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Pourquoi est-ce que tout semble si réel ? C'est parce que votre cerveau créé un modèle de ce qui semble réel. Les personnes qui professent une croyance dans le paranormal déclarent souvent y croire parce qu'elles ont personnellement vécu une situation dans un "autre monde", ou avec une entité venant d'un autre monde. Les rencontres avec des êtres célestes, comme des anges ou des extra-terrestres, les expériences de mort imminente (EMI) ou extracorporelles (de sortie du corps) et les révélations mystiques sont fréquemment présentés comme preuves de ces "mondes". Le Dr. Barry Beyerstein nous explique comment la neurobiologie éclaire notre compréhension de ces expériences anciennes. Les hallucinations "transcendantes" sont probablement plus fréquentes qu'on ne le réalise. Alors qu'elles peuvent aussi être un signe de pathologie sous-jacente, elles ne sont pas rares chez les individus en bonne santé, et nombreux sont ceux qui font reposer toute leur expérience avec le surnaturel ou la religion à partir d'elles. Beyerstein définit la transcendance comme une "altération de la conscience soudaine et inattendue, si intense qu'elle en devient écrasante. Elle est fondamentalement différente, et perçue comme telle, de l'état de conscience ordinaire."Les expériences transcendantes sont souvent accompagnées par des sentiments de crainte, de bien-être et d'émerveillement qui demeurent longtemps après que l'expérience se soit évanouie. Une telle expérience peut fondamentalement changer la manière de voir la réalité d'un individu, ainsi que sa façon d'interpréter le monde qui l'entoure. Quand on leur demande de décrire leur expérience transcendante, ces personnes répondent souvent qu'elle doit être ressentie, mais qu'elle ne peut pas être décrite par des mots. Ils rapportent une émotion intense, une expérience significative immense comme ils n'en avaient jamais ressenti dans la réalité de tous les jours. Si on leur demande s'il pouvait s'agir d'un simple rêve, ils refusent catégoriquement cette possibilité. C'était trop vrai pour être un rêve, affirment-ils. Ils la décrivent habituellement comme "plus réelle que la réalité".La profondeur de ces expériences pousse souvent les gens à croire qu'ils ont expérimenté une réalité plus "profonde" ou plus "haute", quelque-chose de profondément religieux ou surnaturel. Il leur semble qu'on leur a dit quelque-chose d'immensément important à propos du sens de la vie, ou sur le but de leur propre existence; cela peut sembler représenter un aperçu de quelque-chose pouvant seulement être vaguement compris par une expérience de tous les jours. La clarté et le caractère irresistible de l'expérience laisse les gens la ressentir comme vraiment significative, et que ce qui leur a été révélé est une chose dans laquelle ils peuvent avoir confiance.
Les émotions associées aux expériences transcendantes créent un continuum depuis la joie intense jusqu'à la terreur abjecte, des sentiments d'avoir eu un échantillon des cieux ou du sous-monde d'Hades. Les individus, ayant des expériences joyeuses, en ressortent souvent en considérant qu'ils sont d'une certaine manière spéciaux, qu'ils ont été choisis pour recevoir ce message dans un but précis, les expériences terrifiantes quant à elles sont souvent interprétées comme un "réveil" pour changer sa vie. L'expérience effective peut durer de quelques secondes à quelques minutes, voire plus. Les personnes rapportent que pendant ce temps, ils se sentaient "fondu dans un tout", qu'ils n'étaient plus encombrés par une existence physique, qu'ils étaient partout et nulle-part à la fois. Certains décrivent non pas qu'ils ont quitté leur corps, mais que leur corps a été enlevé par des entités ou une conscience qui les a forcé à penser, ressentir et faire des choses parfois contre leur volonté. Les comptes-rendus des expériences transcendantes existent à toutes les époques. Si nous regardons les documents historiques, nous pouvons trouver des expériences brutes qui semblent identiques, bien qu'elles puissent avoir été décrites dans des termes différents et interprétées différemment selon l'époque, la culture et le passé de chaque individu. Plusieurs figures historiques comme Mahomet, Saint-Paul, Jeanne d'Arc, Newton, Hitler, Staline, Charles Manson et Jimmy Carter ont tous rapporté avoir vécu de telles expériences. Ce qu'ils en ont fait, bien entendu, diffère.
