Pourquoi les gens croient-ils au mystère
et au surnaturel ?

Les points qui perturbent une pensée plus claire

(2° partie)

les obstacles logiques à une pensée claire

  • Les mots porteurs d'émotion et les fausses analogies

Les mots chargés de sens sont utilisés pour provoquer une émotion, et parfois dans le but d'obscurcir toute rationalité. Il peut y avoir des mots porteurs d'une émotion positive (maternité, France, intégrité, honnêteté), ou négative (terroriste, cancer, viol, mal). De même que certaines métaphores et analogies peuvent embrumer la pensée d'émotion ou nous diriger sur une autre voie. Si quelqu'un évoque l'inflation en en parlant comme du "cancer de la société", ou l'industrie qui "viole l'environnement". Dans son livre Tous manipulés, tous manipulateurs, Jean-Marie Abgrall évoque le terme de "terroriste" comme un exemple de ces rails mentaux dans lequel veut nous conduire le locuteur, notamment quand il évoque tout acte de sabotage ou de manifestation à l'encontre d'un pouvoir en place. De la même façon les hommes politique usent-ils de ce type de "mots piégés" quand ils parlent de leurs opposant, ainsi Alain Juppé parlant de "récidive", avec tout le sens judiciaire et condamnable inhérent à ce terme, lorsqu'il évoque le programme du Parti Socialiste. D'autres parleront de pays "malade", d'un service public "agonisant", de la "secte" des "scientistes", etc.

Bien entendu, tout comme les anecdotes, les analogies et les métaphores ne constituent pas un élément de preuve, mais ne servent qu'en tant qu'instruments rhétoriques afin de marquer le propos et diriger idéologiquement le discours. Pour en sortir, et ne pas tomber dans le piège de l'orateur, il suffit simplement de changer les termes utilisés, et de refuser leur utilisation dans un cadre donné.


  • Ad Ignorantiam

Cette expression latine désigne ce qu'on appelle "l'appel à l'ignorance", ou le manque de connaissance, et est associée aux sophismes de la charge de la preuve et de l'inexpliqué n'est pas inexplicable, où quelqu'un affirme que si vous ne pouvez réfuter une déclaration, c'est qu'elle doit être vraie. Par exemple, si vous êtes incapable de prouver que les pouvoirs psychiques n'existent pas, c'est qu'ils doivent exister. L'absurdité de cet argument se fait immédiatement sentir dès lors que vous soutenez que si vous ne pouvez pas prouver que le Père Noël n'existe pas, c'est qu'il doit exister et vivre paisiblement quelque-part dans le Grand Nord. C'est bien évidemment le raisonnement contraire qui est juste. A savoir que si vous ne pouvez pas prouver que le Père Noel existe, c'est qu'il ne doit pas exister. En science, une croyance ne doit être la conséquence que de preuves positives en sa faveur, et non pas celle d'une absence de preuve à son encontre.


  • Ad Hominem

Littéralement "à l'homme" et "vous aussi", ces sophismes réorientent le discours de façon à ne se polariser que sur la personne l'ayant émise, et à s'éloigner de l'idée elle-même. Le but d'une attaque ad hominem est surtout de discréditer le prétendant, dans l'espoir que cela discrédite l'ensemble de ses déclarations par la même occasion. Catégoriser quelqu'un d'athée, de scientiste, de scientologue, de communiste ne réfute aucunement son discours pour autant. Cela peut à la limite être utile pour ce qui est de savoir si quelqu'un est d'une religion particulière, ou soutient une idéologie quelconque, au cas où cela aurait biaisé une recherche. Mais une réfutation doit uniquement et directement s'attacher aux idées présentées, et ne pas utiliser ce genre de moyens détournés. Si les négationnistes sont des néo-nazis ou antisémites, cela guidera évidemment les choix dans les événements historiques qu'ils mettront en avant et ceux qu'ils ignoreront. Mais s'ils déclarent qu'Hitler n'avait pas de plan d'extermination du peuple juif, le fait de dire que celui qui dit cela est néo-nazi ne réfute pas pour autant son argument qui sera réfuté par des éléments historiques.

Cet argument est à relier à celui du tu quoque qui fait un pont entre une affirmation et le comportement de celui qui l'émet. Par exemple, "comment pouvez-vous dire que fumer tue alors que vous fumez ?". Mettre en relief l'action d'un quidam ne détruit pas pour autant la qualité de ce qu'il dit. En l'occurrence ici, être conscient que fumer tue et le prêcher, n'a pas moins de valeur dans la bouche d'un fumeur que d'un non fumeur.


  • La généralisation hâtive

En logique, la généralisation hâtive est une forme d'induction impropre. Dans la vie, on appelle ça un préjugé. Dans les deux cas, des conclusions sont tirées avant que les faits ne les justifient. Peut-être nos cerveaux ont-ils évolué pour être constamment à la recherche de connexions entre les événements et les causes, car ce sophisme est un des plus communs. Par exemple, deux mauvais professeurs cela signifie que l'école est mauvaise. Un vice de forme dans quelques voitures, et voilà la marque brocardée comme peu fiable. Le comportement de quelques membres suffit à juger la totalité d'un groupe, deux collègues ayant accouché un soir de pleine lune, et voilà la lune accusée des pires maux ! En science, il faut prudemment rassembler autant d'informations que possible avant de tirer des conclusions et les annoncer.


