Pourquoi les gens croient-ils au mystère
et au surnaturel ?

Les points qui perturbent une pensée plus claire

(1° partie)

Le sens-commun peut se voir entravé par tout un ensemble d'éléments contribuant à la croyance au surnaturel, au paranormal et autres "médecines" et guérisons magiques. Trois catégories seront ici évoquées : la pensée pseudoscientifique, les obstacles logiques et enfin les écueils psychologiques. Bien entendu, ces catégories ne sont pas exhaustives, mais cela peut être un bon début afin de se positionner face à nos propres croyances et nos propres schèmes de pensée.


Le problème de la pensée pseudoscientifique

  • Les anecdotes ne font pas la science

Les histoires ou anecdotes racontées dans le but de soutenir certaines déclarations ne font pas la science. Sans élément de preuve provenant d'une autre source les corroborant, sans preuves physiques de quelque sorte que ce soit, dix anecdotes ne valent pas mieux qu'une seule, et cent anecdotes ne valent pas mieux que dix. Les anecdotes proviennent de conteurs humains tous faillibles. Le fermier du Kansas peut être un honnête homme, allant à l'église tous les dimanches, et pas particulièrement sujet aux illusions, mais nous avons besoin de preuves physiques du vaisseau spatial, ou de corps d'extraterrestre, pour le croire, ses histoires au sujet d'atterrissages ou d'enlèvements par des extraterrestres à trois heures du matin dans un endroit désert ne suffisent pas. Il en est de même pour toute déclaration médicale fracassante. Les récits sur la guérison du cancer de Tante Marie, rien qu'en regardant les Marx Brothers à la télévision, ou en avalant de l'huile de foie de morue, sont dénués de sens. Le cancer peut être en rémission de son propre fait, comme cela arrive pour certains cancers, ou il a pu être la conséquence d'un mauvais diagnostic, ou, ou ,ou...

Ce dont nous avons besoin ce sont d'expériences, pas d'anecdotes. Nous avons besoin de 100 personnes atteintes d'un cancer, tous correctement diagnostiqués et comparables. Puis, nous avons besoin que 25 de ces sujets regardent un film des Marx Brothers, que 25 autres regardent un film d'Alfred Hitchcock, que 25 soient devant les informations et que les 25 derniers ne regardent rien. Ensuite, il faudra décompter le taux de rémission pour ce type de cancer, et analyser les données des différences statistiques significatives entre les groupes. S'il y a des différences statistiques significatives, nous attendrons d'autres confirmations de la part d'autres scientifiques qui auront dirigé leurs propres études, indépendamment des nôtres, avant de publier les résultats sur cette nouvelle méthode de guérison du cancer.


  • Le langage scientifique ne fait pas la science.

Travestir un ensemble de croyances en lui mettant les apparats de la science, en utilisant un langage ou jargon scientifique, comme dans le cas de la "science créationniste", ne signifie rien en soi sans l'ombre d'une preuve, sans tests empiriques et sans confirmations. La science possède une "mystique" puissante dans notre société, ceux qui cherchent à gagner en respectabilité, sans en avoir les moyens, essayent de masquer leurs lacunes en paraissant et sonnant "scientifiques". Pour illustration, cet exemple tiré d'un journal local, versant dans le new-age à l'occasion d'un reportage sur le "principe almagrammique" :

"C'est une technique fondée sur un calcul original inspiré du nombre d'or et de la physique quantique. [...] On entre dans un ordinateur vos noms et ceux de vos ascendants, et le logiciel permet de déterminer les fréquences vibratoires qu'ils émettent et d'établir une grille d'évaluation almagrammique. [...] C'est un outil fréquentiel, donc mathématique et par là-même ni psychologique ni médical"

L'utilisation de termes à consonance scientifique, ou le recours à des expressions que la science (ici la physique) utilise ne doit pourtant pas faire illusion. Tout ce charabia ne veut rien dire. On place quelques expressions telles que "physique quantique", "fréquences vibratoires", "fréquentiel" pour impressionner le lecteur, alors que celles-ci n'ont ici aucune définition précise et ne sont pas opérationnelles. On évoque l'ordinateur et le logiciel pour montrer qu'il s'agit d'une pratique "moderne", et surtout les mathématiques, avec le "nombre d'or" et la "grille d'évaluation", pour faire croire à l'objectivité, à la rationalité, de la chose qui pourtant surfe sur une vague ésotérique, mais n'a strictement rien de scientifique. Enfin le néologisme lui-même "almagrammique" qui ne veut rien dire, a la couleur (mais la couleur seulement) d'un mot scientifique.


