Lunatique !

La Lune et ses effets (supposés)
(Suite)

Si on parle ici de croyances et de superstitions dans ces "pouvoirs" lunaires, c'est bien parce que c'est de cela qu'il s'agit, rien n'a jamais été prouvé, aucune expérience sérieuse, objective et scientifique n'a été réalisée par les supporters de l'effet lunaire corroborant ces affirmations, ou prouvant ces diverses influences. Il s'agit pour la plupart de dictons, d'anecdotes, élevés au rang de faits au fil des années voire des siècles. Ou bien même d'une espèce d'auto persuasion du personnel médical, des policiers, etc... entretenue comme il faut par les média peu au fait de la démarche scientifique.

Beaucoup de choses ont été écrites pour la plupart plus ou moins ésotériques, mystiques visant surtout souvent un public déjà conquis. Hormis l'"influence" gravitationnelle dont nous parlerons plus loin, rien de bien sérieux ne peut être apporté à l'argumentation de ceux qui affirment que la lune joue un rôle et a un effet quelconque autre que gravitationnel, tout ce qui est colporté ici ou là, répété tel le phénomène de la légende urbaine, ne repose que sur du vent, et ce ne sont pas les astrologues, que la lune soit noire ou pleine, qui diront le contraire. D'aucuns affirment que la Lune agirait sur le liquide amniotique de la mère, provoquant la perte des eaux et l'accouchement. Ce serait pour cette raison que l'on assiste à un plus grand nombre de naissances au moment des changements de phase lunaire... sans rire ?

En fait, certaines expériences ont bien été menées afin de quantifier l'influence de la Lune sur les naissances. Il suffisait pour ce faire de tout simplement relever les jours de pleine lune et de les comparer au registre des naissances d'une ou plusieurs maternités données. Une de ces études, datant de 1984, a porté sur un total de 3324 naissances relevées dans deux hôpitaux de Montreal durant une période de 16 mois; les résultats furent sans appel : aucune augmentation ne fut notée ni pendant les jours de pleine Lune, ni pendant les jours précédents ou suivants les nuits de pleine lune. Une étude américaine publiée en 1967 relevant les naissances entre 1948 et 1957 et entre 1961 et 1963 fut sans résultats probants pour les partisans des naissances lunaires, elle fut plutôt même contradictoires. Et comme tout phénomène auto-alimenté et non réfléchi (surtout quand on est dans la Lune) lorsqu'une journée est bien chargée dans une maternité, le personnel hospitalier, ou les patients eux-mêmes, affirment, sans parfois l'avoir vérifié, qu'il s'agit d'une nuit de pleine Lune, tandis que lorsque que l'on prend le temps de vérifier et qu'on s'aperçoit que ce n'était pas le cas, l'incident est clos et on oublie pour ne retenir que les jours/nuits où la lune était effectivement présente. Le témoignage humain étant ce qu'il est, peu fiable, seul un relevé détaillé peut faire la différence et offrir des données qui puissent être considérées avec toute l'objectivité nécessaire pour faire la chasse aux idées reçues.

D'autres enquêtes statistiques sont venues conforter les doutes du pouvoir accoucheur de la lune comme celle de Criss et Marcum réalisée sur 140 000 naissances à New York au cours de l'année 1968 qui, eux, préféraient le dernier quartier, celle de Ducher sur les naissances françaises entre janvier 1970 et décembre 1975 plus sensibles à la nouvelle lune, et celle de Guillon, Lanzac et Soutoul portant sur 5 927 978 naissances en France entre 1968 et 1974 qui ne profita pas non plus à la pleine lune. Le mythe tire sans doute son origine d'une association avec le sexe féminin, elle-même probablement basée sur une analogie rapide entre le cycle lunaire et le cycle menstruel de la femme, qui pourtant ne s'accorde pas.

Mais la fertilité ou les naissances ne sont pas les seules concernées, voici ce qu'on pouvait trouver dans un hebdomadaire de jardinage comme seule argumentation à son dossier "Spécial Lune" :

"Semer, bouturer, tailler, des gestes importants qui ont besoin d'exactitude, d'attention, de précision pour réussir. Autant mettre toutes les chances de son côté en les effectuant sous l'influence de la lune. Tour à tour montant puis descendant, l'astre lunaire se déplace devant les constellations zodiacales et exerce une influence variable sur les plantes." (même l'astrologie est de la fête !)

