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(Suite)

David W. Ramey

La thérapie des champs électromagnétiques pulsés

La synthèse et la réparation de la matrice extracellulaire sont sujets à régulation à la fois par des agents chimiques (tels que les cytokines et les facteurs de croissance) et par des agents physiques, principalement des stimuli mécaniques et électriques. La nature précise de tels signaux électromécaniques n'est pas connue. Dans les os, les signaux mécaniques et électriques pourraient réguler la synthèse de la matrice extracellulaire en stimulant les signaux conduisant au niveau de la membrane cellulaire6, 7. Dans les tissus mous, les champs de courant électrique alternatif induisent une redistribution des protéines de la membrane cellulaire intégrale, qui, hypothétiquement, pourrait initier des cascades de signaux de transduction, et causer une réorganisation des structures cytosqueletiques 8. Cependant, l'hypothèse selon laquelle les signaux électriques pourraient être à l'origine d'un transfert d'information dans ou vers les cellules n'a jamais été prouvée, ni réfutée.

Il y a assez de preuves montrant qu'il existe une activité électrique dans le corps humain. Par exemple, les courants électriques des battements de coeur peuvent être mesurés, et sont aussi générés dans la production d'os. Les densités de courant électrique endogènes, produites par les enregistrements mécaniques des os sous conditions physiologiques, approchent 1 Hz et 0.1 - 1.0 microA/cm²9. Ainsi, il existe une théorie selon laquelle l'application d'un courant électrique approprié, soit directement à travers des câbles, ou indirectement par l'induction d'un champ magnétique, pourrait affecter les tissus corporels de plusieurs façons. Le terme "approprié" dans la phrase précédente est très important, étant donné que les cellules et les tissus répondent à toute une variété de configurations de signaux électriques, dans des directions suggérant un degré de spécificité à la fois pour les tissus affectés et le signal lui-même.

L'application de la thérapie des champs électromagnétiques la plus largement étudiée en médecine humaine, est celle du traitement de la fracture. Bien que les mécanismes restent indéterminés, plusieurs études rapportent que les champs électriques, générés par un champ électromagnétique pulsé, stimulent les processus biologiques pertinents dans l'ostéogenèse 10, 11, 12 et la greffe des os 13, 14. Cette forme de thérapie est approuvée dans le traitement des fractures et chez les êtres humains. L'efficacité du traitement est soutenue en fait par deux études en double aveugle 15, 16. Cependant, la thérapie par les champs électromagnétiques pulsés retarde la guérison des fractures nouvelles, induites dans le cadre d'une expérience chez les lapins 17.

La thérapie par les champs électromagnétiques pulsés a aussi été évaluée dans le cadre du traitement des blessures du tissu mou, avec des résultats, pour certaines études, confirmant que cette forme de thérapie pourrait être intéressante pour ce qui est de prévenir la guérison de blessures chroniques (comme les escarres)18, pour la régénération neuronale 19, 20 et dans plusieurs autres blessures légères 21, 22. Les résultats d'une étude, sur un modèle expérimental de tendinite d'Achille chez les rats, indiquaient qu'il y avait une baisse initiale pour les tendons blessés traités par les champs électromagnétiques pulsés, mais que tous les groupes traités étaient au même niveau que le groupe contrôle sur 14 jours 23. La valeur limitée de cette forme de thérapie dans le traitement des blessures du tendon pourrait être due en partie au manque d'activité électrique significative des tendons, activité qui pourrait être modifiée par un champ électromagnétique pulsé.

A contrario, un certain nombre d'enquêteurs ont été incapables de montrer quelque effet de guérison qui soit sur des tissus soumis à des champs électromagnétiques de faible niveau. Une étude, par exemple, ne montra aucun bénéfice tiré de l'application de champ magnétique sur une fracture24, et conclut que les longues périodes d'immobilisation et d'inactivité nécessaires à l'application des champs magnétiques, étaient plus susceptibles d'être à l'origine de la guérison des tissus.

Les critiques des études sur les champs électromagnétiques pulsés sont multiples : la méthodologie de certaines études est médiocre, des essais indépendants n'ont pas été réalisés afin de confirmer les résultats positifs, et les champs électriques induits par les machines sont d'une magnitude plusieurs fois inférieure à ceux nécessaires pour modifier les champs électriques existants naturellement dans les membranes biologiques25. Même les partisans de la thérapie concédèrent qu'il faudrait davantage d'études afin d'optimiser des variables telles que la configuration du signal, et la durée du traitement, avant que la thérapie des champs pulsés puisse être recommandée26.


La thérapie des champs magnétiques statiques

Les appareils magnétiques qui rayonnent un champ magnétique constant sont disponibles dans une grande quantité de configurations différentes, tels que ceintures, genouillères, bandages et même matelas. Les études scientifiques ne confirment aucune des déclarations d'efficacité faites à leur propos. Plus encore, le mécanisme d'action par lequel de tels objets pourraient exercer leur effets reste inconnu. Parce que les champs magnétiques statiques ne changent pas, il ne peut y avoir aucun effet électrique. Au rang des hypothèses, pour expliquer l'effet d'un champ statique, on trouve l'influence des états de taux de spin électronique d'une réaction chimique intermédiaire27, 28 et une influence des changements cycliques dans les états physiques de l'eau29. Aucun de ces effets proposés n'a été démontré dans les systèmes biologiques sous condition physiologique30.