Explications A l'un des extrêmes ces expériences sont interprétées comme étant mystiques ou religieuses. De nombreux systèmes religieux anciens ou récents, et certaines sectes New-Age, enseignent des techniques afin d'atteindre cette "transcendance". Qu'on l'appelle "Nirvana", "haute conscience" ou "expérience" et qu'on la décrive comme une "fusion avec l'Univers", une illumination ou la "paix qui dépasse toute compréhension". Notre propre culture est prédisposée à accepter les expériences transcendantes comme des réalités mystiques ou religieuses. A une autre extrême, la psychologie traditionnelle et la psychiatrie clinique interprètent les expériences de transcendance comme non significatives ou comme un signe de psychopathologie, leur donnant des labels péjoratifs comme la dépersonnalisation, une sortie du réel et la perte des limites de l'ego.Beyerstein se situe entre ces deux extrêmes. Il pense que les expériences de transcendance ont une explication naturelle, que chez les individus en bonne santé elles sont le résultat de processus physiologiques et psychologiques normaux qui ont lieu dans le cerveau sous certaines circonstances inhabituelles. L'approche naturaliste pour expliquer comment et pourquoi de telles expériences surviennent est la plus intéressante du point de vue sceptique, et elle est beaucoup plus crédible que les explications mystiques. Beyerstein croit qu'en mettant côte à côte toutes les connotations métaphysiques, mystiques et religieuses, et toutes les catégories diagnostiques et pathologiques, ainsi qu'en étudiant les expériences brutes, nous pouvons en apprendre beaucoup sur le fonctionnement du cerveau. Le champ d'étude de cette approche est connu sous le nom de "psychologie anomaliste". Elle utilise des données de la psychologie cognitive, de la psychologie sociale, de la neurobiologie et, dans certains cas, de la psychologie clinique, pour générer des hypothèses non-mystiques, naturalistes et testables en ce qui concerne les expériences anomalistes.
1- Que si vous endommagez votre cerveau, vous endommagez votre "esprit/conscience",Les nouveaux outils et technologies disponibles pour étudier le cerveau fournissent aux chercheurs de nouvelles données soutenant ces hypothèses naturalistes. Beyerstein en a élaboré certaines sur les preuves d'une base physiologique des expériences anomalistes.
Réaliser la transcendance Des expériences transcendantes pourraient être réalisées par des moyens comportementaux, chimiques et pathologiques, explique Beyerstein. Les états transcendants peuvent être provoqués par des stimulations cérébrales. La CIA, et plus tard, les chercheurs de l'Université du Michigan, ont développé des systèmes pour obtenir des expériences semblables à la transcendance par des privations sensorielles. La littérature mystique décrit des systèmes utilisant des manipulations physiques comme le jeûne, la méditation et des exercices de respiration pour obtenir des états de conscience altérée.Les disciplines religieuses et mystiques utilisent souvent des rythmiques au tambour, de la musique et des chants ondoyants et lourdement répétitifs pour obtenir des états transcendants que les croyants interpréteront comme une confirmation du message spirituel qui a été délivré. Le fameux évangéliste d'outre-Atlantique John Wesley inclut ces techniques dans ses mode d'emploi des rassemblements réussis. Des techniques identiques sont aussi utilisées lors des rassemblements politiques. Plusieurs hallucinogènes, aussi bien des plantes que des médicaments fabriqués par des laboratoires, sont consommés pour leurs effets spécifiques sur la conscience. Si nous regardons les écrits d'auteurs comme Aldous Huxley ou Albert Hoffman décrivant leurs expériences avec le LSD, nous voyons qu'ils reflètent exactement ceux décrits par des écrivains mystiques. Les drogues hallucinogènes sont connues pour produire leurs effets grâce à des interactions biochimiques avec des récepteurs et des neurotransmetteurs spécifiques dans certaines régions particulières du cerveau. Nous savons maintenant que les problèmes les plus sérieux tels que la schizophrénie sont le résultat de désordres biochimiques dans le cerveau. Ce n'est pas par hasard si les expériences schizophréniques ressemblent tant aux hallucinations induites par la prise de drogues et les expériences mystiques.L'ironie, nous dit Beyerstein, c'est qu'il est convaincu que toutes ces choses agissent sur le même système dans le cerveau, pourtant dans notre société, seule une frange très étroite de ces canaux est acceptable. Si vous manipulez votre cerveau lors d'un meeting religieux, c'est bien. Si vous prenez la pilule de votre docteur, c'est bon aussi. Mais si vous achetez de la drogue dans la rue, vous allez droit en prison. Dans certaines cultures et à certaines époques, si vous parlez de ces expériences vous pourriez être chaman et obtenir certains privilèges et droits, mais en d'autres époques et lieux, vous seriez condamné à mort. Les pathologies associées Environ 10% de la population souffre de migraine et maux de tête. Le prodrome (signe avant-coureur) prédominant dans la migraine produit souvent des émotions et des effets visuels inhabituels, qui, dans certains cas, pourraient être interprétés comme "un ailleurs". Le but du cerveau est d'instiller le sens, ainsi il n'est pas étonnant que l'expérience brute d'effets visuels mineurs de zigzags, d'étoiles clignotantes ou de flashes de lumière soient embellis dans des expériences complètes. Le psychiatre et auteur Oliver Sacks décrit un patient dont le prodrome était un sentiment intense de fatalité ou d'importance imminente. Pendant que cela survenait, le patient était incapable de sortir de son modèle de réalité présent pour l'identifier comme une simple migraine se développant, malgré ses occurrences répétées.L'épilepsie est causée