  • Des exposés audacieux ne rendent pas les déclarations vraies pour autant

Il y a de grandes chances de se trouver face à quelque chose de pseudoscientifique dès le moment où de fracassantes (dans le sens d'énormes) déclarations sont faites dans le but de lui donner plus d'importance ou de véracité, alors que les preuves positives restent aussi rares qu'une poule avec des dents. L. Ron Hubbard, par exemple, ouvre sa Dianétique en déclarant que la création de la Dianétique est un "événement pour l'homme comparable à la découverte du feu et supérieure à l'invention de la roue". Wilheim Reich nommait sa théorie de l'orgone une "révolution en biologie et en psychologie comparable à la révolution copernicienne" (rien que ça!). Nombreuses sont les déclarations de charlatans décrétant pouvoir changer le monde avec leur invention ou leur panacée. Certains scientifiques font parfois les mêmes erreurs. Le 23 Mars 1989 à 13H00, Stanley Pons et Martin Fleischmann donnèrent une conférence de presse dans laquelle ils annoncèrent au monde entier avoir réalisé une fusion nucléaire à froid. Pas loin de cinquante années de physique seraient ainsi jetées à terre, réfutées, par une seule expérience. Ne surtout pas tout jeter au feu avant que l'expérience soit reproduite (ce qui n'est toujours pas le cas).

La morale de ces histoires est que toute déclaration extraordinaire nécessite des preuves toutes aussi extraordinaires.


  • Hérésie ne veut pas dire exactitude

Ils se sont moqués de Copernic. Ils ont ri des frères Wright. Et alors ? Ils rient aussi de Mr Bean ou des Marx Brothers ! Être moqué, ou critiqué, ne signifie pas ipso facto avoir raison. Wilhelm Reich se comparait lui-même à Peer Gynt, le génie original et marginal, incompris et ridiculisé, qui avait pourtant raison : "Tout ce que vous m'avez fait et me ferez dans le futur, que vous me glorifiez comme un génie ou m'interniez dans un hôpital psychiatrique, que vous m'adoriez comme votre sauveur ou me pendiez tel un espion, vous serez forcés, maintenant ou plus tard, de comprendre que j'ai découvert les lois de la vie" (Gardner 1952). La fameuse citation de Shopenhauer est reprise en choeur par ceux qui passent pour des farfelus, "Toute vérité passe par trois étapes. En premier elle est ridiculisée. En second elle fait l'objet d'une violente opposition. Enfin elle est acceptée comme une évidence". En réalité, "toute vérité" ne passe par ces trois étapes. Une quantité d'idées vraies sont acceptées dans se voir ridiculisées ni opposées. La théorie de la relativité d'Einstein a été largement ignorée jusque 1919, lorsque des preuves expérimentales sont venues la confirmer. Il n'a pas été ridiculisé, ses idées n'ont pas été violemment rejetées.

La citation de Shopenhauer n'est qu'une rationalisation, un moyen grotesque pour ceux qui sont ridiculisés, ou dont les idées sont réfutées, de dire "voyez comme je dois être dans le vrai !".

Comme le disait avec justesse Stephen J. Gould, "Il ne suffit pas d'être persécuté pour être Galilée, encore faut-il avoir raison."

L'histoire est pleine de récits de scientifique solitaire travaillant, malgré ses pairs, au nez et à la barbe des doctrines de son propre champ d'étude. La plupart d'entre eux avaient tort, et nous ne nous souvenons pas de leurs noms. Pour chaque Galilée en lutte contre le dogmatisme, il y a des milliers d'inconnus dont les "vérités" n'ont jamais fait l'unanimité. Gould de préciser au sujet de ces "hérétiques" :

"L'histoire déforme notre jugement. Nous chantons les louanges du héros anticonformiste, mais pour un hérétique qui réussit, des centaines d'hommes ont défié les conceptions dominantes et ont perdu. Qui a entendu parler d'Eimer, de Cuénot, de Trueman ou de Lang, les premiers défenseurs de l'orthogénie face à la marée Darwinienne ?"

La communauté scientifique ne peut tester toutes les déclarations farfelues ou fantastiques qui naissent ici ou là, surtout quand tant d'entre elles sont logiquement inconsistantes. Si vous voulez faire de la science, vous devez apprendre à jouer avec les règles de la science. Ce qui implique de connaître les scientifiques qui oeuvrent dans votre domaine, à échanger vos données et vos idées avec les collègues, et à présenter vos résultats dans des revues scientifiques à comités de lectures, dans des livres, etc.