Malgré l'absence de mécanisme d'action démontrable, les adeptes de l'application de champs magnétiques statiques sur les tissus blessés ou douloureux, attribuent généralement leur effets supposés à une augmentation de la circulation locale du sang. Ici aussi, malheureusement pour eux, les preuves scientifiques confirmant leurs suppositions sont inexistantes.

Le sang, comme tous les tissus, contient des ions chargés électriquement. Un principe physique, connu sous le nom de Loi de Faraday établit qu'un champ magnétique exercera une force sur un courant ionique mobile. En outre, une extension de la Loi de Faraday, appelée l'effet Hall, établit que quand un champ magnétique est placé perpendiculairement à la direction du flux d'un courant électrique, il tendra à être dévié et à dissocier les ions chargés. Tandis que la déviation des ions se fera dans la direction opposée, dépendant du pôle magnétique rencontré, et selon la charge de l'ion, cette force ne repose pas sur l'attraction ou la répulsion de charges identiques ou différentes.

L'effet Hall implique que quand un aimant est placé sur le flux sanguin dans lequel des charges ioniques (telles que Na+ et Cl-) existent, une force sera exercée sur les ions. En outre, la séparation des charges ioniques produira une force électromotrice, qui est un voltage entre les points dans un circuit. En théorie, ceci produit une très petite quantité de chaleur. Ces effets physiques qui existent, fournissent les bases pour une théorie quasi-scientifique expliquant les effets prétendus de la thérapie par les champs électriques statiques. Par exemple :

Quand un champ magnétique, avec une série de pôles Nord et Sud alternatifs, est placé sur un vaisseau sanguin, l'influence du champ fera rebondir les ions positifs et négatifs (par exemple, Na+ et Cl-) d'arrière en avant entre les parois des vaisseaux, créant un courant de flux dans le sang en mouvement, pas très différent de celui d'une rivière. La combinaison de la force électromotrice, du modèle ionique modifié et des courants, cause une dilatation des vaisseaux sanguins et une augmentation correspondante du flux sanguin31.

Le problème avec la loi de Faraday et l'effet Hall, pour expliquer les prétendus effets des objets magnétiques statiques, est que la magnitude de cette force appliquée par le champ est infinitésimale. Deux faits comptent pour l'absence d'effet. Premièrement, le champ magnétique appliqué aux tissus est extrêmement faible. Secondement, le flux du courant ionique (i.e. le sang) est extrêmement lent, spécialement lorsque comparé au flux du courant électrique. Cependant, il est possible d'estimer les forces appliquées au flux sanguin par un faible champ magnétique, pourvu que la puissance du champ magnétique appliqué, la vélocité du flux sanguin et le nombre d'ions dans le sang soient connus.

La puissance du champ magnétique se mesure dans l'une des deux unités : 1 Tesla = 104 Gauss. La puissance du champ magnétique d'un aimant vendu, par exemple, pour des chevaux, et mesuré par le California Institute of Technology , est de 270 Gauss au niveau de l'aimant, et de 1 Gauss à une distance de 1 cm de l'aimant. Les tissus prétendument affectés par les aimants, se situent à au moins d'1 cm d'eux, sachant en outre que la puissance du champ magnétique de la Terre est approximativement de 1 Gauss32. Les publicités pour les aimants vendus dans le commerce, ou par correspondance, déclarent parfois que leur puissance a été mesurée par un "laboratoire indépendant", qu'elle s'établirait à 350 Gauss, et que la puissance "optimum" pour une guérison supposée serait à moins de 500 Gauss 33. Quoi qu'il en soit, il s'agit de champs magnétiques très faibles.

En considérant le champ magnétique appliqué à 250 Gauss (0,025 Tesla) et la vélocité du flux sanguin à 1cm/sec (0,01 m/sec), le champ électrique auquel un ion dans le sang est exposé peut être calculé comme suit :

E = v x B = 2.5 x 10-4 Volts/mètre/sec

Les ions de charge opposée iront dans des directions opposées quand ils se mouvront à travers un champ magnétique. La séparation des charges peut aussi être calculée. Dans le cas des ions Na+ et Cl- dans le flux sanguin sous l'influence d'un champ magnétique de 250 Gauss, la séparation croissante des ions positifs de sodium et des ions négatifs de chlorure sera d'environ 0,2 Angströms par seconde, ou 1/10 du diamètre d'un atome. Ceci peut être comparé avec la distance aléatoire dérivée en une seconde qui résulte de l'agitation thermique transmise par la chaleur corporelle d'un cheval à environ 0,25 mm/sec. Exprimé autrement, les ions voyageront beaucoup plus loin à cause de l'agitation thermique, qu'à cause des 250 gauss du champ magnéto-électrique, dans un facteur d'environ 10 millions34.

Toutes les forces magnétiques générées par un champ magnétique statique, affectant le mouvement fluide dans les vaisseaux sanguins, devrait dépasser à la fois la pression normale du flux sanguin propulsé par le coeur, et le mouvement Brownien des particules suspendues dans le sang induit par la chaleur normale. Étant donné les fortes forces physiques qui existent déjà dans les vaisseaux sanguins, toutes les forces physiques générées par un champ magnétique statique dans le flux sanguin, plus particulièrement les forces aussi faibles que celles utilisées dans le cadre de la thérapie par les aimants (magnétothérapie), n'ont probablement aucun effet biologique qui soit.

   


A lire:
- Histoires parallèles de la médecine. Des Fleurs de Bach à l'ostéopathie Thomas Sandoz.
- Les charlatans de la santé, Jean-Marie ABGRALL.
- Le mystère du placebo. Patrick Lemoine.

A visiter :
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