par des connexions électriques anormales des neurones du cerveau. Il y a plusieurs types d'épilepsie, la forme la plus dramatique, et la mieux connue, étant la crise du type "grand mal" qui survient dans le cortex moteur du cerveau. Les crises du type "petit mal" ont un modèle plus petit et plus localisé, avec des effets différents et habituellement moins dramatiques. L'épilepsie du lobe temporal est moins bien connue, à cause de sa localisation dans le cerveau, elle produit des expériences identiques à celles de la transcendance. Les expériences de sortie du corps, le déjà vu, les sentiments de possession et de conscience cosmique ont tous été rapportés comme ayant lieu pendant ces crises. Dans certains cas les crises peuvent survenir pendant qu’on est conscient et pourraient ne pas être claires aux observateurs. Sonder le cerveau Dans les années 1950, le neurochirurgien Wilder Penfield avait fait une carte du cerveau de ses patients épileptiques quand il dirigeait des opérations de chirurgie pour contrôler leur épilepsie. Il n'utilisait qu'un anesthésique local et une sedation légère pendant l'opération, ses patients pouvaient donc lui dire ce qu'ils ressentaient en même temps qu'il sondait les différentes régions de leur cerveau. Il découvrit que quand il touchait le lobe temporal, la même région qui s'enflammait frénétiquement dans l'épilepsie du lobe temporal, les patients rapportaient des expériences de sortie de leur corps, de déjà vu et d'une conscience cosmique. Une stimulation plus large évoquait la peur et une anxiété générale, tandis qu'une stimulation plus douce évoquait de la joie intense et une perte de sens.Les opérations de Penfield ne pouvaient pas éthiquement être répétées dans le seul but de la recherche, ainsi le psychologue M. Persinger développa un moyen non-invasif pour produire une stimulation du lobe temporal moyen. Il utilisait un casque câblé pour produire des champs magnétiques sur les lobes temporaux de volontaires étudiants normaux. Ceux-ci rapportaient souvent la sensation d'une entité proche ou quelque-chose hors d'eux, essayant de les contrôler.
Persinger réalisait des tests psychologiques pour répondre à des questions comme : qu'est-ce que ce volontaire croit ? Ont-ils reçus un point de vue mystique ou rationnel de la vie ? Il manipulait les arrangements dans lesquels les expériences étaient réalisées, par exemple en décorant la pièce avec des symboles religieux ou en mettant de la musique new-age. Il examinait ensuite comment ces croyances et symboles affectaient l'interprétation d'un individu de son expérience. Persinger trouva des interactions entre les espérances, les attentes et croyances des volontaires quand ils arrivaient, et les signaux subtils environnementaux et conversationnels qu'ils avaient reçus avant l'expérience.Y a-t-il des mécanismes derrière toutes ces expériences transcendantes, sans tenir compte des circonstances les ayant provoqué ? Existe-t-il une région du cerveau où tous ces stimuli émotionnels, biochimiques et électriques, créent des effets ressemblant à une transcendance ? Les preuves pointent maintenant vers une région, localisée entre le tronc du cerveau et le cortex récemment évolué, qui abrite les principaux circuits émotionnels et motivables de notre cerveau. Cette région contient une collection de chemins neurologiques identifiables, tous interconnectés dans un système de contrôle fonctionnel, appelé le système limbique. Ces chemins dans cette région sont si interconnectés que c'est la principale partie encline aux crises du cerveau. C'est aussi une région connue pour être affectée par la privation sensorielle et par trois sortes de médicaments hallucinogènes majeurs, elle est impliquée dans certaines opérations des principaux désordres, et est connue pour être entraînée par les stimuli rythmiques comme ceux utilisés lors des expériences mystiques.
Conclusion "Je suis prêt à croire que les expériences transcendantes sont ressenties comme réelles, mais cela pose la question : pourquoi sentons-nous que tout est réel ?" demande Beyerstein. "C'est parce que notre cerveau créé un modèle de ce qui semble réel."Notre cerveau combine l'information disponible, y compris les sensations entrantes et celles déjà stockées en mémoire, il créé un modèle cognitif interne de la réalité. Ce modèle repose habituellement sur l'information sensorielle externe, mais occasionnellement il se construit entièrement à partir des données à l'intérieur de notre esprit. Ne tenant pas compte de sa provenance, il est considéré comme étant la réalité, et sous certaines circonstances il peut être ressenti comme plus que réel. Ainsi, tout comme vous pouvez avoir des hallucinations sensorielles, vous pouvez avoir des hallucinations d'importance. Vous pouvez avoir des hallucinations de la réalité, parce que c'est le système qui, normalement, vous dit ce qui est important. Ordinairement il le fait d'une manière douce et plus légitime, mais s'il est pris de folie, ce que vous obtenez sont des sentiments de crainte, d'émerveillement et de solennité.Si nous ne pouvons pas prouver que toute expérience de possession, de conversion, de révélation ou extase divine était simplement une décharge épileptique, nous devons maintenant nous demander comment différencier la "vrai transcendance" des neuropathologies qui produisent exactement la même réalité, la même ineffabilité, la même profondeur, et le même sens de l'unité cosmique. Est-ce que toutes les expériences mystiques vécues à travers les âges sont identiques ? Sont-elles similaires à celles induites par les médicaments psychédéliques ou une pathologie ? Quand vous comparez les différentes descriptions et expériences, nous tenons la une hypothèse certainement très prometteuse permettant de répondre par l'affirmative.
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