Pourquoi les gens croient-ils au mystère
et au surnaturel ?

Les points qui perturbent une pensée plus claire

(3° partie)

Les obstacles psychologiques à une pensée plus claire

  • Le besoin de certitude.

La plupart d'entre nous, la plupart du temps, sommes à la recherche de certitudes, nous voulons contrôler et maîtriser notre environnement, par le moyen d'explications adéquates, simples et compréhensibles. Ce comportement pourrait trouver son origine dans l'évolution, mais dans une société multiforme, avec ses problèmes complexes, ces caractéristiques peuvent trop simplifier la réalité, interférer avec la pensée critique et empêcher la résolution des problèmes.

Il est amusant de constater que là où l'incertitude est la plus grande, les croyances et les comportements irrationnels fleurissent, comme par exemple dans les milieux de la bourse. Les joueurs sont aussi les plus férus de superstitions, cherchant par ce moyen à maîtriser le "non-maîtrisable", le hasard, l'aléatoire. Le capitalisme n'étant pas un système social très stable, contrairement aux régimes dictatoriaux ou théocratiques, l'irrationnel est grand gagnant. De telles incertitudes nous poussent à trouver des explications aux caprices et aux contingences inhérentes à l'économie de marché, à la nature (et à la vie en général), et nous prenons parfois des raccourcis menant directement sur le terrain du surnaturel et du paranormal, ce qui permet en outre de faire l'économie d'une réflexion plus approfondie.

La pensée critique et scientifique n'est pas innée, elle ne vient pas naturellement. Cela prend du temps, nécessite des efforts intellectuels importants et il faut l'exercer. Il nous faut sans cesse travailler à éliminer ou à limiter notre besoin d'être absolument certain de tout et de tout contrôler, ainsi que notre tendance à chercher la solution simple et la moins épuisante intellectuellement. Les solutions peuvent être simples, mais habituellement elles ne le sont pas.


  • Les insuffisances dans la résolution de problèmes

En un sens, la pensée critique et scientifique se résume à la résolution de problèmes. Il y a cependant de nombreuses perturbations psychologiques causant des inadéquations dans la résolution des problèmes. Le psychologue Barry Singer a montré que lorsqu'on donne à des sujets la tâche de sélectionner la vraie réponse à un problème, et qu'on leur a donné la réponse pour certaines questions, les gens :

  1. Forment immédiatement une hypothèse et ne cherchent que des exemples la confirmant.
  2. Ne cherchent pas de preuve afin de réfuter l'hypothèse.
  3. Ont beaucoup de mal à changer d'hypothèse, même quand elle est manifestement fausse.
  4. Si l'information est trop complexe, ils adoptent des hypothèses ou des stratégies ouvertement simples comme solutions.
  5. S'il n'y a pas de solution, si le problème est une ruse et si "vrai" ou "faux" sont donnés au hasard, ils forment des hypothèses à propos des relations qu'ils observent, quand bien même celles-ci sont de pures coïncidences. En tout cas, ils trouvent toujours une cause.

Si c'est bien le cas avec les êtres humains en général, alors nous devons tous faire des efforts afin de dépasser ces insuffisances dans la résolution des problèmes de la science et de la vie.

  • L'immunité idéologique

Dans la vie de tous les jours, comme en science, nous freinons des quatre fers tout changement fondamental de nos paradigmes. Le sociologue Jay Snelson appelle cette résistance un système idéologique immunitaire : "Les adultes instruits, intelligents et prospèrent changent rarement leurs principales présuppositions". Selon Snelson, plus les individus acquièrent de connaissances, et plus leurs théories deviennent fondées (souvenons-nous que nous tendons tous à ne rechercher que des éléments confirmant nos théories, et non pas des réfutations de celles-ci), plus ils ont confiance dans leurs idéologies. La conséquence de ceci est que nous fabriquons une espèce "d'immunité" contre toute nouvelle idée qui ne corrobore pas celles que nous avions auparavant. Les historiens des sciences appellent ceci le problème Planck, d'après le physicien Max Planck qui fit cette observation sur ce qui doit arriver pour que toute innovation voie le jour en science : "Une innovation scientifique importante fait rarement son chemin en ralliant ou en convertissant ses opposants : il est rare que Saül devienne Paul. Ce qui arrive, c'est que ses opposants meurent les uns après les autres, et que la nouvelle génération est déjà familiarisée avec cette idée dès son apparition " (In la Souris truquée p.171).

Le psychologue David Perkins a dirigée une étude intéressante sur les corrélations, dans laquelle il a trouvé une corrélation fortement positive entre l'intelligence (mesurée par un test de QI standard) et la capacité à donner des raisons pour prendre position et défendre cette position; il a aussi découvert une forte corrélation négative entre l'intelligence et la capacité à prendre en compte d'autres alternatives. Ainsi, plus le QI est important, plus le potentiel d'immunité idéologique est important. L'immunité idéologique se construit dans l'entreprise scientifique, où elle fonctionne comme un filtre contre la nouveauté potentiellement écrasante. En tant qu'historien des sciences, I.B. Cohen explique : "Les systèmes nouveaux et révolutionnaires de la science tendent à trouver de la résistance plutôt que se voir accueillis à bras ouverts, parce que chaque scientifique a un intérêt intellectuel, social et même financier à parfois maintenir le status quo. Si toute nouvelle idée révolutionnaire était accueillie à bras ouverts, le résultat en serait un chaos total" (1985)

Au final, l'histoire récompense toujours ceux qui sont dans "le vrai". Le changement a quand même bien lieu. En astronomie, l'univers géocentrique de Ptolémée a doucement été remplacé par le système héliocentrique de Galilée. En géologie, la catastrophisme de Cuvier a laissé la place à l'uniformitarisme mieux attesté de James Hutton et Charles Lyell. En biologie, la théorie de l'évolution de Darwin a supplanté les croyances créationnistes de l'immuabilité des espèces. En ce qui concerne l'histoire de la terre, l'idée d'Alfred Wegener de la tectonique des plaques a mis pratiquement 50 ans pour s'imposer.

L'immunité idéologique peut donc être dépassée en science et dans la vie de tous les jours, mais cela prend du temps et nécessite des éléments de preuve.


Pour aller plus loin :
- Why people believe Weird Things. Michael Shermer.
- La Pensée scientifique et les parasciences.Collectif.
- Parapsychologie : science ou magie ? James ALCOCK.
- Les moissons de l'intelligence Isaac Asimov.
- Petit cours d'autodéfense intellectuelle. Normand Baillargeon.
- Les mécanismes de la crédulité Fabrice Clément.

A lire aussi :
- La pensée pseudoscientifique.
- Les obstacles logiques à une pensée plus claire.
- Science et pseudoscience.
- Le phénomène de la preuve sociale.
- Les corrélations illusoires.
- La machine à croire.
- Les coïncidences font partie de la vie.
- Les illusions logiques.
- Les actes rares.

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