• ACCUEIL
  • GENERALITES
  • SANTE
  • PSEUDOSCIENCE
  • SUPPLEMENTS
  • IDEES RECUES
  • IMPOSTURES
  • PATA-PSY
  • MANIPULATION
  • RECREATION
  • A LIRE
  • INFOS
Vendre de la maladie - L'industrie pharmaceutique et les marchands de maladies Vendre de la maladie
L'industrie pharmaceutique et les marchands de maladies

(Suite)

Un des aspects importants du marketing de Roche pour le moclobemide impliquait de travailler avec un groupe de patients appelé Fondation Victoria pour les Désordres d'Obsession Compulsive et Anxieux et de financer une grande conférence sur la phobie sociale. Selon le responsable de la fondation à l'époque, "Roche a mis beaucoup d'argent dans la promotion de la phobie sociale. Ils ont financé la conférence pour faire connaître la phobie sociale des professionnels de la santé. C'était un véhicule pour toucher l'attention des médias aussi11". La promotion des antidépresseurs de Roche comprenait de travailler avec des spécialistes indépendants, parmi lesquels un d'entre eux était décrit comme "l'homme moclobemide" (communication personnelle, 1998).

Le guide pratique de marketing pharmaceutique met en avant la promotion de la phobie sociale comme exemple positif de ce façonnage médical, et de l'opinion publique, par les vendeurs de médicaments10. "Vous pourriez même avoir besoin de renforcer l'existence d'une maladie et/ou la nécessité de la traiter. Un des exemple classique a été ce besoin de créer une reconnaissance de la phobie sociale en Europe comme entité clinique distincte, et le potentiel des agents antidépresseurs tels que le moclobemide pour la traiter", dit le guide. Il poursuit : "La phobie sociale a été reconnue aux USA, et des responsables outre-atlantique ont été mobilisés afin de participer aux activités de publicité, réunions, publications, etc. pour aider à influencer la croyance générale en Europe." La médicalisation de l'angoisse humaine ne semble pas avoir de limites13.

Un cadre de Roche concédait récemment que la promotion de la compagnie exagérait la prévalence de la phobie sociale en Australie. "Un grand nombre d'estimations de maladies sont exagérées hors de toute proportion. Les gens du marketing gonflent toujours ces choses" disait le directeur local M. Fred Nadjarian.


Des risques conceptualisés comme des maladies : l'ostéoporose

Tout comme la tension ou les taux de cholestérol, la médicalisation de la réduction de la masse osseuse, qui survient chez les gens âgés, est un exemple de facteur de risque conceptualisé comme une maladie.

Contrairement à la médicalisation de la calvitie, le fait de concevoir l'ostéoporose comme une maladie est éthiquement complexe. Ralentir la perte osseuse réduit le risque futur de fracture, tout comme réduire la tension peut réduire les chances d'un futur infarctus, mais pour la plupart des gens en bonne santé, les risques de fractures sérieuses sont faibles et/ou éloignés, et en termes absolus, les traitements médicamenteux préventifs au long cours n'apportent que peu de réductions du risque. Par exemple, dans une étude placebo contrôlée dans laquelle de l'alendronate était donné pendant quatre ans à des femmes sans fractures, mais qui avaient une mesure de densité osseuse de 1.6 du standard d'une femme adulte blanche, l'incidence des fractures vertébrales radiographiques était de seulement 3% dans le groupe placebo, et de 2,1% dans le groupe traité14. Ceci équivaut à 44% de réduction relative du risque, mais un risque absolu de réduction de seulement 1,7%.

En outre, l'activité de promotion se focalisait sur les solutions chimiques au problème complexe de la prévention des fractures, et faisait perdre de vue toute la variété d'autres stratégies non médicamenteuses modestement efficaces, telles qu'une supplémentation alimentaire avec du calcium et de la vitamine D, l'arrêt du tabac et l'exercice15.

Malgré les complexités éthiques, l'ostéoporose reste un exemple fort de ce commerce de la maladie, parce que le rôle des corporations pour faire changer le point de vue de la population à propos de la perte de densité osseuse a été considérable. Les sociétés du médicament ont sponsorisé des conférences où la maladie a été définie16, ont financé des études sur les thérapies17, et ont développé des liens financiers étendus avec des chercheurs. Ils ont financé des groupes de patients, des fondations sur la maladie et des campagnes de publicité (aussi bien sur la maladie que sur les médicaments) visant les docteurs11 et ont sponsorisé les médias par des récompenses en offrant des prix aux journalistes.