"Semer en lune montante favorise l'ascension de la sève dans la partie aérienne des plantes, pour que les graines germent et se développent. Durant cette phase lunaire, travaillez le sol qui doit accueillir les futurs semis, parce qu'il est alors plus réceptif aux influences du ciel" (astrologie, le retour)

Outre le fait qu'il est assez drôle de constater le rapport étriqué qui est fait entre lune "montante" et l'"ascension" de la sève, tous deux faisant référence au verbe "monter", les auteurs de cet article se ridiculisent encore plus en mettant en scène leur observation terrestre pour asseoir leur croyance. En effet, si la Lune, depuis la Terre semble "monter", cela n'est plus du tout vrai lorsque l'observateur se situe hors de la Terre, elle tourne autour, point. On comprendra donc vite qu'affecter du verbe "monter" la Lune pour la faire coller à la sève qui, elle aussi monte, est relativement simplet (ou terre à terre), mais il paraît que tout cela est objectif... Reste que plusieurs de ces revues de jardinage, ou almanachs, proposent des agenda pour "bien jardiner avec la lune", le problème est qu'à bien les regarder, ils se contredisent souvent ! Les plantes étant essentiellement composées d'eau, l'attraction lunaire aurait le pouvoir de faire monter la sève et aider la pousse. Mais qu'en est-il de l'attraction terrestre autrement plus importante qui devrait les plaquer au sol ? A-t-on déjà remarqué un verre d'eau ou une piscine se mettant à déborder les soirs de pleine lune ?

Mais sur quoi, sur quelles expériences ou faits, reposent ces affirmations pour le moins péremptoires ? Sur rien d'autre qu'une autre affirmation tout aussi péremptoire : "La lune, depuis 3000 ans que ça marche !" Tu parles d'une preuve ! En fait, une nouvelle version de la culture anthroposophique de Steiner et son agriculture "biodynamique". Et lorsqu'on pose la question au rédacteur du fameux article, curieux que l'on est en espérant qu'il nous éclairera de sa science en nous apportant ses éléments de preuves, que répond-il ? Que ces pratiques sont traditionnelles et issues d'une "expérience" multimillénaire en jardinage ! Comment diable ose-t-on remettre en cause des siècles de "pratique" et les ranger au rayon des vieilles lunes ?

Un schéma identique se retrouve chez les personnes souffrant d'insomnies, affirmant qu'il s'agissait sans doute aucun d'un soir de pleine lune, chose qui, si elle s'avère vraie, n'efface pas pour autant toutes ces nuits d'insomnies sans Lune où vous vous levez mal luné ! Pour comparer et tirer des conclusions, mieux vaut ici aussi avoir des chiffres fiables et des relevés objectifs. Rien de plus simple, il suffirait de relever pendant un laps de temps assez long ces nuits d'insomnies, leur durée et les comparer aux nuits d'insomnies sans pleine lune. Pour bien faire, il faudrait en plus bien prendre soin de ne pas regarder le calendrier pour ne pas savoir quand les pleines lune auront lieu pour ne pas être influencé, et faire la même chose en relevant les nuits de pleine lune sans insomnies. En 1996, a été publié un article dans la revue Skeptical Inquirer au sujet du taux d'agressions et d'homicides les soirs de pleine lune, titré "The Moon Was Full and Nothing Happened (La Lune était pleine et il ne s'est rien passé)". Selon les auteurs : "Les phases de la lune ne représenteraient pas plus de trois centièmes de 1% de la variabilité des comportements qualifiés de "folie", un chiffre trop minime pour être d'une valeur ou d'une signification réelles."

Dans la même veine, les affirmations selon lesquelles la Lune décolorerait les vêtements laissés sur le fil à linge une nuit bien éclairée, voire les rideaux ou même les carrosseries de véhicules à force d'exposition lunaire restent tout aussi infondées. Il faut savoir que lors de sa phase visible, la Lune ne réfléchit que 8,3 % de la lumière qu'elle reçoit du Soleil, ce qui est bien peu face à la capacité de nuire du Soleil en pleine journée par l'émission d'ultraviolets autrement plus conséquents, et ce malgré l'action nocturne du peroxyde d'hydrogène qui peut nuire aux couleurs du linge, sachant que c'est bien ce dernier qui peut décolorer, associé au reflet de la lumière solaire sur la lune, et non pas l'action de la lune en soi.

   


Pour aller plus loin :
- Au coeur de l'extra-ordinaire, Henri BROCH.
- Astrologie : Art, Science... ou Imposture ? Frédéric LEQUEVRE.
- L'astrologie. P. Couderc.

A visiter :
- Les dernières études et nouvelles sur la Lune.
- Jardiner avec la lune : mythe ou réalité ? Société Nationale d'Horticulture en France.
- La Lune et les maladies mentales.
- Does The Full Moon Influence Behavior ? (La pleine lune influence-t-elle le comportement ?) - Revue de plusieurs études en anglais
- Naissances et phases de la lune (Etude en anglais)
- Phases lunaires et admissions psychiatriques (Etude en anglais).

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