il faut par les média peu au fait de la démarche scientifique. Beaucoup de choses ont été écrites pour la plupart plus ou moins ésotériques, mystiques visant surtout souvent un public déjà conquis. Hormis l'"influence" gravitationnelle dont nous parlerons plus loin, rien de bien sérieux ne peut être apporté à l'argumentation de ceux qui affirment que la lune joue un rôle et a un effet quelconque autre que gravitationnel, tout ce qui est colporté ici ou là, répété tel le phénomène de la légende urbaine, ne repose que sur du vent, et ce ne sont pas les astrologues, que la lune soit noire ou pleine, qui diront le contraire. D'aucuns affirment que la Lune agirait sur le liquide amniotique de la mère, provoquant la perte des eaux et l'accouchement. Ce serait pour cette raison que l'on assiste à un plus grand nombre de naissances au moment des changements de phase lunaire... sans rire ?

En fait, certaines expériences, ou plutôt études, ont bien été menées afin de quantifier l'influence de la Lune sur les naissances. Il suffisait pour ce faire de tout simplement relever les jours de pleine lune et de les comparer au registre des naissances d'une ou plusieurs maternités données. Une de ces études, datant de 1984, a porté sur un total de 3324 naissances relevées dans deux hôpitaux de Montreal durant une période de 16 mois; les résultats furent sans appel : aucune augmentation ne fut notée ni pendant les jours de pleine Lune, ni pendant les jours précédents ou suivants les nuits de pleine lune. Une étude américaine publiée en 1967 relevant les naissances entre 1948 et 1957 et entre 1961 et 1963 fut sans résultats probants pour les partisans des naissances lunaires, elle fut plutôt même contradictoires. Et comme tout phénomène auto-alimenté et non réfléchi (surtout quand on est dans la Lune) lorsqu'une journée est bien chargée dans une maternité, le personnel hospitalier, ou les patients eux-mêmes, affirment, sans parfois l'avoir vérifié, qu'il s'agit d'une nuit de pleine Lune, tandis que lorsque que l'on prend le temps de vérifier et qu'on s'aperçoit que ce n'était pas le cas, l'incident est clos et on oublie pour ne retenir que les jours/nuits où la lune était effectivement présente. Le témoignage humain étant ce qu'il est, peu fiable, seul un relevé détaillé peut faire la différence et offrir des données qui puissent être considérées avec toute l'objectivité nécessaire pour faire la chasse aux idées reçues.

D'autres enquêtes statistiques sont venues conforter les doutes du pouvoir accoucheur de la lune comme celle de Criss et Marcum réalisée sur 140 000 naissances à New York au cours de l'année 1968 qui, eux, préféraient le dernier quartier, celle de Ducher sur les naissances françaises entre janvier 1970 et décembre 1975 plus sensibles à la nouvelle lune, et celle de Guillon, Lanzac et Soutoul portant sur 5 927 978 naissances en France entre 1968 et 1974 qui ne profita pas non plus à la pleine lune. Le mythe tire sans doute son origine d'une association avec le sexe féminin, elle-même probablement basée sur une analogie rapide entre le cycle lunaire et le cycle menstruel de la femme, qui pourtant ne s'accorde pas.

Mais la fertilité ou les naissances ne sont pas les seules concernées, voici ce qu'on pouvait trouver dans un hebdomadaire de jardinage comme seule argumentation à son dossier "Spécial Lune" :
"Semer, bouturer, tailler, des gestes importants qui ont besoin d'exactitude, d'attention, de précision pour réussir. Autant mettre toutes les chances de son côté en les effectuant sous l'influence de la lune. Tour à tour montant puis descendant, l'astre lunaire se déplace devant les constellations zodiacales et exerce une influence variable sur les plantes." (même l'astrologie est de la fête !)