  • La charge de la preuve

Qui doit prouver quoi à qui ? C'est toujours à la personne qui fait des déclarations extraordinaires que revient la charge de la preuve. C'est elle qui doit prouver aux experts, ou à ses pairs, que sa ou ses croyances ont plus de validité que celles que tout le monde accepte. Il faut argumenter votre opinion pour qu'elle soit entendue. Il faut donc rassembler un maximum d'experts de votre côté afin de pouvoir convaincre la majorité de soutenir vos déclarations contre celles qu'ils ont toujours soutenues. Ensuite, lorsque vous êtes dans cette majorité, la charge de la preuve revient à celui qui contestera votre point de vue par ses déclarations nouvelles. Les évolutionnistes eurent la charge de la preuve pendant près d'un demi siècle après Darwin, mais maintenant la charge de la preuve est dans le camp des créationnistes.

C'est aux créationnistes de montrer pourquoi et en quoi la théorie de l'évolution est fausse, et pourquoi le créationnisme serait vrai, mais ce n'est pas aux évolutionnistes de défendre l'évolution. De la même façon, la charge de la preuve est dans le camp de ceux qui nient l'holocauste, c'est à eux qu'il revient de prouver que l'holocauste n'a pas eu lieu. La raison indique, bien entendu, qu'il existe des montagnes de preuves prouvant aussi bien que l'évolution et que l'holocauste sont des faits. En d'autres termes, il ne suffit pas d'avoir des éléments à présenter. Vous devez en outre convaincre les autres de la validité de ces éléments. Et quand vous êtes considéré comme un outsider, c'est le prix à payer indépendamment du fait que vous ayez raison ou non.


  • Rumeur ne signifie pas réalité

Les rumeurs commencent pas "J'ai lu quelque part que ..." ou "j'ai entendu de quelqu'un que ...". Bien avant que la rumeur devienne "réalité", par le "je sais que..." qui passe ensuite de bouche à oreille. Les rumeurs peuvent être vraies, mais la plupart du temps elles ne le sont pas. Cependant, elles font les grandes histoires. Il y a la "véritable histoire" du maniaque échappé avec une prothèse qui hantait les routes de l'Amérique. Il y a la légende de "l'auto-stoppeur qui disparaissait", dans laquelle un automobiliste avait pris une auto-stoppeuse qui disparut de sa voiture, les habitants locaux expliquèrent au conducteur que cette femme était décédée le même jour mais l'année précédente. De telles histoire se répandent rapidement et ne disparaissent jamais.

L'historien des sciences Dan Kelves racontait lors d'un dîner une histoire qu'il suspectait être apocryphe. Deux étudiants ne revinrent pas à temps d'une ballade en ski pour passer leur examen parce que les activités de la veille avaient duré plus longtemps que prévu. Ils dirent à leur professeur qu'ils avaient eu un pneu crevé, ainsi, ils purent passer leur examen le lendemain. Les étudiants furent placés dans deux pièces différentes et le professeur leur posa seulement deux questions : "Pour 5 points, quelle est la formule chimique de l'eau ?" et "Pour 95 points, quel pneu était crevé ?". Deux autres invités avaient déjà entendu une histoire vaguement similaire, comme ce fut le cas pour de nombreux étudiants à qui on la racontait. Le site http://www.hoaxbuster.com relate de nombreuses histoires (légendes urbaines) de ce genre, avec leurs variantes selon les pays, et surtout selon les époques. Toutes ont la capacité de se répandre comme la poudre, surtout depuis l'avènement d'internet. Qui n'a jamais entendu ces légendes urbaines (ou leurs variantes) :

Combien de ces légendes urbaines avez-vous entendues, lues, et crues ? Malheureusement, aucune n'est véridique.

