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Ce que le test de Rorschach nous apprend vraiment

Le 4 août 2009

Le Test des taches de Rorschach est l’un des outils psychologiques les plus connus. Le sujet regarde 10 taches d’encre, l’une après l’autre, et décrit ce qu’il voit. Le fondement "rationnel" sous-jacent à ce test repose sur l’idée que certains aspects de la personnalité du sujet seront dévoilés en même temps qu’il interprètera les images, permettant de faire un diagnostic des différents désordres psychologiques. Pourtant, ce test des taches d’encre révèle-t-il réellement tout ?

En 2000, Psychological Science in the Public Interest, un journal de l’Association for Psychological Science, a publié une revue exhaustive de toutes les données sur le Rorschach (ainsi que sur d’autres tests "projectifs" identiques)  [1]. De telles méta-analyses sont des entreprises majeures, ainsi, bien que ce compte-rendu ait quelques années, il demeure la conclusion définitive sur le Rorschach. Selon les auteurs, Scott Lilienfeld de l’Université Emory, James Wood de l’Université du Texas et Howard Garb de L’université de Pittsburg, malgré sa popularité, le test de Rorschach pourrait ne pas être le meilleur outil diagnostique, et les praticiens doivent rester prudents dans la façon qu’ils ont d’utiliser cette technique et d’interpréter ses résultats.

Le test des taches d’encre de Rorschach a été développé en 1920, mais a déjà été sous les feux de la controverse il y a 30 ans (les critiques disaient qu’il n’était pas toujours géré de façon standardisée, et que les preuves de sa fiabilité étaient lacunaires). Cependant, le test de Rorschach a été remis au goût du jour dans les années 1970 avec la publication du John Exner’s Comprehensive System (Système Intégré John Exner - SI), qui détaillait des standards et des normes pour analyser les résultats. Le SI a apporté les bases concrètes et scientifiques qui manquaient au Rorschach, et il devint largement utilisé dans les milieux cliniques et judiciaires.

Les partisans du SI déclaraient qu’il apportait également une profusion d’informations sur des adultes et enfants non patients. Cependant, les critiques de ce système argumentaient en disant que les normes établies par le SI étaient dépassées et reposaient sur des échantillons trop petits. En outre, les normes du SI ne sont pas représentatives de la population et elles classaient une partie des sujets normaux comme ayant des tendances pathologiques. Plusieurs études ont aussi remis en question la fiabilité du décompte du SI, c’est-à-dire qu’un certain nombre d’expériences a montré que deux praticiens auront des scores très différents pour un même sujet en utilisant le système John Exner. Les auteurs observent que "des désaccords peuvent avoir des implications particulièrement sérieuses si les résultats du test sont utilisés pour parvenir à des recommandations cliniques ou légales importantes."

En outre, certaines études suggèrent qu’il pourrait y avoir un biais culturel associé au système Exner. La recherche a montré que les noirs, les hispaniques et les américains natifs ont des scores différents sur un certain nombre de variables du SI, comparés aux blancs américains. Les auteurs notent que "des écarts identiques ont été rapportés pour des score de l’Exner dans des pays d’Amérique Centrale et du Sud, tout comme dans plusieurs pays d’Europe." Ces découvertes suggèrent que les données du Système Intégré John Exner, acquises à partir de groupes raciaux et culturel différents, devraient être interprétées avec une extrême prudence.

Les auteurs reconnaissent que toutes les informations concernant le test des taches de Rorschach ne sont pas bonnes à jeter : il y a des preuves que cet outil pourrait être utile pour identifier des patients atteints de désordres bipolaires, de schizophrénie ou borderline. Ils notent cependant que le Rorschach n’a pas montré être associé au désordre dépressif majeur, aux désordres de personnalité antisociale ni au stress post-traumatique.

Surtout, les auteurs suggèrent qu’en raison de la littérature sur l’inconscient du test des taches d’encre de Rorschach, et d’autres outils psychologiques associés, les praticiens devraient être très sélectifs quand ils utilisent ces évaluations et les emploient en ayant des soutiens empiriques forts. "A chaque fois que cela est possible, concluent les auteurs, les évaluations judiciaires et cliniques devraient reposer sur des techniques d’évaluation plus dignes de confiance, comme les interrogatoires psychiatriques structurés et les index de rapports correctement validés."

- What’s Wrong with the Rorschach ? Science Confronts the Controversial Inkblot Test. James Wood, M. Teresa Nezworski, Scott Lilienfeld, Howard Garb.
-  Les nouveaux psys : Ce que l’on sait aujourd’hui de l’esprit humain. Collectif.


Références et notes :

[1] The Scientific Status of Projective Techniques. Psychological Science in the Public Interest.

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