"Semer en lune montante favorise l'ascension de la sève dans la partie aérienne des plantes, pour que les graines germent et se développent. Durant cette phase lunaire, travaillez le sol qui doit accueillir les futurs semis, parce qu'il est alors plus réceptif aux influences du ciel" (astrologie, le retour)

Outre le fait qu'il est assez drôle de constater le rapport étriqué qui est fait entre lune "montante" et l'"ascension" de la sève, tous deux faisant référence au verbe "monter", les auteurs de cet article se ridiculisent encore plus en mettant en scène leur observation terrestre pour asseoir leur croyance, en effet, si la Lune, depuis la Terre semble "monter", cela n'est plus du tout vrai lorsque l'observateur se situe hors de la Terre, elle tourne autour, point. On comprendra donc vite qu'affecter du verbe "monter" la Lune pour la faire coller à la sève qui, elle aussi monte, est relativement simplet (ou terre à terre), mais il paraît que tout cela est objectif... Reste que plusieurs de ces revues de jardinage, ou almanachs, proposent des agenda pour "bien jardiner avec la lune", le problème est qu'à bien les regarder, ils se contredisent souvent ! Les plantes étant essentiellement composées d'eau, l'attraction lunaire aurait le pouvoir de faire monter la sève et aider la pousse. Mais qu'en est-il de l'attraction terrestre autrement plus importante qui devrait les plaquer au sol ? A-t-on déjà remarqué un verre d'eau ou une piscine se mettant à déborder les soirs de pleine lune ?



Mais sur quoi, sur quelles expériences ou faits, reposent ces affirmations pour le moins péremptoires ? Sur rien d'autre qu'une autre affirmation tout aussi péremptoire : "La lune, depuis 3000 ans que ça marche !" Tu parles d'une preuve ! En fait, une nouvelle version de la culture anthroposophique de Steiner et son agriculture "biodynamique". Et lorsqu'on pose la question au rédacteur du fameux article, curieux que l'on est en espérant qu'il nous éclairera de sa science en nous apportant ses éléments de preuves, que répond-il ? Que ces pratiques sont traditionnelles et issues d'une "expérience" multimillénaire en jardinage ! Comment diable ose-t-on remettre en cause des siècles de "pratique" et les ranger au rayon des vieilles lunes ?

Un schéma identique se retrouve chez les personnes souffrant d'insomnies, affirmant qu'il s'agissait sans doute aucun d'un soir de pleine lune, chose qui, si elle s'avère vraie, n'efface pas pour autant toutes ces nuits d'insomnies sans Lune où vous vous levez mal luné ! Pour comparer et tirer des conclusions, mieux vaut ici aussi avoir des chiffres fiables et des relevés objectifs. Rien de plus simple, il suffirait de relever pendant un laps de temps assez long ces nuits d'insomnies, leur durée et les comparer aux nuits d'insomnies sans pleine lune. Pour bien faire, il faudrait en plus bien prendre soin de ne pas regarder le calendrier pour ne pas savoir quand les pleines lune auront lieu pour ne pas être influencé, et faire la même chose en relevant les nuits de pleine lune sans insomnies. En 1996, a été publié un article dans la revue Skeptical Inquirer au sujet du taux d'agressions et d'homicides les soirs de pleine lune, titré "The Moon Was Full and Nothing Happened (La Lune était pleine et il ne s'est rien passé)". Selon les auteurs : "Les phases de la lune ne représenteraient pas plus de trois centièmes de 1% de la variabilité des comportements qualifiés de "folie", un chiffre trop minime pour être d'une valeur ou d'une signification réelles."

Dans la même veine, les affirmations selon lesquelles la Lune décolorerait les vêtements laissés sur le fil à linge une nuit bien éclairée, voire les rideaux ou même les carrosseries de véhicules à force d'exposition lunaire restent tout aussi infondées. Il faut savoir que lors de sa phase visible, la Lune ne réfléchit que 8,3 % de la lumière qu'elle reçoit du Soleil, ce qui est bien peu face à la capacité de nuire du Soleil en pleine journée par l'émission d'ultraviolets autrement plus conséquents, et ce malgré l'action nocturne du peroxyde d'hydrogène qui peut nuire aux couleurs du linge, sachant que c'est bien ce dernier qui peut décolorer, associé au reflet de la lumière solaire sur la lune, et non pas l'action de la lune en soi.


Qu'en est-il vraiment ?