  • L'inexpliqué n'est pas inexplicable

De nombreuses personnes sont assez présomptueuses pour penser que si elles sont incapables d'expliquer quelque chose, c'est que cela doit être inexplicable, et de ce fait constitue un véritable mystère paranormal. Un archéologue amateur déclare que parce qu'il ne peut se représenter comment les pyramides ont été construites, elles doivent être le fruit d'extraterrestres. Même ceux qui sont plus raisonnables pensent que si même des experts sont dans l'incapacité d'expliquer quelque chose, c'est que cela doit être inexplicable. Des exploits tels que plier une petite cuillère, marcher sur le feu ou la télépathie sont souvent considérés comme étant des choses de nature paranormale, ou mystique, parce que la plupart des gens ne peuvent les expliquer. Quand elles sont élucidées, la plupart répond, "Mais oui bien entendu" ou "C'est évident maintenant que vous le dites". La marche sur le feu est un bon exemple de cet état d'esprit (voir l'article à ce sujet qui l'explique et la démystifie). C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les magiciens, les illusionnistes, ne livrent jamais leurs secrets. La plupart de leurs trucs sont extrêmement simples (cela concerne aussi le plieur de cuillères, ancien illusionniste), mais nécessitent une habileté fruit d'un apprentissage laborieux, connaître ce secret réduirait à néant l'effet de surprise et la stupéfaction du public. Il existe cependant de véritables mystères non résolus dans l'univers, dont on peut dire que nous ne savons pas grand chose aujourd'hui, mais dont nous en saurons peut-être plus dans le futur.

Le problème vient de ce que la majorité d'entre nous trouve qu'il est plus confortable d'avoir des certitudes, même si elles sont prématurées, que de vivre dans l'ignorance de mystères (pour l'instant) inexpliqués. Le sujet de la conscience est un bon exemple. Production cérébrale, on n'est encore loin de tout savoir au sujet du cerveau. C'est ce qui pousse certains à postuler une "conscience transcendante", et d'établir une dualité corps/esprit que rien ne justifie, sinon leur ignorance, dans le but évident de boucher certains trous. A-t-on déjà vu une conscience sans le cerveau qui la produit ? Au contraire, nous savons qu'un cerveau endommagé donne quelqu'un d'inconscient. Mais cela n'est pas propre à notre époque, de nombreuses béquilles ont servi et servent à rétablir un certain "équilibre cognitif". Dieu, ou tout être y ressemblant, est l'une d'elle.


  • Les échecs sont rationalisés

En science, la valeur des résultats négatifs, i.e. les échecs, ne peut pas être exacerbée. Habituellement ils ne sont pas recherchés et souvent pas même publiés. Mais la plupart du temps, les échecs sont un moyen de se rapprocher de ce qui est vrai. Les scientifiques honnêtes admettrons facilement leurs erreurs, tous les scientifiques savent que leurs collègues n'hésiteront pas à dévoiler leurs tentatives de fraude (cf. La Souris Truquée). Ce n'est pas le cas chez les pseudoscientifiques. Ils ignorent ou tentent de rationaliser leurs échecs, surtout quand ils sont dénoncées. S'ils sont pris la main dans le sac, ils déclarent que leurs pouvoirs marchent habituellement mais pas toujours, ainsi, quand ils doivent se produire à la télévision ou en laboratoire sous conditions contrôlées, il sont parfois obligés de tricher. Pour expliquer leurs échecs, ils ont préparé tout un arsenal d'explications :

Finalement, ils clameront haut et fort que si un sceptique ne peut pas tout expliquer, c'est qu'il doit y avoir quelque chose de paranormal, et tombent par ce subterfuge dialectique dans le sophisme de l'inexpliqué est inexplicable


  • Le raisonnement a posteriori

Aussi connu sous l'expression "post hoc, ergo propter hoc", littéralement "après cela, donc à cause de cela". A son niveau basique, cela forme toute superstition. Le footballeur ne se rase pas et met deux buts. Le parieur met sa cravate porte-bonheur parce qu'il a déjà gagné avec. Plus subtilement, les études scientifiques peuvent tomber dans ce genre de sophismes. En 1993 une étude rapporta que les enfants nourris au sein avaient un QI supérieur aux autres. Les mères qui donnaient le biberon à leurs rejetons se sentirent tout d'un coup coupables. Mais plus tard, des chercheurs commencèrent à se demander si les bébés allaités n'avaient pas bénéficié d'une attention différente des autres. Peut-être leurs mères passaient-elles plus de temps avec leur progéniture, et que leur vigilance toute maternelle était la véritable cause de leurs différences de QI.

Comme le disait Hume, le fait que deux événements se suivent l'un l'autre dans une séquence ne signifie pas qu'ils sont causalement interconnectés. Corrélation ne veut pas dire causalité.


  • Coïncidence

Dans le monde du paranormal, les coïncidences sont souvent perçues comme profondément significatives. On invoque alors la "synchronicité", comme si une force mystérieuse était à l'oeuvre derrière chaque événement. Mais cette "synchronicité" n'est rien d'autre qu'un certain type de contingence, une conjonction de deux, ou plus, événements sans but apparent. Quand la relation est faite d'une façon qui semble impossible à accorder avec notre intuition des lois des probabilités, nous avons tendance à penser que quelque chose de mystérieux se cache derrière et agit.