Une définition controversée

Contrairement à la promotion corporative, la définition de l'ostéoporose est toujours controversée. Les critères du diagnostic établis par l'OMS, qui posent la densité osseuse comme "normale" et jugent les os des femmes âgées par rapport à ce standard, sont sujets à contentieux16. Une conférence du groupe d'étude de l'OMS impliqué dans la définition du diagnostic de l'ostéoporose, était financée en partie par trois entreprises pharmaceutiques16.

Le lien entre la densité osseuse et le risque de fracture est aussi sujet à controverse scientifique, avec des preuves indiquant que tandis que la densité minérale osseuse est associée à la fracture, ce n'est pas un indicateur suffisamment précis du risque de fracture pour être utilisé comme guide à la thérapie18. Une récente évaluation de l'Université de Colombie Britannique a conclu que "la recherche ne supporte pas le fait que tester la densité minérale osseuse d'une population entière ou sélective de femmes bien portantes, ou proches de la ménopause, soit un moyen de prédire des futures fractures16.

   

A lire :
- Les inventeurs de maladies : Manoeuvres et manipulations de l'industrie pharmaceutique. Jörg Blech
- Les médicamenteurs. Stéphane Horel
- Le grand secret de l'industrie pharmaceutique. Philippe Pignarre
- Le nouveau malade imaginaire. M. Lejoyeux

A visiter :
- A Collection of Articles onDisease Mongering - PLoS Medicine
- FORMINDEP - Pour une formation médicale indépendante

Notes :
1. Illich I. Limits to medicine. London: Penguin, 1990.
2. Payer L. Disease-mongers. New York: John Wiley, 1992.
3. Crawford R. Healthism and the medicalization of everyday life. Int J Health Services 1980; 10: 365-388.
4. Pilgrim D, Bentall R. The medicalisation of misery: A critical realist analysis of the concept of depression. J Mental Health 1999; 8: 261-274.
5. Gilbert D, Walley T, New B. Lifestyle medicines. BMJ 2000; 321: 1341-1344.
6. Williams S, Calnan M. The "Limits" of medicalization? Modern medicine and the lay populace in "late" modernity. Soc Sci Med 1996; 42: 1609-1620.
7. Hickman B. Men wise up to bald truth. Australian 1998 May 21:p4.
8. US Food and Drug Administration. Glaxo Wellcome decides to withdraw Lotronex from the market.(accessible le 18 Mars 2002).
9. Lotronex information. Dear IBS patient. www.fda.gov/cder/drug/infopage/lotronex/dear_patient.htm (accessed 18 March 2002).
10. Cook J. Practical guide to medical education. Pharmaceutical Marketing 2001; 6: 14-22.
11. Moynihan R. Too much medicine? Sydney: ABC Books, 1998:137-168.
12. Heath S. Too shy for words. The Age 1998 Mar 30:16. ("Living" section.)
13. Heath I. There must be limits to the medicalisation of human distress. BMJ 1999; 318: 439-440.
14. Cummings SR, Black M, Thompson DE, Applegate WB. Effect of alendronate on risk of fracture in women with low bone density but without vertebral fractures: results from the fracture intervention trial. JAMA 1998; 280: 2077-2082.
15. Wade JP. Rheumatology: 15. Osteoporosis. CMAJ 2001; 165: 45-50.
16. Green C, Bassett K, Foerster V, Kazanjian A. Bone mineral density testing: does the evidence support its selective use in well women? Vancouver, BC: British Columbia Office of Health Technology Assessment, 1997.
17. Black DM, Cummings SR, Karpf DB, Cauley JA, Thompson DE, Nevitt MC, et al. Randomised trial of effect of alendronate on risk of fracture in women with existing vertebral fractures. Lancet 1996; 348: 1535-1541.
18. Wilkin TJ. Changing perceptions in osteoporosis. BMJ 1999; 318: 862-864.
19. Moynihan R, Bero L, Ross-Degnan D, Henry D, Lee K, Watkins J, et al. Coverage by the news media of the benefits and risks of medications. N Engl J Med 2000; 342: 1645-1650.
20. Osteoporosis---take the time to take the test. Osteoporosis Australia News release, 6 Aug 2001.
21. Advertisement. Sydney Morning Herald , 2000 21 Oct:76-7. (Good Weekend supplement.)
22. Chew K, Earle C, Stuckey B, Jamrozik K, Keogh E. Erectile dysfunction in general medicine practice: prevalence and clinical correlates. Int J Impotence Res 2000; 12: 41-45.
23. Pinnock C, Stapleton A, Marshall V. Erectile dysfunction in the community: a prevalence study. Med J Aust 1999; 171: 353-357.
24. Moynihan R. Taking the soft option. Australian Financial Review 2000 Nov 13:29.