L'argument le plus souvent opposé en faveur des pouvoirs de notre satellite est celui, beaucoup plus rationnel, de son influence gravitationnelle dont on peut avoir un exemple à travers le phénomène des marées. Bien entendu la Lune a une influence gravitationnelle sur la Terre, il ne s'agit plus comme au temps de Kepler d'anges qui battaient des ailes et poussant chaque planète dans son orbite, la loi de la gravitation affirme que deux corps exercent l'un sur l'autre une force qui varie comme l'inverse du carré de la distance qui les sépare et comme le produit de leurs masses. Mathématiquement nous l'exprimons par la formule F = G(mm')/r²

la constante gravitationnelle G multipliée par le produit des deux masses, divisée par le carré de la distance. Or au vu de cette formule, il est clair que nous subissons (et tous les objets terrestres avec nous) autrement plus l'influence gravitationnelle de la Terre (c'est ce qui nous maintient dessus) annihilant celle de la Lune dont la masse est beaucoup moins importante et située à une distance de 384 400 kilomètres. De la même manière la Lune ne subit principalement que l'influence gravitationnelle de la Terre (même si elle s'en éloigne un petit peu chaque année) à cause de sa proximité ce qui lui permet de rester sur son orbite au lieu de s'en aller vers le Soleil.

L'effet des marées est la conséquence de la force gravitationnelle lunaire mais celle-ci produit ses effets sur Terre uniquement sur des objets dont la masse est très importante comme les océans ou la croûte terrestre, alors que cette force gravitationnelle lunaire est nulle sur des objets aussi minuscules que peuvent l'être les êtres humains ou les animaux. On peut d'ailleurs constater que les mers fermées (donc plus petites que les grands océans) n'ont pas de marées (ou insignifiantes) malgré leur surface et leur masse autrement plus importante que celle d'un individu. Le Soleil a une force de gravitation 200 fois supérieure sur un être humain à celle de la Lune même si sa force de marée lui est inférieure de moitié. La montagne toute proche, de par sa masse, exerce elle aussi sur l'homme une force de gravitation égale à la moitié de celle de la Lune et une force de marée 100 000 fois supérieure à celle de la Lune. En effet, "La physique du globe n'est pas la physique de l'individu" comme l'écrit H.BROCH dans son ouvrage "Au coeur de l'extra-ordinaire" qui donne cet exemple particulièrement intéressant :

"Prenons comme exemple, sur la face de la Terre dirigée vers la Lune, un nourrisson que sa mère enlace tendrement et serrant lui-même un petit ours en peluche dans ses bras. Nous avons le résultat suivant :

  • le rapport F1/F2 des forces de marée respectives créées par la Lune (de masse M1 située à la distance D1 du point ou de l'individu qui nous intéresse, c'est-à-dire sur lesquelles les forces s'exercent) et par un autre corps, quel qu'il soit (de masse M2 situé à la distance D2), est égal à M1/M2 multiplié par (D2/D1)³. (noter qu'il s'agit bien du cube des distances et non du carré)
  • le calcul numérique nous montre que le petit ours en peluche exerce sur le nourrisson une force de marée 20 000 fois plus grande que celle de la Lune. Quant à la mère, la force marémotrice qu'elle exerce sur le nourrisson est plus de 10 millions de fois (calcul fait pour le point terrestre le plus près de la Lune) supérieure à celle de la Lune !"


Tableau comparatif des forces de gravitation et de marée exercées sur un être humain
(tiré de http://www.obspm.fr/savoirs/contrib/astrologie.fr.shtml)

Objet
Masse (kg)
Distance (m)
Force de gravitation
1/d2
(Lune=1)
Force de marée
1/d3
(Lune=1)
Lune
7.1022
4.108
1
1
Soleil
2.1030
1,5.1011
200
0,5
Mars
6.1023
8.1010
2.10-4
1.10-6
Jupiter
2.1027
6,5.1011
1.10-2
6.10-6
Montagne
1012
2000
0,5
100 000
Tour Eiffel
2.108
500
2.10-3
1 600
Médecin accoucheur
100
1
2.10-4
80 000

Où l'on se rend compte que l'intensité de la force gravitationnelle du soleil est 200 fois plus importante que celle de la Lune, et que la montagne, la Tour Eiffel et le médecin ont une force de marée respectivement 100 000, 1600 et 80 000 fois plus importante que la Lune sur l'être humain. Moralité : la prochaine fois que votre femme accouche, pensez donc d'abord à vérifier qu'il fait jour et que vous êtes à proximité d'une montagne ou près de la Tour Eiffel, la cause des contractions pourrait bien leur être imputée (sic).