La plupart des gens ont une compréhension médiocre des probabilités. Deux personnes, dans une pièce qui en compte trente, qui découvrent que leurs dates d'anniversaire sont identiques en concluront que tout cela est bien mystérieux. Vous pensez appeler votre oncle Paul, tout à coup le téléphone sonne et c'est Paul. Vous vous dîtes "Incroyable ! Quelles sont les chances que cela se produise ? Ce ne peut être une coïncidence ! Télépathie ?". En fait, aucune de ces coïncidences n'en sont d'après les lois des probabilités. La probabilité que deux personnes, dans une pièce de trente, aient le même jour d'anniversaire est de 71%, et vous avez oublié les nombreuses fois où Paul n'a pas appelé alors que vous pensiez à lui, ou que quelqu'un d'autre a appelé, ou encore que Paul a appelé sans que vous pensiez à lui...

Le psychologue comportementaliste B. Skinner a montré, en laboratoire, que l'esprit humain cherche à créer des associations entre les événements, et en trouve souvent même quand il n'y en a pas. Les machines à sous fonctionnent sur les principes de Skinner, à savoir celui du renforcement intermittent. L'animal humain, tout comme l'animal rat, a seulement besoin d'avoir une petite récompense de temps en temps pour continuer à jouer. L'esprit fait le reste.


  • La représentativité

Comme le disait Aristote, "La somme des coïncidences égale la certitude." Nous oublions la plupart des coïncidences insignifiantes, et nous souvenons des plus significatives. Notre propension à ne retenir que les coups réussis et à ignorer les manqués est le matériau de base du succès des voyants, prophètes, astrologues et autres diseuses de bonne aventure qui font des centaines de prédictions chaque début d'année (dans leurs almanachs dont le prix est loin d'être un bon indicateur de l'utilité de la chose). Premièrement, ils augmentent, grâce à ce stratagème, leurs chances de tomber juste en faisant des déclarations très vagues du genre "Il y aura un tremblement de terre important en Asie" ou "Je vois poindre des problèmes pour la famille royale". Ainsi, l'année suivante, il leur suffit de publier leurs "réussites" et d'ignorer leurs nombreux échecs, en espérant que de vilains curieux ne viendront pas les rappeler à leur bon souvenir.

Nous devons toujours garder à l'esprit le contexte dans lequel un événement inhabituel a lieu, et nous devrions toujours analyser ces événements inhabituels pour leur représentativité dans leur classe de phénomène. Dans le cas du "Triangle des Bermudes", une région de l'Océan Atlantique où des bateaux et des avions auraient "mystérieusement" disparu, d'aucuns ont déclaré qu'il y avait quelque chose d'étrange, ou des extraterrestres, à l'oeuvre. Mais il nous faut prendre en considération la représentativité de ces événements dans cette région du monde. Il y a beaucoup plus de trafic dans cette région qu'aux alentours, les accidents et les disparitions y sont plus probables. En fait, le taux d'accidents est plus bas dans le Triangle des Bermudes qu'ailleurs.

De la même façon, quand on enquête sur une maison hantée, il est bon d'avoir au préalable une connaissance parfaite, une mesure étalon, des bruits, craquements et autres événements avant de dire qu'une occurrence est inhabituelle (et donc mystérieuse). Des coups secs dans le mur de ma maison. Des fantômes ? Seulement des coups de bélier dus à la plomberie. Des craquements dans le plancher. Des revenants ? Tout simplement des rats.

Les chasseurs de phénomènes parapsychologiques seraient bien inspirés de rechercher d'abord les causes probables, en vue d'une explication rationnelle et matérielle, avant de mettre le cap sur des interprétations paranormales et farfelues. Un voeux pieux quand on sait que ces derniers sont surtout motivés par l'explication paranormale, victimes (honnêtes ou malhonnêtes) de ce qu'on appelle un biais de confirmation.


Pour aller plus loin :
- Why people believe Weird Things. Michael Shermer.
- La Pensée scientifique et les parasciences.Collectif.
- L'imposture scientifique en 10 leçons. Michel de Pracontal.
- Quand les scientifiques déraillent Marc Hallet.
- Petit cours d'autodéfense intellectuelle. Normand Baillargeon.
- Les mécanismes de la crédulité. Fabrice Clément.

A lire aussi :
- Les obstacles logiques à une pensée plus claire.
- Les obstacles psychologiques à une pensée plus claire.
- Les corrélations illusoires.
- Les coïncidences font partie de la vie.
- Les illusions logiques.
- Les actes rares.

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