Nous avons tendance à faire énormément confiance en les autorités dans notre culture, spécialement si celle-ci est considérée comme très intelligente. Le quotient intellectuel a presque atteint des proportions mystiques, et certaines personnalités (politiques, média, show-business, scientifiques) tendent à être considérées comme donnant la bonne parole. Les autorités, en étant des experts dans leur propre domaine, sont certainement et plus probablement fiables dans le champ de compétences qui est le leur, bien que l'exactitude ne soit pas innée. Cependant, leur expertise dans un domaine donné ne leur permet pas ipso facto de tirer des conclusions dans un domaine hors de leur champ d'expertise.

En d'autres termes, celui qui est l'auteur peut faire la différence. S'il s'agit d'un Prix Nobel, nous acceptons ces déclarations sous prétexte qu'il a déjà fait la preuve de l'étendue de son savoir. S'il s'agit d'un charlatan maintes fois discrédité, nous nous esclafferons dès qu'il ouvrira la bouche. Tandis que l'expertise est utile pour ce qui est de séparer le bon grain de l'ivraie, elle est dangereuse parce qu'elle peut nous conduire à accepter une idée fausse seulement parce qu'elle est émise par quelqu'un que nous respectons (faux positif), ou elle peut nous faire rejeter une idée juste parce qu'elle est supportée par quelqu'un à qui nous ne portons aucun crédit (faux négatif).

Comment faire pour éviter de faire de telles erreurs ? Simplement en examinant les éléments apportés.


Aussi connu sous le nom de sophisme de la négation, c'est la tendance à diviser le monde en deux, et à en opposer les deux parties. Ainsi, si vous discréditez une position, l'observateur sera obligé d'accepter l'autre. Cette technique est la préférée des créationnistes qui affirment que la vie est soit divinement créée, soit fruit de l'évolution. Ils passent donc la majorité de leur temps à tenter de discréditer la théorie de l'évolution en affirmant que si cette dernière est lacunaire ou fausse, le créationnisme doit être vrai. D'une manière identique les tenants des thérapies parallèles usent à moindres frais de cette technique, en disant que si la médecine bioscientifique est impuissante, alors leur thérapie est la solution.

Malheureusement, il ne suffit pas de discréditer une théorie, ou en faire ressortir ses points faibles, pour que la théorie concurrente soit reconnue comme juste. Si votre théorie est effectivement supérieure, elle doit expliquer à la fois les données "normales" expliquées par l'ancienne théorie, et les "anomalies" que l'ancienne théorie n'expliquait pas. Une nouvelle théorie a besoin de preuves en sa faveur, mais ne peut se satisfaire d'être en opposition à l'ancienne.


  • Le raisonnement circulaire

Aussi connu sous le nom de sophisme de redondance ou tautologie, il s'agit d'un raisonnement dans lequel la conclusion ou l'affirmation est seulement une répétition de l'une des prémisses. Les croyants en sont relativement friands, illustration :

- Dieu existe-t-il ?
- Oui.
- Comment le savez-vous ?
- Parce que la Bible le dit.
- Comment savez-vous que la bible dit vrai ?
- Parce qu'elle est inspirée de dieu.

En d'autres termes, dieu existe parce qu'il existe ! La science a aussi sont lot de redondances :

- Qu'est-ce que la gravité ?
- C'est la tendance qu'ont les objets de s'attirer les uns les autres.
- Pourquoi les objets s'attirent-il les uns les autres ?
- C'est à cause de la gravité.

La gravité existe parce que la gravité est ! ( En fait, certains contemporains de Newton rejetaient cette théorie de la gravité parce qu'elle leur semblait non scientifique, et comme un retour de la pensée occulte médiévale). Manifestement, une définition tautologique opérationnelle peut être utile. Pourtant, comme c'est difficile, nous devons essayer de construire des définitions opérationnelles qui peuvent être testées, et réfutées.


  • Réductio Ad Absurdum

Reductio Ad Absurdum (la réduction à l'absurde) est la réfutation d'un argument en le poussant jusqu'à ses derniers retranchements logiques, pour le réduire à une conclusion absurde. Bien évidemment, si les conséquences d'un argument sont absurdes, il doit être faux. Mais il n'en est pas nécessairement ainsi, bien que parfois, pousser un argument a ses limites soit un exercice utile à la pensée critique, souvent c'est un moyen pour découvrir si une déclaration est valide, plus spécialement si une expérience testant la réduction véritable peut être réalisée. Identiquement, le sophisme de la pente glissante implique de construire un scénario dans lequel une chose mène à une fin si extrême, que le premier pas ne devrait jamais être franchit. Par exemple : manger de la crème glacée vous fera grossir. Grossir vous rendra obèse. Bientôt vous pèserez 125 kilos et mourrez d'une maladie cardiovasculaire. Manger de la glace est donc dangereux à la santé. Ne commencez pas ! Sans doute que manger de la crème glacée pourrait contribuer à rendre obèse, qui pourrait, dans de rares cas, provoquer la mort. Mais les conséquences ne suivent pas nécessairement la prémisse.

   


Pour aller plus loin :
- Why people believe Weird Things. Michael Shermer.
- Tous manipulés, tous manipulateurs. Jean-Marie Abgrall.
- Les mécanismes de la crédulité Fabrice Clément.
- Petit cours d'autodéfense intellectuelle. Normand Baillargeon.
- La parole manipulée. Philippe Breton.
- Devenez sorciers, devenez savants G.Charpak et H.Broch, Odile Jacob.
- Gourous, sorciers et savants. Henri Broch.
- Le débat immobile Marianne Doury.

A lire aussi :
- Les obstacles psychologiques à une pensée plus claire.
- La pensée pseudoscientifique.
- Le phénomène de la preuve sociale.
- Les corrélations illusoires.
- Les coïncidences font partie de la vie.
- Les illusions logiques.
- Les actes rares.

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