Enfin, et moins connu, le mythe selon lequel les sapins de Noël coupés juste avant la pleine lune se conserveraient mieux que les autres a été contredit par une étude universitaire allemande. Les auteurs de cette étude empirique de la Technische Universitaet de Dresde, ont coupé 16 sapins et les ont conservés selon divers procédés. Selon une vieille coutume paysanne, les arbres coupés trois jours avant la 11ème pleine lune de l'année se conserveraient jusqu'à la nouvelle année. Il n'en a rien été. En revanche, d'autres "recettes de grand-mère" se sont révélées beaucoup plus efficaces : ainsi, des arbres aux troncs légèrement fendillés, plongés dans l'eau claire, "se portent le mieux" car ils sont mieux hydratés. L'eau sucrée semble également avoir son petit effet, selon le professeur Claus-Thomas Bues. Les recommandations de certains vendeurs d'arbres de Noël qui conseillent de garder l'arbre au sec, dans de l'eau salée ou de les hydrater au vaporisateur n'ont en revanche pas d'effets positifs. Elles ont même tendance à accélérer la chute des aiguilles, selon l'étude. Un sapin fraîchement coupé de 2,5 m de haut a besoin de quelque 1,5 litre d'eau quotidiennement pendant les trois premiers jours, une consommation qui se tasse à 0,5 litre par la suite, a également révélé cette étude dont les auteurs, modestes, s'attachent néanmoins à souligner qu'elle n'est pas fiable à 100%.

Pour terminer et se remuer un peu les neurones avant la sieste, quelques questions, et non des moindres, que l'on peut se poser, et auxquelles il faudrait bien que les charlatans de la lune répondent : pourquoi, alors que la Lune n'est pas éclairée dans sa totalité par le Soleil (premier ou dernier quartier), ne lui impute-t-on pas les effets qui lui sont donnés lorsqu'elle est pleine, bien qu'elle soit bien aussi présente à ce moment là dans sa totalité ? Car évidemment, un quartier de Lune ne signifie pas que l'autre côté non éclairé soit resté dans les enfers ! Pourquoi ne reconnaît-on à la Lune une influence que la nuit alors qu'elle est souvent présente aussi le jour, même si on ne la voit pas si bien du fait de la présence du soleil ? Doit-on en conclure que c'est le couple Lune/nuit qui lui permet de déployer ses effets magiques ? Auquel cas il faudrait peut-être expliquer pourquoi et comment, les habitants des pôles n'étant de ce fait pas concernés 6 mois de l'année ! Enfin, les changements de temps dont la lune est accusée sont un peu fort (réfutés par les relevés statistiques) quand on pense qu'un changement de lune est absolu, une nouvelle lune à Paris est nouvelle lune dans le reste du monde, le temps change-t-il aussi en même temps partout ?

Le mythe de la pleine Lune ne s'applique en effet que lorsque celle-ci est parfaitement claire, de nuit, ce qui, au regard des connaissances actuelles est une aberration, en fait, ces croyances ressemblent fort à celles de l'astrologie, le pouvoir des planètes est omniprésent même si certaines personnes qui ne croient pas en l'astrologie espèrent faire oeuvre de raison en invoquant l'influence lunaire, en tout cas, il fait les choux gras de bien des magazines ou autres bouquins dédiés à l'astrologie, au "pouvoir" de la Lune et autres fadaises qui vous promettent la lune.

Petite correction, car pour ce qui est de la lune de votre conjoint, sachez que c'est sûr et prouvé : elle a une influence sur votre comportement, c'est un puissant excitant !


A lire :
- Astrologie, derrière les mots. Laurent Puech
- Au coeur de l'extra-ordinaire, Henri BROCH
- Astrologie : Art, Science... ou Imposture ? Frédéric LEQUEVRE
- L'astrologie. P. Couderc
- Les charlatans du ciel A. Gillot-Petre

A visiter :
- La Lune
- La Lune et les maladies mentales.
- Does The Full Moon Influence Behavior ? (La pleine lune influence-t-elle le comportement ?) - Revue de plusieurs études en anglais
- Cycles lunaires et comportements violents (Etude en anglais)
- Naissances et phases de la lune (Etude en anglais)
- Phases lunaires et admissions psychiatriques (Etude en anglais)
- L'article (en anglais) de Robert T. Caroll "full moon and lunar effects" (Pleine lune et effets lunaires)
- La folie de la pleine lune